L’Etat, c’est nous

Pour Hegel, et de Gaulle, l’Etat était le bien. Marx constate qu’il fait ce que veulent ceux qui le dirigent, ce qui n’est pas l’intérêt général. C’est probablement ce qui est arrivé à la France : depuis des décennies, le citoyen français « vote contre ». Dernièrement, il a décidé de paralyser le gouvernement. Prochaine étape : le détruire, à la Trump ? Et le phénomène n’est pas propre à la France.

Alors comment contrôler l’Etat ? Marx voulait le liquider. Proudhon pensait que s’il n’y avait plus qu’une classe moyenne, il n’y aurait plus de conflit. Elinor Ostrom propose des techniques de contrôle des « communs » (cf. le code de la route, qui permet de contrôler le comportement des automobilistes).

En attendant, il y a peut-être plus simple, c’est la « croissance ». Quand un pays se développe, ses habitants ont autre chose à faire qu’à se chercher des noises. Et même, comme on l’a vu après guerre, il doit organiser leur travail de façon à atteindre ses objectifs. C’est ce que Kurt Lewin appelle le changement planifié. Autre nom du changement démocratique.

Perfide Albion

Hier, j’entendais la BBC dire que les « utilities » (services publics généralement privés) se livraient à la pratique du « back billing » particulièrement perverse.

Les dites institutions répondaient que le « back billing » représentait une faible proportion des plaintes reçues.

J’ai pensé que seul un esprit issu de la haute éducation anglaise pouvait faire une telle réponse : un Français aurait pensé que cela signifie qu’elles reçoivent des masses de réclamations.

Anglais modèle

On n’aura pas beaucoup parlé des élections anglaises. Et pourtant elles me semblent pouvoir être un signe de changement.

Le premier ministre anglais est un haut fonctionnaire d’élite, comme on n’en fait plus en France. Autrement dit, il est guidé par l’intérêt général.

Et il a décidé de faire ce que doit faire tout serviteur de l’Etat digne de ce nom : le remettre en ordre pour qu’il accomplisse sa mission.

Une idée pour la France ?

Nouvelle centralisation

Je n’y ai pas cru, mais il semblerait que ce soit vrai : l’Etat a procédé, ces dernières années, à une nouvelle centralisation.

Le phénomène est curieux. Il a à la fois donné beaucoup plus de responsabilités aux collectivités locales, tout en réduisant leurs moyens, mais aussi en intervenant dans ce qu’il leur avait confié, ce qui produit une grande désorganisation.

Curieusement, alors que cela aurait dû lui faire faire des économies, il dépense de plus en plus.

Théorie du complot ? Ou responsable mais pas coupable ? L’hypothèse que je fais est que, au sommet de l’Etat, on a fini par se convaincre que les collectivités étaient mal gérées, et qu’elles avaient besoin qu’on leur donne une leçon d’économie. Il est possible que, en même temps, l’Etat ait pensé qu’il était logique qu’elles assument des tâches dont il s’occupait jusque-là.

En fait, une telle idée a d’autant plus de chances d’être adoptée sans discussion qu’elle est agréable, et qu’elle demande peu d’efforts. (C’est ce type de faiblesse qu’exploite l’escroc.)

Recycler la France

Nicolas Portier, spécialiste de l’économie des territoires analyse l’évolution de notre pays.

Il constate la fin d’un cycle économique qui s’est caractérisé par une (surprenante pour moi) centralisation de l’Etat français, qui a retiré toute autonomie à l’échelon local (« renationalisation du local »), une concentration géographique record de la croissance (et ce en comparaison de l’ensemble des pays de l’OCDE : nous sommes une sorte de champion mondial !), un décochage des revenus salariaux par rapport à la croissance du PIB.

Mais renverser ce cercle vicieux est possible. Il faut tirer parti de nos « champions cachés » (PME et ETI) qui ont un potentiel de croissance surprenant, pour peu qu’on rende leur environnement moins hostile, mais aussi de nos TPE, qui sont déjà, en dépit de leur faible importance (20% de l’emploi), les principaux créateurs d’emplois du pays. (Phénomène curieux : les TPE créent de l’emploi, elles grossissent, sont absorbées par de grandes entreprises, et entrent alors dans leur logique de rationalisation, donc de suppression d’emplois.)

Ceci demande que l’on parvienne à réaliser des synergies territoriales, donc que les territoires retrouvent leur autonomie.

Redresser le service public

L’évolution de notre service public est paradoxale. Sa taille et sont coût ont augmenté considérablement, alors que son efficacité s’est effondrée.

Le citoyen a toutes les raisons d’être furieux. C’est une forme de détournement de fonds.

