Gramsci trahi ?

Gramsci a eu un gros succès posthume, on s’est revendiqué de lui d’abord à gauche, puis à l’extrême droite. Ce qui nous permet de comprendre ce que l’on nous a raconté ces dernières années. Notamment ce fameux « bon sens » qui m’était si désagréable durant l’ère Sarkozy.

On a interprété la pensée de Gramsci ainsi, si j’ai bien compris. Le peuple ne peut pas comprendre son intérêt. Si l’on veut le faire changer (pour son bien, cela va sans dire), il faut donc instrumentaliser son « bon sens » pour le faire aller, sans qu’il s’en rende compte, là où il ne veut pas aller. Autrement dit, masquons nos intentions. C’est la post vérité.

Il est difficile de savoir ce que pensait Gramsci. Cette pensée était subtile, c’était un dirigeant du parti communiste italien opposé aux Bolchéviques, et en évolution permanente. Il a même refusé de laisser une synthèse de son oeuvre. Mais, je crois que c’était le contraire de ce qu’on lui a fait dire :

J’ai l’impression qu’il était proche de Proudhon. Tout d’abord, il estimait peu les intellectuels, qui n’avaient jamais rien apporté au peuple. Il espérait faire sortir du peuple, par l’éducation, d’autres intellectuels, qui défendraient les intérêts des leurs.

Les Gilets Jaunes seraient une application de ses idées  : une prise de conscience par le peuple qu’il s’est fait flouer. Ainsi que la réaction de l’intellectuel : il a dénoncé le Gilet Jaune comme un fasciste.

(France Culture : avoir raison avec Antonio Gramsci.)

Pourquoi l'écologie municipale est-elle un égoïsme ?

Surprenant, dans ma commune, le maire en place affronte deux listes écologistes, quasi impossibles à distinguer l’une de l’autre. Elles annoncent une transformation de la ville en parc. En étudiant attentivement leurs documents, j’ai découvert que l’une d’entre-elles était un regroupement des partis de gauche. La gauche aurait-elle abandonné les luttes sociales pour la défense de l’arbre ?

Pierre Veltz explique que ce phénomène est national. Pour le citoyen, la commune est un dortoir. Sa vie active se passe ailleurs. C’est pourquoi il cherche à la cultiver comme un jardin.

La commune, en fait, ne correspond plus à rien, l’échelle de notre vie est l’agglomération :

Il faut passer à l’élection au suffrage universel direct d’une ou d’un maire d’agglomération. C’est simple et cela changerait tout. On pourrait alors multiplier les parcs urbains sans escamoter les questions décisives pour l’avenir de nos villes et de nos sociétés, y compris les questions écologiques.

De la démocratie en Amérique : Zozos contre Totos ?

Les USA sont divisés en deux, par l’éducation. D’un côté, le pauvre, mal éduqué, mal payé, mal nourri, qui vote à droite. De l’autre, le « Bobo », le diplômé, de gauche, riche, bien portant, et donneur de leçons.

Progressivement le Bobo est devenu Toto, « une élite intellectuelle convertie aux nouvelles idéologies totalitaires de la gauche radicale« . »Persuadée de sa supériorité morale, cette nouvelle gauche fait régner, depuis déjà plusieurs décennies, sur les campus, comme dans les médias, un climat intellectuel délétère. Les étudiants ne sont plus invités à débattre, mais à assumer des identités, de préférence victimaires. Et à empêcher, à interdire, à proscrire tout ce qui s’écarte d’un Politiquement Correct, conçu de manière de plus en plus restrictive. » (Une enquête de la journaliste Laurence Simon, citée par France Culture.)

Les prochaines élections américaines : Trump et les Totos ?

Instabilités politiques et classe moyenne

L’Amérique du sud est mécontente. D’après ce que j’ai entendu, cela viendrait d’un basculement d’une partie de la classe moyenne dans la pauvreté. Les gouvernements de gauche ont profité d’une conjoncture favorable. Puis, quand les choses ont commencé à mal tourner, on a pensé que la droite ramènerait la prospérité, mais c’était une erreur.

Aristote estimait que la classe moyenne était la garantie de la stabilité d’une société. Ces derniers temps, on parlait plutôt de « défense des minorités », qu’elles soient pauvres ou riches (« les créateurs de valeur »). Que l’on se préoccupe à nouveau des classes moyennes est un changement.

Que faire ? Probablement ni gauche ni droite, ni bons ni mauvais. Une société qui fonctionne reconnaît l’utilité de chacun, et ne condamne personne ?

Droite / gauche n'est pas français ?

Les partis politiques français traditionnels connaissent ce que Kurt Lewin a appelé la « phase de dégel » du changement. Ils ne savent plus à quel saint se vouer. Les Républicains sont touchés, après le Parti socialiste.

Après étouffement de leurs alliés, les (ex) socialistes et les (ex) gaullistes occupaient tout l’espace politique. Ils reproduisaient le modèle anglo-saxon : démocrates et républicains ou travaillistes et conservateurs. De potentiellement 100% de l’électorat, ils en sont arrivés à moins de 15% aux dernières élections.

