Nature du changement

Bilan, suite. Comme le disent les Chinois, l’humanité passe du Yin au Yang et inversement. Le Yang de la globalisation fut furieusement individualiste, comme tout Yang, et peut-être plus curieusement, ce fut une évasion dans le monde des idées : la planète a été dominée par une « élite » intellectuelle apatride qui a créé un récit à son image. Et maintenant, retour de balancier ? On en revient à une ère « gaulliste », où chaque nation redécouvre ses particularités ? Comme toute phase Yin, la nôtre sera une redécouverte des vertus du collectif ?

J’ai longtemps pensé que la globalisation était une absurdité. Mais, peut-être qu’elle a été mère de quelques innovations importantes, et que l’humanité a besoin de raser l’ancien pour construire du neuf. En tous cas, elle a disséminé le savoir occidental à toute la planète.

Reconstruction post globalisation

Arrive le temps des bilans. Longtemps, ce blog s’est demandé s’il voyait se dessiner un changement. Il ne voyait rien. Eh bien, ce n’est plus le cas. Nous entrons dans la post globalisation, qui a tout d’un après guerre.

La globalisation, dont nous sortons, tablait sur l’uniformisation de l’humanité, façonnée par des surhommes apatrides, vivant dans des « métropoles » et qui inventaient une super intelligence, conquéraient le système solaire, éliminaient la mort… Ce fut une ère de l’individualisme triomphant.

Elle s’achève par une guerre. Les forts écrasent les faibles (donc leurs amis), et leurs armées les envahissent, quand ils en ont le pouvoir. Les principes mêmes de la globalisation, l’innovation indifférenciée et les liens commerciaux sont devenus des champs de bataille.

Après cette évasion dans l’univers des idées, la post globalisation est un retour à la réalité terrestre. Durant la globalisation, on parlait de « destruction créatrice », il est possible que ce soit, effectivement ce qui a eu lieu. Les ressources des nations ont été laissées à l’abandon, car jugées inutiles.

Chaque nation doit, à nouveau, cultiver ses atouts propres. Ce qui n’est pas autarcie, mais retour au principe de l’économie de marché, l’échange de « différences ». Le moyen d’en tirer parti, à nouveau, est l’initiative collective. Si l’on y parvient, tous les espoirs sont permis ? Promesse de « glorieuses décennies » ?

Retour aux fondamentaux

Débat du club industrie de l’association des interpreneurs. Quelle ligne allons-nous suivre ?

« Retour au fondamentaux ». En cela, il faut entendre que l’on a oublié les techniques conçues par nos pères.

Le raisonnement qui justifie cette idée est intéressant : nous passons de la délocalisation globale, qui demande des procédures simples pour personnels non qualifiés étrangers, autrement dit des prolétaires, à la réindustrialisation locale dont la cheville ouvrière est un égal, autrement dit un être humain. Et cela exige ce que l’intelligence a de mieux à proposer.

Court circuit

Le séisme à Taïwan rappelle la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement en puces électroniques

Le Monde du 6 avril

« Dialectique » dirait peut-être Hegel. Hier la globalisation était l’alpha et l’omega. Aujourd’hui on a l’impression que le sort s’acharne sur la « supply chain ». Epidémies, guerres, accidents…

Enseignement ? Tout ce qui est arrivé était prévisible, et prévu par les gens que lit ce blog. Il y a une science qui marche. Ce qui révèle peut être une des lois d’airain de l’économie de marché : profiter de l’inertie de la société pour lui faire prendre des vessies pour des lanternes. La globalisation fut une belle bulle spéculative ?

Peut-être aussi que, comme dans la dialectique de Hegel, c’est un mal pour un bien. Ce mécanisme pervers empêche l’humanité de s’endormir ? Il la force à avancer ?

TSMC boosts Biden’s AI chip ambitions with US production deal
The world’s biggest chipmaker, Taiwan Semiconductor Manufacturing Co, has agreed to make its most advanced products in Arizona from 2028, in a boost to the Biden administration’s efforts to bring the semiconductor supply chain on to home soil.

