Tout, tout de suite

On me parle de gens qui « veulent tout tout de suite », qui font de tout une question de vie ou de mort. Par exemple de la transition climatique. Et qui ne sont pas loin d’être malades de leurs échecs. Ce qui rend difficile la vie de leurs proches, de surcroît.

La solution à leur mal me semble être de comprendre la nature du changement. Ou, plutôt, la nature du monde. Le monde est « complexe », au sens d’Edgar Morin. Ce qui signifie que le changement ne peut se faire en un claquement de doigts (ce que semble avoir oublié Edgar Morin).

Pourquoi est-il complexe ? Parce que le monde est fait de beaucoup d’hommes qui ont leurs propres problèmes. Tous ont un rôle important dans la marche de l’humanité. Et s’ils ne décident pas d’adopter le changement, il ne se fera pas.

Pour le réussir, il faut donc commencer par les comprendre. Et c’est en travaillant avec eux que l’on peut avoir l’idée d’un projet qui va mettre en marche la société.

Pathologie de l’individualisme ? L’enfer, ce n’est pas l’autre, comme le pensent ces gens. Au contraire. Ils doivent se réconcilier avec l’humanité. Aime et fais ce que tu veux ! Une bonne nouvelle.

Les illusions de Condorcet

Condorcet a inventé la « mathématique sociale », qui a été redécouverte par les économistes d’après guerre.

Il pensait que la justice était une question d’équations. Il est passé à côté de la complexité de la vie. Mais, en dépit de cela, il s’est cassé les dents sur des problèmes extrêmement simples. En particulier en ce qui concerne la théorie du vote. Il pensait que, pour faire le bonheur des peuples, il fallait trouver un moyen pour que le candidat élu soit celui qui aurait été préféré à tous les autres en combat singulier. Seulement, il n’y a pas toujours un tel candidat ! Il existe des cas, et on le voit dans nos élections, où l’on préfère a à b et b à c, mais c à a.

Surtout, il n’avait pas observé les phénomènes consubstantiels à la politique. Les politiques ne sont pas des virtuoses du gouvernement, mais des élections. Arrivés au pouvoir, ils découvrent qu’il ne donne pas le pouvoir sur la réalité. Gros Jean comme devant. Et c’est un milieu à part, qui tend à éliminer le plus dangereux, qui est généralement le plus compétent. La complexité se niche d’ailleurs dans des recoins inattendus : le politique honnête peut être le pire des incendiaires, quand il est prêt à couler un gouvernement qui ne fait pas exactement ce qu’il pense juste. (Clémenceau a été fatal à moult gouvernements et Mendès-France a été victime d’un fanatique.) Ce qui fait que ce qui émerge généralement est le pire, et non le meilleur. Et que le peuple adopte un « vote sanction ». Comme c’est actuellement le cas. Mais quelqu’un qui s’annonçait comme un « sale type » peut aussi se transformer et faire des miracles, comme ce fut le cas de Stresemann, qui aurait peut-être pu éviter à l’Allemagne le nazisme, s’il n’était pas mort prématurément.

Heureusement, le gouvernement ne fait pas le bonheur. Comme un orchestre, un pays peut vivre sans chef. Leçon ? La démocratie n’est pas une question d’élections, mais de vertu, comme le disait Montesquieu, à qui l’on attribue l’invention de la sociologie ?

Etudions la sociologie, plutôt que les mathématiques ?

Egypte

L’Egypte va mal. Un population de 108m de personnes, qui croit de 2% par an, le tout sur un timbre poste de fertilité. Elle empile les dettes. Les puissances du Golfe, loin de l’aider, sont devenues prédatrices, et lui prennent le peu qu’elle a d’actifs de valeur. Ce qui lui reste d’économie est aux mains des militaires. (Un moyen de leur éviter d’avoir envie de renverser leur confrère au pouvoir ?)

En fait, son gagne-pain serait Israël et les conflits locaux. Depuis les années 70, elle se retrouve régulièrement dans sa situation actuelle. Et elle profite de la crise du moment pour faire effacer son ardoise…

Des étrangetés de la complexité du monde !

(Ce que j’ai retenu d’une émission d’Affaires étrangères, de France Culture.)

