Le marché est-il rationnel ?

Paradoxe : le réchauffement climatique aurait eu la peau du secteur de l’énergie, mais pas de ce qui fait gaspiller de l’énergie ! Est-ce bien rationnel ?

Ou, comme le disent certaines théories économiques, c’est l’opinion qui fait le marché ? J’achète une action parce que les autres vont l’acheter, et les autres sont, très, très, bêtes ?

Boeing, ou les dangers du pilotage financier ?

Boeing doit-il essayer de mettre au point son 737 Max déficient, sachant que les pilotes et les passagers risquent d’avoir peur d’y monter (j’ai appris que la France était un des rares pays qu’il avait le droit de survoler) ? Doit-il avancer un programme de remplacement, sachant que, ce faisant, son retard sur Airbus s’accentuera ?…

En lisant et en écoutant, j’observe que cette affaire soulève bien des questions. Apparemment, les avions sont devenus trop complexes pour pouvoir être contrôlés par des organismes indépendants, aux USA comme en Europe. Les avionneurs s’auto contrôlent ! Peu rassurant. D’autant qu’ils sont dirigés par des considérations financières, disait un interviewé. C’est, à y bien réfléchir, l’explication la plus plausible à la série de décisions hasardeuses qui ont conduit aux accidents.

Seulement, dans le monde de l’aviation, la sanction est violente. L’erreur tue. Il serait peut être dans l’intérêt des avionneurs de mettre un terme au diktat financier, et de remettre en place des systèmes de contrôle indépendants et efficaces.

A ce titre, les organismes de contrôle français, tels que les APAVE, étaient des associations constituées par des industriels…

(Le pilotage financiers de Boeing pourrait avoir produit la chaîne d’événements suivante :
D’abord, il y a retard de Boeing sur Airbus. Moins on investit, plus on est rentable ? Puis décision d’équipement d’un vieux modèle de moteurs de nouvelle génération plutôt qu’investissement pour créer un nouveau modèle. Puis ça ne marche pas, on corrige avec un logiciel. Puis, l’instrumentation qui alimente le logiciel, économie ?, n’a pas les redondances usuelles, ce qui provoque, dans certains cas, des comportements de l’avion erronés. Puis, on n’informe pas les équipages de ces évolutions, puisqu’elles devraient être invisibles. Ce qui évite de parler de formation – Boeing ayant annoncé : nouveaux moteurs, pilotage inchangé. Puis, lorsque l’incident survient, les procédures usuelles, qu’appliquent les équipages, sont exactement ce qu’il ne faut pas faire…)

Le marché, c'est la guerre ?

Mon précédent billet parlait de l’euro. Beaucoup de gens disent que nous serions mieux sans. Ce qu’il y a de curieux, c’est que nous semblons incapables de raisonner à long terme. Nous sommes enfermés dans l’anxiété du 0,5 % de croissance. Nous avons été kidnappés par la vision myope des économistes. Et si cet aveuglement nous amenait au chaos ? 
Après guerre, on pensait loin. Et, à tort ou à raison, beaucoup croyaient que la finance folle avait créé les conditions de la barbarie. C’est la thèse de Karl Polanyi. Elle semble avoir été partagée par les gouvernements de l’époque, qui ont tenté de contrôler la finance pour qu’elle n’entre plus en conflit avec la société. Leur système n’a pas fonctionné. Mais il serait tout de même bien que l’on se remette à envisager le long terme, et à se demander quelles peuvent être les conséquences de nos désirs. 
Quant à l’euro, je pense de plus en plus que c’est une bonne chose. Voilà pourquoi. Selon moi, la cause de la crise est l’Allemagne. En se comportant de manière irresponsable (absorption maladroite de l’Est par l’Ouest, puis dévaluation compétitive), elle a mis le reste de l’Europe en difficulté. Enseignement : les ajustements sont douloureux, en conséquence, il faut les anticiper, les préparer et les accompagner. Si nous comprenons ceci, il est possible que les crises soient beaucoup moins violentes que dans un marché financier laissé à lui-même. 

