Le son de Christophe Faurie

Une émission, maintenant disparue, de France Culture demandait aux artistes branchés, ses invités, « d’apporter un son ». C’est à dire de faire entendre un bruit qui les avait marqués. Cela peut sembler une idée de cultureux vain, mais je la trouve bonne : c’est par ce genre de détail que l’on révèle sa personnalité, me semble-t-il. Malheureusement, le peu que j’ai entendu ne trahissait pas grand chose, sinon un conformisme déprimant : les sons étaient consensuels (Rolling stones and co). 
Je me suis demandé ce que j’aurais répondu. Voici mon son : la fin du Retour de Martin Guerre. J’ai vu ce film il y a plus de trente ans, alors que j’étais en Angleterre. Souvenir flou. Mais ce qui compte est ce que j’en retiens. Moyen-âge. Un jeune mari s’engage dans l’armée. Des années plus tard, un homme revient (Depardieu), sa femme (Nathalie Baye) le reconnait. Le village est heureux. Pas pour longtemps, car le revenant se met à réclamer les terres qu’on lui a prises. Alors survient un misérable, qui prétend être Martin Guerre. Un procès s’ensuit. Au moment où tout semble gagné, Martin Guerre fait une erreur fatale. Il comprend qu’il est perdu. Et il a la présence d’esprit de disculper son épouse. Il sera pendu. Tarentelle. Pour moi la Tarentelle est à l’image de toutes les musiques populaires : un rythme diabolique, pied de nez au sort. Mais cette tarentelle est associée à autre chose. Il est dit en peu de mots que l’histoire a été racontée par celui qui a jugé l’affaire. Et que ce juge a été pendu pendant les guerres de religion. Cette extraordinaire histoire d’amour a ébranlé ses préjugés de classe, et il est mort pour ses idées. Voilà le type d’homme que j’ai toujours admiré : il n’est rien, il est broyé par le sort, mais il tient droit. 

Comment les livres s'écrivent-ils ?

Vous croyez qu’un livre porte un message ? Qu’il est le résultat d’une longue réflexion, voire d’un projet machiavélique ? Faux. Un livre, c’est le hasard. Le comment et pas le pourquoi. Au mieux, l’inconscient est aux commandes. C’est un exemple de comment procède le changement. On pense que l’on doit faire quelque chose, mais on ne sait pas pourquoi. Voici, pour autant que je m’en souvienne, comment mon dernier livre est sorti de terre. 
Premier épisode. Appel d’Hervé Kabla. Une fois de plus, il est à l’origine d’un bouleversement de ma vie. Il a lu mes articles du JDN, il se demande si je ne voudrais pas écrire pour sa collection. Je ne sais pas dire non. Il se trouve que j’ai un livre en chantier. Un recueil de cas. Prise de contact avec Henri Kaufman, directeur de collection. On se rencontre, on sympathise. Mais, entre-temps, j’ai décidé de ne pas publier mon livre. Je veux pouvoir utiliser son contenu pour mes cours. Henri est déçu. Je lui promets, lâchement, de l’appeler lorsque j’aurai une autre idée. 
Mais cette rencontre m’influence. Depuis quelques temps, je réalise des interviews en vidéo, et je ne suis pas satisfait du résultat. La vidéo est un art à inventer. Or, Henri publie, chaque semaine, une « vidéo du succès ». 7 questions en 7 minutes. C’est amusant à regarder, et pourtant instructif. Pourquoi ne ferais-je pas pareil me dis-je ? En y réfléchissant, je me rends compte que depuis longtemps mes formations au changement sont en dix points, justement. Les dix commandements ?
Autre hasard, il se trouve qu’un client m’a demandé une intervention originale. Comme souvent il me fait venir pour animer son séminaire de management annuel. Il pensait faire appel à un philosophe. Car cet événement est une occasion, d’ordinaire, de sortir l’organisation de ses préoccupations. Mais, cette fois, il aimerait bien, aussi, aborder le changement qui stresse l’entreprise. Si possible pour en éliminer les déchets toxiques. Alors, j’ai l’idée de faire un cours de systémique, avant d’arriver à ses conséquences pratiques, et à la façon de bien déployer un ERP, le nom du changement en cours… 
Ce n’est pas fini. Depuis que j’écris, je répète que le changement n’est pas une question de règles à suivre, mais d’erreurs à éviter. Or, il se trouve que c’est aussi l’idée de Nassim Taleb, l’auteur de Black Swan et d’Antifragile. Or, en creusant mes dix chapitres, je découvre qu’à l’origine de ces dix questions, il y a des interprétations fautives de dix concepts essentiels ! Étrangement, faire le contraire de ce que l’on pense donne des conseils hyper puissants pour bien faire. 
Je tire de tout cela une présentation en 4 transparents. Je la teste sur une association d’experts du lean. Ils sont médusés. Il se trouve aussi qu’alors je travaille avec la Fondation Condorcet de Francis Mer. Francis Mer vient de publier une note sur l’état du monde. J’ai l’idée d’en faire un « indignez-vous ». J’en parle à Henri Kaufman. Mais, je ne peux pas lui présenter ce seul projet. Alors je lui propose de transformer mes transparents en un livre. Il est enthousiasmé ! Et me voilà devoir écrire un livre pour septembre (on est en avril). Où vais-je trouver le temps nécessaire ? 
Mais j’abandonne la Fondation Condorcet et Indignez-vous, et je tombe malade. Deux mois d’inactivité combinés à une surdité partielle, c’est idéal pour écrire. Ce qui pourrait bien avoir empiré le mal. Je rédige donc. Mais, comme je suis fatigué, et un peu groggy, les chapitres sont courts, et j’élimine une dernière partie d’application, lourdement didactique, comme j’en ai le secret. Résultat : un livre léger et qui s’adresse beaucoup moins à l’entreprise qu’à vous et moi, et aux problèmes qui nous pourrissent la vie. C’est peut-être un changement. Jusque-là mon style était anglo-saxon. Serait-il devenu français ? Je l’espère. 

