Les Européens souffrent, sauf en Allemagne, où tout va très bien. Ceux de la zone euro sont malheureux d’y être, mais ne veulent pas en sortir. Le libre échange est encore largement approuvé. Les Allemands ont toutes les qualités, sauf aux yeux des Grecs (et encore), et Mme Merkel est universellement louée pour ses décisions.
Étiquette : Grèce
Mme Merkel leader du changement européen
Je disais hier que Mme Merkel voulait nous changer. En fait, techniquement parlant, elle est dans une situation compliquée.
Un scénario crédible d’évolution de la zone euro serait un décrochage de la Grèce suivi d’une action violente de protection du reste de la zone. En effet, la 2CV grecque pèse peu dans les comptes allemands, elle ne peut faire des dommages qu’à la France. Par contre, les banques allemandes sont très implantées en Espagne.
Compléments :
Europe : l’heure du dénouement ?
Cela semble commencer à chauffer dans la zone euro : non seulement, la Grèce paraît avoir choisi l’anarchie, mais les banques espagnoles prennent l’eau. Si l’Espagne vacille, les nations du sud vont la suivre, et le système bancaire européen va passer un mauvais moment.
- Quant aux anglo-saxons, ils se réjouissent de la dislocation de la zone euro, projet donquichottesque : The Funniest Graph I’ve Ever Seen About Why the Euro Is Totally Doomed – The Atlantic
Mme Lagarde et les impôts grecs
Difficile de juger de la situation grecque à distance. Cependant, je tends à penser que Mme Lagarde a raison de rappeler aux Grecs qu’ils auraient infiniment plus de légitimité à se plaindre s’ils balayaient devant leur porte, en payant leurs impôts. Comment avoir confiance en une société qui ne respecte pas les lois qu’elle se donne ? Appartenir à un groupe (la zone euro, en l’occurrence) sous entend la responsabilité.
- La critique de Mme Lagarde s’applique d’ailleurs aussi à la France, qui a laissé filer son déficit.
- Ce qui est étonnant, par ailleurs : pourquoi les pauvres Grecs préfèrent-ils réclamer de l’argent aux Européens plutôt qu’aux riches Grecs, à qui profite massivement la fraude fiscale ? Le pauvre Grec est exaspéré et appelle à l’aide, il n’est pas capable d’une pensée plus sophistiquée ? La fraude est une pratique culturelle impossible à remettre en cause ? Les partis politiques grecs sont acquis aux riches ?…
Le Crédit Agricole peut-il être coulé par Emporiki ?
Quel risque fait courir une faillite de la Grèce au Crédit Agricole, qui y possède une filiale ? Pas facile de le dire. On parle de 7md€. (Mais il y a déjà eu des provisions, sont-elles incluses dans ces 7md ?) Ce niveau de pertes, qui devient ordinaire chez les traders, ne devrait pas menacer sa survie (par ailleurs le CA appartient à 55% à ses caisses régionales, si j’ai bien compris).
- Emporiki, L’enfer grec du Crédit Agricole, Enquête (Les Echos)
- La Grèce fait plonger le Crédit Agricole
- La Grèce fâche le Crédit Agricole et ses actionnaires – LExpansion.com
- En fait, toutes les banques ont suivi le même mouvement, c’est pour cela qu’elles sont contraintes au repli.
Attention au tsunami grec ?
Comment la Grèce pourrait-elle se maintenir dans la zone euro ? Les Grecs retirent leurs économies de leurs banques, ce qui menace de les mettre en faillite. Bien pire, ce pays ne semble avoir aucun parti politique sérieux.
Doit-on aider la Grèce à sortir de la zone euro ?
J’entendais hier un interviewé du Journal de France Musique dire que, si la Grèce partait de la zone euro, ce serait le chaos pour elle et pour nous. Elle deviendrait une zone de non droit, une aire de guerre civile, la plaque tournante du vice et du crime.
