Misérables

Je découvre que Flaubert et Baudelaire exécraient Les misérables, de Victor Hugo. Pour Flaubert, c’était, même, une trahison.

Curieusement, c’est l’oeuvre de Hugo qui a eu le plus de succès. Un succès qui ne se dément pas. C’est une oeuvre qui parle au peuple. Cela tient-il à notre mauvais goût ?

En fait, Les misérables ont les caractéristiques de toutes les grandes oeuvres : une histoire invraisemblable et des personnages caricaturaux. Mais si personne ne leur ressemble, chacun a un peu de leur caractère.

Est-ce comme cela que l’art amène l’homme à réfléchir sur lui même ? A lui transmettre un peu de sagesse ? Une ruse de la philosophie ?

Style Hugo

Je suis d’une génération intermédiaire. Celle de mon père avait appris à lire dans Victor Hugo. L’actuelle, celle du « roman graphique », ne doit pas le connaître, et encore moins pouvoir le comprendre. La mienne l’a entraperçu.

Victor Hugo a un style surprenant. D’abord, il écrit simplement. Ensuite, jamais le texte ne se relâche. Il n’y a pas de facilité, pas de baisse de régime. Pas de mot de trop. On retrouve dans les poèmes ce qui est dans le roman : des pages qui suivent des pages sans fléchir. Mais comment peut-on avoir une telle inspiration ? Un tension qui demeure constante parce qu’elle se réinvente à chaque phrase.

Cependant, j’ai envie de lui faire un reproche. Celui que je fais aux Allemands, notamment aux compositeurs de musique. Il y a quelque chose de trop mécanique, de trop intelligent, dans tout cela. L’art va au delà du talent. C’est une forme de délire. Peut-être.

Notre Dame de Paris

Notre Dame de Paris ressemble à Ivanhoë. Les héros n’intéressent pas l’auteur. Il leur donne la portion congrue. D’ailleurs, tout se termine mal. Pas un n’en réchappe. Les plus heureux sont certainement ceux qui meurent de mort violente. « Phoebus de Chateaupers aussi fit une fin tragique, il se maria. »

Ce dont il parle, c’est, probablement, de son époque. Pour la critiquer. Avec beaucoup d’ironie. C’est aussi l’occasion de quelques moments de bravoure dramatique. De descriptions cinématographiques, de Paris au moyen-âge vu de Notre Dame, ou de l’assaut de la cathédrale par la cour des miracles, par exemple. Ce sont aussi des personnages dont aucun n’est secondaire. Tous représentent une sorte « d’idéal type » à la Max Weber. C’est, surtout, un talent surprenant. Car tout cela est écrit avec une facilité déconcertante, sans pourtant jamais de facilité. L’inattendu est à chaque page, voire à chaque paragraphe. Héritage de Shakespeare via Walter Scott, peut-être. Mais c’est aussi un précurseur des Pérec, écrivains à contrainte et autre Prévert à listes. Victor Hugo fait prendre un coup de vieux à nos littérateurs modernes.

Han d'Islande

Hugo à son meilleur ? Il a dix-neuf ans. Il est au faîte de son art. Léger et amusant. Phrase simple. Et humour qui l’a quitté par la suite.

C’est un roman fantastique. Une sorte de précurseur de l’héroïque fantaisie moderne. Il est question d’un preux chevalier et de sa belle, mais comptent-ils beaucoup ? Plus intéressants sont un grand nombre de personnages plus ou moins cocasses, chacun ayant son caractère curieux. Par exemple un bourreau, fort content de soi et de son art. Et aussi une habileté certaine à l’inattendu. Et quelques considérations surprenantes en forme de maximes. Et une morale peu conventionnelle.

Une curiosité : le méchant n’est ni tué, ni condamné. Sa peine est une vie dévastée, et le spectacle du bonheur de ceux à qui il a voulu nuire. Les combattants de la peine de mort seraient-ils les pires tortionnaires ?

Je me suis demandé si Hugo n’avait pas été inspiré par Walter Scott. Et, du coup, mon estime pour ce dernier a crû. Serait-il temps de revenir à ce genre d’ouvrage qui parle de sujets sérieux, sans se prendre au sérieux ?

Une si jolie petite plage

Film d’Yves Allégret, 1949.

La pluie est le héros du film. Anti brochure touristique pour plages du nord.
Il pleut, donc, à sauts, sur des misérables, dignes de Victor Hugo, et quasiment nus. La France d’après guerre devait être une grande machine d’exploitation de l’homme par l’homme.

Mais il y a un rayon de soleil dans ce liquide et cette gadoue, un enseignement édifiant : il vaut mieux encore l’esclavage que le vice. Non pour des raisons morales, mais parce que le second finit par être plus insupportable que la première.

Compléments :
  • Comme chez Clint Eastwood, il y a rédemption par la mort, et sauvetage d’une âme, au passage.
  • Parabole ? La France occupée vue par l’intellectuel ? Des innocents, victimes d’un peuple rural, calculateur, médiocre et laid ?

DSK et la justice

L’affaire DSK soulève un curieux nombre de paradoxes.
Dans un premier acte on voit DSK aux mains de la police, républicaine. L’agression à peine rapportée, pas une hésitation, la police entre en action, il est interpellé, sorti de son avion, humilié, jeté dans un cul de basse-fausse.
Arrive maintenant la justice, démocrate. DSK est défendu par l’avocat des rappeurs et de la mafia. En face de lui une immigrée fraichement arrivée d’Afrique. Tactique : terroriser puis proposer beaucoup d’argent, et clore l’affaire sur un compromis. Le mot « justice » est-il américain ? Cela expliquerait-il que le petit peuple policier veuille se faire justice par ses propres moyens, en bousculant un peu l’intouchable DSK ?
Quant à la France, elle croit massivement à un complot. Qu’une immigrée africaine, mère célibataire, vivant dans le dénuement, puisse être victime d’un tartuffe, oligarque et sadique, rencontre notre incrédulité. Mais où est Victor Hugo ? (et ou est Ségolène Royal ?) Qu’est-ce qui a, à ce point, transformé nos valeurs ? Lavage de cerveau magistralement réussi par notre élite ? Ou étions-nous des hypocrites depuis toujours ?…
Finalement, il y a N.Sarkozy. Il se dit américain, alors qu’il ne parle pas anglais et qu’il exaspère les Américains. DSK, lui, se dit socialiste et français alors qu’il est totalement intégré dans la culture de la très haute société américaine. Cela pourrait-il rendre sympathique notre président ? Mais le Français veut-il un président sympathique ?
Compléments :