Hitler

En 1989, la BBC interrogeait une secrétaire d’Hitler. Elle en gardait un très bon souvenir. Il avait rendu sa fierté à l’Allemagne, l’avait remise en ordre et avait donné à manger au pauvre. (Elle ne fut pas loin de dire que Hitler  » had made Germany great again »). Pour le reste, il était simple, charmant et paternel.

Ce qui rejoignait ce que disait une femme de la noblesse anglaise qui avait terminé sa formation en Allemagne.

Les Staline ou les Hitler ne sont pas des monstres, ce sont des hommes normaux ? Et l’homme normal peut facilement devenir un Staline ou un Hitler ? Dommage que l’on n’enseigne pas cette vérité ?

Auschwitz

On parlait d’Auschwitz.

Le discours officiel consiste à dénoncer Hitler comme le diable.

Etrangement, Hitler n’est pas arrivé par l’opération du saint Esprit. Il résulte d’une crise mondiale et de manoeuvres politiques de gens les plus respectables. Quant à la France, la vertueuse SFIO a quasiment adhéré comme un seul homme au Pétainisme, ce qui n’a pas été le cas du Colonel de la Roque, qui pourtant semblait le mal incarné.

Leçon d’Auschwitz : quand on n’entend pas le d’espoir du peuple, tout peut arriver ?

La responsabilité de l'Europe dans la crise financière

Les Européens racontent qu’ils sont les innocentes victimes de la crise, alors qu’ils y ont massivement contribué. Voici ce que dit The Economist dans une publication qu’il destine aux étudiants.

Il me semble qu’il y a une façon de réconcilier les deux points de vue. Le « libre échange » qui est, justement, le combat de The Economist. Dans les années 90 on nous a parlé de nouvelle économie et de consensus de Washington. Le marché avait gagné, il fallait tout déréglementer pour lui laisser les mains libres. C’est ce que le monde a fait, l’Europe continentale en tête. La crise est la constatation que ce modèle ne marche pas. Dans ces conditions il y a, comme avec le nazisme, deux types de responsabilités. Celle de ceux qui ont été à l’origine du concept, et celle de ceux qui ont collaboré à sa mise en oeuvre.

La crise d’adolescence comme engagement existentiel

J’ai été frappé par l’histoire de Khaled Kelkal. (C’est la base de : Comment fabriquer un terroriste.) Il a apparemment tout pour réussir dans la société française, et pourtant il se révolte contre elle, et finit terroriste.
Ceci m’a amené à rassembler des observations faites sur les crises d’adolescence auxquelles j’assiste, à distance. En résumé, il me semble que la crise est naturelle et bénéfique. Si elle tourne mal, c’est souvent du fait d’une méprise. Voici donc des idées d’un non psychologue tirées d’un échantillon non représentatif…
L’adolescent cherche la respectabilité
Selon mon expression favorite, le jeune con veut devenir un vieux con. Il est à la recherche de certitudes, d’une discipline de vie admirable (le mot discipline est important). Cela n’est jamais mieux visible que chez les révolutionnaires et les fondamentalistes. Ce sont des missionnaires au sens religieux du terme, qui s’imposent une discipline de vie très rude.
De là résulte un premier cercle vicieux. Les parents prennent les difficultés de l’enfant comme l’expression d’un refus des lois sociales. En voulant les lui faire avaler en force, ils les rendent irrationnelles et odieuses, le poussant à aller chercher son salut ailleurs.
L’adolescent veut ressembler à ses parents
Voici un exercice qui m’enchante. Demander à un parent mécontent de l’attitude de son enfant de raconter sa vie. Ça marche à tous les coups : le comportement de l’enfant est la copie conforme de celui du parent au même âge.
En fait, le parent veut faire ressembler son enfant à ce qu’il est aujourd’hui (ou ce qu’il se rêve être, ou rêve d’être), sans se rendre compte que les dérèglements de sa jeunesse ont été nécessaires à la construction de l’adulte qu’il est.
 
