Pouvoir des ONG

Le scandale qui affecte les ONG serait un abus de pouvoir, disait France Culture. Ce qui rejoint ce à quoi on attribue les causes des maltraitances faites au femmes (et l’analyse d’un de mes derniers billets, qui mettait en parallèle ces deux phénomènes).

C’est peut-être une conséquence imprévue de la conscience de faire le bien. Celui qui fait le bien se pense supérieur à celui qu’il aide ? Pour bien aider, il faut se sentir égal ? Comme l’entraineur face au champion ? Ou comme la petite soeur des pauvres ?

(Ce serait donc la « culture », au sens anthropologique, des ONG qui serait à revoir.)

Donneur d'aide

Le donneur d’aide est le catalyseur du changement, dis-je. Comment reconnaître un donneur d’aide ?

Je suis entouré de gens qui se sont convertis au « coaching » sur le tard, ai-je déjà dit. Je leur parle de moi, comme je le fais dans ce blog : en confidence. Ils en déduisent que je suis malade. Une victime criminelle, en quelque sorte. Ils veulent changer mon comportement. Ils m’exposent des modèles compliqués inventés par des autorités indiscutables et inconnues. Curieusement, ils se placent par rapport à moi en « position haute », selon la terminologie de certains psychologues. Ils partent du principe que je suis un retardé mental qui n’a pas passé les vingt dernières années de sa vie à étudier ce qu’ils viennent de découvrir.

Je leur fais alors remarquer qu’ils ne me font aucun bien, et qu’ils ne me sont pas « utiles ». Edgar Schein décrit ainsi le donneur d’aide : c’est celui qui vous est « utile ». C’est aussi ma définition.

Linkedin ou le changement

Mais où est mon groupe ? Je suis animateur d’un groupe de linkedin. L’autre jour, je voulais vérifier quelque-chose. Panique : l’interface de linkedin a changé ! Plus de groupe. Je regarde toutes les icônes : rien. Et c’était juste avant de partir à un rendez-vous… C’est à devenir fou !
Je consulte Internet à la recherche d’un article qui parle de mon problème. Je trouve, il me dit que je n’avais pas bien regardé. Ouf. Même chose pour les articles. Pour une fois que je voulais en écrire un, je ne vois plus la fonction. Un ami me dit : persévère. Cela a suffi pour que je réussisse. J’avais l’indication sous les yeux. Et maintenant, je juge la nouvelle version de linkedin très bien. Elle a été débarrassée de statistiques auxquelles je ne comprenais rien. Et qui me déprimaient quand j’y comprenais quelque-chose : quand je n’étais pas de moins en moins vu, c’est parce que mon audience passait de zéro à un. 
Grand enseignement sur le changement, en fait ! Quand on n’est pas préparé, il fait peur. Tellement, que l’on perd ses moyens : on ne voit pas l’information que l’on a sous les yeux. Probablement parce que nous ne sommes que réflexes. Notre intellect fonctionne à l’économie. Mais il suffit d’une présence amicale pour que cesse le cauchemar. Alors, il est étonnant à quelle vitesse on s’habitue à ce qui est neuf. 

La maison des citoyens

Je me suis inscrit à la maison des citoyens. C’est une idée d’Alexandre Jardin. Pourquoi ? Pour voir de quoi il s’agit. J’en ai entendu parler à France Info. Il y était question de citoyens qui ne sont plus entendus. Et que le changement doit venir d’en bas, pas d’en haut. Et que ce qui compte, ce sont ceux qui font, et pas ceux qui disent. Pour le reste, je ne vois pas ce qui va se passer.
Cela fait bien longtemps que l’on m’explique qu’Alexandre Jardin fait le même bruit que moi. Mais j’hésite à m’enthousiasmer. Tout ce qu’il dit semble bien, mais est-ce que cela est suffisamment pratique, germanique, pour avoir un réel effet ? Et aussi, j’ai fini par penser que les gens d’en bas n’étaient plus si bien que cela. Il n’y a pas de bons ou de mauvais. Que l’on soit en haut ou en bas, on partage le même état d’esprit. On n’a, simplement, pas les mêmes moyens pour l’exprimer. Comme le disait l’aveugle de Diderot : c’est ennuyeux d’être aveugle, parce que l’on ne peut pas voler aussi facilement que si l’on voyait bien. Et il est fini le temps où ceux d’en bas avaient acquis un savoir-faire qu’il suffisait de détecter pour transformer une entreprise grâce à lui. Maintenant, tout le monde veut une réussite immédiate, sans effort. On n’accumule plus. On prend. Et, d’abord à celui qui assez idiot pour vouloir vous aider. Même s’il est plus pauvre que vous.