La Russie veut briser l’Europe

Ce qui se livrerait en Ukraine, ce serait le choc des civilisations. D’un côté, le modèle occidental de la liberté individuelle, de l’autre son antithèse, et son champion, Poutine. Il se bat pour les « valeurs » de la Russie, « la plus importante étant le monopole de l’Etat sur le pouvoir ». « Le rôle joué par l’idéologie communiste a été en grande partie remplacé par celui de l’Eglise orthodoxe, qui, comme l’Etat lui-même, s’est transformé en quelque chose qui ressemble à un monstre. » Il cherche à exporter son « idéologie », « de même que jadis, il exportait le communisme ». Dans cette guerre, la stratégie de M.Poutine est de diviser l’Europe. Pour ce faire, il finance les partis extrémistes (droite et gauche) et les écologistes européens. Dernièrement, il est devenu le financier du Front National. « Il veut exercer une pression sur les maillons faibles de l’Europe pour briser l’unité européenne. » Et l’un de ces maillons faibles est la Hongrie, « Etat illibéral », dépendant du gaz russe. Grande tentation : attaquer un pays balte, à forte minorité russe, mais d’une manière ambiguë, qui n’entraîne pas une interprétation évidente du traité d’entraide de l’OTAN, et donc produise un déchirement de l’alliance.

En Europe, Mme Merkel est assise sur un tas d’or. Elle laisse son pays tomber en ruine. Et l’Europe sombrer dans le cercle vicieux de la dépression. DSK explique que, trop occupé à « sauver le monde », il n’avait pas la tête à vérifier la nature, payante ou non, de ses distractions libertines. Cela va-t-il pousser les Français à se préoccuper de la vie privée de leurs gouvernants ? Et l’armée anglaise est en déshérence « la Grande Bretagne n’a plus une idée très clair d’à quoi servent ses forces armées ». D’ailleurs, elle a disparu de la scène internationale ! La Grèce a subi « un effondrement économique équivalent à celui qu’a connu, de l’autre côté de la Méditerranée, la Lybie ». Son gouvernement est pris entre le Charybde de ses créanciers, et le Scylla de ses alliés de gauche et de droite, sans compter l’espoir renaissant de son peuple.

En Inde, la croissance, pour peu que les chiffres soient fiables, dépasserait celle de la Chine. Par ailleurs, l’amour de l’électorat pour son arrogant nouveau premier ministre semble tiédir. Aux USA, contre toute attente, les pouvoirs militaires du président ne font que croître.

Un moyen d’améliorer l’école des pauvres ? Un programme qui transforme en enseignants, pour deux ans, d’excellents élèves doués d’un tempérament de leader. En revanche, l’Anglais est particulièrement mal enseigné. Cause ? Des enseignants qui ne parlent pas anglais…

Le « crowdfunding » lève 72m$ pour un jeu vidéo. L’industrie de la mode utilise ses défilés comme moyen de communication, permettant de vendre au consommateur électronique final.

La baisse des cours du pétrole a fait boire un bouillon à beaucoup de fonds d’investissement. Ce qui fait des affaires pas chères à récupérer par leurs collègues. L’immobiliera la faveur des investisseurs. Il n’est pas encore spéculatif…

L’innovationserait le fait d’une forme de sélection naturelle agissant sur de petites évolutions aléatoires. Au moins en ce qui concerne le violon. Le système monétaire pose un problème : pour qu’il fonctionne correctement, ce qui semble signifier une forme de monnaie unique, il demande au peuple une « discipline » qu’il est rarement prêt à accepter. 

Master of the universe, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la finance…

Film de Marc Bauder. J’ai vécu en parallèle du monde dont il parle. J’ai entendu tout ce qu’on dit ici. Mais je ne l’avais pas rassemblé. Bref, voilà le film par excellence qui vous expliquera, simplement, comment fonctionne une banque depuis que la finance innove. 
Ça commence dans les années 80. Des Américains bizarrement accoutrés viennent expliquer aux natifs les innovations financières, les options. Au début, il n’y a qu’une poignée de convertis. Car seuls les jeunes s’adaptent aux ordinateurs. Mais, petit à petit, tous sont contaminés. Jusqu’aux collectivités locales, qui se jettent, comme des moutons, dans la spéculation.
Film anthropologique. Intimité des banquiers, qui vivent nuit et jour, vacances comprises, entre eux. Ils ont leurs crèches, où leurs enfants sont élevés par la banque. Et leur personnel de maison. Personnel sans lequel ils ne pourraient pas passer leurs nuits à travailler et leurs jours loin de leurs foyers. Oui, ils ont vendu leur âme à la banque ! Ils sont sa chose. Ils ont un signé un pacte avec elle : fidélité totale, critique inconcevable. Faust au petit pied ? 
Et leçon de lavage de cerveau totalitaire ! Les individus sont coupés, totalement, des réalités. Ils ne voient de l’extérieur que des écrans d’ordinateur. Et, ils sont hyper spécialisés. Et sous la menace permanente du licenciement. On élimine 10% des effectifs chaque année. (Une technique très en faveur chez les consultants dès les années 90.) Dans ce monde on ne fait pas de vieux os. Mais on finit riche. Grande différence avec l’URSS.  
Et ça marche. Tout ces gens se transcendent. Ils se sentent les « maîtres de l’univers« . Et ils le sont. Car ils abattent les nations, l’Europe et pourquoi pas le monde. Ce n’est pas sorcier. Vous achetez un emprunt d’Etat qui n’a plus de valeur. Et vous forcez son émetteur à payer le principal, plein pot. (L’Argentine vient de faire les frais de ce procédé, remarquera-t-on.) Vous commencez par la Grèce, puis le Portugal, l’Espagne, l’Italie… arrivé à la France, l’euro, c’est fini ! Car c’est cela qu’est devenu le métier du financier. C’est la fameuse innovation qui l’a transformé. Les options permettent « d’assurer la maison du voisin » dit le film. La finance c’est assurance-mort : vous-vous enrichissez du malheur des autres ! Dans ces conditions, peut-on résister à la tentation de le provoquer ?