Une variante de cette question est la suivante. L’enfant essaie de se modeler sur les valeurs et comportements de ses parents. Or, alors qu’ils ont travaillé nuit et jour pour entrer à polytechnique ou à HEC, aujourd’hui ils ne rejoignent leur famille que pour une oisiveté luxueuse. L’enfant ne peut copier que ce qu’il voit…
La crise d’adolescence comme engagement
J’ai assisté à quelques crises d’adolescence qui se sont bien terminées. À chaque fois, l’adolescent a fait un acte de volonté. Il a voulu quelque-chose par lui-même. Et cela a réussi. (Par exemple, il est devenu un excellent élève.)
Le processus ressemble beaucoup à ce que disent de l’engagement les existentialistes. Face à une situation qui lui paraît désespérée, l’adolescent a eu un sursaut qui l’a sauvé. Il a découvert ce qui comptait vraiment pour lui. Dorénavant cela va le guider pendant toute sa vie. Une subtilité : l’enfant ne se définit pas alors pour ou contre ses parents, mais indépendamment d’eux. C’est cela le vrai changement. D’ailleurs cela lui fait retrouver, très souvent, une direction qui les surprend mais qu’ils approuvent et admirent.
Cela explique peut-être aussi un paradoxe qui ne cesse de me frapper. Le bon élève qui a tout réussi dans la vie est souvent un être extrêmement étriqué, et parfois quelqu’un de névrosé. Et s’il devait son triste sort à ce qu’il a été ce « qu’on » voulait qu’il soit ?
Attention à l’engagement innovant
Mein Kampf d’Hitler est l’exemple d’un engagement qui a échoué. Comment cela se voit-il ? Parce qu’Hitler était, selon tous les observateurs, extrêmement mal dans sa peau.
Pourquoi tous les engagements ne réussissent-ils pas ? Parce qu’ils trichent avec la réalité. Ils « innovent » au sens du sociologue Merton. Hitler voulait probablement détruire une société qu’il jugeait la cause de ses maux. De même, l’adolescent, pour se sortir d’une injustice de bambin, peut transformer sa vie (et généralement la nôtre) en un calvaire. Ce qui explique peut-être pourquoi il y a des conquérants et des présidents…
Donneur d’aide et crise d’adolescence
Finalement, l’adolescent a-t-il besoin d’aide pour devenir adulte ?
L’engagement est un acte personnel, qui ne peut lui être imposé. Mais cet engagement peut aller dans une direction malsaine, comme dit plus haut. Les crises de l’enfance doivent donc être suivies afin d’éviter une « innovation ». Pour cela, la société doit probablement fournir à l’adolescent une large offre de « donneurs d’aide », au sens de ce blog, parmi laquelle il choisira ce qui lui convient. Le rôle du donneur d’aide sera de faciliter la réflexion de l’adolescent, en lui évitant une innovation prématurée.
Les parents sont-ils des donneurs d’aide ?
Souvent, « le parent est le problème », selon l’expression de la systémique : « le problème c’est la solution ». Au moment de la crise d’adolescence classique, un des parents est généralement beaucoup plus investi que l’autre vis-à-vis de l’enfant. Une erreur d’interprétation le conduit à emprisonner l’enfant dans un carcan de devoirs, alors que celui-ci a, justement, besoin de s’échapper. Mais, il arrive aussi que le parent se remette en cause. Il est probable qu’alors non seulement il a permis à son enfant de trouver le sens de sa vie, mais il lui a aussi prouvé que jusque-là il cherchait à l’aider.
Compléments :
  • Est-ce comme ceci que l’on peut lire le film Into the wild ?
  • Cette théorie rejoint tout de même celle, beaucoup plus respectable, de l’autoréalisation de Maslow. (MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.)

Les sources du nazisme

Le hasard fait bien les choses ? Lancé par notre discussion sur K.Lorenz sur la piste des courants de pensée qui ont inspiré le nazisme (Konrad Lorenz ou l’âge de ténèbres ?), je suis tombé nez à nez, lors d’une attente de RER, avec un hors série de Philosophie(février – mars) dont le sujet est « les philosophes et le nazisme ».

