Gloire et argent

Lorsque j’entends tout le mal que l’on dit maintenant d’eux, je ne peux que le rappeler que nous fûmes fiers de notre Etat et de nos services publics.

Etrangement, ils ont commencé à être critiqués alors qu’ils étaient au faîte de leur gloire. L’Etat n’est pas la solution mais le problème. Et petit à petit, effectivement, ils se sont détraqués. Mais, et c’est là le principal paradoxe, ils n’ont fait que grossir, alors qu’ils étaient aux mains de ceux qui les critiquaient.

Que s’est-il passé ? En grande partie un lavage de cerveau. Par des sophismes à la Boris Johnson, on nous a expliqué que l’économie de marché, qui n’a réussi nulle part, était la panacée. Que l’argent était la mesure de toute chose. Et l’Etat est devenu l’organisateur du marché ! Il devait avoir de grandes ressources pour pouvoir l’imposer.

Qu’est-ce qui rendait le service public d’après guerre efficace ? La gloire. On croyait avoir trouvé le nirvana : le progrès. Et l’administration était là pour le réaliser. C’était un honneur de lui appartenir. Mais l’élan s’est perdu. Et le marché a peut-être été une maladie opportuniste.

Le rabot qui méduse

Notre ministre des finances veut faire des économies, mais non augmenter les impôts. Pour cela il a recours aux tactiques usuelles. Il cherche, dit-on, à augmenter les impôts de manière indirecte, en frappant les moins susceptibles de réagir.

Notre Etat semble en panne. Il ne paraît capable que de deux choses : de tenter de stimuler la « croissance » en arrosant l’économie de fonds publics, ce qui est inefficace, puis de « faire des trous dans la coque », pour réduire son poids. Ce qui fait que le navire s’enfonce. La prochaine vague sera-t-elle la bonne ?

On ne peut pas diriger une économie de loin, avec des gants, en magicien. Il faut se mouiller, descendre dans l’arène, reconstruire l’Etat, sa structure, et, surtout, son éthique. Mais aussi, l’Etat et le gouvernement, c’est nous, c’est notre syndic de copropriété…

(L’Etat ressemble curieusement aux multinationales modernes : elles alternent croissance externe, et réduction d’effectifs, sans comprendre que l’entreprise est métier et création, pas comptabilité.)

Fée électricité

Le futur c’est maintenant dans huit communes de la troisième couronne de l’agglomération rochelaise. Maintenant, ou plus exactement dans un an, quand les quatre navettes autonomes, sans conducteur, « Yelo Meta » pourront commencer à emporter des passagers, pour aller d’un village à l’autre. Objectif de ce projet pilote initié et largement financé par l’Etat (8 millions d’euros sur les 13 du projet) : proposer une solution de mobilité dans des secteurs peu denses, oubliés des transports publics traditionnels. 

France Bleu

13 millions d’euros pour 4 navettes ! A-ton réfléchi à combien de bus et de chauffeurs cela représente ? (Et combien d’entreprises on finance avec cela ?)

Logique publique ? On commence à supprimer des bus pour raison de coût, puis on les remplace à dix fois leur prix, pour raison d’environnement ?

(Un bénéfice de la mesure est que cela va peut-être corriger le comportement erratique du piéton et de l’automobiliste rochelais : ils savent maintenant qu’il n’y a pas de pilote dans le bus…)

Aide à la PME

L’Etat décide d’aider la petite entreprise. Comment s’y prend-il ?

Il crée des « appels à projet ». Et il confie l’exécution de ses plans au bon plaisir d’une nuée de fonctionnaires. Avec, toutefois, un processus rigoureux de vérification de l’attribution des fonds.

Résultat ? C’est tellement compliqué que les PME sont convaincues qu’elles n’ont aucune chance d’obtenir ces aides. (Et même qu’elles ne sont pas faites pour elles.) Pour les aider à obtenir l’aide publique, il faut des entreprises spécialisées. L’inefficacité de l’Etat a créé un marché. Un marché qui se nourrit des fonds publics !

(Témoignage.)

Au temps de M.Sarkozy, les hauts fonctionnaires se disaient « entrepreneurs ». Eh bien, ils feraient bien de s’inspirer des entrepreneurs, et de commencer par faire fonctionner leur entreprise ?

Start up d’Etat

Naissance de la SUE. L’Etat veut encourager ses agents à créer des sociétés qui pallient ses faiblesses :

« construire des services numériques utiles, simples, faciles à utiliser afin d’améliorer le quotidien des citoyens, des entreprises et des agents tout en répondant à un haut niveau de standards techniques (impact, transparence, accessibilité, design, sécurité frugalité) ».

Voilà qui me plonge dans un abîme de réflexions :

  • L’Etat suit, avec beaucoup de retard, une mode générale : innovation = start up ? (A moins que ce ne soit « l’enrichissez-vous » du PC chinois d’antan à ses citoyens ?)
  • Je discutais avec un spécialiste de l’aide à la recherche de subventions, qui a pas mal de succès, mais qui constate que les procédures administratives sont kafkaïennes (l’un étant peut-être lié à l’autre ?). Une réponse ? Mais comment résoudre le problème au coup par coup, alors qu’il est général et que c’est tout l’Etat qui est victime d’un vice de forme ?
  • Etat d’apprentis sorciers, qui ont démoli leur outil de travail, et qui espèrent que les « mécanismes du marché » vont leur sauver la mise ?

