Titanic

La politique est un tel chaos que je ne la suis pas. J’ai pourtant appris, hier, que notre premier ministre avait démissionné.

Bruno Lemaire en aurait été la raison. Ce qui m’a amené à une curieuse idée.

Et si ce qui était en cause était une ligne que suit avec acharnement M.Macron. Il veut faire de nous une start up nation, à l’image de l’Amérique ?

Le déficit viendrait-il de là ? Il y a eu le « quoi qu’il en coûte », qui a injecté beaucoup d’argent dans l’économie et plombé bien des PME. Il y aurait aussi un financement du programme d’intelligence artificielle de 109md. Confronté à l’hostilité de la population, M.Macron a augmenté les retraites, et le déficit. Mais cette mesure électoraliste ne lui a pas fait gagner les élections européennes. Devant maintenant régler la question du dit déficit, il a cherché à retrouver une majorité, de façon à pouvoir prendre des décisions impopulaires qui épargnent son programme. D’où dissolution. Il jouait sur la peur du chaos. Raté. Et aujourdhui ?Bruno Lemaire était, me dit-on, son choix…

Théorie du complot ?

Mais M. Lemaire est parti et le premier ministre fait une mission de management par intérim. M.Macron laisse planer la possibilité d’une nouvelle dissolution en espérant que la menace, cette fois, fera un miracle ?

We’re frankly loath to write anything about the French government, lest it change before you even have a chance to read it. 

() “France is too big to fail,” said one diplomat from an EU country. “So this endless political instability puts the entire eurozone at risk.” 

Politico.eu, ce matin

(Remarque : l’autre jour, je lisais que notre premier ministre annonçait renoncer à l’usage de l’article 49 3 de la constitution. Il présentait cette décision comme un geste de bonne volonté à l’endroit de l’opposition.

Contre mauvaise fortune bon coeur ? me suis-je demandé. Car invoquer l’article en question est la garantie de se faire renverser. Il est inutilisable. Il ne servait qu’à rappeler à l’ordre une majorité absolue ?)

La Constitution

Ce livre est un tour de force ! Il explique la constitution article par article, avec précision, pertinence et humour.

Pour autant, j’ai mis du temps à le lire. Et, sans quatre heures de train, je n’en serais pas venu à bout. D’ailleurs, il mériterait que je le relise.

Que retiens-je ? Rapport d’étonnement. Je croyais que la constitution ressemblait à celle de 1789 : de grands principes. L’esprit des lois. Or, c’est un texte de besogneux qui s’épuise à décrire le fonctionnement des institutions. Et tout cela, en se gardant bien de consulter le peuple.

En particulier, lorsque l’on découvre la quantité d’articles consacrés à l’outre mer (dont le nom n’arrête pas de changer), on ne peut que se demander si, comme la CGT de la SNCF, il ne profite pas de la mauvaise conscience de nos gouvernants, marxistes, anticolonialistes et paresseux, pour extirper à la nation des privilèges indus. (Mauvais esprit ?)

Il en ressort que le Conseil constitutionnel, qui veille à son respect, paraît faire, avec beaucoup de discrétion, du bon travail. (Mais le livre est écrit par un de ses membres. Faut-il être méfiant ?) Miracle précaire par nature ?

Trump et l’Amérique

J’ai lu que la constitution américaine avait été conçue pour le cas Trump et ses « executive orders ». L’obsession des pères fondateurs de cette constitution était la dictature. Elle est bâtie en réaction aux monarchies européennes. Et elle est inspirée des travaux de Montesquieu.

Ce qui est surprenant est, me semble-t-il, que l’on ne l’entend pas dire.

Va-t-elle résister ? Si c’est une véritable constitution, inscrite dans l’inconscient collectif, elle devrait le faire par sa nature même. Cette nature est constituée des institutions, les juges et les Etats, en particulier, mais surtout de l’action collective mue, donc, par l’inconscient individuel.

Intéressante expérience ?

