Harcèlement moral

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Tout se passe comme si le mal voulait détruire le bien. Et ce parce que le mal ne pouvant faire le bien, il veut qu’il soit impossible. Ce livre, de 98 !, est extrêmement troublant.

Le harcèlement, c’est l’affaire du « pervers narcissique ». Le pervers narcissique est un défi à l’entendement. Ce qu’il fait est inconcevable pour notre culture. C’est un vampire. Il se nourrit de la destruction de l’identité de l’autre. Mais il y a pire : il fait de nous ses comparses ! Non seulement il met la société de son côté, mais il l’entraîne à s’acharner sur sa victime. Tous pervers ! Même la psychiatrie classique est complice ! Elle considère la victime comme masochiste, alors que c’est un altruiste, souvent quelqu’un de doué et de brillant, qui veut contrebalancer par le bien le mal qu’on lui a fait dans son enfance. Elle s’est fait prendre au piège du pervers parce qu’elle a voulu l’aider. Ce piège, c’est l’emprise. Le pervers joue sur une faille de sa victime, qu’elle rend coupable de sa déchéance. Plus elle s’enfonce, plus elle croit que c’est de sa faute ! Le pire, dans cette histoire, il n’y a que du pire ici, est que le pervers n’a besoin que d’un bouc émissaire, il est (exceptionnellement) charmant pour le reste de la société.
Le harcèlement est une « pathologie sociale », au sens de Durkheim. Une société qui permet tout, tolère tout, laisse faire… génère et stimule les comportements déviants, dit l’auteur. 
Changer
Certes, mais que faire en attendant que la société reprenne ses esprits ?  La victime peut-elle se tirer de l’emprise du pervers ? Cela semble quasi impossible. Il faut qu’elle comprenne qu’elle est une victime, et qu’elle n’est pas en face d’un être humain, mais d’un « vide« . La perversion narcissique, comme son nom l’indique, est une perversion de l’estime de soi. Le pervers n’a pas de « soi ». Il se nourrit de celui des autres. Deuxième étape : opposer la preuve, la règle, à l’apparence. Par l’analyse des faits, la victime doit mettre au jour la duplicité du pervers, puis utiliser le droit. Cependant, si la transformation de la victime est de son seul ressort, elle ne peut se faire sans aide, extérieure et compatissante, dit l’auteur. Et ce type d’aide est rare.
Comment reconnaître un pervers, sachant qu’il n’a pas son pareil pour nous apparaître en victime ? De même que les vampires n’ont pas d’ombre, il peut être trahi par le fait que, à l’opposé de la véritable victime, il est totalement dénué d’empathie.
(Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral, Pocket, 1998.
Compléments : la victime, l’emprise, le narcissique.)

L'enfance d'un prédateur

On m’a raconté l’histoire suivante. Un adolescent est expulsé de son lycée, pour cause de comportement (vaguement) illicite. (Le nouveau directeur voudrait-il améliorer le taux de succès de son établissement au bac ?) Par ailleurs on constate que l’enfant semble naturellement doué pour exploiter les failles humaines. Ce qui pourrait le prédisposer à être un prédateur ou « pervers narcissique ». 

L’éducation nationale, fabrique du prédateur ?
Je crois avoir compris comment on fabrique des prédateurs : on ne leur dit pas « tu ne fais pas bien », mais « tu n’es pas bien ». Dans ces conditions, l’individu concerné par ce jugement ne change pas, puisqu’il croit qu’il ne peut pas changer. En même temps il n’est probablement pas possible de vivre si l’on pense « ne pas être bien ». Sentiment d’injustice. Mais il découvre qu’en suivant ses penchants, il peut avoir de grandes satisfactions. Or, ne pas bien faire, c’est aller contre la société. Or, c’est cette société qui rend possible la condition d’être humain. Ne pas bien faire c’est devenir un prédateur.  
Mais c’est peut-être bien d’être un prédateur ! me direz vous. Après tout; il éprouve une grande satisfaction à causer le malheur. Il se nourrit de ses proies. Dans notre monde d’angoisse, le prédateur est peut-être le seul homme heureux ! Je ne le crois pas. 1) Il est possible que son bonheur, malsain, ne soit pas de la même qualité que celui des autres (on n’a probablement pas inventé mieux que l’amour) ; 2) le prédateur crève misérablement quand il n’a plus de proie. Soit qu’il n’ait plus la force de chasser, soit que ses proient l’aient isolé.
Il faut donc aider les prédateurs à découvrir que les règles de la société ne sont pas inamicales…

(Et cela c’est un grand changement, en premier lieu pour notre corps enseignant. Issu des nobles idées de 68, il produit industriellement le prédateur en pensant le combattre.)

