Roger Martin du Gard

Jean-Noël Jeanneney cherchait à réhabiliter Roger Martin du Gard. (Concordance des temps, France Culture.)

Je dis d’ordinaire que je ne me souviens pas de ce que je lis, mais les Thibaut, que j’ai lus dans mon adolescence, me sont restés en mémoire. Au moins en partie. Et le souvenir n’en est pas bon. C’était un roman fleuve comme ceux de Duhamel. Ce que je leur reprochais, c’était, comme les livres plus légers de Gide, de sentir leur âge. Ils n’étaient plus de mon temps. Ils prétendaient à des certitudes dont je doutais.

Ce que révèle Jean-Noël Jeanneney est que Roger Martin du Gard était un homme de l’affaire Dreyfus. Comme j’ai commencé à le soupçonner, cette affaire ne parlait pas d’antisémitisme, mais de vérité. Et la recherche de la vérité entraîne de devoir affronter le doute. Voilà pourquoi il était l’ami de Camus, et ne s’entendait pas avec Sartre.

L'affaire Dreyfus et la vérité

Ce qui se joue aujourd’hui en Chine, dans le corps médical ou ailleurs, ressemble peut-être à ce qui s’est passé lors de l’affaire Dreyfus.

Il y avait d’un côté le camp de la vérité, et de l’autre celui qui pensait qu’il y avait plus important que la vérité. Que cette vérité remettait en cause ce qu’il était, et que c’était inacceptable. Et ce même si cela signifiait qu’il protégeait un espion, et donc qu’il mettait en danger la sécurité de la nation !

Curieusement, comme le montre le cas du colonel Picard, ou une étude faite par Serge Delwasse sur l’école polytechnique, l’armée était probablement partagée, exactement comme le pays. D’un côté elle était le pilier de « l’ancien régime », de l’autre elle était à la pointe du progrès et des idées nouvelles.

Ce que révèle le coronavirus est probablement un conflit de ce type. D’un côté l’appareil refuse toute critique, comme une menace existentielle, de l’autre, si l’on veut éviter le pire, il faut que l’on comprenne ce qui s’est passé.

Le cas Picard

France culture avait rassemblé des historiens pour parler de l’affaire Dreyfus et du film de Roman Polanski. Il en ressort que le film est très bien fait.

Mais certains historiens lui ont reproché de parler de Picard, et pas des femmes du procès, qui ont été bien plus héroïques que lui.

Cela fait bien longtemps que je lis et relis l’histoire de cette affaire (un de mes livres d’enfance en parle déjà), et je l’ai fait une nouvelle fois, au hasard de wikipedia.

Le colonel Picard est un des plus brillants, et appréciés, officiers de l’armée. Sa carrière est rapide. Il est antisémite (comme beaucoup de gens, en ces temps, y compris Juifs). L’armée, alors, est une religion. Et pourtant sa conscience se révolte. Conséquence : non seulement sa carrière est finie, mais il est mis en prison.

Exemple même des mystères du changement : comment parvient-on à remettre en cause ce qui nous constitue ?  A penser en dehors de nous-mêmes ?

(Comment peut-on être Juif et antisémite ? Peut-être de la même façon que l’on est bourgeois et anti-bourgeois – i.e « bohème », ou homme blanc et anti- (vieil) homme blanc, ou homme et dénonciateur des méfaits de l’homme… C’est l’inverse du changement à la Picard : une contradiction qui confirme le statu quo.)

La fièvre hexagonale, les grandes crises politiques 1871 – 1968

Livre de Michel Winock, Points histoire, 2009. Pourquoi la France est-elle une poudrière ?

Peut-être parce que nous sommes fondamentalement intolérants. Nous devons cela à notre passé catholique. Avec l’amour des principes absolus. Chez nous, il n’y a pas de place pour le compromis, celui qui ne pense pas comme nous doit disparaître.
Peut-être aussi parce que la logique de notre société est féodale, avec un État hyper puissant, mais sourd, dysfonctionnel parce que morcelé, et donc fragile, et une nuée de petits propriétaires qui oscillent entre une passivité bovine et la révolte.

