Penser et exister

Je pense donc je suis, dit Descartes. Et si c’était le contraire ? Les existentialistes estiment que tout commence par la recherche de son identité. Une fois que l’on a mis de l’ordre dans ses convictions, alors, on est capable de juger de manière à peu près cohérente.

L’explorateur sait qu’il peut mourir en chemin. Mais la vie d’explorateur lui plaît. Décider ce n’est pas être certain de faire le bon choix. C’est probablement éviter au mieux d’en faire un mauvais. Et c’est emprunter un chemin inconnu qui nous enchante. C’est peut être cet inconnu, plein de promesses et de danger, qui donne du prix à certaines vies ?

Vide

Personne n’aime M.Macron dit la radio publique. Elle ne devrait pas s’en réjouir, car cela ne sert pas son camps. En effet, il n’a rien à proposer. Ce qui est curieux est à quel point notre président a fait le vide autour de lui. Non seulement il a récupéré ce qui était un peu opérationnel dans les idées de droite, mais il a absorbé une grosse partie de la bien-pensance de gauche. Il a même capturé le dernier écologiste vivant.

Que reste-t-il à ses opposants ? La nausée. L’angoisse existentielle. La confrontation avec le néant, ou l’absurde. Autrement dit, le changement. Kurt Lewin le décrit comm un dégel. Glasnost en russe. Il faut mettre en cause les principes en lesquels on croyait. Et en chercher d’autres, plus efficaces. Si la situation s’améliore, ces nouveaux principes gèlent. Changement de phase. De jeune con, on devient vieux con. Il y a cinq ans pour cela. Peut-être dix.

Etre humain

Il me semble que nous sommes guidés par des principes inconscients, qui proviennent de notre expérience, de notre éducation ou autre influence sociale… Il arrive des moments où ceux-ci se contredisent. Crise existentielle.

C’est alors que l’homme peut devenir homme. Il lui faut affronter ces contradictions et mettre au point de nouvelles règles de conduite qui lui conviennent. Ce qui implique d’y croire suffisamment pour affronter sans regret les conséquences qu’elles impliquent. D’une certaine façon, il s’invente et se met au monde. Tous n’y parviennent pas. Peut-être alors est-on moins humain qu’on pourrait l’être ?

Je crois qu’aujourd’hui, la société, dans son ensemble, fait face à une crise existentielle. Elle doit se mettre au monde.

Culpabilité

Aux USA, il existe une tradition. Celle de l’exécution d’homme politique. wikipedia en parle beaucoup. Généralement, le tueur avait eu une enfance difficile : ses parent s’étaient vengés sur lui de l’injustice de la vie. Il cherchait à sortir de la fatalité.

Plus je regarde mes contemporains plus je suis frappé par l’influence de la société sur l’homme. D’une part, elle façonne l’individu bien plus que ses parents. D’autre part, ses parents portant eux-mêmes les idées à la mode, l’enfant en est le fruit. Il est donc facile de nous trouver des circonstances atténuantes. Mais est-ce une vie agréable de se lamenter sur son sort ? Même s’il est la faute des autres. Ne serait-il pas mieux de faire le « deuil du deuil », et de chercher un moyen de se transformer pour le mieux ?

Mais se plaindre n’a-t-il pas tout de même une utilité ? Trouver la cause de nos problèmes peut nous aider à en trouver les solutions. Mais aussi, les erreurs de nos pères peuvent être les nôtres. Faire leur procès nous met en face de nos responsabilités.

(Ce qui est probablement une fonction de tout procès.)

Existence

Existence ou essence ? Qu’est-ce qui est premier ? Question de philosophe. Les existentialistes disent que l’on devient homme : l’existence est première : l’homme cherche des valeurs qui vont fonder son jugement. Mais, s’il les reconnaît, c’est qu’elles devaient préexister ? Contradiction ou problème mal posé ?

