Hegel

Voici ce que j’ai compris (ce qui n’est pas une grande garantie). Le projet de Hegel c’est d’achever la philosophie. La philosophie ? Apporter « à l’homme la sagesse (…) c’est à dire la possibilité de se conduire d’une façon telle qu’il soit possible d’être à la fois libre et raisonnable« . La philosophie fait l’hypothèse fondamentale de la raison. Et Hegel pousse cette hypothèse à sa conclusion logique.

En quelque sorte il rejoint mon expérience de ce qui bloque le changement : on a tout en main, mais pas dans le bon ordre. Il reprend donc les idées qui ont émergé dans l’histoire, depuis Platon jusqu’aux Lumières, et il les remet en ordre. Comment ? Par un coup de génie. Ce qui semble s’opposer, comme l’être et le néant, ne sont que des étapes dans un processus de transformation qui aboutit à un être de raison, libre. Ce mécanisme, c’est la dialectique. On vit, puis on prend conscience que l’on vit, et, finalement, on apprend à faire ce que l’on veut de sa vie. C’est la raison qui le permet. L’homme doué de raison obtient exactement ce qu’il désire. Ce qui est la définition de la liberté. Ce processus n’est, d’ailleurs, pas individuel. C’est l’évolution de la société, mondiale, qui apporte à l’homme les conditions nécessaires de sa transformation. Cette évolution, c’est l’histoire. Une fois les nations fusionnées et l’humanité correctement organisée, et l’homme devenu rationnel et donc libre, ce sera la fin de l’histoire. Nous n’en sommes pas loin.

Dialectique

1) Je suis déprimé. 2) J’en prends conscience. 3) J’adopte une contre-mesure qui rectifie mon comportement. Je me vois de l’extérieur et agis sur moi comme si j’étais quelqu’un d’autre. Il se pourrait qu’il y ait là ce qu’Hegel appelle la « dialectique ». C’est en trois temps :

  1. « En soi » : je me comporte d’une certaine façon, sans en être conscient. 
  2. « Pour soi » : je prends conscience.
  3. « En soi et pour soi » : j’agis, en connaissance de cause. 

SNCF. Je prends des décisions qui semblent ressortir à ma mission. Je réalise que je cours à la faillite. J’en comprends le mécanisme, et j’agis. C’est surtout un procédé d’analyse du changement. Exemple. Les combattants de l’effet de serre ont concentré leur action sur la prise de conscience. Mais ils n’ont pas cherché à comprendre les mécanismes d’un changement social, ce qui les rend impuissants.

Ce procédé n’est pas utile qu’au traitement des pathologies de l’existence : en découvrant son potentiel, on peut aussi vouloir en tirer parti.

Histoire et changement

Marx, Hegel et les néoconservateurs pensaient qu’il y aurait une fin de l’histoire (la Nouvelle économie des années 90, pour ces derniers). C’est une curieuse idée. Cela signifie en fait que l’homme est maître de son sort. Une fois qu’il aura adopté le « bon modèle », il vivra en paix, au paradis.
Or, ce n’est pas l’homme qui fait le monde. Il est façonné par des forces indépendantes de lui. D’ailleurs même lorsqu’il est en grande partie responsable de son sort, il transforme ce qui est nécessaire à la bonne marche de la société, de ce fait la société elle-même. Le paradis n’est pas une solution stable.
La destruction créatrice est probablement un meilleur modèle du sort de l’homme. Notre société est confrontée à des mécanismes qui menacent de la disloquer, mais qui, en même temps, lui permettent d’évoluer. Elle doit se réinventer en permanence. 

L'histoire peut elle avoir une fin ?

Les Anglo-saxons ont proclamé « la fin de l’histoire ». Leur modèle culturel avait gagné pensaient-ils. Au fond, il n’y a rien de nouveau. Beaucoup de religions annoncent leur victoire définitive, et l’arrivée de Dieu sur terre. Hegel et Marx avaient probablement une idée de ce type là en tête. Ainsi que les Nazis. L’utopie doit être une pathologie sociale.

