Révolution ?

J’ai jeté un coup d’oeil à « L’oligarchie des incapables », une enquête faite, sous le régime Sarkozy, par deux journalistes. Sa thèse est qu’au sommet de notre pays tend à se constituer, périodiquement, une « oligarchie d’incapables », dont les agissements indignes finissent par provoquer une révolution.

Il se trouve que, contrairement à ce que disent les journaux, on commence à percevoir un très fort ressentiment contre tout ce que notre « élite » représente. C’est peut-être bien une très vieille et très puissante rancune, et très majoritaire.

Quelles vont en être les conséquences ? Peut-être pas la guillotine, mais pas non plus un débat apaisé, favorable à une saine réflexion sur le cours le plus approprié à faire adopter au pays ?

L’héritage des trente glorieuses

Ces derniers temps, la vie nous a certainement appris des choses sur les pathologies de l’affluence matérielle (), et de ses conséquences telles que l’ennui, l’égoïsme, le sentiment d’être un individu d’élite, et d’une supériorité « méritée », la stagnation à un faible niveau de maturité, la destruction du sentiment de communauté.

Abraham Maslow, Motivation and personality.

Surprise, le livre dont est tiré cette citation a été publié en 1970, année de la mort d’A.Maslow, et a donc dû être écrit dans les années 60. Or, il semble parler de notre époque. En particulier de ce curieux terme « d’élite » dont nos gouvernants se sont affublés, alors que, par les critères d’évaluation du mérite traditionnels, ils sont médiocres, et que leurs prédécesseurs, qui auraient bien mieux mérité ce titre, ne l’utilisaient pas.

L’après guerre et son Etat paternaliste auraient-ils accouché d’une société immature ?

Sam Bankman-Fried

BBC4 consacre un reportage à Sam Bankman-Fried, jeune auteur du dernier scandale financier en date.

Bienvenue chez les apprentis sorciers ? Voyage chez « l’élite » mondiale. Petit groupe de gens qui élèvent leurs enfants dans un cocon, en leur disant qu’ils sont des génies. Ce qu’ils croient puisqu’ils vont dans les meilleures universités, qui leur sont réservées. Des enfants qui restent en enfance, qui vivent en vase clos, s’habillent comme des enfants, ne savent pas manger, et dont le travail est un jeu électronique. Car le financier utilise le même type de talent que celui du joueur électronique. On le prétend mathématicien, mais, contrairement au mathématicien, il ne démontre rien, il fait des « choses » qui paraissent très compliquées au reste de la population. Seulement, elles ne le paraissent pas tant que cela aux « pirates » et à la nature…

Le plus surprenant est que ces génies veulent faire le bien. Pour cela, ils utilisent la finance des cryptomonnaies. Car c’est une finance, numérique, qui n’est pas réglementée, et qui permet de gagner, quasiment du jour au lendemain, des dizaines de milliards, voire beaucoup plus. Et quel est le bien selon eux ? Ce n’est pas arrêter les guerres ou mettre un terme à la pauvreté, c’est éliminer la menace de l’intelligence artificielle ! Des possédés, M. Dostoïevsky ?

La révolution du « faire »

L’autre jour, les familles de mes voisins de table appartenaient au secteur médical. De l’étudiant au professeur, on y trouvait de tout. Et ce qui se disait de notre système de santé était inquiétant. Il est inefficace, et ne tient que grâce aux étrangers, qui espèrent exercer en France. Le gouvernement voudrait mettre un terme à son agonie. Dommage, soupiraient mes interlocuteurs, il a si bien marché. (Après m’avoir dit de me méfier des urgences.)

L’autre jour, un dirigeant regrettait le temps où il pouvait profiter de l’accompagnement des chambres de commerce. Aujourd’hui, il espère l’avoir des bénévoles de mon association.

Si l’on reprend les 15 ans d’observation de ce blog, il est tentant d’interpréter l’histoire ainsi : pour diverses raisons, la société a donné le pouvoir à l’intellectuel. Celui-ci a décidé que le monde se dirigeait par des idées. Il se trouve que le « libéralisme » économique a pour devise le « laisser faire ». Pourquoi se fatiguer ? L’équation économique est reine. D’où désastre. Ce que constate le gouvernement, qui en déduit qu’il faut achever le malade.

Aujourd’hui, il n’est question que d’industrie. On redécouvre qu’il faut à nouveau utiliser ses mains, « faire ». Et si c’était ce que l’on demandait à notre gouvernement : se retrousser les manches, et faire fonctionner les services publics ?

(PS. cela s’appelle « conduite du changement ».)

Vive le Mamelouk ?

Les Mamelouks, qui ont dirigé longtemps l’Egypte et lui ont laissé ses plus beaux bâtiments, étaient des esclaves. Mais des esclaves élevés pour être une élite. Ils ont fini par prendre le pouvoir. Ils ont géré leur pays d’adoption avec beaucoup de discernement.

Au fond, les Mamelouks et l’ascenseur social de la 3ème république, même combat ? Mais aussi les USA et l’Angleterre et leur élite dirigeante importée d’Inde ?

Une nation a besoin de se renouveler sans cesse ? Pour cela, elle a besoin de sang neuf ? Mais, le succès, une fois obtenu, corrompt, ammolit. Les Mamelouks ne donnaient pas le pouvoir à leurs enfants, ils en faisaient des fonctionnaires, des intermédiaires entre la population et le pouvoir…

(D’après In our time, de la BBC.)