Financial Times du 8 avril

Jeu de l’Houthi

A quoi jouent ces Houthis qui attaquent les navires marchands ?

Ils seraient armés par l’Iran, mais relativement indépendants. Et ils feraient ce qu’ils disent : manifester leur solidarité vis-à-vis du Hamas. En effet, cela leur fait une publicité bienvenue. Ils apportent un peu fierté aux populations locales, à défaut de prospérité. (Le « modèle économique » de Robin des bois ?)

Par ailleurs, ce serait une caste de seigneurs, descendant du Prophète. Comme quoi, la monarchie a de beaux jours devant elle. Et les frappes américaines leur feraient peu de mal. Apparemment ils ont adopté le modèle soviétique et coréen : pauvreté abjecte et armement massif.

Curieusement, les Houthis ne menacent pas le commerce des Américains, mais ceux-ci doivent intervenir, parce qu’ils sont les gendarmes du capitalisme. Quant à l’Angleterre, l’appui qu’elle leur apporte serait minable. Effet d’annonce ? Le commerce chinois serait affecté, mais la Chine garde une prudente réserve. Ce qui est, apparemment, aussi le cas de la France. Et les Iraniens feraient tout ce qu’ils peuvent pour éviter un affrontement direct avec les Américains.

Enseignement ? Il n’est jamais bon de « laisser faire » les conflits ? Ils vous retombent toujours sur le nez ?

(Informations venues d’Affaires étrangères de France culture, la semaine dernière, et d’un général américain, interviewé par la BBC, mardi dernier.)

L’âge de tous les risques ?

Une conclusion inattendue d’une émission sur les Houthis (Affaires étrangères, France culture, samedi dernier) :

Ils ne seraient qu’un « épiphénomène ». La mondialisation n’est que réseaux économiques, financiers, commerciaux… Ces réseaux ont la particularité d’avoir des points faibles. Le jeu est, maintenant, de les chercher pour les exploiter.

L’Institut Louis Bachelier a crée une Fondation du risque. Un choix prescient ? Et beaucoup de travail à faire ?

Les épidémies

Nous nageons au milieu des virus ! Le virus est partout.

Le virus qui crée une épidémie est donc une infime exception. Ce serait un virus qui passe d’une espèce à une autre. Or, les animaux nous ayant précédés dans l’évolution, ils ont eu le temps de se familiariser avec beaucoup plus de virus que nous… Pour les mêmes raisons, les voyages transmettent les épidémies. (Voilà qui n’entrait pas dans les équations des économistes qui ne voyaient que des bienfaits à la « globalisation » ! Et pourtant, ils sont tellement intelligents !)

L’épidémie semble être, en tous cas, une pathologie sociale. Autant elle paraît créée par les mouvements de population, autant l’arme la plus efficace contre elle semble sociale, l’éducation, par exemple.

(D’après In our time, de la BBC, qui fut prescient, puisque l’émission parlait déjà de globalisation et d’épidémie bien avant le coronavirus. A noter une curieuse remarque d’un invité : la médecine avant les années 20 faisait plus de mal que de bien.)

Open innovation et Globalisation

Web 3.0. Fini Big brother facebook, l’utilisateur va récupérer ses données. Le mouvement est mené par les libertaires de la finance, les fanatiques du bitcoin et de la block chain.

Rêve de libertaire ? Le Web 3.0 correspond, simplement, curieusement ?, à l’évolution de l’humanité. Après les années folles de la globalisation. On entre dans celles de la paranoïa de MM.Xi et Poutine, voire Trump. La victoire du degré 0 de l’intelligence. De la foi du charbonnier.

Cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus de commerce. Mais que l’on commercera avec prudence. La vente de la corde au bourreau chinois, c’est fini. Le Web 3.0 est la possibilité de construire des réseaux ad hoc, avec des degrés de confidentialité fonction de la confiance que l’on a en l’autre.

