Depuis sa création (et même bien avant), ce blog étudie le changement que traverse l’humanité. Il en conclut que nous sommes en face, aujourd’hui, d’une « grande mutation ». Une mutation comme on en voit peut-être tous les 50 ans, voire, qui sait ?, sans beaucoup d’équivalents depuis le début de l’Histoire.
Cette mutation se traduit, d’abord, par un changement de l’ordre mondial. Hier, c’était la « globalisation », le monde comme marché. Aujourd’hui, c’est une guerre des blocs. En marche forcée, ils cherchent à réduire quasi totalement leur dépendance vis-à-vis les uns des autres et s’arment, pour une guerre, qui a commencé.
Du coup, l’Occident, jusque-là « donneur d’ordre », doit, à nouveau se mettre à fabriquer. Ce qui est un changement colossal. Tout notre système éducatif est inadapté. Nous sommes des cigales qui doivent devenir des fourmis. Jusqu’à notre armée, qui est ridicule.
Le plus surprenant est que, à la base de tout cela, sont en train de se redéfinir nos aspirations, ce que nous trouvons juste ou pas. A commencer par la vie. Aujourd’hui, la « bonne vie », c’est la retraite, des vacances jusqu’à ce que mort s’ensuive. C’est une aspiration éminemment égoïste. Elle est, clairement, remise en cause : cette vie est dénuée de « sens » entend-on dire. Et au travers des « missions » et des « impacts », l’altruisme a le vent en poupe. Mais surtout, c’est l’histoire qu’il s’agit de changer : certains veulent mettre un terme à « l’anthropocène ».
Seulement, le plus dur n’est pas là. Nous vivions comme des aristocrates. Victimes auto-proclamées ou donneurs de leçons, nous ne savons plus rien faire de nos dix doigts. Il va falloir réapprendre le métier d’être humain. Cela va être douloureux. Et il y a fort à parier que les marchands de pensée magique vont avoir beaucoup de clients.
Or, justement, l’examen de l’histoire laisse entendre qu’à une même aspiration peut correspondre différentes possibilités de mise en oeuvre. La doctrine de Luther, par exemple, n’était pas la seule proposée pour réformer l’Eglise. Surtout, correctement instrumentalisée, l’aspiration peut donner son contraire. Il n’est pas certain, par exemple, que lors de leur dégel, les Russes s’attendaient à ce qu’ils ont obtenu. Méfions-nous de la soft power ? Comme l’auto-stoppeuse, elle cache généralement l’affreux Jojo.
C’est peut-être ce qui se joue actuellement : il faut être vigilant quant aux idées qui cherchent à s’imposer. C’est notre travail de réflexion, réflexion nourrie par l’expérience, qui doit trouver la formule gagnante. Travail de labourage, dirait Boris Cyrulnik ?