Gaulois performatif

Quand on écoute la façon dont le Gaulois (Concordance des temps) a été utilisé dans notre histoire, on comprend comment les mythes se forment, chez nous et chez les peuples « primitifs » (qui, du coup, n’ont franchement rien de primitif).

La méthode est la suivante : une société part de ce qu’elle veut (est convaincue ?) être, et elle invente le passé pour justifier son désir. Ce qui n’a rien de malhonnête : l’histoire racontée est « performative », elle crée le passé. Ainsi, utilisant une interprétation en hébreu de « gaulois », un auteur démontrait que Noé avait créé en premier la Gaule, qui était à l’origine des autres civilisations.

Au fond, c’est comme cela que marche la philosophie. Epicure, les Stoïciens… affirment ce qu’est la nature de la nature et en déduisent ce qui justifie leur affirmation, qui est démontrée par son résultat.

C’est aussi probablement la raison pour laquelle toute la publicité que nous recevons représente la société que le publicitaire juge idéale et qui n’a rien à voir avec celle dans laquelle nous vivons : il croit qu’il suffit de la vouloir ainsi pour qu’elle le soit.

La notion de vérité serait-elle une invention récente ? Si c’est le cas nous ne devons peut-être pas tout aux Gaulois…

Distingués druides

Et si nos ancêtres les Gaulois n’avaient pas été des sauvages, batailleurs et ivrognes ? C’est la question que je me suis posée en écoutant Carbone 14, de France culture.

À l’image des Grecs, les druides sont des philosophes, d’ailleurs auraient-ils pu être les élèves de Pythagore, ou les maîtres de celui-ci ? Les deux versions existent durant l’Antiquité. Le plus important est probablement qu’ils aient formé une école philosophique prônant, à l’égal des pythagoriciens et des poètes orphiques, la croyance de l’immortalité de l’âme !

En fait, il semblerait que la Gaule ait eu une organisation similaire à celle de la Grèce, c’était une culture de cités, qui se reconnaissaient une nature commune. Mais avec, peut-être, une supériorité sur celle-ci : leurs druides formaient une communauté, qui se réunissait de temps à autres pour juger des affaires gauloises. Les druides, par ailleurs, parlaient le grec. Mais, comme Socrate, ils n’écrivaient pas, pensant que la culture de la mémoire était la meilleure formation pour une élite.

Dès le IVe siècle avant notre ère, probablement avant, les druides constituent une communauté répartie sur l’ensemble de la Gaule, communauté qui se réunira annuellement, lors de sa fameuse assemblée dans la forêt des Carnutes (aujourd’hui près d’Orléans). Ils constituent ainsi, un corps fédéré très puissant, qui aura à sa tête « le premier des druides » nous dit César.

Et si les Gaulois avaient été bien plus avisés que les Romains ? Mais que peut-on faire lorsque l’on est voisin d’un impérialiste aussi puissant ? La première étape de la conquête étant peut-être économique : Rome possédait une économie explosive et était grande exportatrice de biens et de culture ?

Qui sont les Gaulois ?

« Ces gaulois mythiques sont des hommes libres qui résistent à l’invasion romaine, mais qui acceptent l’acculturation dans un empire devenu universaliste après l’édit de Caracalla. Dans la francisation, les enfants reçoivent de bons ancêtres, qui leur parlent en même temps de liberté et d’intégration, c’est à dire de leur devenir de citoyens français. » dit Edgar Morin dans Enseigner à vivre, au sujet des Gaulois dont parlait l’école de la 3ème République.

En disant « nos ancêtres les Gaulois » nos ancêtres étaient-ils moins ridicules qu’on a voulu nous le faire croire ? Le Gaulois, « libre et universaliste », toute l’identité de la France ?

Nos ancêtres les Gaulois…

GOUDINEAU, François, Regard sur la Gaule. Actes Sud, 2007. Un recueil d’articles sur la Gaule et sur quelques-uns de ceux qui ont écrit sur elle. Comment dire quelque-chose d’à peu près juste d’une société sur laquelle nous avons si peu d’informations ? La question principale que pose ce livre est peut-être celle de la rigueur scientifique. Difficile d’en faire preuve quand le sujet nous touche d’aussi près. François Goudineau semble vouloir donner une leçon sur l’art de l’enquête. Parmi les nombreuses questions abordées (la forme des cartes romaines, l’origine de Lyon, l’art gaulois…), voici ce qui m’a le plus intéressé. En bref. 

La Gaule a très tôt subi l’influence extérieure. En particulier celle de Rome et de la Grèce (Marseille était une des plus prestigieuses colonies grecques). Et cela du fait d’échanges économiques. Mais aussi parce que les Gaulois, souvent mercenaires, parcouraient le monde. Et parce que l’on appelle Rome quand on craint quelque envahisseur. D’ailleurs les chefs gaulois, qui se révoltent avec Vercingétorix, ont tous plus ou moins fréquenté le monde romain. Et la guerre contre César divise les Gaulois.
A ce sujet, Vercingétorix a été plus qu’un faire valoir pour César. Bien conscient des points faibles de l’armée gauloise, il a cherché à tendre des pièges à César. Il s’en est fallu de peu qu’il réussisse. Curieusement, il se pourrait que Vercingétorix ait fait la gloire de César. En effet, il lui a apporté une grande victoire. Alors que jusque-là la guerre des Gaules s’enlisait.
Mais que serait-il arrivé si César avait perdu ? N’était-il pas dans le sens de l’histoire que la Gaule rejoigne Rome ? Les Romains pensaient d’ailleurs que la culture gauloise se prêtait à la civilisation. Ce qui n’était pas le cas de celle des Germains. 
Les Gaulois ont abandonné leur langue et leurs traditions. Mais ils ne semblent pas s’être totalement romanisés ou intégrés. Peut-être se sont-ils contentés de prendre ce qui leur plaisait chez les Romains ? En tout cas, ils ont conservé une forme d’urbanisme et d’habitat qui leur est propre. Et leur élite ne semble pas avoir été séduite par les lumières de Rome. Elle préférait rester chez elle.

Quant à une nation gauloise, elle n’existe pas. Le Gaulois était attaché à sa « cité ». Rien de plus. Cependant, la façon dont César décrit les motivations des chefs gaulois, qui se soulèvent contre lui, c’est-à-dire la liberté ou la mort, il est difficile de ne pas les trouver très français… Et ce dans leurs divisions mêmes. 

Les racines catholiques de l’Europe

Vendredi, j’entendais Elie Barnavi dire à France Culture qu’il regrettait que l’Europe n’ait pas reconnu ses racines catholiques. En effet, la religion catholique serait à l’origine de beaucoup de choses qui nous sont chères, comme les droits de l’homme. En conséquence de quoi, il n’y a pas de place pour la Turquie chez nous.

Ce type d’argument me surprend. Pourquoi ne pas parler aussi de la Rome des origines, qui nous a fort influencés, sans être chrétienne (cf. César, conquérant de la Gaule). Quid des autres peuples qui ont occupé l’Europe, et leurs cultures ?…

D’ailleurs, à l’opposé, et si l’Europe s’était faite contre la religion catholique ? Le protestantisme d’abord, les Lumières ensuite ? Et si c’était, justement, les valeurs des Lumières qui étaient le fondement de l’Europe ? C’est, du moins, ce que pense Tzvetan Todorov : Les Lumières et l’identité de l’Europe.