Eh oui, la finance, création de l’homme, s’est retournée contre l’homme. Pourtant, il serait facile de l’arrêter. Elle est contrôlée par une poignée d’individus est-il expliqué. Mais ce sont des irresponsables. Pas de chance.

L’économie de marché, ou l’art de coincer la bulle

Amazon ou la bulle permanente. Amazon vaut 500 fois son bénéfice (grande leçon pour Alstom !). Amazon, c’est la course en avant dans l’hétéroclite. Réel potentiel ou art de faire durer la spéculation ? Les groupes américains cherchent à changer de nationalité, de façon à pouvoir mettre la main sur les fonds qui sont planqués à l’étranger par peur du fisc. Les génériques n’ont pas produit les baisses de prix escomptés. Les grands laboratoires graissent la patte de leurs concurrents, jouent sur la publicité ou sur des modifications d’apparence, pour maintenir leurs monopoles au-delà de l’expiration de leurs brevets. Le poids du secteur financier n’a pas cessé de croître ces derniers temps. Curieusement, il n’y a pas eu effet d’échelle. L’augmentation de son train de vie a excédé celle de ses revenus. Et cela « s’est accompagné d’un ralentissement de la croissance économique ». Les ventes en ligne dominent le marché du voyage. Il arrive à maturité. L’évolution technologique est la principale force sur laquelle jouer.
Et si l’Angleterre était l’hirondelle qui annonce la fin de cette ère spéculative ? L’Angleterre se racornit. Sa puissance politique et économique disparaît. Elle était liée à son secteur financier et à ses partenariats avec les USA et l’UE. Mais l’influence internationale de ses derniers est désormais faible. Et la réglementation financière et le repli national des banques ont réduit à peu de choses les banques anglaises et enlèvent leur intérêt aux atouts de la City. Parallèlement, le capitalisme d’Etat s’est réinventé. Au lieu de diriger les entreprises, il devient une sorte de minorité de blocage. (Ce qui me semble être le modèle allemand.) Les Chinois bloquent le rapprochement des 3 principaux armateurs mondiaux.
Les crises en cours modifient les équilibres internationaux. En ce qui concerne l’Ukraine, tout est une question de gaz. Les pipelines russes veulent contourner l’Ukraine. Les USA et l’UE refusent, ce qui fait tomber le gouvernement bulgare. Quant aux Suédois et aux Finlandais ils se rapprochent de l’OTAN. Les Kazakhs nouent une alliance inconfortable avec les Russes. La crise irakienne rapproche l’Amérique de l’Iran, et les Kurdes d’une nation. Pétrole. Les crises irakienne, syrienne et libyenne vont réduire l’offre, d’où augmentation de prix. Ailleurs, la justice américaine veut faire payer l’Argentine pour des dettes acquises par des fonds spéculatifs. Comment contourner cette décision ? En Inde, le parti du congrès est réduit à néant, et sans leader. Sa stratégie consiste à attendre les erreurs du gouvernement. Les Chinois submergent le Tibet. Et l’Indonésie est un curieux pays. Le quatrième plus peuplé au monde, il est fait de « 14466 îles, avec plus de 360 groupes ethniques parlant 719 langues ». Une forme de régionalisme prendrait le pas sur le centralisme des dernières décennies. Mais il tiendrait ensemble grâce à des liens interpersonnels forts. Qui sont aussi vecteurs de corruption. 
Les fougères auraient produit un refroidissement climatique. Elles ont piégé du carbone et sont devenues pétrole. (Où l’on apprend aussi que la science s’en remet au « crowdfounding ».) Newton fut « le dernier des magiciens ». Il rêvait d’alchimie. 