Empathie et droit d'ingérence

Progressivement, j’en viens à me demander si l’empathie n’a pas été le sentiment de notre époque. C’est un corollaire d’une pensée qui ne jure que par le bien et le mal. L’empathie, c’est ce qui permet de faire le bien. Et on est justifié à le faire parce que l’on ressent la souffrance de l’autre. D’où le droit d’ingérence : faire le bien de quelqu’un, contre sa volonté. 
(Le changement repose sur la notion de « donneur d’aide ». Le donneur d’aide répond à une demande, et son rôle est d’être un catalyseur, il est une partie des conditions qui vont permettre à l’organisation qu’il aide de réussir par elle-même, ce qu’elle a envie de faire.)

La victime du pervers

Etes-vous susceptible d’être victime de pervers narcissique ? Le pervers narcissique est une personnalité vide, qui se nourrit du narcissisme (estime de soi) des autres. Sa victime est donc quelqu’un qui à la fois rayonne, et a une faille. En fait, elle rayonne parce qu’elle a une faille. « Cette vulnérabilité à la culpabilisation constitue (…) un état qui conduit la personne à devenir hyperactive, en interaction forte avec la société. » « Elles ont besoin de donner et les pervers narcissiques de prendre (…) l’une refuse toute culpabilité, l’autre a une propension naturelle à se culpabiliser. » (Marie-France Hetchegoyen, Le harcèlement moral, Pocket.)
Question : tous les donneurs d’aide, qui ont un rôle clé dans le changement, sont-ils des gens qui ont une faille ?

Donneur d'aide : anti-prédateur ?

 Mon billet sur le prédateur m’amène à une question : le donneur d’aide serait-il son opposé ?
Image du parent : un géant mu par l’amour, qui a tellement de force qu’il aide l’enfant à apprendre à utiliser les règles sociales sans que celui-ci ne s’en aperçoive ? Et il aide celui qui est tenté par la prédation à trouver des voies légales de satisfaire ses désirs ?
(Marie-France Hirigoyen en fait aussi la victime du prédateur, pervers narcissique, élan vital contre volonté de puissance ?)

Générations et révoltes

Un metteur en scène de théâtre et de cinéma, de mon âge, me disait que la génération 68 ayant monopolisé la culture, il n’avait quasiment pas pu avoir de carrière. Mais que la situation était bien pire pour la jeune génération. 
La génération qui s’est révoltée après guerre était celle des Sartre, pas celle des enfants. Et si les jeunes générations avaient été manipulées par les un peu plus anciennes au profit des petits intérêts de ces dernières ? Un enseignement à retenir pour ma génération ? Résister à la tentation du règlement de compte mesquin, et aider les jeunes à monter un monde sain, leur projet ?  

Process consultation revisited d'Edgar Schein

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Vous êtes vous déjà demandé comment aider quelqu’un ? Voilà le sujet de ce livre. La solution : « Process consultation ». 
Mais pourquoi donc « Process » ? 
Par ce que l’on se trompe. On croit que l’échec et le succès sont dus à nos qualités personnelles, alors que ce sont des questions de technique. Si ça ne marche pas pour vous (ou pour votre entreprise) c’est une question de « comment », de processus. Vous ne savez pas vous y prendre ! Ce n’est pas la faute des autres, pas plus que ce n’est dû à vos capacités limitées. Et surtout, ce « comment », vous l’avez en vous. Mais vous ne le savez pas.

