Le Brexit ou le réveil de l'Angleterre ?

Et si le Brexit réussissait ? Son intention est de sortir l’Angleterre de sa torpeur.

Les scénarios les plus inattendus sont possibles. Certains pensent rappeler Victoria à la vie, mais ils pourraient réveiller Marx (son contemporain !)…

Surtout. Le parlementarisme renaît, semble-t-il. L’âme de la démocratie anglaise. Assistons-nous à ce dont parlaient les existentialistes ? L’absurde révèle les valeurs de l’homme les plus fondamentales, son identité même ?

Comment vivre dans la post vérité ?

Selon un précédent billet, notre lot est la post vérité. Comment vivre dans un monde de post vérité ? Nous ne savons plus ce qui est juste ou non. Qui dit post vérité, dit absurde.

Mais, qui dit absurde dit existentialisme. L’existentialisme est une réaction à l’absurde. Elle consiste à chercher en soi ce qui compte vraiment, son « identité ». Quand on l’a trouvé, on est indestructible. Et nos valeurs sont souvent partagées par d’autres. En faisant appel à elles, on peut mobiliser la société, puisqu’elle y est sensible.

L’existentialisme n’est pas réservé au virtuose de l’esprit. Les techniques de manipulation obéissent à des principes explicites. En les « déconstruisant », on comprend comment elles nous font aller « contre nous », et donc qui nous sommes. En particulier, elles jouent sur une caractéristique de l’homme : lorsqu’il se croit « individu » et « rationnel », il est pigeon. L’homme est, par nature, animal social.

Le sens de l'escalade

Un américain grimpe une falaise, à pic, de 914m, à mains nues. Conquérant de l’inutile ? Pourquoi prendre un tel risque ?

Mais est-il différend de nous ? Il a commencé par reconnaître, prise par prise, la paroi, et nettoyer la roche « à la brosse à dents ». Travail long, calme et patient. L’ascension ensuite n’a été que la parfaite répétition des gestes appris. Travail de fonctionnaire ?

Notre vie est peut-être moins spectaculaire. Mais en attendons-nous autre chose qu’une routine satisfaisante à laquelle un objectif donne un sens ? Ne sommes-nous pas les « Sisyphe heureux » de Camus ?

Une journée d'Ivan Denissovitch

Une journée d’Ivan Denissovitch est probablement le seul livre de Soljenitsyne que j’ai lu. Et cela, il y a vraiment très longtemps. Comme le Zéro et l’infini, de Koestler, c’est l’histoire d’un homme qui fait face à l’absurde. Mais qui domine cet absurde, et qui donne un sens à chaque minute de sa vie. C’est l’illustration du Sisyphe de Camus. On n’a jamais été aussi libre qu’au Goulag, ou dans les geôles de Staline, aurait certainement dit Sartre.

Socrate

Un de mes clients m’a comparé à Socrate. Grâce à mes questions, il a vu la situation de son entreprise, qu’il connaît pourtant depuis trente ans, d’une façon totalement neuve.

Socrate n’avait pas de disciples. Son objet, selon moi, était d’amener les gens à penser par eux-mêmes. On ne pense pas plus aujourd’hui qu’en son temps. On appelle « penser » se ramener, mécaniquement, à des règles prédéfinies. Or, penser, c’est partir de zéro et cheminer vers une destination inconnue. C’est peut-être, surtout, se demander qui on est, ce qui compte pour soi. Socrate est parfois présenté comme le premier existentialiste. Il était un révélateur. Il mettait les gens qui le côtoyaient dans des conditions qui faisaient émerger leur nature. Voilà pourquoi ceux qui l’ont connu sont si différents les uns des autres. Qui n’aimerait pas être comparé à Socrate ?

Les Cosaques

Vous rêvez de dépaysement ? Mieux que le Costa Rica ou Manille, trois mois dans un village cosaque. J’ai cru y être. Il y a le peuple, qui vit heureux dans la nature et l’instant. Et deux jeunes officiers, grands seigneurs immensément riches. L’un est le double de Tolstoï. Il est aux prises avec sa conscience. Il vit une crise existentielle. Il cherche dans sa raison une solution absolue et mathématique à la question du bonheur, universel. C’est un Bobo. Il est malheureux et on ne l’aime pas. L’autre n’a aucun complexe. Il est ce qu’il est. Il joue avec le peuple, et le peuple l’adore. Mme Clinton et Mr Trump, dirait-on peut-être aujourd’hui.

Quel talent ce Tolstoï. J’en étais écrasé, et déprimé, quoi que je n’écrive pas. Or, en lisant la notice du livre, court et alerte, j’ai vu qu’il lui avait demandé neuf ans de travail. Et que ce n’était que le hasard d’une dette de jeu qui l’avait sorti d’un mélodrame invraisemblablement compliqué, en trois volumes ! Un paradoxe qui aurait dû éclairer Tolstoï ?

Dialectique

J’ai toujours tort, dit ce blog. Depuis que je suis tout petit, je me rends compte, de temps à autre, que ce que je crois, sans savoir que je le croyais, est faux. Peut-être que, pour avancer, il faut croire à la vérité, alors qu’elle n’existe pas ? « L’erreur est humaine » dis-je aussi. Mais il ne faut pas croire trop longtemps à une vérité donnée : « Persévérer est diabolique. » Ce mécanisme qui nous permet de marcher sur l’eau est peut-être ce que certains appelleraient la « dialectique ». Une discussion permanente avec le monde, qui se déroule en passant de certitude en certitude opposée, sans que le phénomène ne soit circulaire.