Secteur bancaire informel : bombe à retardement ?

Le secteur financiers’étant montré irresponsable, il est réglementé. Résultat. Il se contracte, avec des conséquences déplaisantes. Les entreprises, en particulier, son asséchées. A sa place apparaît un secteur bancaire informel. Tout un tas d’acteurs économiques ayant de l’argent à placer. Ce pourrait être une bonne chose si cela avait pour conséquence qu’une faillite n’ait pas de conséquence systémique. Malheureusement, le secteur financier (à risque systémique) n’est pas indépendant de ce nouveau monde. En outre, personne n’aime perdre son argent. Et le gouvernement est toujours prêt à secourir le nécessiteux. (Aurait-on crée un secteur financier plus dangereux que le précédent, mais totalement incontrôlé ?)

Et si l’Europe se disloquait ? Moment Tocquevillien. Le danger d’une crise s’éloigne, mais sa population continue à souffrir. Terreau pour populisme, qui paralyse l’action politique. Cercle infernal ? Ukraine. Qu’en dire ? Sauf que la menace de sanctions occidentales aurait amené M.Poutine à un peu de raison. Cela montrerait que l’opinion russe est sensible à son intérêt économique. Plus préoccupant, pour The Economist. L’Allemagne « comprendrait » les raisons de M.Poutine, et s’éloignerait de l’Ouest. OGM. Ils pourraient permettre une nouvelle révolution verte. Bien des pays en développement en ont un besoin urgent. Malheureusement, aux USA, les OGM sont menacés : il pourrait y avoir étiquetage. Et, curieusement, le consommateur américain préférerait les produits sans OGM. La France (hypocrite) s’est convertie au marché. On y trouve partout des galeries marchandes, et quasiment plus rien de ce qu’elle consomme n’est fabriqué chez elle. En Asie, la justice est du côté de l’establishment. Modèle Singapour. Dernier exemple Thaïlande.

La Grande Bretagne s’inquiète. Et si Pfizer achetait AstraZeneca ? La recherche médicale anglaise ne risque-t-elle pas d’être décapitée, et délocalisée ? La domination du monde des affaires internationales par leur droit, fait gagner à l’Angleterre et aux USA une fortune. Mais de plus en plus les entreprises passent par des processus locaux de médiation. Alibaba entre en bourse, aux USA. Après une vie sans nuages, il doit s’adapter au mobile et à la concurrence. Mais l’évolution de l’économie chinoise lui est favorable. Quant à Huawei, c’est un mystère. Les sautes de la demande en énergie créent un nouveau métier. Intermédiaire entre ceux qui en ont trop, et ceux qui en manquent. (Moyen de réduire le besoin de nouvelles centrales ?) Eurotunnelse relève d’années noires. Il est encore à moitié-capacité. Mais ses voies devraient être ouvertes à la concurrence. Ce qui devrait stimuler le trafic.

On aurait trouvé un traitement qui améliore l’intelligence… L’Occidental serait individualiste parce qu’il a cultivé le blé, alors que l’Oriental a cultivé le riz, qui exige l’entraide. Les universités d’élite ne font pas la recherche d’élite. Plus l’homme a de la chance, plus il tend à être prudent et à gagner. Plus il perd, plus il prend de risques, et perd… 

Notre avenir selon The Economist : Dickens ou Kafka ?

Contrairement à ce qui s’est passé jadis, la technologie (Internet) devrait détruire l’emploi, et dans de grandes proportions. Les start up sont les agents de ce changement. L’entrepreneur serait-il le prolo moderne ? Il est exploité par l’investisseur, qui le fait travailler nuit est jour dans des « accélérateurs ». Pour produire ce qui semble d’une étrange inutilité. S’il a de la chance, il sera absorbé par une grande entreprise, il en deviendra une sorte de chef de service. Malheureusement, le système éducatif ne forme par le personnel auquel est destiné l’emploi de demain. L’offre ne correspond pas à la demande. Les entreprises commencent à fournir des formations en ligne afin de mettre à niveau ceux qui peuvent l’être. Ce monde sera Orwellien ou ne sera pas. Google devient le nouveau General Electric. C’est un General Data. Il constitue un groupe d’entreprises qui collecte toutes les données possibles sur nous. Gigantesque NSA.