PS. Souvenir de mon passé d’ingénieur. Un constructeur espérait que la robotique allait lui permettre d’assembler automatiquement les portes de ses voitures. Réponse des roboticiens : quand la conception est mauvaise, on ne peut rien faire. (De mon temps, on parlait de « design for manufacture »…)

Un peu d’inefficacité ne peut pas faire de mal

Je ne peux plus supporter les gens qui critiquent le gouvernement.

Ils prennent excuse des dysfonctionnements de l’Etat pour ne rien faire.

Mais ont-ils réfléchi à ce que signifie l’Etat dont ils rêvent ? L’Etat allemand d’avant guerre était remarquablement efficace. Il faisait l’admiration universelle. A commencer par celle de notre élite technique. Et qu’est-ce que cela a donné ? Et l’Allemagne actuelle, que l’on nous a si souvent citée en exemple (vous vous souvenez du « courageux M.Schröder » ?) ? Elle a armé la Chine et la Russie. Et maintenant, il faut venir à son secours.

Au fond, Montesquieu ne dit rien d’autre que : l’inefficacité est la condition de la liberté !

Coup de théâtre à l’Elysée

« Incroyable coup de théâtre et première historique, les parlementaires ont rejeté le 12 avril la nomination du candidat proposé par l’Elysée à la présidence de l’Ademe. » (Article.)

Après les manifestations de rue, le député et le sénateur se révoltent.

Raison : « Une décision qui sanctionne surtout une organisation gouvernementale brouillonne et un manque de dialogue. »

Les mêmes causes, les mêmes effets ?

La fin du travail

La pandémie a démontré que le monde pouvait tourner sans nous. On ne travaillait plus et pourtant tout marchait comme avant ! Voilà ce que j’entends depuis quelques-temps.

Cette théorie servirait à justifier l’idée que les machines peuvent nous remplacer.

Mais, le pays n’a pas marché sans nous ! Il a accumulé des dettes, pour nous nourrir au chômage. (Je suis une exception : je n’ai jamais autant travaillé !) Et aujourd’hui, le gouvernement doit faire des prouesses pour éviter aux entreprises plombées par le PGE de sombrer.

Cette politique résulterait d’une leçon tirée de la crise de 2008 : contrairement à l’Allemagne, la France avait laissé ses entreprises faire faillite. D’où chômage et perte de compétitivité nationale, par appauvrissement de notre tissu économique.

Plus récemment : on a vu l’impact de la politique de zéro covid de la Chine sur l’économie mondiale.

La France entre Charybde et Scylla : d’un côté un gouvernement qui nous croit trop bêtes pour comprendre sa politique, de l’autre l’intellectuel gramsciste ? La recette de l’irresponsabilité et de la révolution ?

Greed and fear

Les banques centrales augmentent leurs taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Les obligations perdent leur valeur. SVB s’effondre, Crédit Suisse a des difficultés. Les marchés financiers prennent peur. Mais l’Etat intervient. Ils se calment.

Jamais on a eu autant d’Etat ! Après deux ans d’épidémies où il a maintenu la population chez elle, et l’entreprise en respiration artificielle, il vient désormais au secours des libertaires de la silicon valley. (Comment s’étonner que l’on soit choqué de devoir travailler jusqu’à 64 ans ?)

Que feraient le « marché », aux thèses si libérales, sans l’Etat ? Greed and fear disent les Anglo-saxons. Le financier serait-il resté en enfance ? Il joue les matamores lorsqu’il se croit en sécurité, mais appelle bien vite sa maman dès qu’il aperçoit une ombre ?

Grande armée

Les Ukrainiens demandent 200 Léopards, les Allemands en ont exporté 2000. Et nous ? Quel est le nombre de tanks français ? me suis-je demandé.

J’ai eu une réponse : 215. L’armée française n’est plus rien. Face à Poutine, la France n’aurait pas tenu 5 minutes.

Quand j’ai fait mon service militaire, j’ai été frappé par l’invraisemblable désorganisation de notre armée, et par son manque de moyens ridicule. Apparemment, les choses n’ont pas changé.

Il se peut aussi, que, non seulement elle n’a pas de moyens, mais elle est rançonnée. Au temps de Marcel Dassault la France fabriquait des avions à 30% du prix des américains. Je ne serais pas surpris que le rapport se soit inversé, aujourd’hui. Les Turcs, eux, ont compris l’art de la guerre moderne : le drone pas cher.

Où est le problème ? Je soupçonne que l’Etat a perdu de vue la nature réelle de sa mission. Il se noie dans une micro gestion dont il n’a pas les moyens.

(PS. Depuis, j’ai lu que les Russes auraient perdu, en date du 7 février dernier, 3245 tanks, soit plus de 15 fois le parc français !)