Ethique de la responsabilité

L’on pourrait encore imaginer d’importer le génial mécanisme allemand de la motion de censure constructive, qui oblige ses signataires à donner le nom de celui qui deviendrait automatiquement premier ministre en cas d’adoption. Ici comme là, cela protégerait des majorités contre-nature (droite et communiste) dont faillir être victimes Michel Rocard, Edith Cresson et Pierre Bérégovoy. De plus cela permettrait à la majorité en place de remplacer elle-même un premier ministre devenu par trop impopulaire. Elle ne ferait pas aisément, mais le simple fait qu’elle le puisse pourrait conduire le président de la République à la traiter moins mal…

La constitution introduite et commentée par Guy Carcassonne et Marc Guillaume.

Une solution à notre instabilité parlementaire : que nos députés nous proposent le nom d’un premier ministre ? La critique est facile…

Constitution

« La loi n’exprime la volonté générale que dans la limite de la constitution » (La constitution, de MM.Carcassonne et Guillaume.)

Jadis, le député était supposé être la voix du peuple, maintenant on vérifie que cette voix est conforme à la constitution.

Il me semble qu’il y a là un principe sain et général. Tout groupe humain tient ensemble par une « constitution » plus ou moins explicite. Ne pas la défendre est le mettre en danger. Bien sûr, de temps à autres, elle doit être adaptée. Ou, peut-être surtout relue, pour en retrouver le sens.

Budget

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de budget ?

D’après ce que l’on entend, l’anticipation de difficultés à faire adopter le budget de l’Etat est la raison pour laquelle notre stratège suprême a décidé de nous dissoudre. Si l’on croit à la théorie de la « burning platform » selon laquelle le changement ne se fait qu’en situation désespérée, ce fut un coup de génie.

Que signifie que le budget ne soit pas adopté ? Les impôts ne sont plus prélevés, les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés. L’Etat ne fonctionne plus. Anarchie et loi de la jungle ? Le monde de Mad Max ?

Apparemment, la situation n’avait pas été prévue par la constitution. Diverses mesures d’urgence sont possibles. En dernier recours, le président peut saisir les pleins pouvoirs. Ce qui ne devrait pas être pour lui déplaire.

En tous cas, cela ne permettra probablement pas de grandes subtilités et l’adoption de mesures à long terme susceptibles de redresser une situation que l’on dit désespérée.

Après tout, le Liban continue bien à vivre…

(Opinion de constitutionnalistes.)

Comment être président

J’en suis arrivé à penser que notre constitution pourrait nous convenir. Charles de Gaulle avait peut-être vu juste. Et Emmanuel Macron pourrait être sa réincarnation. Décidément, je suis à contre-courant de la doxa ?

L’idée du général était que le président représentait l’intérêt général. Or, si l’on regarde l’offre politique actuelle, il est clair que, quoi que l’on en dise, M.Macron est de très loin le plus près de cette définition. D’ailleurs, il a vidé la gauche et la droite de leur centre.

Et, il me semble que c’est ce que cherche l’électeur. Sans, pour autant, vouloir donner au président un pouvoir de dictateur. (Il désire une monarchie parlementaire ?)

Cela pose cependant un problème pour la prochaine élection. Car ceux qui correspondent à cette description sont sans parti. Et ils risquent d’être plusieurs. Il y a donc de bonnes chances pour que les finalistes possèdent un parti. Et que nous soyons gouvernés par un sectaire ?

Principes constitutionnels

Une constitution doit être adaptée à la culture d’un pays. De mes lectures, je déduis, à tort ou à raison, que de Gaulle estimait que le régime propre à la France était la royauté. Le roi ayant une alliance avec le peuple pour maîtriser les « intérêts spéciaux ».

Comme souvent, observation juste, conclusion fausse ?

Car, effectivement, notre classe politique donne le spectacle de la lutte entre les ambitions personnelles. C’est ce qui torpille tout espoir de démocratie parlementaire. Il ne faut pas espérer que cela change. Contrairement aux théories des Lumières, le pouvoir attire, chez nous, ce qui ne devrait pas s’y trouver.