Raison et changement

Il y a des moments où l’on croit trouver la Lumière. C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai écrit mon premier livre, il y a plus de deux décennies. A cette occasion j’ai fait une recherche biographique, de façon à le rattacher à des travaux antérieurs, et à expliquer ce que j’avais observé. J’ai eu la révélation de la systémique. Un phénomène surprenant : j’ai découvert des textes qui utilisaient les mêmes mots que les miens, alors que nous ne nous connaissions pas ! Je n’ai toujours pas compris comment cela est possible. Mais j’ai cru pouvoir marcher sur l’eau. Ce qui n’arrive pas souvent dans une vie.

J’ai, du coup, beaucoup lu, j’en suis revenu à l’après guerre, et même à l’avant guerre, qui a vu émerger le phénomène. Et il a fait naître des espoirs immenses ! Une science des sociétés, disait von Bertalanffy, était notre seule chance d’éviter un désastre final ! C’est à ce moment que j’ai découvert, par exemple, les limites à la croissance, ultime triomphe de la systémique.

Et j’ai cru au complot. L’intérêt myope d’une société devenue individualiste avait enterré la connaissance qui allait la sauver !

Mais, petit à petit, j’ai déchanté. J’ai pris conscience que cela ne « marchait pas ». Ce n’était que modélisations mathématiques qui ne décrivaient la situation qu’a posteriori. C’est à ce moment que j’ai découvert les sciences humaines, qui correspondent bien mieux à mon expérience, en particulier l’anthropologie anglo-saxonne, et la philosophie, qui est un effort maladroit de maîtriser la raison. J’ai aussi pris conscience de ce que la science n’était pas une parole d’autorité, comme on me l’avait fait croire, mais qu’elle était hautement faillible, et, souvent, sous influence. Et que tout le monde s’en moquait. La systémique a laissé la place à la complexité, mais pas à celle d’Edgar Morin, car la sienne est beaucoup trop mathématique à mon goût. Beaucoup trop « pensée simplifiante » dirait-il. Seulement au sentiment que le monde est « complexe », justement, et qu’on ne peut que le considérer avec stupeur et tremblements. Les Anglo-saxons disent « awe », Victor Hugo, « horreur ».

En fait la raison est incompatible avec le changement. La raison croit pouvoir « prévoir l’avenir », alors que le changement est révélation. Il crée les « lois de la nature », auxquelles il n’obéit pas. Pour bien aborder le changement, il faut adopter l’esprit de l’anthropologue !

Distraction

Lors d’un oral, un examinateur m’a dit n’avoir jamais rencontré quelqu’un d’aussi distrait que moi. Aujourd’hui, je trouve cette remarque flatteuse : il y a tellement rare d’être trouvé unique !

Sur le tard, je prends conscience que cette distraction se comporte bizarrement. Ce qui la caractérise est mon incapacité à écrire une phrase correctement. Entre son début et sa fin, mon esprit a changé de cours. Si bien, par exemple, que le masculin devient féminin, et inversement. Et que dire des accords, qui se font au hasard de la dernière idée qui m’est venue.

Ce qui fait aussi que je suis un mauvais joueur : je perds sans arrêt le fil de la partie. Et que j’ai toujours eu du mal à suivre un cours. Mon esprit divague.

Il serait intéressant de trouver les origines du mal.

En tous cas, il a des conséquences imprévues. Connaissant mon manque de fiabilité, je n’arrête pas de relire mes textes. Ce qui me rend, paradoxalement, souvent remarquablement plus fiable que la moyenne. C’était particulièrement patent à l’époque où j’écrivais du logiciel. Dans ma jeunesse, j’avais aussi un art de retomber sur mes pattes qui surprenait mes professeurs. Me voyant distrait, ils me demandaient souvent ce qu’ils venaient de dire. Et, miracle, je parvenais à retrouver quelques éléments de discussion, et à les restituer dans un tout original, dans lequel s’entendait l’esprit à défaut de la forme.

J’anime beaucoup de réunions. Il s’agit toujours de résoudre un problème compliqué, sans avoir plus de deux heures pour cela. Curieusement, c’est au moment où je me dis que je suis échec et mat, que je n’y comprends rien et que l’on n’y arrivera pas, que surgit une solution. La créativité demande-t-elle d’être distrait ?

Théorie de la complexité ?

