Espionnage

Espionnage au moyen-âge, sujet de Concordance des temps de France Culture, il y a quelques-jours. Il se trouvait qu’une émission de la BBC concernant un espion russe passé à l’Ouest m’avait fait m’intéresser au sujet, juste à ce moment.

L’espionnage est quelque-chose de totalement contre-intuitif. En fait, le système de renseignement est un danger en lui-même pour sa propre nation. En effet, l’espion est soumis à la tentation, à peu près irrésistible, de trahir. Or, étant à l’intérieur du système de renseignement, il sait beaucoup plus que le simple citoyen.

Et il trahit pour des raisons, elles-aussi, contre-intuitives. En effet, on trahit, en général, parce que l’on pense que sa nation trahit ses propres valeurs ! Le meilleur représentant de votre nation est probablement le moins bon espion !

Mieux : il faut plus vous méfier de vos amis que de vos ennemis. En effet, vous êtes plus facile à espionner par les premiers que par les seconds, et ceux-ci protégeront ensuite beaucoup moins vos secrets que les leurs.

En bref ? Un réseau d’espionnage est probablement un réseau de confiance, qui se construit et se reconstruit sans cesse. Tous ceux qui lui appartiennent, à commencer par le roi de l’ancien temps, sont des espions.

(Il se trouve que j’ai eu à me renseigner, tout au long de ma carrière, sur la concurrence d’entreprises avec lesquelles je travaillais. J’ai constaté qu’il n’y avait pas besoin d’espionner pour apprendre beaucoup sur elles. Il suffit de s’intéresser à « l’autre »…)

Jupiter

De mon temps, le système solaire était barbant. Des sphères qui tournent autour d’un astre, selon les lois de Newton. Circulez, il n’y a rien à voir. Le génie humain a désenchanté le monde.

Tout faux. Le système solaire, c’est une complexité inimaginable. Alors que toutes les planètes semblent parties de mêmes constituants, elles sont d’une diversité invraisemblable.

Jupiter, par exemple, est une sorte de boule de gaz, au moins en surface, qui a changé de position radicalement au sein du système solaire, et pourrait avoir joué un rôle essentiel dans sa constitution : son influence aurait pu contribuer, par exemple, à envoyer l’eau, de la périphérie, vers la Terre, qui, initialement, n’en avait pas !

Les lunes de Jupiter, elles-mêmes, sont toutes de natures extraordinairement différentes.

Réenchantons l’école ? Racontons-lui la complexité du monde ?

(Inspiré par une émission de In our time, de la BBC, en particulier, et toutes les autres, en général.)

Enzymes

Les enzymes sont des catalyseurs extraordinaires. Ils permettent de réaliser en une seconde une réaction qui aurait demandé, sans eux, la durée de vie de l’univers !

Le monde n’est qu’effet accélérateur, qui transforme le « micro », en macro. Le battement d’aile du papillon en cyclone, ou le garnement en milliardaire.

Ces effets sont partout, sauf dans notre enseignement.

(Inspiré par In our time de la BBC.)

Nation française ?

La raison principale de cet état du système est l’absence en France, depuis l’instauration de la République, d’une véritable culture parlementaire de la classe politique, c’est-à-dire fondée sur l’acceptation et l’art du compromis entre des partis dont les cultures et les projets sont différents. (…) Notre culture politique est ainsi une culture de l’affrontement, ponctuée par l’appel au sauveur dans les moments de crise grave du pays. (Article.)

La particularité de la France est qu’il ne semble pas qu’il y ait « d’affectio societatis » entre ses citoyens.

Cela me semble patent en ce qui concerne quelqu’un d’apparemment estimable comme Clémenceau : il a fait sauter une quantité de gouvernements qui semblaient partager ses idées. Ce qui me fait croire que le noeud du problème est peut-être moins l’égoïsme français que la volonté d’imposer des principes que l’on croit absolus.

Je me demande aussi si la France n’est pas une nation artificielle. Depuis plus de mille ans, elle s’est constituée par en haut. Et ce haut a construit une sorte de structure hiérarchique artificielle dans laquelle nous occupons tous une petite case.

L’homme et le changement

Ce blog parle de changement. Mais, qu’a-t-il appris sur le changement ?

