Étiquette : Globalisation
Révolte contre le capitalisme ?
The Economist s’inquiète des mouvements de mécontentement qui couvrent le monde. Le capitalisme (la globalisation) pourrait-il en être victime ? Capitalism and its critics: Rage against the machine | The Economist
Régionalisation et globalisation
L’économie mondiale est en plein bouleversement. Rien ne va plus.
- Les échanges commerciaux sont devenus extrêmement complexes, en fait, ils ont été dématérialisés. Les technologies de l’information, les chaînes d’approvisionnement, la finance mélangent tout et défient les règles qui réglementaient jusque là les échanges de bien physiques. L’OMC serait défaite et le monde s’organiserait en blocs régionaux négociant dans la logique du rapport de force.
- De surcroît, il y a mélange entre nationalisme et globalisation. Les élites occidentales et les entreprises qu’elles dirigent se veulent apatrides, mais ce sont leurs nations d’origine qui financent leurs faillites. Surtout, les pays émergents sont farouchement nationalistes, et leurs entreprises obéissent à des stratégies politiques.
Croissance mondiale des inégalités
Fausse globalisation ?
les niveaux d’immigration d’aujourd’hui sont au dessous de ceux d’il y a un siècle, quand 14% des gens nés en Irlande et 10% des norvégiens immigraient. À l’époque on n’avait pas besoin de visas.
L’industrie de l’armement peut-elle être globale ?
Renaissance de l’histoire
Une organisation internationale peut disséminer les risques plutôt que les contenir, quand une usine importante est fermée. Chilling consequences.
Naissance et déclin des nations
- Lorsque les nations se constituent elles connaissent des phases explosives de croissance jusqu’à ce que les coalitions se forment et bloquent leur évolution (ce qui se passe actuellement en Occident). Ces coalitions ont un effet particulièrement pervers en phase de récession : elles conduisent au sous-emploi massif.
- Leur perversion vient en grande partie de ce qu’une coalition se forme d’autant plus facilement qu’elle a peu de membres : de ce fait, elle défend les intérêts d’une infime partie de la société. Les coalitions majeures sont les oligopoles économiques et les syndicats. Sur le long terme, des coalitions importantes peuvent se former, elles défendent alors des intérêts larges (la sociale démocratie suédoise recouvre la quasi-totalité de la nation).
- Conséquences ? Les politiques gouvernementales, macroéconomiques, sont contreproductives. Particulièrement, d’ailleurs, quand elles servent les intérêts de lobbies. Pour rendre efficace une société, il faut s’occuper du cas particulier de chaque coalition. On entre dans le domaine de la microéconomie. Exceptions :
- Il est parfois possible de tromper les réflexes des coalitions. C’est ce qu’aurait fait le Keynésianisme. Voici pourquoi. Le comportement des coalitions obéit à des règles. Les coalitions ont beaucoup de mal à s’accorder, elles décident lentement. Pour ces raisons, elles tendent à s’accrocher à des principes de cohésion simples (faciles à négocier), qui, une fois acceptés, sont quasi impossibles à remettre en cause. Ainsi, les démarrages de phase d’inflation peuvent les abuser et faire qu’elles s’approchent de l’optimum économique (de la société) sans s’en rendre compte.
- La suppression des frontières et les révolutions sont bonnes pour l’innovation et la croissance, puisqu’elles détruisent les coalitions ou les rendent inopérantes en les ouvrant à la concurrence extérieure.
- Cela semble parler de notre crise. Simon Johnson y voit la main d’oligarques. Sommes-nous condamnés à un long déclin avec un sous emploi massif ?
- Le Keynésianisme de nos gouvernements a été judicieux ? Mais a-t-il été opérant ? Les oligopoles continuent à augmenter leurs bénéfices, sans relancer l’économie.
- Il me semble que la globalisation de ces dernières décennies fut une tentative faite par les oligopoles occidentaux de construire des oligopoles mondiaux (cf. la stratégie de l’automobile ou de l’aéronautique). Alors, la réaction des pays émergents pourrait-elle amener une dislocation de ces coalitions et un redémarrage de la croissance, y compris chez nous ?
- Ce que dit aussi ce texte, c’est que la nature a horreur des individus isolés : elle les constitue immédiatement en société. Car ce que décrit Olson, la création de coalitions de plus en plus complexes, ressemble à s’y méprendre à la constitution d’une société et de sa culture. Cela signifie-t-il qu’il ne peut y avoir de croissance sans dislocation sociale ? Que création = individualisme ? Et qu’il faut des crises pour casser le tissu social afin qu’il devienne innovant ? C’est la théorie de Schumpeter, sa vision du capitalisme. Mais, il avait fini par penser que la société bloquerait ces crises en générant des oligopoles qui se rejoindraient pour former une sorte de communisme (au sens détention collective des moyens de production, pas URSS). L’innovation deviendrait un processus comme un autre pour ces bureaucraties (à l’image de l’innovation de Bosch). Il n’y aurait plus besoin de « destruction créatrice », de crise. Peut-être qu’alors la société se sera détournée de l’économie, Dieu trop violent pour ses enfants ? L’économie sera alors devenue une préoccupation secondaire pour notre société, qui aura trouvé une autre source d’aliénation, pour reprendre le vocabulaire de Marx.
- SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
- SCHUMPETER, Joseph A., The Theory of Economic Development: An Inquiry into Profits, Capital, Credit, Interest, and the Business Cycle, Transaction Publishers, 1982.
- Karl Marx.
Guerre froide
B.Obama renverse sa stratégie chinoise : il vend des armes à Taiwan et découvre l’importance des droits de l’homme et le Dalaï Lama. Pragmatisme de l’élite économique américaine ?
- Avant. Chacun pour soi. Elle pensait dominer un monde « globalisé », qui lui permettrait à la fois d’avoir accès à une demande émergente énorme et à une main d’œuvre « low cost », sans droits de l’homme. (Le réel avantage économique des pays « low cost » c’est l’absence de règlementation protégeant l’individu – ou la nature.)
- La Chine a refusé l’accord.
- Maintenant. Team USA. Reconstitution de la demande intérieure américaine ; diminution de la compétitivité relative de la Chine en lui imposant d’adopter pour ses citoyens le traitement occidental : droits de l’homme et protection sociale et de la nature. Tactique ? Rapport de force et encouragement des tensions internes (retour du thème des droits de l’homme).
L’Amérique découvre, ce qu’elle feignait d’ignorer par opportunisme, que la Chine est un tigre de papier, qui en outre a le bon goût de jouer les matamorts.
Compléments :
- D’une manière générale, B.Obama transforme à 180° sa tactique de début de mandat. Je ne suis pas loin de penser que je m’attendais à ce qu’il le fasse.
- L’idéologie des élites, il y a encore quelques temps, et mes prévisions.
- Chine : géant fragile ? montre les faiblesses du pays, mais aussi que l’establishment américain a maintenant décidé de le trouver inamical, et de révéler les turpitudes dont il n’a pas pu profiter. Probable signe de repli sur le territoire national.
- Passe d’armes sino-américaine.
- Après avoir écrit ce billet j’aperçois un article qui dit :
Dans sa missive, le sénateur demande aux entreprises concernées de décrire les mesures qu’elles prennent « pour faire en sorte que [leurs] produits ou services ne permettent pas au gouvernement chinois de violer les droits de l’homme ».
Ces sociétés sont appelées en outre à détailler leurs « plans pour défendre les droits de l’homme en Chine, en particulier la liberté d’expression et la protection de la vie privée ».
Crise de la représentation politique
« Sur les questions perçues comme constituant une menace importante pour leurs conditions de vie (…) les citoyens voient des partis de gouvernement désorientés et incapables d’adapter une ligne de conduite qui laisse espérer un avenir plus sûr. » Que veut le peuple ?
Il perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.
Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’Etat providence pour Attac).
L’inaptitude au changement des partis politiques semble congénitale : d’une part ces thèmes (ou du moins la façon dont ils sont exploités) contredisent leurs principes fondateurs, d’autre part, surtout ?, ce sont de lourdes hiérarchies incompatibles avec le besoin d’autonomie et de liberté du Français. Ils sont tellement rigides que plutôt que de se remettre en cause, ils veulent faire taire les voix dissonantes, en particulier en éliminant par la loi les partis qui les représentent.
Commentaire
Ce texte me pose une double question :
- Ce que semble vouloir le pays n’est ni le FN, ni Attac, mais le maintien de la justice sociale en environnement hostile. Ça ressemble beaucoup au modèle de l’économie sociale. Est-ce hors de portée d’un parti politique ?
- Quel est le vice du parti politique ? L’exemple de N.Sarkozy : il semble chercher à réaliser le rêve de De Gaulle en aspirant ses opposants dans un UMP – trou noir. Mais éliminer la manifestation des attentes du peuple ne signifie pas éliminer ces attentes. Le jour où la France n’aura plus qu’un parti, ce ne sera plus la fin du chaos, ce que croyait de Gaulle, mais le début de la dictature. Le gouvernement doit nous écouter et concevoir des solutions qui résolvent les problèmes que nous avons. Pour cela, il doit probablement transformer son fonctionnement bureaucratique et hiérarchique pour être capable de nous entendre, et d’agir localement.
Compléments :
- Première partie du billet : BERGER, Suzanne, La crise de la représentation. (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).