Étiquette : Grèce
Espoir à l’Est ?
- Les États les plus touchés ont procédé à des plans de rigueur redoutables. Mais le peuple n’a pas bronché, pas plus que les fragiles coalitions gouvernementales.
- Le FMI et la BCE, notamment, sont venus au secours des banques européennes, afin d’éviter leur désertion.
Grâce à la chance, à un sain jugement, et à une aide amicale, l’Europe de l’Est a conjuré le désastre.
Origines de la pensée grecque de Jean-Pierre Vernant
VERNANT, Jean-Pierre, Les origines de la pensée grecque, PUF, 2009. Les invasions doriennes mettent fin à l’ère mycénienne. C’est de là que naît la civilisation grecque. La société mycénienne obéit à un ordre hiérarchique rigide. Le roi a tous les pouvoirs, il contrôle tout dans le plus petit détail. Au contraire, la civilisation grecque est bâtie sur le conflit d’intérêts, mais sur le même plan. Conséquences inattendues :
Pensée grecque
Ils confient les anciennes prérogatives du roi à l’État, qui représente la communauté, le « bien commun ».
Le roi ne dit plus le droit, c’est la loi qui s’en charge, et le débat, dont le principe est la parole, la démonstration. De même, la monnaie, la force, l’écriture, la religion deviennent l’apanage de l’État, donc de tous.
La stabilité de ce monde, fait de forces antagonistes, est assurée par des principes géométriques, visant à équilibrer ces influences, et non plus par des mythes. C’est en cela que l’on peut parler de pensée « rationnelle ».
Cependant cette pensée, la philosophie, contrairement à la nôtre, ne cherche pas à agir sur la nature, mais seulement sur le groupe humain. Sa matérialisation est la cité, qui est l’image de l’équilibre. En son centre est l’Agora, symbole de l’État et du bien commun, qui appartient à tous et à personne en particulier. C’est là que se décident les affaires de l’État, et de l’individu. Autour d’elle, les citoyens (pour le Grec citoyen = homme) occupent des positions interchangeables et symétriques.
Commentaires
FMI et Grèce
- Depuis le début de la crise, les économistes anglo-saxons semblent favorables au FMI.
- Les gouvernants français préféreraient semble-t-il une solution européenne, au motif que la zone euro se ridiculisera si elle n’est pas capable de régler ses propres problèmes.
Compléments :
Euro et Anglo-saxon
Depuis quelques semaines, et la crise grecque, l’Anglo-saxon discute des vertus de l’euro et de celles (qu’il préfère souvent) de taux de change flottants. Jusqu’ici la question me laissait inerte. Une idée émerge cependant :
Grèce, Irlande, Espagne et Portugal montrent en quoi un taux de change immuable est douloureux : s’y adapter demande une transformation du tissu social. Par opposition, un taux de change flottant produit, à quelques risques d’inflation près, un équilibrage automatique.
Il y a plus subtil. La zone euro doit ajuster les salaires de ceux de ses membres qui se sont décalés par rapport à ceux de l’Allemagne (Euro erreur ?). Si j’en crois ce que disent Grecs et Irlandais, cet ajustement va porter principalement sur les moins fortunés (par exemple la masse des fonctionnaires). Or, moult statistiques (cf. Inégalités françaises ?) montrent que les dernières décennies ont vu une stagnation des revenus du gros de la population, et même un appauvrissement par rapport à des critères de bien être tels qu’emploi et accès au logement. Plus on était riche, plus on s’enrichissait. Alors, s’il y a eu perte de compétitivité c’est du fait des salaires les plus élevés ?
N’est-ce pas ce que risque de montrer les ajustements que va devoir subir la zone euro ?
L’avantage d’un taux de change adaptable serait-il là : il masque une vérité inconvenante ?
Compléments :
- En viendrais-je à donner raison aux Allemands, que j’ai critiqués ? Bug de l’eurozone ?
- Évolution du salaire des dirigeants et lien avec leur efficacité : Salaires des patrons (suite).