Une première observation est qu’il n’est pas ce que l’on croit qu’il est. A tel point que, seconde observation, lorsque l’on dit comprendre mes propos sur le sujet, cela vient de ce que je me suis mal exprimé.

Ce que je constate, en particulier, est que ceux qui parlent de changement ne veulent pas changer. Le changement, c’est pour les autres. La théorie de Darwin, notamment, sert à justifier le statu quo (j’ai été choisi par la nature pour vous diriger).

Peu de gens comprennent que le changement ne se décide pas (« le changement, c’est maintenant ! »). Or, le changement est un travail hautement complexe. Cela tient à ce que le monde est, en quelque-sorte, « structuré » (cf. le code de la route, ou les lois de la physique), et que ses « structures » empêchent de faire ce que l’on veut. En revanche, rien n’est impossible, simplement, il faut trouver la bonne voie. Comme tous les arts humains, c’est une question de technique et d’intuition.

Le plus surprenant, peut-être, est que l’humanité a consacré un effort considérable à étudier le changement, ses raisons, et ses techniques, mais qu’il ne viendrait à personne l’idée d’étudier ces travaux, et d’en faire des outils. Surtout pas, d’ailleurs, aux spécialistes du sujet. On pourrait dire du changement ce que Binet disait de l’intelligence : le changement est ce qu’en dit ma théorie.

Le virus est bon pour la santé

Le virus contre le cancer : une partie de notre ADN est virale ; on vient de découvrir que cet ADN viral pouvait détruire les cellules cancéreuses. Il se trouve aussi que cet ADN est lié à des rétrovirus, d’ordinaire présentés comme l’espèce la plus redoutable. (Article de la BBC.)

Biais de confirmation. Il me semble que les virus ne sont pas mauvais en eux-mêmes. La vie est, en quelque-sorte, une lutte pour la coopération. La paix ne peut se faire qu’entre braves.

Homo erectus

Homo erectus est celui de nos ancêtres qui a le mieux réussi. Il a duré 2m d’années.

Son évolution paraît illustrer la complexité du changement. Sa station debout lui a non seulement permis de libérer la main, mais aussi de se débarrasser de son pelage, ce qui l’a rendu capable d’évacuer la chaleur de l’effort en continu, et donc de devenir un coureur de fond, ce que n’est aucun autre animal. Il pouvait épuiser sa proie. Sa grosse tête serait le résultat d’une sélection naturelle qui veut que la femelle préfère les jolis coeurs inventant des bobards. En même temps, cette tête lui a permis de construire des sociétés complexes, qui sont sa meilleure assurance sur la vie. Sociétés dans lesquelles il est parvenu à vivre, parce que son niveau de testostérone a chu.

Voilà ce que j’ai retenu de In our time de la BBC. (Il n’est pas dit que je ne sois pas passé à côté d’informations essentielles.)

J’en ai aussi retenu que tout cela n’était qu’hypothèses. Et que la science de ma jeunesse, qui affirmait, a fait son temps.

Mauvaises intentions

En écrivant un « rapport moral », j’ai pris conscience de la perversité des bonnes intentions.

En effet, n’est-il pas d’usage de terminer sur une note optimiste ? Certes, tout est perdu, mais nous sommes le meilleur des peuples ?

Il me semble que cela a l’effet contraire de celui qui est recherché. Outre que ça vide le texte de son sens, ça encourage le lecteur à s’endormir. Alors, qu’au contraire, il faut le pousser à se jeter dans la bataille ?

Tweet du cygne d’Elon Musk

Elon Musk après Liz Truss ? Annonce d’une réforme radicale, tremblement de terre, démission. Le monde anglo-saxon aurait-il une tradition du changement violent ?

Les mêmes causes, les mêmes effets ? Idéologie ?

Elon Musk croyait aux grandes idées sur l’individu, le marché, la concurrence… dont on a tant entendu parler après la chute de l’URSS. Elles ont servi ses autres projets, car ses investisseurs et ses clients partageaient ses convictions. Mais, cette fois, il est tombé sur un os. Un réseau social est un appareil de censure, financé par la publicité ; c’est la Bérézina de l’intelligence artificielle ; et le censeur ne peut venir que de la classe intellectuelle, de gauche par nature.

Bref l’idéologie libertaire, néolibérale, ou autre nom mieux adapté s’est heurtée à la complexité de la réalité.