Une forme de système

Le nazisme est sorti d’un courant de pensée profond et relativement homogène. Aucun penseur allemand n’aurait été fier d’un disciple comme Hitler, cependant les thèmes du nazisme lui auraient été familiers. Ce qui peut expliquer que tant de monde ait pu s’y retrouver, ou même penser l’influencer (Heidegger et Carl Schmidt ?).

La pensée allemande a été une réaction à la brutale transformation de la société amenée par la Révolution industrielle. De ce fait, elle s’est bâtie contre les causes de cette transformation : les Lumières et le progrès. Elle a trouvé le salut dans une forme de fondamentalisme. Une vision fantasmée de son passé, mélange d’influences multiples dont certaines remontent à très loin. L’Allemand appartiendrait à une race élue et persécutée qui doit régénérer le monde. Sa langue, d’ailleurs, est celle des origines (une idée que l’on retrouve chez Heidegger).

D’une certaine façon, une sorte de régression se serait jouée au moment de la transition entre Kant et Hegel. Hegel rejette la raison de Kant et en revient à la métaphysique (il suffit de suivre son cœur pour faire le bien). Quant à Nietzche, il est tellement provoquant qu’il est aisé de se méprendre sur ses propos.

Lorenz et les thèmes du nazisme

À l’individu, universel, et à la raison des Lumières, la pensée allemande oppose donc l’espèce et une forme de mission divine, et la croyance que « la force seule crée le droit ». à noter que qui dit race, dit amélioration de la race (au sens troupeau du terme), i.e. biologie et eugénisme.

Curieusement, comme dans la théorie de l’agressivité de Lorenz, cette société est « anti », français, révolutionnaire, libéral, sémite…

Que Konrad Lorenz semble aussi marqué par un courant de pensée qui a mené au cataclysme, signifie-t-il que l’on doive condamner ses travaux ? Jacques Taminiaux parlant d’Heidegger : « tous les grands noms de la pensée européenne se sont confrontés à Heidegger. Leur œuvre est née dans cette confrontation. » Une idée à reprendre concernant la pensée de Konrad Lorenz : utile comme stimulant, mais non comme fin ?

Compléments :
  • Billet inspiré notamment par : Une histoire allemande de Georges Bensoussan (fondements de la pensée allemande d’avant guerre) ; Nietzsche le dynamiteur de Yannis Constantides ; Pensée juive et pensée allemande de Luc Ferry (Hegel) ; Jacques Terminiaux : La philosophe est-elle soluble dans le nazisme ?
  • Tout ceci est assez cohérent avec les conclusions que j’avais atteintes jusqu’ici. Sur ce blog, revues de livres : Heidegger pour les nuls, Kant pour les nuls, Kant et les lumières, Nietzsche, Troisième Reich (George Mosse et le mouvement völkisch), Le savant et le politique (Max Weber). 

De l’art de l’irresponsabilité

USA dans l’impasse. Le pays est en faillite si sa limite d’endettement autorisée n’est pas relevée. Les Républicains refusent de le faire à moins d’un programme de réduction des dépenses féroce, sans aucune augmentation d’impôts. Situation critique. Un sénateur républicain a trouvé la solution suivante : le gouvernement pourra augmenter la limite d’endettement sur veto du président. L’endettement aura cru – et le pays sera sauvé, sans que les Républicains en soient responsables. Élégant.

L’art politique ultime semble celui de l’irresponsabilité, et ce n’est pas vrai qu’aux USA. (Debt ceiling: With irresponsibility comes power | The Economist)

Compléments :

  • Comment répondre à une tactique irresponsable ? Mise en œuvre, elle aboutit à une impossibilité. Si l’irresponsable passe à l’acte il est échec et mat. Cependant, l’exemple d’Hitler le montre, il peut alors entraîner le pays dans une spirale de prédiction auto-réalisatrice. (Troisième Reich.) L’expérimentation doit donc être aussi rapidement autodestructrice que possible. 

