Globalisation et nationalisme

La globalisation a du plomb dans l’aile. Pourquoi ? Parce que les grandes sociétés ont joué les États les uns contre les autres. Ce qui a nuit à l’intérêt des peuples. Ce qui les fait plonger dans le nationalisme. Et le nationalisme bloque la globalisation. (Seuls les USA sont assez puissants pour s’opposer à cet effet destructeur.) Autrement dit, si les États veulent faire le bien de leurs peuples, ils doivent s’unir (notamment en termes d’impôts) pour résister aux multinationales. Alors, la coopération mondiale repartira, ce qui sera bon pour les multinationales. Voilà, il me semble, la thèse très systémique de Martin Wolf du FT.

Génération globale ?

Un ami me disait que les nouvelles générations avaient une culture unique, et plus d’attaches. Je n’en suis pas sûr. Certes, nous partageons une sorte de médiocrité : le « marché », avec ses stars d’Hollywood, ses grandes surfaces, son esthétique de banlieue, mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas quelque-chose de bien plus fort qui nous enracine. 
J’ai entendu dire que toutes les populations qui ont connu la crise et qui ont dû émigrer (en particulier en Espagne et en Irlande) ont eu beaucoup de mal à le faire. Or, il y a cinquante ou cent ans, on partait facilement chercher fortune. Et pourtant on ne partageait rien de la culture vers laquelle on allait. Parfois même pas la langue. (Voir billet précédent.)

Le monde résisterait-il à la globalisation ?

Cette semaine The Economist se penche sur le Pacifique. Pourquoi n’a-t-il pas remplacé l’Atlantique dans les échanges mondiaux ? Peut-être, manque de valeurs communes. Européens et Américains sont d’accord sur l’essentiel. C’est la méfiance qui domine les relations entre la Chine, ses voisins et l’Amérique. A tel point qu’il est difficile de savoir s’ils cherchent la coopération ou s’ils se livrent une guerre larvée. Exemple. Chine et USA viennent de signer un accord concernant l’effet de serre. Mais la Chine ne s’est engagée à rien, et les Républicains comptent bien vider les engagements de M.Obama de leur contenu. Chine (en mer de Chine) et Russie (en Ukraine) se comportent de la même façon : actions indétectables par les démocraties occidentales. Quand on réalise que ces actions ont un sens, il est trop tard. Fait accompli.
Globalisation et résistance au changement
Le capitalisme a mauvaise presse. C’est la faute des banquiers. Mais aussi : « Pays riche après pays riche, de gouvernements de gauche ou de droite, la plus grande crainte des électeurs est que les revenus des classes moyennes stagnent et que l’emploi à vie est mort. Instinctivement les politiciens mettent la situation au compte des folies de leurs opposants. » Le problème : la globalisation, qui ne fait que s’accélérer, est à l’œuvre. Il ne sert à rien de la nier.
Mais est-elle aussi bien assurée que cela ? Nouvel élément dans la donne mondiale : l’effet du gaz de schiste sur la politique des USA. Auront-ils la motivation nécessaire à continuer à assurer leur rôle de gendarme du monde ? Sans cela quid du commerce mondial ?
Le tourisme social existe-t-il ? Les statistiques montrent qu’il y a deux types d’immigrés : ceux qui profitent du système social, sans y avoir contribué, et ceux qui travaillent et qui apportent plus qu’ils ne coûtent. D’autant qu’ils connaissent moins le chômage que les autochtones. (Peut-on dire qu’ils leur ont pris leur emploi ?)
Dans un vote qui ne compte pas, les Catalans choisissent l’indépendance. Avenir du pays ? Des partis protestataires semblent avoir le vent en poupe. Les politiques en place, corrompus, ne vont pas survivre aux prochaines élections. (Chaos ?) En Italie, M.Renzi semble manœuvrer pour transformer le régime de coalition italien en système à grands partis. Il permettrait les réformes aujourd’hui impossibles. En Europe, par son comportement excessif, M.Cameron s’est coupé de ses alliés traditionnels, l’Allemagne et les pays du nord. Danger : les forces du mal (à « l’accent français ») pourraient gagner l’Europe. Mais la situation n’est pas désespérée. Retour des djihadistes en Europe. Ils ne sont pas dangereux. Ils ont été détruits par leur expérience. Il faut les aider à se réinsérer. Le risque vient de ceux qui ne sont pas partis. L’économie africaine est abattue par Ebola. La maladie est circonscrite à quelques pays. Mais, pour nous (pour ceux qui font l’économie mondiale ?), l’Afrique est un bloc. 
Attention ! Nouvelle vague de fusions acquisitions. Cette fois-ci le danger ne vient pas de ce que les entreprises suivent une mode, mais de « valorisations (qui) atteignent petit à petit des niveaux qui donnent le vertige ».