Et l’agriculture ? Le monde mange de plus en plus de viande. Danger ! Ça consomme énormément d’eau, cela produit des gaz à effet de serre et c’est un « réservoir de maladies ». Solution ? L’élevage industriel. Mais pas à la chinoise. Sans mesures de sécurité sanitaire les élevages industrialisés chinois sont des bombes à retardement.
Les producteurs de piles sont en fin de vie. Substitution en Occident et concurrence en Orient. Les Etats se fatigueraient de subventionner la production cinématographique. Elle va au plus offrant sans jamais se fixer. Les MBAs investissent des centaines de millions dans de nouveaux bâtiments. Histoire d’en donner pour leur argent à des élèves qui achètent leur diplôme 200.000$. Les bâtiments sont payés par des anciens qui ont réussi. Qu’apporte l’éducation américaine ? Des références et des relations. Dans ces conditions, autant utiliser des formations en ligne. Au moins elles en réduiront le prix.

La qualité de la gestion des entreprises serait mesurable et elle se verrait dans leurs résultats. Les Américains et les Allemands seraient bons, le secteur public, l’entreprise familiale et les pays du sud mauvais.

La bulle boursière se dégonflerait et profiterait aux obligations d’Etat. Les analystes financiers sont de mauvais conseil dit une étude. Le Capital investissement achète au capital investissement. Cela s’explique par le fait qu’il doit à la fois revendre rapidement les entreprises dans lesquelles il investit et qu’il doit employer l’argent qu’il a, sous peine de le perdre. Cela n’amuse pas ceux dont ils gèrent l’argent (les fonds de pension, notamment). Car, ils peuvent avoir des participations dans les fonds acheteurs et vendeurs : « en substance, ils achètent l’entreprise à eux-mêmes, avec d’importants coûts de transaction ». (Les propriétaires des fonds, eux, gagnent à tous les coups.)

Politique. Notre président est « ridicule ». (Ce que The Economist avait pris pour un réveil était un cauchemar ? D’habitude, il titre ce genre d’erreur « waving or drowning ».) En Ukraine la contestation semble avoir perdu, les oligarques ne sont pas de son côté. Les choix énérgétiques allemands (Atomkraft nicht danke) font passer au pays un mauvais quart d’heure. Ses subventions à l’énergie renouvelable coûtent 260€ en moyenne à un foyer. Et les centrales a charbon, c’est pas cher, fonctionnent à plein régime. Jamais l’Allemagne n’a produit autant de CO2. La Turquie doit-elle entrer dans l’UE ? M.Hollande est pour, mais l’Angleterre est maintenant contre. Les Grecs de Chypre aussi. Et, M.Erdogan est de moins en moins fréquentable. D’ailleurs la Turquie n’est-elle pas un peu grosse à avaler ? Aux USA, Obamacare tient toujours à un fil. Le peuple est contre. Ceux qui y adhèrent sont les mal portants. Ce qui menace le projet d’un déséquilibre fatal. La politique iranienne de M.Obama n’a pas l’appui des Américains. En Israël, on semble s’accorder pour expédier les Arabes du pays dans un nouvel Etat palestinien. 

Hollande, le Schröder français

Les vœux de M.Hollande ont enthousiasmé The Economist. A la surprise générale, ce fut un coming out libéral. Il est presque allé jusqu’à parler de paresseux qui abusent du système. Et il est prêt à « court-circuiter » les processus démocratique s’il le faut. Seule inquiétude, cependant, le passé de M.Hollande trahit une tendance à accoucher de décisions qui se paralysent par contradiction.

En fait, il n’y a peut-être pas beaucoup à faire pour améliore les affaires des Etats. Vendre ou mieux gérer leurs possessions. Il y a là une fortune (pour les seuls actifs non financiers : près de 80% du PIB pour la France, et 120% pour le Japon). Encore faudrait-il en avoir une comptabilité correcte.

