Equilibre ponctué

La peste aurait-elle fait le succès de l’Europe ? La peste, en tuant une grande partie de l’Europe, aurait rompu l’équilibre de la société européenne. Jusque-là stagnante et rurale, celle-ci serait devenue dynamique, commerçante et urbaine. L’Asie, jusque-là dominante et éclairée, aurait fait l’inverse.

Exemple « d’équilibre ponctué ». L’histoire est faite de grands équilibres, soudainement bousculés par des événements violents, qui les brisent. Capitole et Roche tarpéïène ? Leçon d’humilité ?

(Source : BBC : Conflict and coopération, a history of trade.)

Guerre de trente ans

Drôle d’affaire que cette guerre de trente ans (1618, 1648). Elle a ravagé l’Allemagne, en particulier, et a fait des millions de morts.

Apparemment, les Habsbourg catholiques voulaient étendre leur influence, ce que refusaient les protestants et la France.

De cette affaire, dit-on, aurait émergé le concept moderne d’Etat souverain. Et, pour une fois, la France, de Richelieu, aurait tiré les marrons du feu. (D’après In our time, de BBC4.)

Tout a commencé par la défenestration de Prague. Comme souvent un incident sans importance. Mais y a-t-il de tels incidents ? Et une cause au nom de laquelle on met un continent a feu et à sang peut-elle être juste ?

Europe des 44

M.Macron a réuni une Europe des 44. Qu’en penser ?

M.Macron a-t-il un esprit systémique ? Il s’est dit que l’UE à 27 ne fonctionnant pas, il fallait traiter le mal par le mal, et augmenter, massivement, ce nombre, en incluant, de surcroit, des franchement anti Europe (Liz Truss) ? Ce qui ne tue pas renforce.

Il y a des raisons culturelles pour cela. Mais pas celles que l’on avance d’ordinaire. Au fond, ce sont les guerres qui rapprochent. Rien de mieux qu’une « paix des braves ». Mais aussi l’admiration. Sans la civilisation orientale, il n’y aurait pas eu de renaissance, en Occident. L’héritage grec, et même romain, aurait sombré.

Il y a aussi des raisons de complémentarité : les pays de l’Est, Turquie incluse, sont dans une situation beaucoup plus précaire que l’Europe de l’Ouest, qui tend à vivre de ses rentes et à bâtir des lignes Maginot, ce qui les rend beaucoup plus agiles qu’elle. L’Ukraine est en train d’en faire la démonstration. Leur exemple et leur stimulation pourraient nous rendre la confiance en nous que nous avons perdue.

Reste à trouver un moyen de travailler ensemble. Des libertaires fédérés par des projets communs, comme je le dis des groupes que j’anime ?

1936, année décisive en Europe

Petit recueil de textes, publié en 1969, trouvé au fond d’un placard. Qu’apprend-on sur 1936 ? 

Cela paraîtra évident, mais à tort : l’Europe est prise entre le fascisme et le bolchevisme. 

Hitler veut éradiquer le communisme. Le reste de l’Europe, décadente, va s’effondrer.  La transformation de l’Allemagne qu’il a réussie est en trompe l’oeil. Il n’a comme issue que la guerre. 

L’URSS est, elle aussi, dans une mauvaise passe. Elle a besoin de motivation capitaliste pour produire ! Staline procède à des purges.

La guerre d’Espagne est la répétition de leur lutte future. L’opinion de Churchill, probablement celle des autres européens, est que la victoire de Franco est préférable à celle du camp soviétique. 

Quant à l’Angleterre et à la France, elles ne sont que l’ombre de leur passé. L’Angleterre semble anesthésiée. La France est, un peu comme l’Espagne, affrontement entre fascistes et communistes. En 36, les ouvriers paralysent les usines. Croient-ils à la lutte finale ? Il faut que le parti communiste intervienne pour les remettre au travail. L’armée prétend que, sans mobilisation générale, elle ne peut répondre aux provocations de Hitler. Elle ne fait donc rien. Les partis de gouvernement ne sont probablement guère mieux. 

L’erreur est humaine… 

Walter Scott fonde la littérature européenne

Peu de gens connaissent Walter Scott, et pourtant il fut un coup de tonnerre dans l’Europe du début du 19ème. Il a inspiré toute la création littéraire de toutes ses nations.