Au delà du bien et du mal

On nous dit souvent que nous ne devrions jamais rencontrer nos héros ; leur humanité brouillonne et imparfaite ne peut être qu’une amère déception. Ce serait la même chose si nous rencontrions ceux que nous appelons méchants : eux aussi sont d’une complexité frustrante, ont de multiples facettes, sont un mélange de bien et de mal que nous ne reconnaissons que trop bien en nous-mêmes. (Financial Times)

Enfin ? Le changement qu’attendait ce blog est en passe de se faire ? Chant du cygne de l’âge de la morale asphyxiante, âge extraordinairement « chiant » ? Notre « élite » découvre la complexité ?

Décarbonation

Le programme de notre gouvernement ? La « décarbonation ».

Décidément, il ne change pas ? Ailleurs on parle de guerre économique (ou de guerre tout court), de politique industrielle, d’emploi, de pouvoir d’achat. En France on répond « décarbonation », et notre gouvernement nous prend par la main, nous coupables innocents, pour que nous fassions notre bien, sans avoir à réfléchir. C’est l’Etat instituteur dans toute sa splendeur. C’est dramatique. Et cela en dit long sur la manière de penser de nos élus.

Le jour où nous serons dirigés par des gens qui considèrent le citoyen comme responsable, nous aurons réussi un grand changement. 

De la démocratie en Europe

Pierre Rosanvallon a publié un livre sur notre démocratie qui semble trop intelligent pour son sujet. Le problème est à la fois plus simple et plus complexe qu’il ne le dit.

Pour gouverner la France, il faut avoir fait l’inspection des finances. Ce n’est pas l’électeur qui choisit, mais l’Education nationale ! Le problème n’est pas propre à la France. Or, les vertus du diplômé se prêtent-elles au gouvernement des hommes ?

Le petit monde de l’élite se réunit en catimini à Bruxelles et décide du destin du peuple, en totale opacité. Il suffit de comparer notre situation avec celles de véritables fédérations démocratiques comme les USA ou la Suisse, pour comprendre que ça ne va pas.

Le bug est le suivant : ce monde ne représente rien que lui-même. Application directe de l’anthropologie : il crée des lois à son image. Récemment, il a inventé un univers de « métropoles ». Les Chinois fabriqueraient ses vêtements. Ses concitoyens lui livreraient des pizzas.

Les démocraties anglaises ou américaines ont peut être beaucoup de défauts, mais, au moins, elles répondent au quart de tour. Un modèle ?

Mais, en dernière analyse, la véritable démocratie est impossible à réaliser sans une société homogène : elle ne peut avoir de « sous cultures » ?

(Au fond, Pierre Rosanvallon dit peut-être la même chose que moi, mais avec une subtilité de meilleur aloi.)

Elite

On s’envoie « élite » à la figure, comme s’il s’agissait d’une insulte. Mais, au fond, personne n’a vraiment réfléchi au phénomène.

Un ami me disait que lorsque sa fille est arrivée en terminale à Condorcet, on a dit à sa classe qu’elle était « l’élite de la France républicaine ».

Vu l’effondrement du niveau scolaire du pays, cela est surprenant. Mais, il semble que ce discours ait été fréquent et que de jeunes esprits, influençables par nature, l’aient cru.

Il en est résulté qu’ils ont pensé qu’ils étaient des surhommes et que le reste de la population était « deplorable », selon le mot de Mme Clinton. Au fond, le livre de M.Macron ne dit pas autre chose. Il est venu pour nous annoncer que nous devions renoncer aux illusions d’égalité des Lumières. « La récréation est finie », comme l’on disait élégamment un temps. Nous n’étions rien. Il fallait traverser la rue pour prendre un « bullshit job », de cireur de pompes de l’élite.

(Le plus surprenant dans l’histoire de Condorcet était le CV des parents des élèves : l’aristocratie des affaires, souvent internationale. A l’époque où j’y étais, c’était l’école du petit employé de banlieue, parce qu’elle était à côté de la gare Saint Lazare. Autres temps…)

Extrême droite, toute ?

Italie, Suède, Finlande, Espagne, presque… après l’Europe de l’Est… l’extrême droite s’empare de l’Europe de l’Ouest ?

J’entendais une émission sur « the new elite » par la BBC, qui explique peut-être les causes du phénomène : un rejet des idées « socialement avancées » de ce que l’on a fini par appeler « l’élite ». On reproche à ces idées, à l’opposé de leurs prétentions à l’altruisme, de profiter magnifiquement à « l’élite », et de nuire gravement à la population.

La relative bonne performance démocratique de gouvernements honnis par la presse, tels que ceux de M.Erdogan ou de Mme Meloni, « dédiaboliserait-t-il » l’extrême ? Faut-il aussi voir dans ce rejet, épidermique ?, l’affection dont jouit M.Poutine dans certains milieux, en dépit de la gravité de ses exactions ?

Et chez nous ? Un journaliste qui a fait le tour des QG de campagne avant les élections présidentielles m’a dit avoir été surpris par la compétence du RN en matière de ruralité. Opinion d’autant plus inattendue qu’il n’est pas du tout de son bord. (Et que je ne lui demandais rien.)

M.Macron ne se représentant pas (et ayant une fâcheuse tendance à jouer avec le feu), et les partis politiques traditionnels donnant le spectacle de l’irresponsabilité, l’électeur va-t-il finir par installer Mme Le Pen au pouvoir ?