L’Amérique va-t-elle connaître, enfin une forte croissance ? Tout ce qui semblait l’empêcher jusque-là a disparu. A moins que le pays ne soit entré dans une phase structurelle de stagnation. Sinon son humeur est à la réduction des inégalités. Mais elle ne devrait pas passer aux actes. Car ceux qui ont intérêt à cette réduction ne votent pas. L’Italie ressemble étrangement à la France de la IIIème République. Il n’y pas pire ennemi d’un dirigeant qu’un homme de son parti. L’intérêt du pays pèse peu par rapport aux ambitions personnelles. La Lettonie choisit un premier ministre de type Merkel. En Grèce, un risque en cache un autre. Economiquement, cela va mieux, « ce qui est inquiétant, c’est plutôt la montée d’extrémistes grecs appartenant à des variantes néo-nazies ou néo-staliniennes ». En Syrie, les excès d’une émanation d’Al Qaeda ont provoqué un sursaut du reste du pays. Du coup, le prestige de l’opposition respectable en est grandi, et la qualité de recours de M.Assad réduite. En Egypte, le mécontentement suscité par les manifestations continuelles des frères musulmans préparerait le terrain à un retour d’une dictature militaire. En Israël, M.Kerry aurait réussi l’impossible. Convaincre les politiques israéliens de la nécessité d’un Etat palestinien. Mais les Palestiniens préféreraient vivre au milieu des griefs qu’ils ont accumulés vis-à-vis des Israéliens. Par ailleurs, la question se pose à nouveau de savoir ce que cela signifie d’être Juif. Est-ce une question de gènes, ou de partage de valeurs communes ? En Iran, les sanctions internationales ont surtout affecté le petit peuple. L’argent étant réservé aux services de sécurité. La famille de M.Mandela se dispute la possession de sa marque.

Les dépenses en recherche médicale seraient en déclin. Evénement dont les « effets ne devraient pas se faire sentir avant quelques temps ». Automobile. Course à la taille. Ceux qui produisent beaucoup cherchent à éliminer les autres. Le marché semble douter des capacités de se renouveler d’IBM. Il se trouve qu’il vient d’annonce une unité d’avenir consacrée à un ordinateur programmable en langage naturel. Quant à Samsung, il produit tout ce qu’il faut pour équiper la maison électronique. La qualité allemande fait un malheur dans le domaine de l’armement. Difficulté du moment : vendre au marché en croissance des pays peu recommandables sans que cela se remarque trop. Le retour des nations ? Les grandes compagnies de navigation de croisière se font prendre des parts de marché par des spécialistes. Notamment des compagnies qui vendent des croisières monolingues. La Chine n’est plus le Farwest de la cosmétique. « A mesure que les coûts augmentent et la croissance faiblit, L’Oréal et Revlon ne seront probablement pas les derniers cosméticiens étrangers à reconsidérer leurs ambitions chinoises. » Et si le marché n’était pas le meilleur moyen d’allocation de ressources ? (comme on me l’a seriné à l’Insead). On trouve de nouveau des vertus aux conglomérats. La titrisation est de retour. Son objet est de transférer les dettes des entreprises des banques au marché. Un investisseur averti en valant deux on espère que les mêmes causes n’auront pas les mêmes effets. Finalement, les économistes ont changé de consensus. « Maintenant il n’est question que de Grande récession – et de la possibilité qu’un peu plus d’inflation puisse être utile. » 

La Grande spéculation après les Trente glorieuses ?

Ce qui définit notre temps, c’est le capitalisme financier. Son origine : 1971, l’abandon de l’étalon or par Nixon. Résultat : la monnaie n’est plus liée à rien et prend une vie qui lui est propre. Voilà ce que dit Augustin de Romanet (Non auxtrente douloureuses, Plon, 2012). C’était évident, mais je ne l’avais pas vu.
Pourquoi n’y a-t-il pas eu inflation ? me suis-je demandé. Parce que ce n’est pas la monnaie qui crée l’inflation, mais les salaires. Par l’automatisation, le chômage et la peur des émergents, les prix ont été contenus.
Et si nous avions vécu 40 ans de « Grande spéculation » ? Car ce mécanisme, la déconnexion de la valeur boursière de la réalité, est celui de la spéculation. Les Trente glorieuses avaient été une période « d’enrichissement » collectif. L’Ouest a connu une explosion créative et s’en est partagé les fruits. Pendant la Grande spéculation, il n’y a pas eu création, les oligarques de la finance ont vidé l’économie de sa substance ? 
Mais pourquoi n’avons-nous pas un sentiment de déclassement ? Ne sommes-nous pas les pigeons de l’affaire ? C’est parce que le changement n’est pas fini. Nous sommes subventionnés par l’Etat. Mais il ne pourra pas tenir longtemps. Ce qui conduit à deux questions. Le dégonflage progressif de son endettement, et notre mise sur la paille corrélative, pourra-t-il être réalisé suffisamment habilement pour qu’il n’y ait pas de remous ? Une société de classes peut-elle être stable et durable ? (Un article sur le sujet.)