La France, bon élève de la globalisation ? Elle possède 7 des 25 meilleurs jeunes économistes mondiaux, M.Tirole a reçu le prix Nobel, M.Picketty est une star. A l’étranger, Sodexho et Atos sont des leaders du marché de la gestion des ex services publics (prisons et services sociaux). Un marché sur lequel il y a beaucoup de coups à prendre. Le téléphone mobile permet aux pauvres des pays pauvres d’avoir accès aux services financiers.
De l’intérêt économique des bonnes actions
Aux USA, les châtiments corporels sont permis à la maison et à l’école (quasiment une exception mondiale). La science constaterait que « leur donner la fessée rend vos enfants idiots ».  
Pour une fois, ce compte-rendu se termine bien. Il y aurait une solution à la question des SDF. Leur donner un logement. Et, surprenant, c’est rentable. Car le SDF coûte très cher en soins d’urgence.

(PS. Je découvre qu’un journaliste de The Economist a la même interprétation que moi de ce que dit son journal.)

L'irrésistible soft power de la globalisation

Iran. Khomeini c’est fini. Plus de fièvre révolutionnaire. Pays occidental comme les autres. « La globalisation a le dessus sur le puritanisme, même là. » Idem en Chine, contaminée par le protestantisme (qui aura bientôt plus d’adhérents que la PC) et qui se convertit au droit. Idem en France. Les questions que pose le changement de patrons à la tête de nos entreprises trahissent la « tension entre la globalisation croissante de l’industrie française et le principe centenaire selon lequel l’entreprise doit servir les intérêts nationaux étroits. Les grandes entreprises françaises sont sorties dans le monde en partie pour échapper aux taxes élevées, à la réglementation du travail contraignante et à la faible croissance domestique. » Quant au Brésil, ce sera pour la prochaine fois. Pour celle-ci, l’ennemie de The Economist a gagné. Mais le pays est plus divisé que jamais. Riches et pauvres, d’un côté, et 28 partis politiques de l’autre… Un peu la même chose en Ukraine. Un pays qui a voté à l’Ouest, mais des gouvernants préoccupants. 
A vrai dire, la France est incorrigible. Elle s’est arrangée avec l’Europe pour lui faire accepter son absence de réflormes. Quelques manœuvres habiles leur ont permis un sauvetage de face. En Allemagne, die Linke prend le pouvoir en Thuringe. Le SPD, qui perd beaucoup dans son alliance avec le CDU, pourrait être tenté par une stratégie post Merkel de gauche. L’Europe essaie de donner des leçons d’écologie. Mais qui l’écoute encore ? En Tunisie, les laïcs gagnent. Comme en Egypte, retour à l’avant printemps arabe ? Elections de mi mandat aux USA. Elles expriment, avant tout, le ras le bol d’Obama.
Test bancaire en Europe. Jusque-là, on pensait que c’était la faiblesse des banques qui empêchait la reprise de l’économie. Maintenant, les Etats n’ont plus d’excuses pour ne pas agir. Les USA mettent un terme à la stimulation monétaire de leur économie. C’est dommage, cela avait plus d’avantages que d’inconvénients.
Imitons Hollywood pour qui chaque nouveau film est une nouvelle entreprise. L’entreprise familiale est plus efficace que l’entreprise commune. (Pour de nombreuses raisons, mais aussi parce que la famille a un vrai rôle d’investisseur : elle joue les assureurs de dernier ressort ?, me suis-je demandé.) Seule difficulté : faire fonctionner la famille de manière rationnelle. 
Une fusée américaine privée explose. Peut-être parce que son constructeur utilise des moteurs russes. On essaie, à nouveau, d’employer l’effet de sol dans le transport maritime.
Les cellules souches permettent de créer des organoïdes. Grâce à eux on peut faire des expériences in vitro, et réparer les organes en bonne et due forme. Gène de la violence ? Plutôt combinaison : notre équipement génétique fait que nous vivons plus ou moins bien certaines conditions (drogue, par exemple). 