Seulement, de Gaulle n’avait pas prévu que son système donnait le pouvoir absolu à l’un de ses ambitieux, à l’intérêt particulier, sur l’intérêt général !

L’électeur a cherché à corriger ce biais, en créant des contre-pouvoirs. Le gouvernement tient, tant que l’opposition, majoritaire, ne s’unit pas. Il est donc possible que lorsqu’elle s’unit, pour faire tomber le gouvernement, c’est qu’elle défend l’intérêt général.

Un petit effort et nous aurons un système qui utilise l’énergie de l’intérêt individuel pour faire l’intérêt général ?

(Suite du billet précédent.)

Sur de Gaulle :

Faible constitution

Un précédent billet disait que la BBC en voulait à notre constitution. Elle permet la dictature. En particulier d’un parti extrémiste. Certes, mais quoi d’autre ? Le régime parlementaire, manifestement, ne donne pas de bons résultats en culture latine. Pour qu’il marche, il faut l’amour de la « race » nordique, ou le bipartisme anglo-saxon ?

Quant au peuple français, il semble faire preuve « d’intelligence collective », et s’évertuer à torpiller l’esprit de la constitution monarchique du grand Charles. On l’a oublié mais, dès l’avènement de la 5ème République, le Sénat, où siégeait Mitterrand, s’était installé en contre-pouvoir. Ensuite, il y a eu la cohabitation. Puis, aujourd’hui, un gouvernement minoritaire à la fois à la Chambre et au Sénat. 49.3, certes, mais sans cesse au bord du gouffre. Le Français semble vouloir rappeler au gouvernement qu’il n’est pas une élite, mais un élu. Le Français fait la nique à l’autorité ? Dès la maternelle, je l’ai remarqué.

Et si cette « cinquième équilibrée » était le bon choix ? Et si le Français, le coeur à gauche, le portefeuille à droite, voulait un syndic de copropriété ? Un gouvernement qui s’occupe de la gestion du patrimoine commun, en lui présentant ses analyses de la situation et ses propositions de solution, et en lui demandant ce qu’il en pense ? Et, pour le reste, qu’il lui donne l’illusion de penser, des grands débats d’opinion, de nouvelles affaires Dreyfus, sans pour autant que ça n’ait aucune incidence sur la marche des affaires de la société ? Comme cette étudiante sicilienne, qui était venue dans mon cours de conduite du changement, convaincue que c’était l’endroit où l’on refaisait le monde, sans rien faire ?

Etonnante Amérique

Mais comment font-ils ? me suis-je demandé. Christine Ockrent parlait Cybersécurité et Etats voyous (Russie, Chine, Corée du nord, Iran). Et, une fois de plus, ses invités constataient que les USA ont des champions du sujet, et que nous, nous sommes « à la ramasse ».

Les USA sont un curieux pays. Par bien des côtés, c’est un chaos. Et rien n’y est très remarquable. Son élite ou même ses universités n’ont rien de très impressionnant. Son inculture est affligeante. Et pourtant, quoi qu’il arrive, elle semble renaître et dominer le monde.

Le plus surprenant est que c’est un pays neuf. Or, les créations de l’homme sont fragiles. En est témoin l’effondrement des institutions de la 3ème République, qui étaient la gloire de la France. Mais, dans son cas, il semble étonnamment résilient.

Et si la raison, l’expérience du passé… avaient peu de place dans le succès d’une nation ? Et s’il tenait à l’enthousiasme de sa population, à son « élan vital » ? Et si les pères fondateurs des USA avaient créé les conditions favorables à un tel « élan vital » sans cesse renouvelé ? Forever young ?

(En écrivant ceci, je me rappelle d’une étude que j’ai faite sur les raisons de la prospérité du « distributeur de presse », à la surprise général, j’avais trouvé que c’était « l’optimisme », la capacité à exploiter les aléas. Ce n’était pas un boulot pour intello. La science, la technique de management, ne devenait utile que lorsque le commerce était très gros. Même sous ce second angle, les Américains sont bien meilleurs que nous : les méthodes de management ou autre s’y trouvent en « open source ».)