Pour sa part Kant prévoit une fédération mondiale de cultures qui se stimuleraient les unes les autres. C’est plus malin. La terre deviendrait une sorte d’écosystème de cultures, qui se complètent et évitent aux unes et aux autres de croire à la fin de l’histoire ? Mais n’est-ce pas aussi une fin de l’histoire ? Pas forcément. Il me semble que Schumpeter a vu juste quant il a parlé de destruction créatrice. Mais à condition de ne pas la limiter au capitalisme. Nous sommes soumis à des bouleversements permanents. Ils nous demandent de nous adapter. De nous transformer. De ce fait, l’histoire ne peut pas finir. En attendant, il serait bien que l’on se méfie des utopies…

Hannah Arendt

Je me suis interrogé sur Hannah Arendt : haïssait-elle le monde ? Je ne pouvais pas plus me tromper. Sa devise était « amour du monde » ! Hannah Arendt m’a certainement donné une grande leçon. Une leçon qui est peut-être au centre de sa pensée. Mon erreur n’était pas dans l’interprétation de son livre, mais dans celle de ses intentions. Voilà ce qui arrive lorsque l’on est intellectuellement paresseux. La paresse intellectuelle est le mal banal qui nous entraîne sur la pente douce du mal absolu.
Le plus étrange est qu’à mesure que je lisais la vie d’Hannah Arendt, je découvrais qu’elle a écrit ce blog. Apparemment, à probablement pas grand-chose près, nous avons les mêmes obsessions. Toujours est-il que la pensée d’Hannah Arendt est étonnamment explosive. Elle contredit tout le prêt à penser moderne. Elle a révélé à la société de son temps ses petits arrangements coupables. Comme moi, celle-ci a réagi brutalement.

Eichmann et la banalité du mal
Il n’est pas étonnant que les déclarations d’Hannah Arendt sur Eichmann aient été mal reçues ! Ce n’est pas ce qu’elle écrit d’Eichmann qui compte. (Eichmann est un pauvre type qui n’avait pas les capacités de comprendre ce qu’il faisait.) Mais c’est son opinion sur l’attitude de la communauté juive. Hannah Arendt dit d’elle ce que l’on dit de la France : son élite dirigeante a facilité le travail des nazis. Et cela en pensant faire le bien, ou un « moindre mal ». Or cette élite dirige Israël ! Et le procès Eichmann est une manœuvre politique de Ben Gourion, qui par ailleurs a des accords avec l’Allemagne (qui lui livre des armes).
On entre de plein pied dans la théorie d’Hannah Arendt. L’homme est conditionné par sa communauté. Les nazis ont réalisé le mal absolu en détruisant les conditions qui font de l’homme un homme digne de ce nom. C’est pour cela que tous les peuples ont réagi de la même façon à leur influence. Le seul antidote au mal est la pensée et le jugement. C’est à la fois le doute quotidien, le refus du prêt à penser et des bons sentiments. Mais aussi chercher, contrairement à ce qu’a fait le monde d’après guerre, à comprendre pourquoi nous avons basculé dans le mal absolu. Tant que nous ne connaîtrons pas les causes du totalitarisme, il nous menacera.

La société contre le politique
J’avais correctement compris que la grande affaire d’Hannah Arendt est la lutte entre la société et le politique. Le politique doit s’entendre au sens grec du terme. C’est le débat dont émergent les directions que doit suivre la cité. C’est ce débat permanent entre égaux qui fait l’homme. L’homme a donc besoin d’une « pluralité » d’hommes pour se constituer. Il ne peut devenir lui-même que par « l’action » au sein d’une collectivité. Le droit de l’homme premier est donc d’être membre d’une communauté.
L’évolution historique de la société la montre occupée à détruire le politique, afin de faire de l’homme une chose gouvernée par ses besoins physiologiques. Exemples ? La glorification du travail par Marx, travail qui jusque-là était l’apanage des animaux ; l’égalité des femmes, qui si elle ne s’inscrit pas dans un combat politique servira une forme d’asservissement. (Autre exemple : l’attaque récente contre l’Etat et les politiques, au nom du marché ?)