Grande dépression

J’entendais, hier, une émission sur la Grande dépression, par France Culture.
Elle disait ce que disaient déjà mes livres de terminale : c’est la guerre qui a mis fin à la misère des Américains (au moins des classes moyenne et inférieure). Et cette misère a été terrible, inimaginable aujourd’hui. Hitler n’a pas été le mal incarné, mais le résultat naturel d’une situation intenable.
Je ne peux m’empêcher de penser que l’après guerre a été une période d’opulence, qui a été ruinée par un retour aux idées antérieures.
N’est-ce pas une défaite de la science qu’elle n’ait pu expliquer cette crise, et qu’elle ne soit toujours que l’arme de l’idéologie ?

Les racines intellectuelles du Troisième Reich

Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008. Histoire de la pensée « Völkish ». Elle semble avoir beaucoup en commun avec la pensée nazie.

Elle serait née avec le romantisme du début du 19ème siècle, comme une réaction à la transformation de la société, aux bouleversements sociaux qui érodent la situation de la bourgeoisie et de l’aristocratie terrienne, et contre les idées qui sont à son origine, celles des Lumières. Elle s’est nourrie des frustrations et des épreuves subies par des hommes malmenés, méprisés, massacrés, divisés, pendant des siècles, par les événements de l’histoire, et qui aspiraient à retrouver la gloire de leur passé, et à fonder une nation.
Au progrès, et à l’espoir de l’avenir radieux promis par les Lumières, ils préfèrent le retour vers une sorte de paradis perdu, le Moyen-âge, époque où l’Empire Germanique est le défenseur des valeurs de l’Occident. À la raison, à la science, à l’individualisme, à l’urbanisation, au libre échange, au matérialisme, on oppose l’émotion, l’intuition, le corporatisme et le protectionnisme, le paysan comme source du bien, l’enracinement dans une culture commune, le « peuple » comme essence génératrice de l’individu le liant au « cosmos ».
C’est un mouvement bourgeois, élitiste, dont le vecteur principal a été l’intellectuel, l’enseignant, massivement victimes du chômage.
L’antisémitisme est son compagnon de route. Parce que le juif est un agent du progrès, et l’exécuteur des basses œuvres du capitalisme ? Parce qu’on jalouse sa réussite et on veut la lui voler ? Mais la question demeure théorique. Les Juifs sont vus par certains comme un peuple, qui doit vivre une vie séparée, voire rejoindre un concert des peuples. Pour d’autres, le Juif peut s’assimiler. Curieusement les Juifs sont attirés par le mouvement Völkish, ils envoient leurs enfants dans ses écoles, la pensée sioniste paraît s’en être inspirée. Était-ce une tentative crédible de réponse à des aspirations largement partagées ?
D’ailleurs, il semblerait que la révolution Völkish ait été perçue comme une révolution de la pensée, à l’image de la réforme de Luther. Utopie ? Mais elle faisait peur : elle refusait le capitalisme, donc l’édifice social.
Pourtant Hitler en a fait une réalité. Il a raccroché le mouvement Völkish aux deux composants de la société qui en étaient exclus : les masses et le grand patronat. Il a réalisé la « révolution allemande » attendue par les Völkish, mais sans bouleversement social inacceptable. L’axe du mal était le Juif. L’avènement du paradis germanique ne demandait rien de plus que son élimination.
Les sympathisants Völkish se sont ralliés au nazisme, à contrecœur et faute de mieux.
Commentaires :
Notre vision de la pensée Völkish est biaisée par son destin effrayant, et ses aspects ridicules (le Moyen-âge, les opéras de Wagner…). On en a fait une malédiction qui se serait abattue sur une Allemagne bouc émissaire. Une telle horreur n’est-elle pas inhumaine ?
Or ses idées sont présentes partout, depuis longtemps. Le romantisme c’est le bien, n’est-ce pas ? Et puis, à regarder de près les concepts fondateurs de la philosophie allemande, de sa sociologie, de son économie… une pensée que nous admirons tant aujourd’hui et qui a tant inspiré la pensée mondiale d’avant et d’après guerre, ne retrouve-t-on pas ceux de la pensée Völkish ? Mieux, les films de Capra ou ceux de Clint Eastwood ne nous montrent-ils pas des héros Völkish, des gens simples venus du peuple, de la campagne, aux convictions chevillées au corps… qui ramènent dans le vrai et le bien une société décadente, corrompue par l’illusion intellectualiste ? L’affrontement entre la France d’en haut et la France d’en bas, entre ceux qui pensent et ceux qui ressentent, entre Barack Obama de Harvard et Sarah Palin d’Alaska, n’est-ce pas la même chose ?
D’ailleurs, aussi terrible que cela puisse paraître, la solution qu’a trouvée Hitler aux aspirations allemandes n’était-elle pas la seule qui était acceptable à la société de l’époque ?
C’est peut-être parce que l’histoire est écrite par les vainqueurs que nous la voyons comme une progression ininterrompue vers la lumière. Mais ce fut un changement terrible, auquel a tenté de s’opposer une énorme majorité de la population mondiale, sa victime. (Si un grand nombre d’Allemands se sentait Völkish, beaucoup d’autres épousaient les thèses marxistes : ça laisse peu de monde pour défendre nos valeurs actuelles…)  Depuis le 17ème siècle notre histoire n’est que révolutions. Révolution anglaise, Révolution française, Communisme (Russie, Europe de l’Est, Chine…), Nazisme, et peut-être Consensus de Washington, avènement du capitalisme sur terre. Succession d’utopies désastreuses, de pestes sociales ?
Et si la cause de ce changement était la « raison » ? L’homme a cru qu’il devait construire le monde selon ce que lui dictait sa raison. Il n’a pas vu les conséquences de celle-ci. Comme le disait un romantique, triste victime du changement, Tocqueville :

tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps (…) dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel.

Et si notre histoire était celle de la découverte que la raison a des conséquences imprévues ? Et si, pour accepter cette réalité, cette raison avait eu besoin d’inventer les moyens de mesure des dites conséquences ? Et si le développement durable n’était rien d’autre que cela : la tentative de créer un monde qui obéisse à la raison, mais sans que cela ne nous retombe sur le nez ? 

Teddy Goldsmith

Rediffusion d’une interview de Teddy Goldsmith, qui est mort récemment, et que je découvre. Il semble avoir pensé que pour éviter la destruction de la terre, il fallait en revenir à des modes de vie primitifs. Réflexions suscitées par ses paroles :

  1. J’ai d’abord pensé à la segmentation dont parle Comment convaincre ?. Il représente le segment qui est convaincu que tout ce que fait l’homme est mauvais. Pour ma part, je représente celui qui croit que la situation est mal partie, mais qu’il y a un espoir. Plus exactement, il me semble qu’on ne peut pas changer le cours des choses aussi radicalement qu’il le désirait ; mais on peut l’infléchir, dans une direction qui nous évite les plus grosses déconvenues. (C’est l’enseignement n°1 de mon expérience.)
  2. Comme il le dit, la notion de « progrès », l’idée que l’histoire n’est qu’amélioration permanente, est douteuse. On gagne et on perd, et on perd souvent beaucoup. Un exemple : le succès planétaire du modèle du boutiquier, qu’a modélisé Adam Smith, qui a terrassé les cultures les plus admirables (la chinoise ou celle de la Princesse de Clèves, par exemple), et essoré la planète. Comme l’a dit Jay Gould, et comme le démontre chaque jour la politique, ce n’est pas toujours le plus sophistiqué que la sélection naturelle récompense. L’être simple qui a une grosse motivation, et qui est (ou parce qu’il est) peu gêné par une pensée complexe, a un avantage concurrentiel certain. On n’est pas loin de ce que pensaient Hitler et les Darwinistes sociaux de la bulle Internet : de temps à autre, le frustre et rustique, plein de vie, balaie la culture la plus raffinée.