J'ai pensé à tout… et pourtant ça ne marche pas… mon cinquième livre est paru !

Mon cinquième livre est sorti. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Le fil conducteur du livre est le suivant. Pourquoi avons-nous le sentiment que plus rien ne marche ? Et ce qu’il s’agisse de notre vie, avec ses petits et ses grands tracas, de l’entreprise, de la nation, de l’évolution du monde… 
La réponse est dans notre tête. Les mots que nous utilisons (changement, avenir, être humain, diriger, etc.) sous-entendent leur mise en oeuvre. C’est cela qui nous fait échouer. Quand on pense faux, on agit mal. En adoptant une nouvelle interprétation, évidente a posteriori, d’une poignée de concepts, la vie ne semble plus la même…

J’en profite au passage pour remercier Henri Kaufman. Il dirige la collection qui m’édite. C’est un homme surprenant. A une heure où nous sommes tous devenus des bonnets de nuit, lui est resté étonnamment jeune. A soixante-dix ans. Il est d’une rare fantaisie, et pourtant d’un grand sérieux. C’est aussi quelqu’un qui a été enthousiasmé par mon projet, et, cela n’allait pas de soi, par le livre qui en a résulté. Enthousiasme que j’avais perdu. Cela m’a fait immensément de bien de le retrouver. 

(Et une pensée amicale pour Hervé Kabla, qui est à l’origine de la rencontre…)

Le changement, ça s'apprend

Mon quatrième livre est sorti…

C’est le résultat de dix ans d’enseignement et de multiples révisions de supports de formation ou d’intervention, de présentations, de cas, d’exercices, et de la combinaison finale de tout ceci… Sa quatrième de couverture est fidèle à mes intentions – modestes, et extraordinairement ambitieuses. 

En trente ans, le monde s’est métamorphosé. Et nous, avons-nous changé ? « Le changement nous à pris à la gorge », selon l’expression de Churchill. Les causes de la crise sont là.
Nous devons « changer pour ne pas changer » dit ce livre. Nous devons saisir les occasions de faire triompher ce qui compte pour nous. Et changer n’est qu’une question de techniques. C’est du travail, pas un miracle. Le changement, ça s’apprend !
Très pédagogique, cet ouvrage est destiné au manager ou à l’étudiant. Il présente les fondamentaux de la conduite du changement, des outils pratiques et des conseils mais aussi de nombreux exercices d’application et des cas tirés de situations réelles.

    (Acheter chez Studyrama ou Amazon…)

    Pour en savoir plus…

    DEUX PARTIES

    1. Une introduction aux grandes questions que soulève la conduite du changement : le sujet en bref, exercices de familiarisation et références d’approfondissement. 
    2. Cas d’application (réels).

    GRANDS THÈMES

    • Comment préparer un changement ? En quelques questions. 
    • Qu’est-ce que le changement ? Définitions et conséquences. 
    • Psychologie et changement : deuil, injonction paradoxale, irrationalité et résistance au changement. 
    • De l’importance d’une pensée systémique pour bien aborder le changement. 
    • L’animation ou le contrôle du changement. 
    • L’anthropologie, science, par excellence, du changement. 
    • La communication dans le changement. 
    • Décoder une organisation : le paradoxe. 
    • Aborder un changement, et conseils pratiques. En particulier, rattraper un changement mal parti.

    Darwin et Lorenz en ont rêvé, la FSE l'a fait!

    50, 17 et 2!
    Tiercé gagnant? non bien mieux!