Nos gouvernements tendent à exclure, voire à diaboliser, une partie de l’électorat. Ce phénomène, combiné à des dissensions internes qui les paralysent, conduit à des bouffées de colère qui prennent la forme de tentatives de coups d’État.
  • La Commune. La commune ressemble à un règlement de comptes, qui serait à la fois une guerre de religion et une sorte d’expiation de la défaite de 70 (comme en 1940 ?). Paris est évacué, puis ce qui reste de sa population est massacré. Début de notre tradition de l’affrontement sectaire ? À noter qu’un troisième parti, les radicaux,  a essayé de jouer les médiateurs entre les adversaires. Débarrassé de son aile gauche, il va désormais pouvoir dominer la politique française.
  • 16 mai 1877. 1877 semble être la réelle naissance de la 3ème République, et la défaite finale de la monarchie. Le 16 mai s’affrontent Mac Mahon, président de la République et orléaniste, et la chambre, de gauche. C’est elle qui gagne. La gauche aura une majorité durable. Mais, si ses partis  parviennent à s’allier pour gagner les élections, ils se haïssent trop pour pouvoir gouverner. Ce qui conduit à un régime faible, et à une droite qui se sent minorité opprimée, et qui est prête à tous les coups tordus.
  • Le Boulangisme. La République ayant fait des exclus, en 1887, ils vont tenter de se venger. Ils trouvent dans le général Boulanger le chef charismatique dont ils ont besoin. Mais il ne sera pas à la hauteur de l’événement. Début des mouvements de masse et populistes.
  • L’affaire Dreyfus. En France, il est normal d’être antisémite, mais pas de condamner un innocent. C’est peut être ce qu’il faut retenir de l’affaire Dreyfus. C’est aussi la naissance, et la première victoire, des « intellectuels ». Mais c’est certainement la droiture de quelques officiers de l’armée qui mérite d’être remarquée.
  • 6 février 34. Les forces coalisées d’une droite revancharde et du PC profitent de l’affaire Stavisky pour attaquer un gouvernement de gauche dysfonctionnel, mais soutenu par le peuple. Ça ne marche pas mais cela conduit à une forme de guerre civile larvée et suicidaire. La gauche prétextera d’une lutte contre le fascisme, qu’elle croit français, pour ne pas apporter les réformes nécessaires au gouvernement, et ignorer la montée du nazisme.
  • 10 juillet 40. Paul Reynaud aurait pu être l’homme de la situation. Mais il manque de souffle. Pétain et surtout Laval profitent de l’éternelle faiblesse du régime pour faire un coup d’État et imposer leur vision médiocre, et revancharde, du monde.
  • 13 mai 58. Guerre d’Algérie. Cette fois-ci l’armée se croit une mission, elle aussi a des comptes à régler. Le gouvernement en place, comme d’habitude, est trop divisé pour pouvoir réagir. De Gaulle arrive, transforme la constitution, et règle le problème, endémique, d’instabilité gouvernementale.
  • Mai 68. Mai 68 est l’histoire d’une sorte de baby boom étudiant mondial, mais qui, en France, va, en se heurtant à la rigidité de la société gaulliste, exploser.  

Le Monde et le Syndicat du livre

« Louis Dreyfus président du Groupe Le Monde, compare le nombre de personnels au Temps, un quotidien suisse, qui emploie 24 ouvriers d’impression, contre 110 ouvriers d’impression pour Le Figaro et 260 pour Le Monde. Les journaux français coûtent en moyenne 40% de plus à imprimer qu’ailleurs en Europe. » Il semblerait que M.Niel veuille affronter le Syndicat du livre. S’il gagne, la presse française pourrait renaître. (The revolution at Le Monde)

Un syndicat doit-il défendre les avantages acquis ou aider ses membres à évoluer de façon à ne pas avoir à affronter ce genre de conflit ?