Harcèlement

Un ami me raconte l’histoire suivante. Une de ses filles est une élève d’un caractère réservé. Elle s’est trouvée au sein d’un groupe dont la meneuse l’a prise en grippe. Elle a monté le groupe contre elle. Le père a dû intervenir pour éviter que la situation ne devienne insupportable pour sa fille. 
Cette histoire remet en cause une idée reçue. J’avais fini par croire ce que me disait un psychologue : pas de harceleur sans harcelé. C’est une vision systémique de la société. Il n’y a pas de victime et de coupable, c’est le système que nous formons qui peut dysfonctionner. Mais, dans ce cas, il semble bien qu’il y ait aussi responsabilité individuelle.
Ce qui semble avoir déclenché le phénomène n’est pas tant les caractéristiques de l’une et de l’autre, que le fait que la fille de mon amie a remis en cause la ligne que la meneuse voulait imposer au groupe. C’était à l’occasion d’un devoir scolaire commun, et la première a montré à la seconde que ce qu’elle voulait faire était incorrect. Et elle avait raison. 
Il y a ici trois types de comportements. 
  • La meneuse. Elle substitue sa réalité à la réalité scolaire. Et elle veut détruire ceux qui s’opposent à son bon plaisir. Autrement dit, elle tente d’installer un système totalitaire. Il serait bon de l’aider à sortir d’un schéma qui risque d’être défavorable à bien des gens, et peut-être aussi à elle-même. 
  • Il y a les suiveurs. Ils forment la masse. Eux sont dans la banalité du mal. Quelle est leur motivation ? Paresse intellectuelle ?… Là aussi, il peut-être utile de les aider à se tirer de leurs mauvaises habitudes.
  • Il y a la « victime ». Au moins, elle, elle a tenu ferme. Peut-être faut-il l’aider à construire des liens sociaux un peu forts de façon à bien se défendre si elle se retrouve dans une même situation ?
Autrement dit, je pense que la méthode belge, qui consiste à dire au groupe : vous avez un problème, réglez-le par vous même, n’est pas tout à fait la bonne. Il y a probablement aussi besoin d’une aide extérieure, qui permette de faire comprendre à chacun les conséquences de son comportement actuel. Et qui l’aide à se transformer. 

Harcèlement : no blame

Harcèlement d’enfant dans une classe belge. Réponse ? « No blame ». Au lieu de chercher un coupable, on demande aux enfants de trouver, entre eux, comment améliorer la situation
« Les élèves avancent « des actions pleines de bon sens ». Exemple : « On a un travail par deux à faire pour le cours de français : je vais lui proposer de se mettre avec moi. » Ou : « On prend le même bus. Je peux faire le trajet avec elle jusqu’à l’arrêt. » Les harceleurs aussi proposent des choses : « Je vais peut-être arrêter de lui dire ceci » ou « Je ne vais plus lui parler ». »
Et tout, apparemment, entre dans l’ordre. (Article.)

Illustration d’un raisonnement systémique. Le groupe forme un « système ». Il n’y a pas de harceleur sans harcelé. « No blame » consiste à passer de la perspective individuelle à la perspective systémique : qu’est-ce qui ne va pas dans le fonctionnement de notre groupe ? Résoudre cette question devient impersonnel.

La systémique change notre vision du monde. Le terrorisme, par exemple. L’esprit non systémique cherche un coupable : le terroriste, porteur du mal. Nous ne devons pas lui donner raison. La systémique, elle, pense que le terrorisme est une pathologie sociale. C’est le système qui produit le terrorisme. En conséquence, au lieu de renforcer le système, il faut le changer. Les limites à la croissance du Club de Rome sont un autre exemple du même type de raisonnement : la croissance ne nous sauve pas, mais est la cause de nos malheurs.

Oublions l’individu, pensons système ? Suite demain, à la même heure.