    50 car c’est dans ma cinquantième année que je connais l’aboutissement d’une évolution d’espèce unique, l’expert.
    17 c’est le nombre d’années d’observation de cette évolution
    2 c’est le temps d’une métamorphose éphémère ou éternelle.

    La semaine dernière se déroulait l’assemblée générale de la jeune Fédération des Sociétés d’Expertise (FSE) au cours de laquelle la charte RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) a été approuvée à l’unanimité, puis ratifiée par l’AG ordinaire.

    Cette charte est née en mars 2010, d’une feuille de route simple : « les assureurs ont défini une charte du développement durable, comment devenir un interlocuteur utile de nos donneurs d’ordre sur ce sujet tendance?« .

    Après moins de deux ans de réflexion, conception, conviction, la charte est donc acceptée avec motivation par « les vieux sages du bureau ».
    Son originalité, un mélange de simplicité et de profondeur. Elle définit la place et le rôle de l’expert dans la Société et propose des axes pour conduire le changement (merci Christophe) et pour que l’expert puisse jouer ce rôle central unique avec l’ensemble de ses parties prenantes.

    Même s’il a fallu une chercheuse universitaire, N. RAVIDAT, le spécialiste de la conduite du changement, C. FAURIE, et le pape des médias sociaux, H KABLA, pour convaincre les Anciens du bureau, leur évolution est remarquable à plus d’un titre :
    – En premier lieu, depuis 17 ans, j’observe ces Anciens (m’sai africain) qui sont tous à la tête d’une organisation qui représente l’évolution d’une profession à l’origine libérale, respectée et libre.
    Poussée par les assureurs, cette profession s’est structurée, hiérarchisée pour survivre au sens de DARWIN.
    Ces individus solitaires se sont adaptés pour évoluer en organisations multi-métiers adaptées à leur nouvel environnement.
    Paradoxalement, elle reste en danger!
    – En second lieu, ces Anciens sont en fin de carrière – réussie – et ne semblent plus avoir grand chose à prouver, ni à craindre.
    – Cependant, leur instinct qui a fait leur réussite, fonctionne toujours avec discernement, et ils sentent ce monde qui ne cesse de se modifier plus vite plus fort, et qui veut leur échapper…
    Le projet de charte RSE comme un catalyseur diffus est venu titiller cet instinct animal endormi.
    La démarche intellectuelle suivie par ces meneurs d’hommes en 2 ans est remarquable.
    Ces Anciens sont passés du sourire condescendant devant ce sujet hochet : le développement durable, à une motivation, qui même contenue, mérite le respect.
    Ils ont su voir « Le » projet qui permettra à la profession de répondre à ses défis pour prendre sa place centrale dans son écosystème.
    Mais, à y regarder de près, quel intérêt avaient-ils à s’engager dans la démarche que propose une telle charte novatrice, qui impose de conduire le changement avec des parties prenantes aussi puissantes et malvoyantes que les assureurs?
    La réponse reste à construire!
    J’ose y discerner un message très fort à la génération qui suit :

    Nous, les Anciens forts de notre riche expérience, avons pétri ce projet d’avenir. A vous jeunes générations de vous engager sur cette trajectoire. Devenez acteurs de la transformation de notre profession et responsables de notre avenir collectif.

    Ce projet ambitieux propose donc, ni plus ni moins, de faire évoluer l’écosystème des experts basé sur le rapport défensif, brutal et destructeur entre capitalisme et éthique vers un modèle de coopération, d’échange, de partage d’intérêts, de co-conception qui s’inscrit dans la durée… comme tout écosystème naturel.

    Alors, chapeau les Anciens!
    Je ne connais pas d’espèce capable de ce genre de preuve d’amour filial, conscient…!
    Je suis donc fier d’avoir vécu cette expérience unique.

    Mais désormais le challenge est dans les mains de cette génération suivante. Sera-t-elle à la hauteur de ce projet unique et (ré) volutionnaire? 

    « Le plus beau métier est d’unir les hommes » Antoine de St Exupéry

    La dialectique de l’expert

    Connaissez-vous le métier d’expert auprès des assurances ? Je vais vous l’expliquer en un cas, comme à Harvard. Vous y verrez qu’il n’a rien à envier au Juge Ti, selon Christophe FAURIE.

    Tout commence par l’appel du service sinistre d’un assureur. L’entretien est bref. L’expert repose le combiné. Il relit ses notes. Il a tiré un dossier explosif.

