Emmanuel Macron

Enigmatique Emmanuel Macron. Il semble appartenir à un monde qui lui est propre. Il y a une sorte d’Harold et Maude dans son histoire. D’abord une relation fusionnelle avec sa grand-mère (morte récemment), puis avec son épouse, son ancienne enseignante. Son ascension fulgurante ? Elle est due à son passage par l’inspection des finances, qui ouvre immédiatement le minuscule réseau de la richesse, du pouvoir et du show biz ; mais aussi à sa capacité hors du commun à « séduire les vieux« . Depuis toujours, il les fascine. C’est eux qui l’ont propulsé dans les honneurs. Pour autant, il ne leur doit rien. (Peut-être, comme M.Hollande, les déçoivent-ils ?) Il est bien plus fort que Rastignac.
Il semble vivre son rêve, et n’être susceptible à aucune aliénation. Etre président est peut-être plus une mission qu’une ambition, pour lui. Seule concession au formatage social : il a mal vécu son échec à Normale Sup. Il se voyait probablement en grand philosophe diplômé. Mais, il ne souffre pas longtemps d’hybris. Il se relève vite de ses faux pas. Surtout, il semble avoir une redoutable efficacité naturelle. Il est né pour ce qu’il fait. Il se trouve que ce qu’il aime, les gens qu’il a envie de rencontrer, par exemple, se révèle utile à ses projets. Et il est naturellement agréable et toujours bien disposé à l’endroit de ceux qu’il rencontre. Et il possède une forme de pragmatisme. Par exemple, il sait jouer de Paris Match : c’est peut-être ringard, à l’ère numérique, mais ça marche. Liberté ultime ? 

Catherine Fulda : coaching et changement (2)

Dans ce second billet, Catherine Fulda s’intéresse à l’homme face au changement (de son environnement). Il le subit et il le fait souffrir. Que peut lui apporter le coach ? 

Le changement subi bouleverse les repères de l’individu. C’est pour cela qu’il n’arrive plus à s’y retrouver. Tout ce qu’il fait, qui jusque-là réussissait, échoue. Le coaching lui permet de prendre conscience de sa représentation de la réalité. De ce fait, il y aperçoit les hypothèses obsolètes qui expliquent ses difficultés. Une fois qu’il a mis son système de décodage interne en accord avec la nouvelle réalité qui l’entoure, il peut reprendre le contrôle de son sort. De ce fait, il ne subit plus, il ne souffre plus. Mieux. Ayant retrouvé des repères efficaces, il peut agir sur le changement.

Catherine Fulda : coaching et changement

Qu’est-ce que le coaching ? Et, en particulier, qu’a-t-il à dire sur le changement ? J’interroge Catherine Fulda. Elle est l’élève de la fameuse Françoise Kourilsky, elle-même élève du grand Paul Watzlawick, dont ce blog cite les travaux sur le changement.

Catherine Fulda est une spécialiste du « coaching professionnel ». Autrement dit, elle travaille sur la relation de l’individu à son environnement professionnel.

Qui vient la voir ? Cela va de personnes qui « ne trouvent pas leur place », à d’autres qui veulent « optimiser leur développement », en passant par ceux qui « se posent des questions » ou « prennent un poste », ou encore ont des « difficultés relationnelles » ou « doivent manager des personnes difficiles ». Je retrouve là ce que je dis des raisons pour lesquelles on veut changer. A savoir un environnement qui a changé ; ou vouloir faire ce que l’on pense devoir faire, mais que l’on ne sait pas comment faire. Autrement dit, il me semble que l’on vient voir Catherine pour changer. 

Que fait-elle ? « C’est la personne qui trouve sa solution. » Catherine est là pour faciliter le travail que la dite personne fait avec elle-même. Combien de temps cela prend-il ? 6 à 12 sessions d’une heure trente à deux heures, distantes de une à trois semaines, suivant la criticité du cas. Ce qui compte ? « Travailler sur la demande du client », demande plus implicite qu’explicite d’ailleurs. Le rôle du coach est essentiellement une aide à la clarification, « Quand on est clair, tout va mieux ». « Quand les choses ne sont pas dites, du coup, ça bloque. » Et cette clarification porte avant tout sur « sa représentation de la réalité ». Pour cela, il travaille souvent sur « des situations concrètes », afin de déterminer où se trouve le blocage de son client. Surtout, le coach « écoute et reformule ».

Y a-t-il des parentés entre nos techniques ? Nos approches sont systémiques. Le système que j’étudie est un groupe d’hommes. En écoutant Catherine, j’en suis arrivé à penser que l’homme était lui-même un système. Catherine aide ce système à se transformer, de façon à ce qu’il puisse tirer parti du système plus vaste qui m’intéresse. « Quand on change sa perception de la réalité, le système change. »

Mots de l’année : twitter et changement

Il semblerait qu’il soit devenu d’usage d’éliredes mots de l’année.

Un jury, people, a choisi « twitter », des « internautes », « changement ».

Twitter étant relativement peu répandu en France, je me demande si cette différence de choix ne reflète pas une différence de situation entre la France et son élite.

En tout cas, l’intérêt pour le changement va-t-il faire de la pub à ce blog ? J’en doute. Le changement français est un changement auquel on assiste, passivement, mais qu’on ne suscite pas. Ce n’est pas celui dont on parle ici.

Compléments :

  • Merci à Catherine Fulda pour l’information !

François Baroin

FULDA, Anne, François Baroin, le faux discret, Jean-Claude Lattès, 2012. Après la lecture de ce livre, François Baroin demeure un complet inconnu. Intrigant.