Le personnel politique n’ayant pas été renouvelé, le changement ne fait que commencer. Mais c’est, avant tout, le programme qu’il faut inventer. La question que l’on peut se poser est : n’y a-t-il pas quelque chose qui ne va pas avec le concept droite / gauche à l’anglo-saxonne? Et, ce qui fait le succès relatif du couple Macron / Le Pen n’est-il pas, justement et fondamentalement, un principe mieux en conformité avec notre culture nationale ?

De Blair à Glucksmann

J’ai entendu quelque-part que Raphaël Glucksmann pense avoir sauvé le socialisme français : son combat doit être l’écologie. Si c’est le cas, le raisonnement est probablement insuffisant.

Je crois que la gauche a souffert du syndrome Blair. Elle est tombée amoureuse du marché. Elle a voulu l’utiliser pour enrichir le pauvre. Ce faisant elle a vendu son âme au diable. Elle essaie de se racheter avec l’écologie. Mais elle a oublié ses origines : l’accès à l’éducation. Car la personne correctement éduquée n’est ni pauvre, ni manipulée par le populisme, ni destructrice de l’environnement. Car elle est à l’image de l’intellectuel, à l’image de Raphaël Glucksmann.

Le fourvoiement de la gauche ?

Pourquoi le populisme au Brésil ? Je cite un témoignage qui donne cette interprétation inattendue : le président Lula a abandonné le combat de la gauche. Au lieu de défendre l’accès à l’éducation, il a voulu l’enrichissement du pauvre. Faute d’éducation, le pauvre est séduit par les sirènes.

Phénomène mondial ? La gauche a changé son discours. Elle n’a plus demandé, comme elle l’avait fait auparavant, « les lumières », l’accès à la connaissance, à la justice, etc. Elle a exigé l’accès aux biens matériels. Ce qui, au fond, faisait consensus : cela plaisait à l’entreprise. Aujourd’hui, au mieux, elle pense trouver le salut dans l’écologie.

Mais, pour penser écologie, ou pour s’enrichir, il faut avoir été correctement formé, et être dans des conditions favorables. Sans bases, il ne peut pas y avoir d’édifice.

Ce glissement de sens est peut-être un des facteurs de changement les plus importants de notre temps.

Qu'est-ce que la pauvreté ?

La pauvreté est définie comme un écart à la médiane. Imaginons que vous soyez sur un îlot de milliardaires. Si la médiane se situe à 30 milliards, celui qui en possède 15 est un pauvre !

Mais est-ce cela la pauvreté ? Et si l’on cherchait du côté de chez Maslow ? Maslow disait que, pour que l’homme devienne ce qu’il a le potentiel d’être (métaphore de l’arbre), il a besoin de conditions favorables. Et si la pauvreté c’était ne pas disposer de ces conditions ? Par exemple, ne pas avoir accès à une école, à une justice, à un service de santé, à une nourriture… corrects ? Et si la pauvreté était une question de « droits de l’homme » et pas d’argent ?

Gauche et droite : même combat ?

Bernard Kouchner disait à France Culture qu’il avait tôt découvert que la gauche et la droite avaient quasiment les mêmes idées. (A voix nue.)

Histoire de la laïcité en France montre peut-être ce phénomène à l’oeuvre. Dans un premier temps la gauche réforme l’école, façon 68. La droite réagit en relançant l’école privée. L’école laïque de la 3ème République a vécu. Idem, les réformes de gauche du temps de travail désorganisent la fonction publique. La droite réagit en coupant les vivres à la dite fonction publique, ce qui amplifie le chaos.

Et si gauche et droite étaient la manifestation d’un même principe : l’individualisme ? Leur point commun est de s’attaquer aux institutions collectives ?

(Faut-il remettre l’individualisme à sa place, et à « refaire » un rien de collectif ?)

Epater le bourgeois, est-ce une politique ?

Bobos in paradise dit que le mot d’ordre de l’élite est « épater le bourgeois », le provoquer. Cela explique certainement la stratégie des démocrates américains, qui ne cherchent pas tant à gagner les élections qu’à choquer les électeurs de M.Trump.

Cela expliquerait aussi pourquoi, après avoir défendu le mariage libre, la gauche s’est faite la championne du mariage pour tous. Elle est mue par une « contre culture ». Elle cherche les valeurs de la culture, pour les provoquer. Les « valeurs socialement avancées » ont pour but de choquer les valeurs sociales ? Que la société adopte ces contre valeurs et « l’intellectuel », par réaction, défendra ce qu’il combattait ?

Voilà pourquoi les pouvoirs de gauche n’ont eu aucune action politique ? Ils se payaient de symboles ?

Flaubert est le modèle du Bobo. Non seulement il a vécu de ses rentes, mais il a empêché sa nièce de faire un mariage d’amour, pour un mariage bourgeois (qui a mal tourné, et a ruiné Flaubert). « L’intellectuel » n’est pas qu’un bohème, c’est surtout un (grand) bourgeois. Il est imprégné des valeurs qu’il combat. L’académie française est pleine de soixante-huitards.

(« L’intellectuel » serait-il un gosse de riche qui veut conserver le confort, l’irresponsabilité, de l’enfance ?)