Au delà du bien et du mal

On nous dit souvent que nous ne devrions jamais rencontrer nos héros ; leur humanité brouillonne et imparfaite ne peut être qu’une amère déception. Ce serait la même chose si nous rencontrions ceux que nous appelons méchants : eux aussi sont d’une complexité frustrante, ont de multiples facettes, sont un mélange de bien et de mal que nous ne reconnaissons que trop bien en nous-mêmes. (Financial Times)

Enfin ? Le changement qu’attendait ce blog est en passe de se faire ? Chant du cygne de l’âge de la morale asphyxiante, âge extraordinairement « chiant » ? Notre « élite » découvre la complexité ?

Etonnante eau

H2O est une molécule étonnante !

Une de ses particularités, c’est que l’eau liquide est une sorte de solide : l’atome d’oxygène étant relié à 4 atomes d’hydrogène, fermement s’il s’agit des propres atomes de la molécule, et moins solidement, pour les atomes d’hydrogène appartenant aux molécules adjacentes. Du coup sa température de fusion (gaz) est très élevée par rapport à des molécules qui semblent similaires.

En outre, cette propriété fait qu’il y a une forte tension de surface, qui permet à certains insectes des se promener, quasiment, à pied sec sur l’eau. Cela fait aussi que l’eau tend à se replier en petites sphères.

Et la glace est un des rares exemples de phase solide qui flotte sur une phase liquide.

Et il y a beaucoup d’autres propriétés, comme le transport de calories, que nous utilisons dans notre chauffage, qui sont surprenantes, pour l’esprit qui n’est pas blasé de tout.

J’écoutais dire cela à In our time, de la BBC, et je me disais, une fois de plus que l’enseignement de la complexité est merveilleux.

Du mensonge

On peut mentir en disant la vérité. En ne disant pas toute la vérité. C’est ce que font nos journaux.

Comme dans la fable des aveugles et de l’éléphant, la vérité est « complexe ». Elle a plusieurs dimensions. Si on ne les connaît pas toutes, on ne peut rien décider.

Exemple ? Il y a autour de moi des gens qui m’horripilent, mais, qu’aurais-je fait sans eux ?

Mozart était un avorton, Beethoven laid, Le Carravage un voyou…

Une erreur habituelle est de ne parler que de ce qui ne va pas. Ce faisant on passe à côté de la seule chose d’utile : les leviers du changement, la réelle richesse de l’individu ou de la société.

Pourquoi les gouvernements s’égarent-ils ?

Depuis 5 ans, je fais une enquête. Je cherche à comprendre ce qui pourrait transformer nos PME.

J’ai découvert des phénomènes bizarres. Par exemple, le dirigeant français fait des erreurs déconcertantes. Il donne l’impression de manquer de la plus élémentaire des instructions. Dans ces conditions il lui faudrait rien moins que des années de formation pour s’améliorer, lit-on. (Y croit-on ?) En fait, en 5 minutes de discussion avec des pairs, il a vu son erreur. Et, alors, c’est une fusée !

Tout est comme cela. La petitesse la plus frustrante, l’arrogance la plus déplacée… fréquentent avec la générosité la plus inattendue. Autre exemple.

Voilà pourquoi nos économistes et nos gouvernements se trompent ? Parce que l’on n’est capable que de voir une partie de la nature humaine, les observations justes conduisent à des conclusions fausses ?

Pluie

La météo annonce de la pluie, et il ne pleut pas. (Et je ne parle pas des « alertes » de mon assureur qui m’annoncent régulièrement des calamités !)

La règle que j’ai déduite de ma courte expérience semble plus efficace que l’ordinateur de la météo : il ne pleut pas en été. Si bien que, depuis qu’il est devenu d’usage de ne pas arroser son gazon, je n’utilise au plus que 3 fois ma tondeuse dans l’année. (La tonte coûte cher !)

Et s’il était impossible de prévoir certains types d’événements météo ? Après tout, on parle « d’anthropocène » : et si l’homme avait un impact immédiat sur le climat ? A une époque, on lisait que le fait que les Israélien aient cultivé le désert avait attiré la pluie. Il a aussi été question d’ensemencer les nuages.

Et si prévoir la pluie avait un effet sur nos comportements, qui fait qu’il ne pleut pas ? Et s’il fallait arroser son gazon, pour attirer la pluie, et économiser l’eau ?…

(Ce billet a été efficace : depuis que je l’ai écrit, la température a baissé, et on a même un peu de pluie ! Ce qui n’était pas prévu par la météo.)