    Le dossier
    Les parties prenantes du sinistre :
    l’assuré : un sous traitant d’un fabriquant de produits pharmaceutiques étranger
    le tiers : le laboratoire pharmaceutique
    l’assureur à deux têtes : le siège et l’agent local
    et l’expert en Responsabilité Civile

    Le résultat de l’expertise initiale :
    L’origine du sinistre est rapidement connue, acceptée et assumée : une contamination bactérienne sur un lot sur lequel le sous-traitant est intervenu
    la relation contractuelle entre les deux partenaires étant clairement établie, la prestation définie, le prix convenu, la responsabilité du sous traitant est donc évidente.

    Ça se complique
    Reste la définition de l’indemnité à verser au tiers.

    L’expert découvre un accord contractuel entre les deux partenaires. Il définit les modalités d’indemnisation en cas de litige. Cet accord a été respecté et le fabricant indemnisé. Pour ce dernier le dossier est clos.
    L’expert indique que cet accord n’engage pas l’assureur du sous traitant et qu’il souhaite donc en connaître la teneur pour évaluer l’indemnité due.

    Le fabricant ayant déjà été indemnisé et voulant protéger ses secrets de fabrication filtre ses informations à l’expert. Celui-ci doit calculer alors avec impartialité une indemnité sur la base des informations connues et de l’état de l’art du métier. Résultat : le sous-traitant serait remboursé du tiers de l’indemnisation qu’il a payée.

    Et ça devient explosif

    • l’assuré (le sous traitant) est furieux et menace de ne plus livrer son donneur d’ordre.
    • l’agent d’assurance prend peur : le contrat vendu à son assuré (le sous traitant) était-il inadapté?
    • le fabriquant se braque : pas question de livrer les modalités de calcul de ses prix de revient

    La dialectique de l’expert
    Et voilà, on est revenu au début du cas : l’assureur appelle un nouvel expert pour démêler la pelote.
    Le dit expert interroge les protagonistes de l’affaire. Voici ce qu’il apprend :

    1. L’agent redoute de perdre son client, et sa réputation. Il critique le premier expert.
    2. Le fabricant, première rencontre : êtes vous sûr d’être bien protégé par votre accord contractuel pour tout sinistre???
    3. L’assuré (le sous traitant) : je veux travailler avec le fabricant mais pas avec un accord inadapté.
    4. Le fabricant, deuxième rencontre. L’entreprise utilise un procédé très particulier qui consiste à travailler avec des souches bactériennes vivantes. Ce travail sur le vivant impose de la souplesse au mode de fonctionnement du fabricant.

    Résultat :
    L’expert réalise alors que le contrat auquel s’accroche le fabricant n’est pas dans son intérêt. Soit le sinistre porte sur des petites quantités, et l’accord contractuel est pénalisant pour le sous traitant et le fabricant peut être attaqué (enrichissement sans cause). Soit le sinistre est important, et le fabricant est très mal protégé.

    Curieusement, on trouve alors une solution mutuellement satisfaisante.
    Le fabricant renonce à son accord type, et accepte que l’indemnisation se fasse « à dire d’expert selon la réalité du sinistre » (c’est-à-dire en utilisant le calcul initial fait par l’expert). Ce faisant, il est soulagé de s’être tiré d’un contrat dangereux.
    L’assuré est ravi, il peut reprendre sa collaboration sur des bases certaines et justes.
    L’agent a pu démontrer à son client qu’il était efficace et son contrat adapté.
    Le siège de l’assureur est soulagé d’avoir évité une crise.
    Le premier expert est heureux que sa compétence ait été reconnue.

    Et voilà, les mérites de la dialectique ont été à nouveau démontrés, se dit le second expert. N’est-ce pas comme cela que l’on construira un monde durable ?
    Mais le dossier explosif menace l’expert, comme l’insecticide l’abeille… sa vie est une vigilance sans fin.

    Christophe Faurie

    Il y a quelques mois Thomas Blard a fait de moi une interview. Je ne me souvenais pas de ce que j’avais dit, l’entretien n’ayant pas été préparé, et moi ayant répondu sans beaucoup de réflexion aux questions posées, un peu surprenantes. Y avait-il un thème à ressortir de mes propos ? me suis-je demandé. J’ai donc regardé la vidéo de l’interview.

    En fait, je n’en sais toujours rien. Je ne me suis pas vraiment écouté. J’étais tout au spectacle. C’est extraordinaire à quel point Thomas passe bien. On ne s’invente pas journaliste. Quant à moi, je me trouve beaucoup mieux que ce que j’attendais. Un peu savant nimbus, certes, mais s’il fallait refaire cet entretien, je ne suis pas sûr que je répondrais aussi bien. Suis-je le seul à en comprendre le sens ? Je finis par croire, comme le groupe Anvil, que dans certains cas on n’a de responsabilité que vis-à-vis de soi…

    http://www.decideurstv.com/wp-content/plugins/DecideursTVplayer/videoPlayerDTV2_export.swf
    Trouble shooter par DECIDEURS TV