C’est la mort de son père qui fait la carrière de François Baroin. Michel Baroin était un homme qui ne laissait personne indifférent, petit haut fonctionnaire qui avait pantouflé à la GMF et Grand Maître du Grand Orient qui connaissait les hommes politiques de tous bords. À sa mort, François Baroin est tout jeune. On lui demande de défendre le livre posthume de son père chez Bernard Pivot. Jean-Pierre Elkabbach l’y repère et lui offre un poste à Europe 1. Mais c’est surtout Jacques Chirac qui désire assurer l’avenir du fils de son ami. Il lui trouve d’abord une députation (François Baroin a 27 ans). Une carrière de porte parole et de ministre s’ensuit.

Il a les capacités, il travaille, il attrape bien la lumière. Mais moins le son. (…) Le problème de François Baroin c’est que l’on ne sait pas aujourd’hui quelles sont ses idées, ni même s’il en a.

François Baroin est un politique habile, sans arrêt réélu. Ministre consciencieux, il paraît avoir le talent de comprendre ce qu’il faut dire d’un dossier pour ne pas paraître idiot. Talent de porte parole, qu’il a été toute sa vie ? Mais, a-t-il un combat ? Au mieux semble-t-il avoir hérité quelques convictions de son père, très diluées.

Alors, « François Baroin, homme politique contemporain, reflet d’une époque peu épique » ? Certainement, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’ira pas loin, me semble-t-il. Car, contrairement à ses collègues, il mène sa barque sans être empêtré dans des idéologies, des ambitions ou des complexes de supériorité démesurés. Il me paraît modeste et insubmersible. 

Les interminables travaux de la Maison de la Radio

J’entends parfois les journalistes de la radio publique plaisanter des travaux sans fin que subit leur Maison.

Ils n’ont pas lu Lao-Tseu, Paul Watzlawick ou CatherineFulda, sans quoi ils n’en souffriraient pas. Il suffit pour cela de se convaincre qu’être en chantier est la nature même de la Maison de la Radio. (Et de ses alentours, d’ailleurs.)
C’est ainsi, semble-t-il, que l’on peut s’habituer aux guerres. Je me souviens d’un ami libanais, qui me disait (on était en 84), qu’il ferait du jogging à Beyrouth « s’il n’y avait pas trop de bombardements », et d’un autre qui a gardé la nostalgie des heures passées à lire à la lumière de la bougie, dans un abri. 

Comment faire de ses enfants les maîtres du monde ?

On dit que ce qui a fait d’Alexandre un conquérant a été l’obsession de réconcilier un monde qu’il voyait à l’image de ses parents. En serait-il de même pour B.Obama et l’Amérique ?

Si l’homme veut changer le monde, c’est pour qu’il ressemble à une famille rêvée ? Le fruit d’un traumatisme initial ? L’homme heureux n’a pas d’histoire ?

Curieusement, nos principaux candidats présidents seraient aussi les fruits de couples instables, constitués de caractères opposés. Qu’en déduire ?

  • Au moins que la réponse à cette situation n’est pas unique. Si F.Hollande semble obéir au schéma Alexandre / Obama, N.Sarkozy paraît avoir choisi un camp : la défense de valeurs conservatrices (sa mère contre son père ?).
  • D’autres encore, peut-être, ont compris, comme Catherine Fulda et Lao Tseu, que changer sa perspective du monde pouvait nous épargner d’avoir à le changer ?
Compléments :

Rad-soc Chirac

Je trouve par hasard un extrait du livre d’Anne Fulda sur Jacques Chirac.

Il y apparaît beaucoup plus complexe et riche qu’on ne le croit d’ordinaire. Au fond ce serait un « radical socialiste ». Ce qui va peut-être dans le sens de ma thèse selon laquelle le gaullisme serait une forme de radicalisme.  Mais, sa version actuelle ne semble pas très agissante. Radical-contemplatif ?

Pourquoi changer d’entreprise est-il dangereux ?

Discussion avec le coach Catherine Fulda. Pourquoi le changement d’entreprise est-il cause d’échec, frustration ou dépression pour un nombre grandissant de cadres brillants ? Pour comprendre ce phénomène curieux, il faut en revenir aux origines :

Les entreprises ont prévu des processus d’acclimatation des jeunes diplômés. Ils passent par des stages, des périodes d’essai, des séminaires d’intégration, on leur confie des missions simples, initialement, puis de plus en plus complexes. En fait, ce sont des processus de socialisation :

Nos comportements sont « programmés » par notre environnement social. Nous n’avons pas besoin de réfléchir pour agir. C’est pour cela que nous sommes extrêmement efficaces, et nous le sommes d’autant plus que nous sommes âgés.
C’est là que l’affaire se complique. Les entreprises françaises ont été conçues pour y faire carrière, pas pour recevoir des personnels expérimentés. Et les dits personnels, qui quittent souvent une société qui n’a pas su reconnaître leur génie, ne s’attendent pas à devoir s’adapter.
Bref, ils arrivent chargés des règles de comportement de leur précédent employeur. Ils constatent alors que « rien ne va plus », ce qui jusque-là avait fait leur succès ne leur vaut que des désagréments. Les conséquences peuvent en être graves : maladies et crises familiales.
Une solution à ces difficultés est le « coaching d’intégration » : aider le nouvel embauché à identifier les hypothèses inconscientes qui risquent de lui jouer de mauvais tour, et surtout à trouver de nouveaux repères.