Science du politique
Hannah Arendt voulait établir une science du politique. Je ne sais pas si elle a réussi. En tout cas, voici quelques idées que j’ai retenues.
Comme Kant, et contrairement à Hegel, elle pense qu’il n’y a ni fatalisme, ni détermination. L’histoire n’est pas écrite, c’est l’action quotidienne qui la fait. Comme Kant, elle est contre la raison pure, et pour la raison pratique. Elle oppose la « vérité des faits », à la raison. La raison nous enthousiasme pour des idées abstraites, coupées du sens commun qui se construit par la discussion. C’est au nom de ces idéologies que l’homme détruit l’homme. En revanche, les hommes ou les sociétés possèdent au fond d’eux une richesse qui leur est particulière (par exemple l’idée du politique chez les Grecs ?). C’est elle qu’il faut préserver. C’est l’interaction de ces « richesses » humaines qui permet la créativité du débat politique.
Le totalitarisme commence par une combinaison élite / masse. L’élite pense de manière mécanique. Elle suit une idéologie. La masse, si je comprends bien, diffère du peuple en ce qu’elle est faite d’individus indistincts, il n’y a plus de communautés. Elite et masse ont en commun, donc, de ne pas penser, de ne pas être capables de juger. Juger ne demande ni un haut intellect, ni une connaissance des sciences de la morale. Mais un questionnement systématique, une conversation permanente avec soi-même, et la volonté de prendre des décisions avec lesquelles ont pourra vivre. De manière plus technique, Hannah Arendt pense que juger, c’est se vider (de ses préjugés). On voit alors le bien et le mal, comme on voit le beau et le laid en art. (D’où référence aux travaux de Kant sur l’esthétique.)
L’éducation est un sujet important. De même que chaque action est une renaissance et une réinvention de la société, l’enfant est la source ultime d’innovation. Il ne doit donc pas être endoctriné. Ses différences, sa connaissance de la culture à laquelle il appartient et sa capacité à raisonner doivent être développées (idées de Herder).
La reconnaissance de l’importance du groupe comme condition nécessaire de l’être humain pose un problème curieux. Elle contredit la prééminence des droits de l’homme, puisque ceux-ci sous-entendent que l’individu est une sorte d’électron libre. En outre, pas de droits de l’homme (ou de la femme !) sans communauté pour les faire appliquer. Elle semble dire qu’une société est un assemblage de communautés. Les communautés sont des êtres moraux qui ont leurs droits. Aucune ne doit dominer les autres (comme l’UE, au fond). L’assimilation par une communauté supérieure de communautés subalternes (les Juifs en Allemagne d’avant guerre, les noirs aux USA) doit être combattue.
Autres idées curieuses. L’ambiguïté. Lorsqu’aucune solution proposée n’est satisfaisante (assimilation ou sionisme dans le cas d’Hannah Arendt), il faut naviguer entre les deux. Pensée systémique ? La non-violence, aussi. Hannah Arendt pensait que la violence était une manifestation d’impuissance. Qu’en cas de difficultés, il fallait sonder les ressources de la non-violence en premier.

Hannah Arendt le néoconservatisme et la pensée française
On finit dans l’anecdote. Contrairement à ce que je pensais, Hannah Arendt était anti-neocon. Mouvement dont elle a rencontré les fondateurs en Allemagne (Leo Strauss). Pour elle, les néoconservateurs combattaient le totalitarisme par le totalitarisme. Plus exactement, ils faisaient de la démocratie un concept totalitaire.
Hannah Arendt connaissait très bien la France, pour y avoir vécu. Elle a soutenu Daniel Cohn-Bendit, dont les parents avaient été ses amis. Elle pensait qu’en voulant secouer la rigidité des règles administratives de son université, il avait failli faire tomber un Etat étrangement fragile. Pour elle, le plus grand penseur français était Camus. Quant à Sartre c’était une sorte de néant. Une pensée pseudo hégélienne incohérente, qui s’était raccrochée au Marxisme, avec lequel elle n’avait rien à voir, pour pouvoir dire quelque chose.

Aliénation

J’entendais, dimanche matin, Pierre Rabhi parler d’aliénation à France Culture. Ce qui m’a fait penser, qu’il y a eu une mode chez les philosophes post hégéliens de l’aliénation. Aliénation ? Un terme technique qui signifie que l’homme a perdu sa liberté, et surtout qu’une chose s’en est emparée, la religion, par exemple.

Au fond cela n’a rien d’une considération abstraite. Il suffit d’ouvrir la radio pour entendre un économiste nous dire qu’il faut absolument améliorer la compétitivité de notre économie. Autrement dit, les intérêts de l’économie sont premiers. Le bonheur de l’homme est supposé être assuré par la main invisible du marché, selon l’expression élégante d’Adam Smith. Marx nomme ceci « aliénation économique ».
Mais l’économiste n’est pas le seul à en vouloir à notre liberté. Marx n’a-t-il pas aussi désiré pour nous la dictature du « prolétariat », une abstraction sans réalité tangible ? Et que dire de l’écolo, qui aimerait faire obéir l’homme à la « nature » (encore une abstraction) ?
Je me suis longtemps demandé pourquoi tout ce monde, qui se dit amoureux de la liberté, accepte d’être asservi. (Je pense en particulier aux Américains.) J’en suis arrivé à croire que ces théories s’appliquent à nous, mais pas à lui, qui tire nos ficelles. L’homme, le vrai, est libre. 