M.Hollande, sauveur de l’humanité ?
Je n’aimerais pas être à la place de M.Hollande. Grosse responsabilité. La planète semble l’attendre en sauveur.
Avec des parties de la zone euro broyées par la récession et le chômage de masse, beaucoup regardent avec espoir du côté de M.Hollande (Charlemagne: Going for growth, but how? | The Economist)
Le pire est que, probablement, la transformation n’attend qu’un catalyseur. Il n’y aura pas d’excuse à l’échec :
- À gauche comme à droite, de la BCE à l’Allemagne, en passant par la Grèce et l’Espagne, et l’Amérique, tout le monde pense qu’il faut aller de la rigueur à la relance. À gauche, on voit F.Hollande comme l’hirondelle qui va faire le printemps socialiste. À droite (Markel et Rajoy), il est probable qu’on l’attend pour pouvoir changer de politique sans paraître changer d’avis.
- Les extrêmes sont entrés partout en force et menacent leurs pays et l’Europe de chaos. Si quelque chose n’est pas fait pour améliorer le sort de leurs électeurs, ils vont mettre leur menace à exécution : contraindre leurs nations à l’autarcie, et l’euro au démantèlement. Et là, ce sera la crise, la vraie, comme en 29. Et les marchés n’aiment pas l’incertitude, et surtout pas celle-là.
- L’économie de l’Amérique, donc la réélection de son président, a besoin d’une Europe qui marche, et qui sorte d’une rigueur suicidaire.
- Il y a accord sur la marche à suivre. Il faut emprunter sans paraître emprunter. Faire des emprunts européens, et demander à la BCE d’imprimer de l’argent. Ensuite, il faut rééquilibrer la compétitivité relative des pays de la zone euro par l’inflation allemande, pour éviter la déflation ailleurs (Message to the Bundesbank). Il faudrait aussi que l’Allemagne veuille bien stimuler sa consommation interne. Finalement, on parle de réformes structurelles. Deux tendances s’affrontent. En premier, les idées libérales : ouvrir encore plus les frontières de l’Europe, éliminer tout ce qui défend l’emploi. Mais, les opinions publiques sont-elles prêtes à entendre ces idées ? D’ailleurs, à considérer l’Angleterre, on peut douter de leur efficacité. Cependant, il y a aussi des mesures structurelles moins impopulaires et plus keynésiennes : faire fonctionner l’Europe comme un vrai marché intérieur, investir pour faciliter les échanges (grands projets européens – par exemple transport, énergie…), etc.
- The euro crisis: A winner in France, alarm in Greece | The Economist
- Des pays sortiront-ils de la zone euro ? Ce n’est plus aussi inconcevable qu’il y a quelques temps. (Spain’s woes: Those sinking feelings | The Economist)
- Mitterrand aurait dit de Gorbatchev, après avoir rencontré Reagan : « lui, au moins, il comprend ». On pourrait dire de même de Hollande par rapport à Sarkozy : Hollande: «Il n’y a aucune séquelle…» avec Angela Merkel | Slate. Mais être intelligent n’est pas suffisante pour réussir, comme l’a découvert M.Obama à ses dépens.
Avenir de l’Europe : bataille de la redistribution ?
De la Grèce à l’Angleterre, les partis extrêmes européens connaissent un printemps.
L’espèce humaine est-elle capable d’apprendre ?
Gustave Le Bon pensait que l’espèce humaine apprenait par l’expérience répétée de la catastrophe.
- Gustave Le Bon : Psychologie des foules.
- Les Lumières.
- Sur le 19ème et le libéralisme : La pensée solidariste, Que produit le libéralisme ?.
- Sur Platon et la bureaucratie triomphante : Platon pour les nuls.
- Sur le néoconservatisme grec : Homme = mal, fondement de l’Occident.
- Les modélisations de Paul Krugman : « The Deflationist: How Paul Krugman found politics ».