En Français, les romans de Walter Scott sont insipides. Pour comprendre leur intérêt, il faut le lire en version originale. On y trouve des personnages truculents, des rebondissements incessants, une histoire d’amour, de peu d’intérêt, et une réflexion sur l’évolution du monde. C’est très proche de la bande dessinée.

Tout est perdu à la traduction, d’autant que, comme il est d’usage dans la littérature anglaise, les personnages de Walter Scott s’expriment dans un idiome local transcrit en phonétique. Pour moi, le meilleur disciple de Walter Scott est Victor Hugo, dans ses romans.

Plus curieux, peut-être. Walter Scott était un amateur. Un homme de loi, écrivain anonyme et honteux, jusqu’au succès. Succès qui a ruiné sa vie.

A y bien réfléchir, Walter Scott n’est pas unique dans son cas. Il y a eu aussi Paganini. Sa virtuosité, semble-t-il, a changé la vie de bien des musiciens, et même leur a révélé leur vocation. Paganini, pour qui nous n’avons pas de grande considération, a changé la musique. Certaines personnes arriveraient-elles à saisir l’air du temps ? Mais, étant des pionniers, elles sont fatalement dépassées par leurs créatures, et oubliées ?

(Note inspirée d’une rediffusion d’une conférence sur Walter Scott.)

La naissance d'Europe

Lorsque M.Macron a parlé d’Europe lors de son élection j’ai été surpris. Cet homme est un doux utopiste, ai-je pensé. Au mieux, j’y ai retrouvé une idée de ce blog : un nationalisme européen serait extraordinairement profitable pour ses pays membres.

Mais il avait raison. La scission du moment n’est pas gauche / droite mais pro ou anti Europe. Et elle touche tous les pays européens. Ce qui se joue n’est pas la dislocation de l’Europe, mais sa naissance. En effet, l’UE est un projet d’intellectuels éthérés, imposé dans l’indifférence générale. Si elle survit, elle aura été choisie.

Europe en déclin ?

Qui a une solution pour sauver l’Europe ? Sommes-nous condamnés à être des êtres de second ordre ? me demandait un jeune entrepreneur

Je ne connais pas de gens qui travaillent sur le sujet. Mais je ne donne pas plus cher de la peau de la Chine et des USA que de celle de l’Europe. Elle a d’ailleurs de formidables atouts.
A mon avis, il faut renoncer à attendre le salut d’un leader. Je suis inquiet de certaines réformes du gouvernement, mais il n’y a pas d’alternative crédible, et pour changer, il faut bouger. En dehors des populistes, personne ne propose de solution. Le salut est entre nos mains. Comme dans la dialectique du maître et de l’esclave, espérons que les damnés de la terre auront suffisamment appris au contact des éléments, pour venir au secours d’une élite qui a poussé ses idées à l’absurde ?

Domino

M.Macron pense à l’Europe. Son projet demanderait de montrer à l’Allemagne que la France est vertueuse. Ce qui fait dire à La Tribune : bis repetita. Depuis près de dix ans, l’Europe n’arrête pas de faire plaisir à l’Allemagne, qui en demande toujours plus. Le problème de l’Europe : c’est l’Allemagne. C’est à elle de changer, pas à la France. 
Et si M.Macron jouait aux dominos ?
Il me semble que M.Macron croit en ses réformes, il ne les fait pas pour l’Allemagne. Par ailleurs, pourquoi ne change-t-elle pas ? Parce que la France a fait corps avec elle, ce qui a bloqué les velléités de rébellion grecques, italiennes ou autres. M.Macron semble beaucoup plus déterminé, courageux ?, que ses prédécesseurs. Le secret du changement réussi, c’est « d’y croire ». Et je soupçonne de plus en en plus que M.Macron « y croit ». Et, surtout, il a un atout maître : Mme Le Pen. Il peut dire : « c’est moi ou la fin du monde ». 
Mais, pour qu’il réussisse, il faut qu’il fasse accepter à l’Allemagne une mesure qui va avoir des effets immédiats sur l’emploi. Quelque-chose qui donne de la visibilité à très long terme à l’entreprise, et ne puisse pas être remis en cause par un changement politique. 
Difficile à trouver, en temps de paix ? La recette du changement, encore une fois, c’est d’y croire. Pour retrouver confiance en soi. Il suffit d’un premier succès, symbolique, d’un domino… 

Justin Trudeau : enfin le changement ?