En conséquence, on ne peut pas dire à quelqu’un : « vous pensez que », en brandissant une de ses déclarations passées. Bien sûr, la loi peut condamner certains agissements contraires à l’intérêt général. Mais, pour se faire une idée de la personnalité de quelqu’un, le « juger », au sens non juridique du terme, il faut prendre en compte le mouvement qui le porte. Car notre vie c’est ce mouvement ?

Romantisme et raison

Le Romantisme rejette la raison. Comme la systémique, Gödel et les neurosciences, il juge que la raison ne fonctionne pas. Ou plutôt que ce qui est réellement important pour l’homme est au delà de la raison. C’est l’idée, aussi, de Kierkegaard et des existentialistes, et de la religion. Comment faire sans la raison ? Passer par l’intuition, l’inspiration. D’où l’importance de l’art pour ces gens. (Camus se disait un « artiste », ce qui m’a toujours surpris : ne l’est pas qui veut.)

La pensée allemande a été romantique, et l’on a vu où cela nous a menés. On n’échappe pas aussi facilement à la raison, et à ses erreurs ?

Pour ma part, je pense que le rôle de l’intuition est indéniable. Eureka, dit Archimède. Toute création commence par un éclair de génie, que l’on serait bien en mal d’expliquer, sinon qu’il lui faut des circonstances favorables (souvent, comme pour Archimède, une vie de labeur). La théorie de la complexité parle « d’émergence ». Mais le phénomène est trop rare pour qu’on en fasse un usage quotidien. En conséquence, l’intuition peut fournir un objectif à notre vie. Mais, pour se diriger vers lui, il faut utiliser notre outil imparfait : la raison. Pour cela, il faut essayer de comprendre les défauts de celle-ci, et comment s’en protéger, comme le disait un précédent billet.

La mouche

Nos grands esprits sont idiots. C’est le sentiment que j’ai en étudiant leurs travaux. Ils étaient des virtuoses d’une technique, la philosophie, les mathématiques, l’écriture ou autres. Ce qui les rend difficiles à comprendre, donc on les admire. Mais, lorsqu’on en vient à leur vision du monde, elle est indigente, voire ridicule. Comme leur vie.

Les psychologues disent que, pour réussir, l’optimisme est déterminant. C’est la théorie de la mouche. L’homme est comme une mouche contre une vite. Il se tape la tête contre un problème. Il ne peut que le résoudre par hasard. Il faut qu’il ait assez d’inconscience pour s’entêter suffisamment longtemps pour qu’un courant d’air dévie sa course, et lui fasse trouver la sortie. La science a dû nous donner cette inconscience.

Il semble que, même en l’absence de science, nous ayons tous une réserve d’inconscience. Si l’on cherche bien, on trouve au fond de nous des choses en lesquelles nous croyons. Si l’on arrive à les faire émerger, confrontées à la réalité, elles provoquent une réaction qui pousse l’homme en avant. Ce phénomène s’appelle « révolte » chez Camus.

Résistance au changement

Un best seller de ce blog parle de résistance au changement. Fidèle à ma devise : j’avais tort…

Ce best seller était, pourtant, un pas en avant. Jusque-là, je n’avais pas conscience du phénomène. J’ai été conçu pour rechercher le consensus, probablement. Donc, j’interprète ce qui résiste comme une information, pas comme un mal. La métaphore du navigateur s’applique à mon cas. Mais, en y réfléchissant et en regroupant des travaux savants, j’ai constaté qu’il y avait « homéostasie » : mécanismes de résistance aux changements qui menacent de faire sauter le système.

Or, les sociétés ont des règles, invisibles, qui permettent au groupe de changer comme un seul homme. (On les voit à l’oeuvre dans la mode.) C’est ce dont parlent mes premiers livres. Cependant, nouvelle erreur, il m’avait échappé que l’histoire humaine est un changement qui force l’homme à se transformer dans sa chair et son génome. En particulier, l’espèce est propulsée par des idées dont elle ne voit pas les conséquences. Par exemple celles des Lumières, le Marxisme, le progrès scientifique, etc. Quand elles lui pètent à la figure, l’être humain passe un mauvais moment. Il doit faire le deuil du paradis perdu. Il doit accepter un réel qui n’a pas du tout la tête attendue. Il doit comprendre, surtout, ce qui constitue son identité : les « valeurs » sans le respect desquelles il ne vaut pas mieux qu’un Indien aux USA. Enfoui au fond de lui-même, elles sortent, quasiment, par miracle. Finalement, il doit réconcilier les unes avec l’autre. C’est la crise existentielle. Nouveau genre de changement. (Et sujet de mes derniers livres.)

Un exemple ? L’incertitude du monde fait peur. La sécurité d’après guerre, l’Etat providence, où sont-ils ? Quel est le criminel qui les a tués, à notre insu ? Mais l’incertitude, c’est la liberté ! Et l’on peut reconstituer une forme de sécurité, « dynamique », par solidarité de groupe de confiance, groupe qui se constituera à partir d’un « désir d’être ensemble ». Voilà qui donne du sens à la vie, non ? 

(Quant à la question de la modification du génome, elle est laissée au lecteur.)