Les sources du nazisme

Le hasard fait bien les choses ? Lancé par notre discussion sur K.Lorenz sur la piste des courants de pensée qui ont inspiré le nazisme (Konrad Lorenz ou l’âge de ténèbres ?), je suis tombé nez à nez, lors d’une attente de RER, avec un hors série de Philosophie(février – mars) dont le sujet est « les philosophes et le nazisme ».

Une forme de système

Le nazisme est sorti d’un courant de pensée profond et relativement homogène. Aucun penseur allemand n’aurait été fier d’un disciple comme Hitler, cependant les thèmes du nazisme lui auraient été familiers. Ce qui peut expliquer que tant de monde ait pu s’y retrouver, ou même penser l’influencer (Heidegger et Carl Schmidt ?).

La pensée allemande a été une réaction à la brutale transformation de la société amenée par la Révolution industrielle. De ce fait, elle s’est bâtie contre les causes de cette transformation : les Lumières et le progrès. Elle a trouvé le salut dans une forme de fondamentalisme. Une vision fantasmée de son passé, mélange d’influences multiples dont certaines remontent à très loin. L’Allemand appartiendrait à une race élue et persécutée qui doit régénérer le monde. Sa langue, d’ailleurs, est celle des origines (une idée que l’on retrouve chez Heidegger).

D’une certaine façon, une sorte de régression se serait jouée au moment de la transition entre Kant et Hegel. Hegel rejette la raison de Kant et en revient à la métaphysique (il suffit de suivre son cœur pour faire le bien). Quant à Nietzche, il est tellement provoquant qu’il est aisé de se méprendre sur ses propos.

Lorenz et les thèmes du nazisme

À l’individu, universel, et à la raison des Lumières, la pensée allemande oppose donc l’espèce et une forme de mission divine, et la croyance que « la force seule crée le droit ». à noter que qui dit race, dit amélioration de la race (au sens troupeau du terme), i.e. biologie et eugénisme.

Curieusement, comme dans la théorie de l’agressivité de Lorenz, cette société est « anti », français, révolutionnaire, libéral, sémite…

Que Konrad Lorenz semble aussi marqué par un courant de pensée qui a mené au cataclysme, signifie-t-il que l’on doive condamner ses travaux ? Jacques Taminiaux parlant d’Heidegger : « tous les grands noms de la pensée européenne se sont confrontés à Heidegger. Leur œuvre est née dans cette confrontation. » Une idée à reprendre concernant la pensée de Konrad Lorenz : utile comme stimulant, mais non comme fin ?

Compléments :
  • Billet inspiré notamment par : Une histoire allemande de Georges Bensoussan (fondements de la pensée allemande d’avant guerre) ; Nietzsche le dynamiteur de Yannis Constantides ; Pensée juive et pensée allemande de Luc Ferry (Hegel) ; Jacques Terminiaux : La philosophe est-elle soluble dans le nazisme ?
  • Tout ceci est assez cohérent avec les conclusions que j’avais atteintes jusqu’ici. Sur ce blog, revues de livres : Heidegger pour les nuls, Kant pour les nuls, Kant et les lumières, Nietzsche, Troisième Reich (George Mosse et le mouvement völkisch), Le savant et le politique (Max Weber). 

Du néoconservateur et de la dialectique de Hegel

Le néoconservateur (cf. Neocon) rejette le relativisme de gauche, en affirmant qu’il existe des civilisations supérieures (la sienne).

Bizarrement, Kant et les Lumières semblent avoir donné une solution à cette question il y a deux siècles : le fédéralisme. Le monde doit être construit sur des cultures différentes, qui se stimulent mutuellement, du fait de leur différence. (Kant parle de « paix armée ».)
Et les USA montrent comment des religions naturellement en conflit peuvent cohabiter sans s’affronter. Le tout est de penser que l’union vaut mieux que la guerre, et que, pour le reste, il y a toujours un moyen de s’arranger.
Curieuse illustration de la dialectique de Hegel : thèse (relativisme), antithèse (supériorité des civilisations), synthèse (fédéralisme, il faut de tout pour faire un monde).
Compléments :

Y a-t-il des civilisations supérieures ?