Comment le trouver ?  Il vous faut un donneur d’aide. Le donneur d’aide n’est pas un plombier. Les processus ne sont pas des tuyaux. Son rôle est de participer, avec vous, à une enquête, à la découverte de vos qualités et de vos envies. Process consultation est un apprentissage. Votre objectif c’est de réussir, d’être heureux. Le donneur d’aide rend possible, par sa présence, une discussion avec vous même. La relation d’aide est un travail entre égaux. Le donneur d’aide ressemble à l’équipe d’un chirurgien, qui lui donne les outils dont il a besoin au fur et à mesure que l’opération avance.

Le bon donneur d’aide ? Quelqu’un dont vous avez constaté que son aide vous était utile ! Les techniques qu’il emploie ? Le feedback, il vous dit comment il vous voit, et le dialogue, il s’agit de « suspendre » ses réactions instinctives pour décoder ce qui les provoque. C’est l’exercice qui permet à plusieurs personnes de se comprendre, réellement. Principe commun : on ne travaille pas sur soi, mais sur des processus. 

Quels sont ces processus ? Ils peuvent être liés à l’individu : l’homme interprète les événements selon des modèles câblés dans son cerveau, puis en déduit une action ; si l’action échoue, c’est que le modèle est incorrect ; il faut alors l’analyser et le faire évoluer. Ils peuvent aussi être liés à la vie en groupe : les groupes ont des processus de résolution de problèmes et de décision, de construction et d’entretien. 
Comment démarrer ? Mettre en place un processus d’aide ! Le donneur d’aide doit se faire accepter comme donneur d’aide. Il doit prouver qu’on peut lui confier ce que l’on ne dit à personne, même pas à soi. Il doit savoir poser des questions. Il doit comprendre les mécaniques de relations inter personnelles. En particulier, il ne doit jamais vous faire perdre la face.

SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

La méthodo qui débloque

Discussion avec une coach. Nous découvrons que notre spécialité commune est la « méthodo qui débloque« . Cela vient de la façon dont fonctionne la décision humaine. On ne peut pas prendre de décision si l’on ne voit pas comment la mettre en oeuvre ! 
De ce fait, le mécanisme de déblocage de la décision est étrange. En quelque sorte, il faut que la solution précède la question à résoudre. Pour que le dit processus démarre, le client doit évoquer un problème. N’importe lequel. Je lui parle d’une méthode qui a marché dans une situation ressemblante. Il me dit qu’il l’a déjà utilisée, que ça ne fonctionne pas. Il m’explique. Le problème se précise… ou se transforme radicalement. (En fait ce n’est pas une question de système d’information, mais de refus d’une réorganisation qui a fait perdre leur indépendance à ses filiales…) Je propose une nouvelle technique. Encore pas bon. Mais, à la troisième proposition, « c’est évident » : il voulait faire ce que je viens de suggérer. Et, effectivement, quand il passe à l’action, ça fonctionne comme sur des roulettes. Même si le changement est de grande ampleur. Il a trouvé une sorte de levier invisible de l’organisation.
A quoi ressemble la « méthodo qui débloque », au moins chez moi ? Son nom est un barbarisme : target costing, balanced scorecards, stretch goal, special event, suspension… Suit une description de quelques mots. C’est ce que j’appelle « méthodologie ambulatoire » : cela permet de penser sur ses jambes. 
Par exemple ? Vous voulez annoncer une décision délicate ? Commencez par envisager les « questions qui tuent » que l’on pourrait vous poser. Ou, plutôt, demandez à vos collègues de le faire. Maintenant, qu’allez vous répondre à ces questions ? Ce qui ne tue pas renforce…

(Pour comprendre la rationalité du processus, il faut se mettre du côté de celui que je nomme le « client ». Des amis m’ont aidé à réfléchir à mon cas. A chaque fois qu’arrivait une suggestion, je me rendais compte que j’avais fait quelque-chose de ressemblant. Mais pas suffisamment. En même temps, je voyais aussi pourquoi cela n’avait pas marché. Finalement, résultat : 1) c’était la solution ; 2) je savais faire.  )