Indigne Boris

La grande affaire de la semaine en Angleterre fut les fêtes des Boris Johnson. Alors qu’il le niait, il est maintenant démontré qu’au moment où les rassemblements étaient interdits, on faisait la fête dans la maison du premier ministre. Au même moment il est révélé que ses appartements ont été retapés grâce à un don, non déclaré, d’un riche partisan (en France ou condamne des François Fillon pour moins que ça ?). 

Cela peut être examiné selon plusieurs angles. D’abord, les gens qui enfreignaient la loi, à l’époque des fêtes, étaient susceptibles d’une amende. Ensuite, il y a l’insulte : alors que l’Angleterre se privait, le gouvernement ne se refusait rien. Et il y a le mensonge. Le parti conservateur estime que « conservateur » est, avant tout, un état d’esprit. Et qu’il est l’exact opposé du comportement de M.Johnson. Ue réflexion entendue : l’exemple vient d’en haut. 

Le plus intéressant, peut-être, sont les circonstances atténuantes qu’on lui trouve : quand on travaille aussi dur que nous, on a bien droit à une petite compensation. 

Cela définit probablement le terme « élite », et pourquoi il est aujourd’hui employé avec dérision. Alors qu’après guerre le service de l’Etat était un sacerdoce, l’élite est désormais constituée de gens qui pensent avoir tous les droits, du fait de leur position sociale. 

(Rubrique « people ». On annonçait aussi que M.Johnson vient d’avoir un enfant. C’est le second qui lui naît, depuis qu’il est premier ministre. Je me demandais s’il s’était marié tard. En fait, c’est son nième mariage. Je n’ai pas fait un compte exact, mais, entre les légaux et les illégaux, il semble avoir engendré au moins huit descendants. Un modèle à suivre ?) 

Au nom du peuple

La croisade de France Musique pour la musique contemporaine amène à se demander : qui est intéressé par la musique contemporaine, en dehors d’un petit groupe d’esthètes ? 

Et qui va, d’ailleurs, au spectacle, sinon ce petit groupe ? Mais alors pourquoi les opéras et autres sont-ils si lourdement subventionnés ? Pour que le peuple puisse avoir accès à la « culture ». La culture étant définie comme étant ce qu’apprécie ces esthètes. 

Seraient-ils parvenus à faire payer leurs loisirs par la nation ?

Un article sur les raisons de l’état regrettable de l’Education nationale débouchait sur le même type de raisonnement. 

Timeo danaos et dona ferentes, comme on disait jadis ?

Admirables Anglais

Pourquoi la France s’évertue-t-elle à intervenir chez ses anciennes colonies ? Nos intellectuels disent que le colonisateur est haïssable. Et, lien de cause à effet ?, il semble évident que nos ex colonisés trouvent le Français haïssable. Je me demande depuis toujours pourquoi nous ne sommes pas cohérents. 

Paradoxalement, les Anglais, alors qu’on pourrait penser que leur « diviser pour régner » a laissé le monde à feu et à sang, ont beaucoup mieux réussi leur coup. Leurs colonisés les admirent, rêvent de s’installer chez eux, et leur font former leurs élites. (Il faut dire qu’ils ont su conserver des universités dignes de ce nom.) 

Serait-il temps que le Français se regarde dans une glace ? 

Changer le système pas les hommes

Le précédent billet dit de se méfier de la chasse aux sorcières. Ce qui ne va pas, c’est le « système », pas ceux qui le constituent. Qu’est-ce que cela signifie, dans ce cas ?

Il faut renoncer à l’illusion que nos grandes écoles (ou celles des autres) forment des dirigeants de multinationales. D’ailleurs, croire qu’une personne seule peut commander une entreprise, parfois des centaines de milliers de personnes, est erroné. 

On dit que les PME allemandes sont dirigées par des « triumvirats », il est probable qu’il faut concevoir maintenant un nouveau mode de direction de l’entreprise, qui soit une question d’équipe, et d’expérience prouvée sur le terrain, et pas en classe. (Ce que j’appelle parfois un « ordinateur social » : un groupe d’hommes « organisé » pour résoudre les problèmes qui se posent à l’entreprise.)

Un changement systémique est un changement qui s’en prend aux principes de notre pensée, pas aux hommes.

L'esprit de l'Education nationale

Débat concernant les inégalités dues à l’Education nationale (France Culture). Des mesures simples permettraient de les éviter. Par exemple, favoriser certains redoublements aidant à la maîtrise du sujet enseigné. 

A mon avis, voilà qui est contraire à l’esprit de l’Education nationale. Cet esprit est la sélection, pas la formation. Et cela tient à ce que nous croyons, comme l’Ancien régime, que le talent est inné. Et cette sélection se fait en jetant l’élève à l’eau, sans bouée. C’est à dire en rendant les sujets enseignés volontairement incompréhensibles. 

Qu’est-ce que cela donne ? Ce que j’ai vu de notre élite me fait penser qu’elle est faite de gens malheureux, et mal finis, parce que l’on ne leur a pas laissé le temps de parvenir à maturité. Vouloir un Mozart, c’est nécessairement commettre un assassinat ?