Encore un qui parle de changement ! me suis-je dit en entendant annoncer l’élection de Justin Trudeau. 
Mais si, cette fois, c’était un vrai changement ? Alors que tout le monde parle de rigueur, et économise, lui annonce relance maîtrisée et la construction d’infrastructures ; alors que partout le politique est haï, et les urnes boycottées, lui suscite l’espoir et une augmentation du nombre de votants… (Et alors que nos politiques sont vieux, lui est tout neuf.)
Un phénomène identique pourrait-il arriver en Europe ? me suis-je demandé. Difficilement. D’abord, Justin Trudeau appartient à une sorte de parti d’extra terrestres : les Libéraux. Le Canada semble avoir des partis de gauche, socio-démocrates, et de droite, conservateurs, aussi coincés que les nôtres. Mais, il existe aussi un troisième parti que nous n’avons pas. Ensuite, l’Europe est solidaire par nature avec l’Allemagne. Tant que l’Allemagne ne change pas ou qu’une masse agissante de nations ne la contraint pas à changer, probablement, rien ne se passera. 

Faut-il sortir de l'euro ?

Sortir de l’euro serait-il une bonne idée ? Une synthèse de quelques idées. 
  1. Depuis l’origine les économistes pensent cette monnaie unique stupide. On en voit aujourd’hui les conséquences. L’Allemagne procède à une « dévaluation compétitive », avec Schröder. Elle prend l’avantage sur le reste de l’Europe et la force à faire de même, c’est à dire à réduire ses salaires. Ce qui paraît injuste. Car toutes les statistiques montrent que le revenu du gros du peuple fait du surplace depuis des décennies. Pourquoi le peuple paierait-il pour les erreurs des autres ? Et, en plus, ceux qui se sont enrichis profiteraient de son sacrifice ? (Puisque qu’ils possèdent le capital, et récoltent les bénéfices liés à la réduction des coûts de l’entreprise.) Il semble évident que si, mais c’est un si compliqué, la zone euro parvenait à sortir de l’euro, ses pays, en dévaluant, retrouveraient leur compétitivité. Cela ferait immédiatement un bien fou à beaucoup de gens. 
  2. Mais à long terme ? Lorsque des pays font un très gros volume de commerce ensemble, une monnaie unique devient nécessaire. Car il est quasi insupportable de devoir subir des dévaluations à répétitions de ses partenaires. Il semble que cette raison soit importante en ce qui concerne l’euro. 
  3. Mais l’euro n’est pas un projet économique ! Paul Krugman n’a rien compris. Nouvel exemple du lavage de cerveau ambiant, qui vise à nous faire croire que tout est économique. L’idée de l’euro était, très certainement, de placer les Européens devant le fait accompli, qui les force à la solidarité. Car l’origine du projet européen, c’est la guerre. Mais, comme dans tout changement, ce n’est pas celui qui a l’idée qui le met en oeuvre. Celui qui le met en oeuvre a d’autres intérêts que son inventeur. La zone euro a probablement grossi beaucoup trop vite, pour qu’elle puisse s’adapter harmonieusement et sans crise. Notamment grâce aux manœuvres de la perfide Albion, qui, depuis près d’un millénaire, ne craint rien autant qu’une forteresse Europe. Ce à quoi s’ajoute les forces du marché. Il sait, pour l’entreprise comme pour les nations, qu’il y a énormément d’argent à gagner en démantelant les structures sociales. Ce qui amène à se demander si ces forces destructrices ne sont pas aussi celles qui provoquent les guerres… D’ailleurs, les concepteurs de Bretton Woods ne pensaient-ils pas que la guerre était due, justement, à ces taux de change flottants ? 
  4. Un débat sur l’euro est bienvenu. Car la politique européenne n’est plus que petits arrangements entre amis, imposés, par la manipulation plutôt que la force, au peuple. Il n’y a plus de démocratie. D’ailleurs, c’est un cercle vicieux. Plus nos amis prennent des décisions malheureuses plus ils craignent qu’elles se sachent. Aujourd’hui, ils sont peut-être dans une impasse dont ils n’arrivent pas à se tirer. Mais ce processus démocratique n’est-il pas dangereux ? Ne peut-il pas être kidnappé par un populisme quelconque ? Oui, le risque est grand. Car, nos élites ont voulu que nous ne pensions pas. Que nous absorbions leurs idées, sans discuter. Aujourd’hui, elles se trouvent fort dépourvues. Car ces idées ne marchent pas. Le peuple n’est pas content. Et il n’a pas été formé pour faire ce qu’il pourrait avoir envie de faire.