Il était question de paranoïa. Et maintenant, heureux revirement, point « l’open innovation » ? Mouvement mondial : pour créer un nouveau produit, on assemble des carpes et des lapins. Le monde de demain pourrait-il être celui de la compétence, de la confiance et de ses réseaux changeants ?

(Fin de l’histoire ? On me dit que 3 est un nombre mystique…)

Le paysan : un modèle ?

Il y a quelques temps j’ai interviewé les dirigeants du FMSE. C’est le fonds de solidarité des agriculteurs. Il permet de distribuer des aides sans contrevenir à la réglementation européenne sur la concurrence. Nos agriculteurs ont du génie ?

Ils m’ont raconté qu’ils n’avaient pas attendu le coronavirus pour constater que leurs exploitations étaient dévastées par les calamités. Il y a le temps et les virus. Ils ont été les premiers à observer les « externalités négatives » de la globalisation. 

Pourrait-on s’inspirer de leur exemple ? 

Tout leur souci est de maintenir leurs revenus à flots. Résilience, maître mot. Pour cela, ils font feu de tous bois. 

Seulement, si je comprends bien, dans ce dispositif entrent beaucoup de subventions à la calamité. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, en ce qui concerne les nations, pour le coronavirus et l’entreprise. 

En bref, la conclusion que l’on peut tirer de cette expérience est que notre capitalisme avait un coût insoupçonné. Il se prête aux crises sanitaires ou politiques. Ses coûts peuvent-ils être réintégrés dans les prix qu’il pratique, sans produire une crise, ou faut-il envisager un autre modèle de société ? 

Changement systémique

Ce blog étudie le changement depuis qu’il existe. Ce qui arrive est stupéfiant. Pourtant, c’est prévu par la systémique. 

En effet, la société est en train de changer, radicalement. Et cela touche les principes mêmes qui gouvernent nos comportements. Montesquieu aurait parlé d’une changement de « l’esprit des lois ». 

Par exemple, il y a une pénurie mondiale de ressources humaines. Du jour au lendemain, le dirigeant, qui se tapait sur les pectoraux en clamant qu’il était un « premier de cordée créateur de valeur », n’est plus rien. Maintenant, il doit être « séduisant ». Car le jeune veut servir une juste cause. Et la fiche de poste, c’est fini : il faut bâtir à partir de ce qui se présente. Et peut être même, le superbe isolement du chef d’entreprise a fait son temps, car il va probablement falloir partager son personnel. La coopération est la règle du jeu, en période de rareté. 

Il y a aussi la globalisation. Son hypothèse implicite était la quasi gratuité du transport. Or, le virus a montré qu’il présentait un risque imprévisible. La supply chain est à terre. Et cela a une conséquence massive : de la période du moins disant, on passe à celle de l’innovation. Du moins cher au meilleur. Le règne du gestionnaire risque bien d’être remplacé par celui de l’entrepreneur. Si le dirigeant veut garder son poste, il va devoir remettre en marche son cerveau. L’élite va devoir justifier ses prétentions.

Et la rigueur, que nous imposait Mme Merkel ? Je lisais un article qui expliquait que le monde s’était mis à imprimer des billets, et constatait avec stupéfaction que le ciel ne lui tombait pas sur la tête. 

Où cela nous mène-t-il ? Aucune idée. En tout cas, les rapports de force se sont totalement inversés. Alors que juste avant l’épidémie la SNCF et Air France étaient paralysés par des grèves, qui parierait aujourd’hui un kopeck sur les hommes forts d’hier ? Ecole de l’humilité. 

Enseignement ? Nous tendons à être des mouches du coche. Nous croyons que nos succès sont dûs à notre génie, alors qu’ils sont le résultat des circonstances. Et les belles théories dont on nous a abreuvé, et qui ont valu quelques prix Nobel, ne sont que des rationalisations de rentes de situation. Peut-être peut-one espérer une renaissance de la science ?