Le temps de l'innocence ?

Je relis les oeuvres d’Emmanuel Macron. 

Ma première impression, il y a quatre ans, de l’introduction de Révolution était condescendante, je l’avoue. Dissertation d’un bon élève de quatrième qui raconte ses vacances (ce qui est plutôt un exercice de cours primaire). Il y a tout y compris le style endimanché. Aspect gentiment touchant aussi. Emmanuel Macron veut nous « réconcilier » (sous-titre). La France est belle. Lui-même a bénéficié de son ascenseur social. C’est grâce au dévouement de ses hussards noirs qu’il est ce qu’il est. Il a eu du mal. Il a connu l’échec. Mais, quand on veut on peut. C’est l’enseignement qu’il tire de sa longue vie. C’est pour cela qu’il est un combattant de la liberté d’initiative. 

Je n’aurais pas dû sourire. Cette introduction donne une inquiétante impression de ceux qui nous dominent :

  • C’est cela notre élite ? Imagine-t-on un Pompidou écrire un tel texte ? (Il est vrai que M.Giscard d’Estaing a peut-être fait pire…) 
  • Je suis beaucoup plus vieux que M.Macron, et déjà de mon temps l’enseignant dévoué à la cause commune, et surtout qualifié, n’était plus. Et encore j’ai eu la chance de vivre dans une banlieue communiste, pour laquelle l’enseignement signifiait encore quelque-chose. L’ascenseur social n’existe plus, sauf pour quelques privilégiés, qui n’en ont pas besoin. 
A tort ou à raison, je pense qu’Emmanuel Macron a des compétences rares, notamment celle de faire bonne figure à l’étranger, d’être increvable, d’aimer son pays, et, surtout, d’avoir la capacité à se remettre en cause. Mais, il part de loin. Avec de telles idées, il n’est pas étonnant que la dite élite puisse croire qu’il suffise de traverser la rue pour trouver du travail. 

Plus d'ingénieurs ?

Un marronnier de ce blog est la mesure du nombre de vues par Google. Pour un billet, j’ai le choix entre trois valeurs. Et les écarts peuvent aller de un à cent ! 

Voilà un des changements de notre temps. Deux choses caractérisent le diplômé moderne, selon moi : il se dit « le meilleur », et il utilise des outils, sans les comprendre. L’ingénieur de mon temps cherchait, avant tout à comprendre. Pour cela, il avait une démarche « scientifique ». Il expérimentait, jusqu’à trouver une modélisation qui expliquait correctement le phénomène qu’il voulait décrire. 

Passoire anglaise

Je me suis demandé si Tinker, Taylor… avait à voir avec l’affaire Kim Philby. Non. Mais ce qui est surprenant est que d’une certaine façon l’affaire Philby est bien plus redoutable que ce que raconte John Le Carré. En effet, au moins cinq hauts fonctionnaires anglais coopéraient avec les Soviétiques. C’est un peu comme si, séduits par les idées d’une autre nation, une promotion d’inspecteurs des finances travaillait pour elle… Terrible et ridicule à la fois ? 

Nos démocraties ont une faille ? Elles ne contrôlent pas ceux qui les dirigent ?

(L’autre jour, la BBC annonçait que l’Allemagne avait découvert un espion anglais, qui travaillait pour les Russes… Une fois acquises, les habitudes ont du mal à disparaître ?)

La logique de l'oligarque

Ce blog cite un oligarque russe, qui explique qu’il ne comprend pas pourquoi on lui en veut, puisqu’il a joué au même jeu que les autres. Lui a gagné, les autres ont perdu. Il a la récompense qu’il mérite. Eux aussi.

L’oligarchie, au sens russe et actuel du terme, est un fait social. L’évolution de la société a amené au pouvoir une « élite », qui a cru qu’elle devait son succès à son talent. Elle a donc exploité sa position. Elle n’a pas compris qu’elle était là pour remplir une fonction sociale. Orienter un groupe humain. 

Du coup, le dit groupe humain a fini par prendre conscience qu’il avait beau faire ce qui lui semblait son devoir, sa situation se dégradait incompréhensiblement. 

Enseignement ? La division des tâches n’est pas viable. 

Réac Churchill

Conférence, ancienne, sur Churchill (France Culture). Churchill aurait été une sorte de réactionnaire qui en serait resté à l’ère victorienne. En outre, pour lui, l’Angleterre était le champion des libertés, qui organisait la défense contre l’oppression (Napoléon, Louis XIV ?). Les autres hommes politiques eux, étaient… des politiques. Tout était compromis et négociation. En ces temps, il y avait des nationalistes, et des socialistes. Et on s’entendait avec eux. Hitler ? Nationaliste ET socialiste : business as usual. 

Dans cette histoire, ce serait le peuple qui aurait été intelligent. Il a compris que, pour mener une guerre, il avait besoin d’un Churchill, même s’il retardait. Mais, lorsque la guerre s’est achevée, il a fait revenir l’homme politique ordinaire, le dribbler. 

Drôle d’histoire ? Une élite de pendules arrêtées ? N’y aurait-il que la société, qui serait douée d’une réelle intelligence ?