En écrivant ce blog, j’en suis arrivé à l’hypothèse suivante : le « syndrome Thatcher ». Les théories de Mme Thatcher ont gagné l’ensemble de l’Europe. Son idée était de traiter le citoyen comme un « contribuable » : la mission de l’Etat était économique. Il devait être géré comme une entreprise. Laisser faire d’un côté, masse de comptables de l’autre.

La conséquence de cette pensée s’est immédiatement manifestée en Angleterre et explique la situation actuelle : des bureaucraties gestionnaires incapables de la moindre action. Au lieu de l’investir, nos gouvernements ont gaspillé l’argent du « contribuable » ! Ils l’ont appauvri !

Comment rendre à César ce qui est à César ? L’envers du « laisser-faire » ? Autrement dit les techniques de conduite du changement telles qu’on ne les enseigne pas en France ?

Soit une institution publique donnée (école, hôpital, armée…), la technique du « changement planifié » identifie ses « parties prenantes », et les interroge quant à ce que devrait être sa mission, ses objectifs, et comment les atteindre. Le « planificateur » tire de tout cela un plan d’action précis, avec ses responsables et un dispositif de « gestion de projet ». Cela demande un peu de talent, mais cela ne coûte rien. Contrairement au « laisser-faire ».

(A noter que ceci s’est fait durant le covid : les personnels de certaines écoles et certains hôpitaux, laissés à eux-mêmes, se sont interrogés sur leur responsabilité et comment l’assumer, avec d’excellents résultats.)

Mille-feuille

Mille-feuille, un terme que j’ai découvert récemment. Il concerne la fonction publique. Le législateur crée sans cesse des structures nouvelles, sans éliminer les anciennes. Petit à petit, l’édifice est devenu kafkaïen.

Mais il n’y a pas que l’Etat. Il paraît que partout apparaissent des associations de défense de l’industrie. D’ailleurs, la France est une championne de l’association.

Qu’est-ce que cela donne ? Pour prendre simplement le cas des groupements d’entreprise, on trouve les chambres consulaires (créées par Napoléon), les clusters et pôles de compétivité (dernier quart de siècle), les agences de développement (liées à la réforme des régions), Territoires d’industrie, les syndicats professionnels, divers réseaux d’aide à l’entrepreneur (qui ne font même pas preuve de solidarité interne !)…

Explication ?

Un réflexe culturel semble être que toute idée nous porte à créer une institution nouvelle. Or, nous avons accumulé tout un savoir-faire, qui ne demande qu’à être exploité !

Mal français

Je me suis lancé dans une sorte d’étude anthropologique de la France. Elle procède à la manière de la « dialectique ». Elle me fait découvrir que chaque réalité semble avoir deux faces.

Récemment, j’en suis arrivé au « mille-feuille ». Il résulte de l’usage culturel qui nous est propre de vouloir sans arrêt partir de zéro. Notre pays est le cimetière des idées sans lendemain. L’Etat en est un exemple. Consternant.

Paradoxalement, le coupable est aussi une victime. Son effort est méritant, mais pas reconnu.

Que lui reste-t-il à découvrir ? Que la reconnaissance passe par l’autre ?

Mille feuille administratif

Combien coûtent les « doublons » de l’administration régionale ? Au bas mot 7,5 md€ par an, selon un rapport.

Conséquence de l’art français de la réforme.

Et cela ne prend pas en compte l’inefficacité qui en résulte. Car ce que l’on a fini par appeler le « mille-feuille » est redoutablement nocif pour l’économie et le citoyen. Il fait perdre énormément de temps, en particulier à l’entrepreneur, qui serait mieux employé ailleurs, et il égare des milliards qui ne vont pas à ceux auxquels l’Etat les destine.

Et si, au lieu d’en inventer de plus en plus, de toujours nous donner des leçons, l’Etat se demandait comment bien faire son métier ? Et s’il commençait par chercher à comprendre pourquoi il nous a mis dans une telle situation ? Comment mieux faire la prochaine fois ?

Et si l’Etat français devenait une « organisation apprenante » ?

(« Pour éviter le pire, l’urgence est de reprendre le contrôle de nos dépenses publiques. » disait Philippe Mabille, de la Tribune, dimanche dernier.)

L’Etat et le changement

Discussion avec un haut fonctionnaire. Cela confirme du haut de l’État ce que l’on voit au ras du sol. L’État rencontre des résistances à la mise en œuvre de ce qu’il pense bon (transition climatique, etc.), du coup, il est forcé d’utiliser les vieilles ficelles (subventionner l’implantation de méga usines). De l’autre côté les entrepreneurs français qu’il veut aider, quels qu’ils soient, n’ont pas une culture d’entrepreneurs. Les projets qu’ils soumettent sont mal construits, et ils n’ont pas les aspirations qui conviennent au succès d’une entreprise.

Ma conclusion. L’action de l’État a besoin du relais de l’initiative locale.