Nous sommes contradictoires : on peut avoir la religion de ses parents et la rationalité de l’école. Nous sommes ce que nous avons tiré de notre existence. Mais cette expérience commence immédiatement. Nous avons des valeurs, donc. Mais pas universelles. Non seulement elles sont contradictoires, mais elles sont incapables d’expliquer ce que nous voyons dès que nous sortons des conditions dont nous les avons déduites. Du coup, nous devons reconstruire un équilibre. Nous devons changer pour ne pas changer. Ce faisant nous apprenons à vivre en société. Nos erreurs sont le moteur de notre vie. C’est aussi notre apport à la société : c’est une part de réalité que nous sommes les seuls à connaître. 

(L’existence est un changement, donc. Mais difficile à expliquer : nos valeurs sont constitutives, elles résident, pour ainsi dire, au niveau de l’atome, si l’atome existait.)

Hipster

Un hipster est quelqu’un qui veut être différent des autres. Mais c’est quand on le veut qu’on ne l’est pas. Car ce sont des mécanismes influencés par la société qui nous disent ce que signifie être « original ». Le tatouage, récemment, a été le signal de la révolte contre l’ordre établi. Or, il y a de plus en plus de gens tatoués (40% des Américains entre 26 et 40 ans). Y compris mon ancienne gardienne, pourtant portugaise catholique quasi fondamentaliste. C’est ainsi que je m’appelle « Christophe », le prénom qui a été le plus donné aux garçons pendant une décennie. Non que ma mère (perdue au coeur des ténèbres de l’Héraut) ait voulu imiter quelqu’un. Mais parce qu’une conjonction d’idées qui étaient dans l’air en ce temps, l’ont amenée à ce prénom. Notamment celle que le bébé ne devait plus avoir le prénom d’un parrain, mais quelque chose de joli. 
La solution, c’est l’existentialisme. C’est Socrate. C’est un travail de liquidation de nos contradictions pour savoir ce qui est vraiment important pour nous. Alors, on en arrive à quelque chose d’unique, nous. On réagit à l’événement d’une manière qui nous est propre. Pour autant, elle n’est pas asociale. Puisque le processus de recherche qui nous amène à nous définir, se fait en réaction aux situations dans lesquelles la société nous met. (Par exemple, choisir entre sa carrière et sa famille.) Il nous apprend à « juger » d’une façon compatible avec ce qu’attend la société et ce que demandent nos aspirations. 
Un « nous » existe-t-il vraiment, ou serons-nous toujours un tissu de contradictions ? Je soupçonne que le « nous » s’approfondit avec les évolutions de la société. Mais qu’il doit, avant tout, être débarrassé de ses contradictions les plus flagrantes. C’est là que se trouve le gros du travail. 

Crise existentielle

Crise existentielle ? Cela peut-il vous concerner ?
Sartre et Camus, peut-être Kierkegaard ou Heidegger ? L’absurde ? Cette mode d’intellos d’après guerre ? Impossible ! Eh bien non.

La crise existentielle, c’est le vide. C’est un état d’angoisse sournoise, intermittente. Cela peut vous saisir dans votre cuisine.
Pourquoi maintenant ? Nous sommes orphelins d’idéologies pour charbonniers. Elles nous disaient ce qui était bien et mal. Mais, les problèmes éternels, comme la mort, n’ont pas disparu. D’où crise. 

Que faire face à une crise existentielle ?

  1. Option 1. Ne pas penser. Tourbillon de distractions, alcool ou Jihad.
  2. Option 2. Tenir tête. Une méthode. 
  • a) Sonder son inconscient. 
  • b) Si l’on y parvient, ce qui fait peur s’exprime simplement. 
  • c) Traitement paradoxal. Est-il possible de vivre dans un monde dans lequel ce qui fait peur est une réalité ? 
  • d) Regardons l’histoire. Certains ont été confrontés à cette situation, il suffit de s’inspirer de leur expérience.

Morale. Affronter la crise, c’est ne pas être lâche. C’est être homme. Récompense immanente.