Blues anglais
La livre est faiblarde, la presse anglaise est dépressive :
La situation des finances publiques ne serait pas meilleure que celle de la Grèce. Son gouvernement aurait dépensé inconsidérément pendant les belles années et aurait eu recours à une comptabilité créative enronienne. Il n’aurait pas su contenir un secteur bancaire, maintenant hypertrophié (4 fois le PIB du pays), et que la nation s’est épuisée à remettre à flot.
La Grande Bretagne a quatre caractéristiques inconsistantes. C’est une petite économie, ouverte, avec un secteur financier important et internationalement exposé, une monnaie de seconde division qui lui est propre, et une capacité fiscale de secours limitée. Cela lui donne une vulnérabilité unique.
À cela s’ajoute des sondages qui annoncent de plus en plus un parlement de coalition, promesse d’indécision selon les marchés.
Impasse européenne ?
Le fonctionnement de l’Europe ne semble pas être inspiré par la rigueur : les entorses grecques sont connues depuis longtemps, mais personne n’a sévi, car chacun à quelque chose à cacher. Conclusion :
C’est le péché originel de l’UE et de la zone euro : un système de confiance mutuelle, sans garde-fou, sans instances de surveillance, sans l’autorité d’arbitre dont bénéficie le Fonds monétaire international (FMI) pour remettre au carré la comptabilité des pays.
Mais les Européens accepteraient-ils de se doter d’une telle instance qui vienne se mêler de leurs affaires statistiques ? L’interventionnisme n’est pas tout à fait du goût de cette vieille maison, l’Union européenne, où l’on aime tant les petits arrangements entre amis.
Curieusement, il semblerait que l’Allemagne soit loin d’être au dessus de tout soupçon. Elle dissimulerait un système financier malsain ; le probable futur président de la BCE serait en partie coupable de ce triste état de faits, mais il aurait l’intention d’imposer à la zone euro la rigueur dont il n’a pas été capable dans ses affaires – pour le plus grand dommage de celle-ci :
More broadly, Germany and Mr. Weber have been central in building a version of the Bretton Woods fixed exchange rate system within Europe. The entire burden of adjustment is placed on deficit countries (talk to Greece); it is considered beyond the pale to even suggest that German fiscal policy may be too tight, that Germany needs to expand domestic demand, or – heaven forbid – that Germany’s intention to export its way back to growth (with a current account surplus, in their view) is not exactly a model of enlightened economic leadership.
On top of this, and unlike Bretton Woods, there is no mechanism for adjusting exchange rates within the currency union. Given what we have learned in the past two years, is this still such a bright idea?
Nos dirigeants semblent pris dans leurs contradictions. Peuvent-ils s’en sortir ? Et, nous, que devons-nous faire ? Cultiver notre jardin ?
UE passoire
Has the EU escaped a Chinese rescue? : conseillée par Goldman Sachs, la Grèce semble avoir voulu emprunter 25md€ à la Chine. C’aurait été le prix de son véto dans les décisions européennes.
Qui a dit que l’euro ou l’UE étaient des inventions inutiles ? Les trahir peut rapporter beaucoup. Preuve qu’ils ont une valeur.
On voit aussi la complexité de la création d’un groupe (l’Europe), et que ses règles de fonctionnement ne se créent que dans la crise.
Compléments :
- Décidément Goldman Sachs joue à un curieux jeu : la banque conseillerait la Grèce et jouerait contre elle… Ce qui rappelle sa stratégie vis-à-vis des subprimes.
- Les débuts de sa mission de conseil.
Wall Street et la Grèce
L’Europe, que l’on croyait rétrograde, est à la pointe de l’innovation : depuis une décennie, Goldman Sachs et les banques américaines font des miracles pour masquer ses déficits :
Elles ont utilisé des techniques identiques à celles qui firent la notoriété d’Enron pour faire passer des emprunts pour des revenus.
En novembre dernier Goldman Sachs aurait proposé au gouvernement grec de réitérer l’exploit…
Compléments :
- La compétence clé de Goldman Sachs est de contourner les lois : Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.
Grèce
Les Grecs vont-ils résister à la rigueur gouvernementale ?
Apparemment non : il semblerait qu’il y ait accord sur le fait qu’il faut réformer le pays ; une réforme serait acceptable si elle est juste (notamment si elle frappe le citoyen en fonction des avantages qu’il a tirés de l’ancien système). Le danger viendrait de minorités extrémistes.