Euro

La baisse de l’euro semble ébranler la journaliste qui m’annonce les nouvelles, ce matin. Je ne comprends pas. Le monde entier cherche à dévaluer sa monnaie, pour relancer son économie, pourquoi alors se lamenter d’un euro faible, qui ne peut qu’aider nos chômeurs ?
Et si c’était un moyen, maladroit, de se plaindre du manque de solidarité européen, de l’égoïsme allemand ?
Mais pourquoi l’Allemagne n’aurait-elle pas le droit de donner son point de vue ? Pourquoi serait-il fatalement moins bon que le nôtre ? N’est-elle pas fondée à dire qu’il est anormal qu’un pays puisse trafiquer ses chiffres ?
Ce que l’Europe est en train de faire, c’est de créer une jurisprudence. Une fois construite, elle servira, immédiatement, lors d’une prochaine crise. Pour cela elle a besoin de réfléchir. Ce qui demande un échange d’idées. C’est cela la démocratie.
En fait, on reproche à l’Europe de ne pas être solidaire, alors qu’elle est en train de construire cette solidarité ! Mais quand aura-t-on fini de croire à la génération spontanée (autrement dit au père Noël) ?

Espoir à l’Est ?

Dans mon bilan de santé des économies de début de crise, j’avais laissé l’Europe de l’Est dans une situation quasi désespérée (Europe de l’est : bombe à retardement ?). Que lui est-il arrivé ?
Cette situation n’était pas homogène, mais une menace planait sur beaucoup d’États : leur économie dépendait des banques étrangères, qui risquaient de se replier sur leur territoire d’origine. Vu de loin, la question semblait bien plus critique que celle de la Grèce.
Mais il n’y a pas eu de drame. Exemple de solidarité sociale, même internationale ?
  • Les États les plus touchés ont procédé à des plans de rigueur redoutables. Mais le peuple n’a pas bronché, pas plus que les fragiles coalitions gouvernementales.
  • Le FMI et la BCE, notamment, sont venus au secours des banques européennes, afin d’éviter leur désertion.

Grâce à la chance, à un sain jugement, et à une aide amicale, l’Europe de l’Est a conjuré le désastre.

Origines de la pensée grecque de Jean-Pierre Vernant

VERNANT, Jean-Pierre, Les origines de la pensée grecque, PUF, 2009. Les invasions doriennes mettent fin à l’ère mycénienne. C’est de là que naît la civilisation grecque. La société mycénienne obéit à un ordre hiérarchique rigide. Le roi a tous les pouvoirs, il contrôle tout dans le plus petit détail. Au contraire, la civilisation grecque est bâtie sur le conflit d’intérêts, mais sur le même plan. Conséquences inattendues :


Pensée grecque

Alors que les Mycéniens avaient construit un panthéon de dieux hiérarchisé identique à leur organisation sociale, les Grecs ne gardent de cet édifice qu’un souvenir vague, leurs dieux sont loin de leur vie. Leur société est faite sur le principe de l’égalité, de la complémentarité entre fonctions spécialisées et de l’affrontement d’intérêts individuels. Leur souci est d’assurer l’équilibre de cet édifice instable, dont l’ennemi est « l’hubris » (surtout vu comme soif d’enrichissement, mais que j’interprète, plus généralement, comme la folie de démesure de l’individu, qui oublie qu’il n’est rien sans la société).

Ils confient les anciennes prérogatives du roi à l’État, qui représente la communauté, le « bien commun ».
Le roi ne dit plus le droit, c’est la loi qui s’en charge, et le débat, dont le principe est la parole, la démonstration. De même, la monnaie, la force, l’écriture, la religion deviennent l’apanage de l’État, donc de tous.

La stabilité de ce monde, fait de forces antagonistes, est assurée par des principes géométriques, visant à équilibrer ces influences, et non plus par des mythes. C’est en cela que l’on peut parler de pensée « rationnelle ».

Cependant cette pensée, la philosophie, contrairement à la nôtre, ne cherche pas à agir sur la nature, mais seulement sur le groupe humain. Sa matérialisation est la cité, qui est l’image de l’équilibre. En son centre est l’Agora, symbole de l’État et du bien commun, qui appartient à tous et à personne en particulier. C’est là que se décident les affaires de l’État, et de l’individu. Autour d’elle, les citoyens (pour le Grec citoyen = homme) occupent des positions interchangeables et symétriques.



Commentaires
Je retiens de ce livre le lien entre la pensée individuelle et la structure de notre société. Notre édifice social est accompagné « de modélisations » (mythes ou science) qui en justifient l’organisation. Par conséquent, l’émergence de toutes les grandes pensées et religions, il y a 25 siècles, s’explique peut-être par l’avènement de modèles « modernes » d’organisations sociales.
D’ailleurs, inversement, comme le montre l’exemple des Lumières, l’évolution de la pensée d’une société conduit à celle de son organisation (marquée par la Révolution, dans ce cas).
Enseignement ? Penser c’est transformer l’organisation sociale. Travail de titan ! Plutôt que de prétendre penser par ses propres moyens (hubris ?), serait-il plus habile de chercher à convaincre la société de s’en charger ? De son évolution résultera, sans efforts, une pensée neuve ?