André Leroi-Gourhan

Samedi soir j’entendais parler d’André Leroi-Gourhan. Préhistorien et anthropologue illustre. Illustre, certes, mais que reste-t-il de ses travaux ? Il a déconstruit les théories sur les religions préhistoriques, qui ne s’en sont pas relevées. Et ses théories, par exemple sur l’art préhistorique, ont elles-mêmes été déconstruites. Son héritage se limite peut-être à des techniques de fouille. Elles nous permettent d’accumuler des masses de données que nous ne savons pas expliquer. Et qui finiront par nous encombrer. 
En lisant une encyclopédie des années 50, je me suis demandé si nous n’avions pas été victimes d’une illusion. Nous avons cru pouvoir connaître le passé. En fait, nous ne faisions qu’y projeter nos idées reçues. De même, nous pensions distinguer un chemin vers l’avenir. Un chemin tracé par la « science ». Mais la science n’a abouti, en quelque sorte, qu’au « big data », un chaos de données informe. Même la physique s’est enlisée. 
Et si c’était la fin de l’Histoire ? Et si, comme le dit Hannah Arendt, nous devions redécouvrir le présent ? Mais pas un présent d’après moi le déluge, façon 68, mais un présent de responsabilité, façon existentialistes « mystiques » (Camus et pas Sartre). Car une absence d’avenir ne veut pas dire le néant et l’absurde, mais, au contraire, la richesse à la fois inquiétante et merveilleuse de la vie. 

L'Islamisme contre l'angoisse existentielle

Un islamiste devenu musulman. Intéressant invité de Question d’Islam, ce matin. Son mal était le vide de son existence. Il l’a comblé en se donnant un ennemi. Ses héros étaient l’Al Pacino de Scarface (« The world is yours ») et Malcolm X. Il a instrumentalisé la religion pour servir ses intérêts. Aujourd’hui il a compris qu’il fallait faire l’inverse. 
Et si de 68 à l’Etat Islamique, on avait là le mécanisme de bien des révoltes ?

Traité du désespoir

Kierkegaard, c’est un désespéré. Un écorché vif, dont la vie se terminera tôt. C’est une contradiction sur pattes : un intellectuel parmi les plus brillants de sa nation, un prosateur de génie, et un être hautement religieux. Quelqu’un qui aurait dû être pasteur, s’il n’avait pas jugé que le protestantisme officiel était indigne de Dieu. Ivre d’absolu, il soigne son angoisse existentielle en bâtissant la théorie d’une vérité ultime. Curieux qu’on en ait fait un philosophe. Fou de Dieu, prophète d’une sorte de Jihadisme, me semblerait plus approprié à son cas.
La raison refuse la foi ? Alors, il veut démontrer la foi protestante, et uniquement celle-là !, par la raison. Par le sophisme ? Car il le fait en disant que tout ce que la raison juge mal est bien. La religion dit tout et son contraire, avec autant d’aplomb ? eh bien, le paradoxe, c’est la marque du vrai ! Vous êtes heureux ? Eh bien, vous êtes le plus désespéré d’entre-nous, puisque vous n’avez pas conscience de l’être ! Et tout cela exprimé dans un style des plus abscons. « Le moi est un rapport se rapportant à lui-même, autrement dit il est dans le rapport l’orientation intérieure de ce rapport ; le moi n’est pas ce rapport, mais le rapport sur lui même du rapport. » Cet homme vous transforme une banale expérience quotidienne en une abstraction mathématique. C’est parce que vous ne comprenez pas ce que je dis que c’est juste ? Il fait de la raison un article de foi ?

Kierkegaard est un ultra de l’individualisme. Il hait la foule (la société ?). C’est en plongeant en soi que l’homme se découvre, au travers de Dieu. « dans son rapport à lui-même, en voulant être lui-même, le moi plonge à travers sa propre transparence dans la puissance qui l’a posé. Et, à son tour, cette formule, comme nous l’avons tant rappelé, est la définition de la foi. » Voilà la conclusion du livre, et son message.

Kierkegaard est le pionnier du courant existentialiste moderne. Les Grecs l’ont précédé. La raison est un outil. Mais il peut nous aliéner (celui qui ne connaît pas le désespoir est un légume), ou nous rendre fou. Il y a « quelque-chose » au delà de la raison. Source de crainte et d’espoir. Car, cela peut se rebiffer brutalement, si on l’ignore. Mais aussi, cela signifie que l’on ne peut jamais dire que quoi que ce soit est définitivement fichu. Voilà mon interprétation de la question. Mais je n’ai pas le génie de Kierkegaard.