Au secours, l’Etat

The Economist consacre un rapport à la 3ème révolution industrielle. Contrairement aux deux autres, celle-ci détruit l’emploi. Mais aussi le capitalisme. En effet, en produisant une main d’œuvre misérable, elle réduit l’intérêt de l’innovation. On est entré dans un cercle vicieux de perte de productivité. The Economist en appelle à l’Etat. On croirait entendre Martine Aubry. Redistribution ! N’ayons pas peur des solutions radicales : pourquoi ne pas donner un « salaire de vie » à chaque homme ? De quoi vivre, quoi qui lui arrive. (Une solution nationaliste ?)
Des idées pour l’Etat ? Les infrastructures de transport. Emprunter ne coûte rien, et des études montrent que cela crée de la croissance. D’autant qu’en Allemagne et aux USA, cela fait longtemps que l’on n’a rien fait. Faut-il aussi en revenir à la retraite par répartition ? Une étude montre que « les régimes de retraite privés ont eu des rendements négatifs pour l’essentiel du siècle ». (Angleterre, France, Italie, Belgique et Espagne.) Pourquoi l’Occident est-il devenu égalitaire de 1914 à 1970 ? « Retrait de la globalisation. »
The Economist en pince pour Manuel Valls. C’est le Blair français. Mais tout le monde est contre lui. Va-t-il pouvoir mener ses réformes à bien ? Le parlement européen prend du pouvoir. En Angleterre M.Farage prend des voix à gauche et à droite. Mais la flexibilité nécessaire au discours démagogique résistera-t-elle au succès électoral ? Les USA perdraient-ils leur guerre contre l’Etat Islamique ? Ils ont bombardé un des ennemis du dit Etat. Du coup on se demande à quel jeu ils jouent. Ils feraient l’unanimité contre eux. Effrayant. La justice américaine ne fonctionne plus. Elle est entre les mains des procureurs qui jugent selon leur bon plaisir. 95% des accusés plaident coupable pour éviter l’arbitraire d’un procès. Et cela conduit à de graves erreurs : « Entre 1973 et 2004, 46% des condamnations à mort, que l’on a pu prouver prononcées à tort, étaient dues à de faux témoignages de mouchards ». Les procureurs ont un pouvoir colossal, et ne reculent pas devant la manipulation. Et la motivation de plier la justice à ses intérêts est forte « ils espèrent traduire leurs victoires de prétoire en de très rémunérateurs postes d’associé dans des cabinets d’avocats ou en plate-forme électorale pour obtenir des charges publiques. » Hong Kong veut la démocratie. La Chine ne peut tolérer une démocratie en son sein. Ce problème ne semble pas avoir de solution.
Histoires d’entreprises allemandes. Elles achètent des entreprises américaines. L’Allemagne a beaucoup d’argent à placer. Méthodiquement, elle conquiert le monde. Sa très forte culture serait un obstacle aux fusions. Mais elle apprend de ses erreurs. Rocket Internet entre en bourse. Modèle allemand : lancer des start up qui font ce que d’autres font, mais à l’allemande, c’est-à-dire mieux. Les Allemands placent leur argent dans les obligations de leur Mittlestand. Histoire d’amour.
Le monde consomme de moins en moins d’électricité. Le salut des producteurs d’électricité pourrait venir de la voiture électrique. Mais ils ne l’ont pas compris. Les sous-traitants de l’aéronautique se sont concentrés. Du coup, ils sont en position de force face aux fabricants d’avions.
Les dirigeants d’entreprise devraient lire les grands penseurs. « Les grands patrons risquent d’être tellement obsédés par le succès matériel qu’ils en arrivent à ignorer leur famille ou à violer la loi. »
Un odorat mauvais est corrélé à une faible espérance de vie. Les origines du sida remonteraient aux années 20. Un chasseur aurait été contaminé par un chimpanzé camerounais. La maladie a ensuite emprunté les voies du commerce et de l’assistance au développement, et a reçu d’occasionnels coups de pouce des périodes de chaos produites par les guerres d’indépendance. 

La vie malheureuse du manager international

Une armée d’étudiants se répand sur le monde. Ils interviewent 4000 dirigeants pour savoir comment ils font cohabiter carrière et vie privée. Réponse glaçante : il n’y arrivent pas. Réussir l’équilibre vie – travail est au mieux une utopie, au pire un mythe. Ceux qui ont réussi, ont mis la barre de la réalisation de leurs objectifs personnels très bas (…) sous-traitant ce qu’ils voyaient comme les responsabilités familiales les plus tactiques (…). Ils limitent leurs voyages professionnels, et leurs déménagements. Ils ont travaillé dur pour résister à la tentation d’utiliser la technologie pour résoudre en même temps leurs problèmes personnels et professionnels (évitant de répondre aux email professionnels à la maison et d’éduquer leurs enfants par téléphone).

Voici comment Harvard Business Review présente un article.

Portrait d’une société globalisée et informatisée à outrance ? Ne serait-il pas temps de se demander si c’est véritablement cela que nous désirons ?

Le retour des nations ?

« The gated globe » titrait The Economist, il y a quelques temps. Ce n’est pas la fin de la globalisation, mais le retour des nations. Qu’est-ce que cela pourrait signifier ?

