A boire !

ROGERS, Peter, Facing the Freshwater Crisis, Scientific American, août 2008. Décidément, on parle beaucoup de changement ces temps-ci. Sujet de l’article : Effet de serre, croissance de la population et de son niveau de vie : en 2025, même la très chanceuse France consommera beaucoup plus d’eau qu’elle n’en produit ! Heureusement il y a des solutions :
  • Inde et Chine vont être frappées les premières et vont bien devoir en trouver.
  • Augmenter le prix de l’eau, réduire les fuites des systèmes d’irrigation (10% de la consommation pour irrigation = autres emplois de l’eau !), désaliniser… Rien de compliqué. 120$ par personne et par an.

« La communauté internationale peut réduire les risques de crise de l’eau si elle applique son esprit collectif à ce défi. Nous n’avons pas à inventer de nouvelles technologies. Nous devons accélérer l’adoption de techniques existantes pour préserver et augmenter l’approvisionnement en eau. Résoudre le problème de l’eau ne sera pas facile, mais nous pouvons réussir si nous commençons dès maintenant et si nous nous y tenons. Sinon le monde va avoir soif.« 

Commentaires :

  • La crise favorise le changement, parce qu’il ne peut y avoir changement sans Anxiété de survie. C’est pour cela qu’il commence souvent trop tard. Il lui faut, pour se mettre en jambes, quelques drames. Ils sont d’autant plus efficaces qu’ils touchent ceux qui ont les leviers du changement (la Chine et l’Inde dans cet exemple).
  • Changement = solidarité. Une communauté face à un changement doit modifier les règles qui gouvernent son comportement collectif. Pour cela, il doit y avoir une sorte de travail en commun. Une fois les règles revues, chacun peu à nouveau vaquer à ses affaires, comme si les autres n’existaient pas. Il suit les règles communes, et c’est tout ce qu’on lui demande.
  • La croissance en marche forcée caractéristique de l’histoire occidentale puis mondiale de ces derniers siècles consomme les ressources naturelles, elle les transforme. Puisque nous détruisons les bases de notre société, nous devons sans arrêt les réinventer. D’où changements fréquents et solidarité internationale nécessairement de plus en plus étroite, une sorte de fusion internationale. De plus en plus d’hommes suivent de mêmes règles. Amorce de culture mondiale. Manifestation la plus évidente : la langue anglaise n’a plus de frontières.

Sur ces sujets :

Nettoyer le Gange

Les Indiens de la note précédente pourraient-ils trouver utiles mes livres ? Une occasion de comprendre les particularités des techniques que j’étudie :

  1. Ces techniques ne s’appliquent qu’aux changements qui ont un objectif clair. C’est le cas ici : il faut amener le niveau de vie indien aussi haut que possible tout en éliminant la menace écologique. A quelques approximations près ceci se quantifie.
  2. On procède alors à l’envers de ce que font économistes et gouvernants : non par mesures macroéconomiques, mais par une approche microéconomique. On part du cas particulier pour traiter le cas général. C’est la méthode du « vaccin » : on traite un cas atténué, il donne la clé du problème global. Par exemple ? Un petit village en amont du Gange. Comment amener cet « échantillon » aux objectifs du projet ? Si un résultat satisfaisant est obtenu, il est probable que d’autres pourront s’en inspirer (c’est ainsi que la microéconomie conduit à la macroéconomie).
  3. Comment travailler avec ce village ? On réunit le petit groupe des responsables de la communauté et on leur fait simuler ce qui va arriver dans les prochaines années, et sa conséquence. Comment orienter ce développement de manière à ce qu’il soit durable ? Une équipe d’animation permet cette réflexion en traduisant ces questions en un problème qui parle aux responsables et en permettant les échanges de points de vue entre eux, et l’arrivée à une solution (en fait, un comportement collectif) qui ne demande que des moyens raisonnables.
  4. Une fois arrivé à ce point, on suit la mise en oeuvre du plan d’action résultant. S’il ne donne pas les résultats escomptés, on recommence le travail précédent, afin de remettre le projet sur ses rails.

L’intérêt de cette note est surtout de présenter le principe des techniques « à effet de levier », je doute que l’application que j’en fais résolve le problème indien… En tout cas ces techniques, correctement utilisées ont deux intérêts :

  • Elles permettent des changements extrêmement rapides (de ne pas attendre un demi siècle ou un siècle que l’innovation fasse son travail).
  • Par une approche de terrain, elles permettent de comprendre la nature réelle des problèmes et des besoins et de leur trouver des solutions un peu moins grossières, et un peu plus durables, que celles que serait tenté de leur apporter un marché laissé à lui-même…

Un traitement moins lapidaire de mes techniques.

Malheureuse Inde

Up to their necks in it, The Economist, 17 juillet 2008. « En dépit de bonnes lois et d’intentions meilleures encore, l’Inde cause autant de pollution que n’importe quel pays pauvre en voie d’industrialisation« . The Economist peint une situation effrayante : l’écosystème indien est saturé, et le développement économique du pays ne va qu’aller en s’amplifiant.

Un exemple : l’Inde est incapable de recycler ses déchets, si bien que sa population fait ses ablutions dans un Gange dont l’eau dépasse par endroits de 300.000% les normes d’insalubrité. Avec les conséquences attendues : 1000 morts d’enfants par jour. The Economist dénonce les « gouvernements locaux désemparés, les gouvernements d’Etats corrompus, le gouvernement central surchargé et divisé par des querelles incessantes« .

Voici la manifestation usuelle d’un changement mal mené : on en veut à l’homme alors qu’il ne fait que ce qu’il a toujours fait (se baigner dans la Gange et mener les affaires du pays à la manière indienne). Jusqu’ici il n’y avait aucun mal à procéder ainsi. Mais la croissance économique (le nom du changement dans ce cas) a rendu dangereux ces comportements. Comment l’Inde peut-elle évoluer ? Deux scénarios :

  1. Revenir au statu quo, arrêter le développement économique. C’est ainsi que se terminent la plupart des changements mal menés. Scénario peu probable.
  2. L’Europe de Mathus : l’innovation technologique sauve le pays.

The Economist appelle cette dernière solution de ses voeux. Il nous encourage, par exemple, à adopter les OGM. Or, ce qui freine l’usage de ces OGM est le principe de précaution. Le doute que beaucoup éprouvent quant à leurs effets secondaires. Les dangers que font courir à la planète la croissance économique signifieraient-ils que nous ne puissions plus être « prudents« , la vertu suprême du dirigeant, selon les Grecs ? Que nous devons nous livrer à une course en avant aveugle ?

Références :

  • Ce que The Economist pense de Malthus : Malthus, the false prophet.
  • Pourquoi les OGM ne semblent pas donner toutes les garanties qu’ils n’aient pas d’effets néfastes : SERALINI Gilles-Eric, Ces OGM qui changent le monde, Flammarion, 2004.