M.Guéant affirme qu’il existe des civilisations supérieures. Question de « bon sens ». Le mien ne s’y retrouve pas. Qu’est-ce qu’une civilisation ? Comment classifier des civilisations ?

Curieusement, les penseurs allemands ont opposé « culture » et « civilisation ». La première était caractérisée par sa dimension sociale, la seconde était la création des droits de l’homme, un réseau d’individus reliés par contrats. La « civilisation » était le mal.

J’aurais tendance à penser, avec les ethnologues, que la seule notion un peu claire est celle de « culture ». C’est-à-dire les règles (majoritairement implicites) qui guident les comportements collectifs d’un groupe. Nouvel écueil. Dès qu’il y a groupe, il y a culture. En particulier, on parle de « culture d’entreprise ». De quelle culture s’agit-il ? M.Guéant pense peut-être « culture nationale », ou extranationale. Sa civilisation serait-elle celle de l’Occident ? Mais l’Occident n’est pas homogène ! Le nord de l’Europe rejette le sud, paresseux, « anglo-saxon » est souvent un terme injurieux, les USA sont fondés sur le rejet de la « culture » européenne… Même la science n’est pas une valeur universelle : une grosse partie de l’Amérique est créationniste. À moins d’en revenir à la définition allemande de civilisation : notre point commun est l’individualisme ? Mais y a-t-il accord sur ce que signifie « individualisme » ?

Et puis comment démontrer qu’une culture vaut mieux qu’une autre ? Les civilisations grecques et romaines ont cédé à leurs vices de forme et aux invasions « barbares ». Les vagues des « sauvages » indo-européens ont balayé des cultures sédentaires. Qui était supérieur ? Les « sauvages », comme le pensaient les Allemands d’avant guerre, ou les sociétés qu’ils ont asservies, probablement plus proches des nôtres ?

Plus prometteur : certaines cultures ont exercé un attrait sur les autres. La modernité occidentale et l’avantage (parfois militaire) qu’elle apportait a fasciné. Mais est-ce toujours le cas ? Les révolutions arabes, par exemple, paraissent motivées par le désir de remplacer des élites occidentalisées par une société islamique.

Dernière tentative : quitte à être individualiste, dans quelle culture l’homme trouve-t-il le mieux son compte ? Bizarrement, ici, les scientifiques semblent proches de Jean-Jacques Rousseau : la société n’est pas bonne pour la santé. Si elle a protégé l’espèce, elle contraint ses membres à des « changements » extrêmement douloureux.

En fait, notre culture nous façonne, elle nous dicte le comportement nécessaire à la maintenir en vie. C’est probablement pour cela que la plupart des peuples se désignent, eux-mêmes, comme « les hommes ». Ainsi, pour les Chinois anciens, ne pas connaître les rites est être « barbare ». Alors, M.Guéant a-t-il retrouvé un réflexe vieux comme le monde, celui du « nous » contre « eux » ?

Et si l’on mettait le doigt là, paradoxalement, sur quelque chose qui nous est propre ? Et si l’innovation occidentale, celle des Lumières, celle qui explique à la fois la création des USA et la pensée de Kant ou de Hegel, était l’idée qu’il n’y a  pas « d’eux » et de « nous » ? Que notre avenir est une fédération de cultures qui s’enrichissent mutuellement ?

En fait, M.Guéant a repris littéralement la théorie du « droit naturel » des néoconservateurs. Son principe est que ce à quoi tiennent les néoconservateurs sont des valeurs supérieures. C’est ce que comprend, dans un flash, tout bourgeois assistant devant sa télévision aux émeutes de 1968. Malheureusement, il n’est pas certain que cette « civilisation » d’angoissés attachés à leurs avantages acquis ait quoi que ce soit de supérieur, de séduisant ou même la moindre capacité à survivre à la marche du temps. 

Logique de la gauche

Un tortueux enchaînement de pensées m’a amené à me demander si la gauche n’est pas une machine à nous imposer de beaux principes théoriques. Mais y a-t-il une logique derrière ces principes ?

L’insistance sur le droit des immigrés signifie probablement que la gauche pourrait en avoir contre la notion de citoyen, donc de nation. « Droits de l’homme » signifiant l’impossibilité de tout édifice social ? Idéal d’Hegel et de Marx d’une fin de l’histoire où tous les hommes seraient frères ? Mais pourquoi alors cette insistance sur la culture, concept social par excellence ? La gauche penserait-elle qu’il y a une culture unique, qui serait celle de la société finale ?

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