FMI et Grèce

Il semblerait qu’il y ait un différend entre gouvernants européens sur quel organisme doit apporter des fonds à la Grèce.
  • Depuis le début de la crise, les économistes anglo-saxons semblent favorables au FMI.
  • Les gouvernants français préféreraient semble-t-il une solution européenne, au motif que la zone euro se ridiculisera si elle n’est pas capable de régler ses propres problèmes.
Mais, l’Europe ne se ridiculise-t-elle pas tous les jours, du fait de sa désorganisation, de son absence de ligne directrice, d’armées, de tout ? Alors, un peu plus, un peu moins ?

Compléments :

Euro et Anglo-saxon

Depuis quelques semaines, et la crise grecque, l’Anglo-saxon discute des vertus de l’euro et de celles (qu’il préfère souvent) de taux de change flottants. Jusqu’ici la question me laissait inerte. Une idée émerge cependant :

Grèce, Irlande, Espagne et Portugal montrent en quoi un taux de change immuable est douloureux : s’y adapter demande une transformation du tissu social. Par opposition, un taux de change flottant produit, à quelques risques d’inflation près, un équilibrage automatique.

Il y a plus subtil. La zone euro doit ajuster les salaires de ceux de ses membres qui se sont décalés par rapport à ceux de l’Allemagne (Euro erreur ?). Si j’en crois ce que disent Grecs et Irlandais, cet ajustement va porter principalement sur les moins fortunés (par exemple la masse des fonctionnaires). Or, moult statistiques (cf. Inégalités françaises ?) montrent que les dernières décennies ont vu une stagnation des revenus du gros de la population, et même un appauvrissement par rapport à des critères de bien être tels qu’emploi et accès au logement. Plus on était riche, plus on s’enrichissait. Alors, s’il y a eu perte de compétitivité c’est du fait des salaires les plus élevés ?

N’est-ce pas ce que risque de montrer les ajustements que va devoir subir la zone euro ?

L’avantage d’un taux de change adaptable serait-il là : il masque une vérité inconvenante ?

Compléments :

Blues anglais

La livre est faiblarde, la presse anglaise est dépressive :

La situation des finances publiques ne serait pas meilleure que celle de la Grèce. Son gouvernement aurait dépensé inconsidérément pendant les belles années et aurait eu recours à une comptabilité créative enronienne. Il n’aurait pas su contenir un secteur bancaire, maintenant hypertrophié (4 fois le PIB du pays), et que la nation s’est épuisée à remettre à flot.

La Grande Bretagne a quatre caractéristiques inconsistantes. C’est une petite économie, ouverte, avec un secteur financier important et internationalement exposé, une monnaie de seconde division qui lui est propre, et une capacité fiscale de secours limitée. Cela lui donne une vulnérabilité unique.

À cela s’ajoute des sondages qui annoncent de plus en plus un parlement de coalition, promesse d’indécision selon les marchés.

Impasse européenne ?

Le fonctionnement de l’Europe ne semble pas être inspiré par la rigueur : les entorses grecques sont connues depuis longtemps, mais personne n’a sévi, car chacun à quelque chose à cacher. Conclusion :

C’est le péché originel de l’UE et de la zone euro : un système de confiance mutuelle, sans garde-fou, sans instances de surveillance, sans l’autorité d’arbitre dont bénéficie le Fonds monétaire international (FMI) pour remettre au carré la comptabilité des pays.
Mais les Européens accepteraient-ils de se doter d’une telle instance qui vienne se mêler de leurs affaires statistiques ? L’interventionnisme n’est pas tout à fait du goût de cette vieille maison, l’Union européenne, où l’on aime tant les petits arrangements entre amis.

Curieusement, il semblerait que l’Allemagne soit loin d’être au dessus de tout soupçon. Elle dissimulerait un système financier malsain ; le probable futur président de la BCE serait en partie coupable de ce triste état de faits, mais il aurait l’intention d’imposer à la zone euro la rigueur dont il n’a pas été capable dans ses affaires – pour le plus grand dommage de celle-ci :

More broadly, Germany and Mr. Weber have been central in building a version of the Bretton Woods fixed exchange rate system within Europe. The entire burden of adjustment is placed on deficit countries (talk to Greece); it is considered beyond the pale to even suggest that German fiscal policy may be too tight, that Germany needs to expand domestic demand, or – heaven forbid – that Germany’s intention to export its way back to growth (with a current account surplus, in their view) is not exactly a model of enlightened economic leadership.
On top of this, and unlike Bretton Woods, there is no mechanism for adjusting exchange rates within the currency union. Given what we have learned in the past two years, is this still such a bright idea?

Nos dirigeants semblent pris dans leurs contradictions. Peuvent-ils s’en sortir ? Et, nous, que devons-nous faire ? Cultiver notre jardin ?

UE passoire

Has the EU escaped a Chinese rescue? : conseillée par Goldman Sachs, la Grèce semble avoir voulu emprunter 25md€ à la Chine. C’aurait été le prix de son véto dans les décisions européennes.

Qui a dit que l’euro ou l’UE étaient des inventions inutiles ? Les trahir peut rapporter beaucoup. Preuve qu’ils ont une valeur.

On voit aussi la complexité de la création d’un groupe (l’Europe), et que ses règles de fonctionnement ne se créent que dans la crise.

Compléments :

Wall Street et la Grèce

L’Europe, que l’on croyait rétrograde, est à la pointe de l’innovation : depuis une décennie, Goldman Sachs et les banques américaines font des miracles pour masquer ses déficits :

Elles ont utilisé des techniques identiques à celles qui firent la notoriété d’Enron pour faire passer des emprunts pour des revenus.

En novembre dernier Goldman Sachs aurait proposé au gouvernement grec de réitérer l’exploit…

Compléments :