L’opposé de ce que nous avons vécu : le nettoyage à zéro des cultures par la « culture » du bizness (une culture réduite à néant, en fait). Pourquoi ne pas imaginer chaque nation refaisant, de nouveau, briller sa culture ? Et si l’on assistait, en particulier, à un renouveau artistique ?…

Quelles seraient les règles du jeu de la globalisation, alors ? Apprendre à connaître la culture des autres. Et cela commence, à l’opposé de la négation culturelle américaine, par le respect. Et peut-être par la crainte. (Par exemple, qu’est-ce que cela signifierait de vivre dans une culture chinoise ? Étouffement de nos libertés ?) Ce n’est qu’alors que l’on peut commencer à s’entretenir avec eux. Et si, alors, les relations internationales étaient autre chose qu’une question d’affaires? Et si l’on retrouvait la préoccupation des Mélanésiens étudiés par Malinowski  pour lesquels il s’agissait de tisser des liens humains ?

Dans ces conditions, et si l’Europe avait, enfin, un avantage concurrentiel ? Si elle parvenait à constituer un ensemble de cultures en coopération efficace, peut-être pourrait-elle utiliser ce savoir-faire dans ses relations internationales ? Comme une sorte de médiateur universel ?

(A noter, que ce serait un retour à ce que l’on connaissait il y a trente ans : à l’époque on pouvait lire des livres tels que « How to do business with the Japanese » (par Boye De Mente, NTC Business Books, 1990), sans choquer personne. Quant à Malinowski, en blanc, ci-dessus: MALINOWSKI, Bronislaw, Argonauts of the western pacific, Waveland, 1984)

Inflation vestimentaire

Pensée pour Noël ? Je suis frappé par le peu de durabilité des vêtements. Ce que j’ai acheté dans des enseignes bas de gamme a une durée de vie inférieure à la saison. Au-delà, ça se découd ou ça change de couleur, surtout ça se déforme. En payant beaucoup plus cher, on obtient des choses un peu mieux, mais pas tant que cela. C’est fragile. Or, il se trouve qu’ayant rapidement atteint mes configurations actuelles, j’ai conservé certains vêtements de ma jeunesse. Eux n’ont quasiment pas bougé en 40 ans, ou presque. Que s’est-il passé ?

Peut-être que derrière le mal il y a un bien ? Baisse globale des prix ? J’en doute. Ou sorte de justice mondiale ? Il était anormal que nous soyons aussi bien habillés ? Les pauvres de pays riches ont donné aux riches des pays pauvres ?…

En tout cas, je suppose que derrière ce phénomène, il y a la création des « enseignes ». Au lieu de commercialiser leur production au moyen de distributeurs, les fabricants ont établi leurs propres enseignes, et leurs boutiques. Ce qui a dû leur coûter cher. Pour le reste ils ont joué au mieux sur la supply chain. Changements de fournisseurs fréquents, à la recherche des peuples les moins payés (le Bengladesh commence à être hors de prix). Transport. Et grosses distributions de dividendes (c’est le seul objet du dispositif). Et aussi nécessité de disposer d’une gamme de vêtements étendue afin d’occuper un magasin. Peut-être aussi designers coûteux. Et publicité tonitruante (la mode fait oublier la médiocrité du vêtement). Tout cela doit représenter des coûts monstrueux. Ils expliquent probablement pourquoi l’exploitation du prolo du Bengladesh ne suffit pas à produire un vêtement correct.  

Apprenez les langues ?

M.Cameron incite les Anglais à étudier le chinois et pas le français. The Economist, article après article, montre une globalisation qui change. Les pays ne cèdent pas à l’autarcie, mais ils se replient sur eux-mêmes et instrumentalisent les échanges internationaux.
Tout ceci va probablement dans une même direction. Les pays forts ont avantage à garder une langue qui leur est propre. C’est une barrière à l’accès à leur savoir et à leur marché. Je suis frappé, par exemple, à quel point c’est le cas pour l’Allemagne. C’est un pays beaucoup moins polyglotte qu’on ne le croit. D’ailleurs toutes les entreprises qui ont de gros marchés allemands ont des dirigeants bilingues. Je le constate régulièrement.

Alors, apprenons les langues étrangères et défendons le français, en ayant des idées (billet précédent) ?

La mondialisation sera-t-elle celle des affaires ?

J’ai publié un billet sur la stratégie de l’Insead qui suscite les commentaires du groupe linkedin des anciens de cette école. L’un est particulièrement inattendu. Il provient d’un des pionniers du campus de Singapour, par ailleurs spécialiste diplômé de conduite du changement. Il explique, en substance, que l’Insead ne pouvait pas s’étendre à Fontainebleau parce qu’il est interdit d’y couper des arbres, et qu’écrire un blog en français est idiot.

Voici ce qu’entend l’Insead par « business school for the world » ? Une culture mondiale unique, celle des affaires ? J’ai bien peur que ce ne soit pas comme cela que la comprennent les Chinois, entre autres. La mondialisation de demain risque d’être une mondialisation de nations et de cultures. L’Insead victime d’une mode de management ?