Complexité et baffe ?

L’article précédent pose la question de la dérive vers la complexité. Un phénomène qui échappe à la sélection naturelle. Mais n’observe-t-on pas quelque-chose de ce type dans notre vie ?

Par exemple, les gouvernements qui avaient vécu la guerre étaient convaincus que ses horreurs, dont le totalitarisme, résultaient de la crise suscitée par la déréglementation des marchés, et par l’abandon de l’Europe par les USA, qui étaient revenus sur les engagements du président Wilson. Ils avaient mis en place des contre-poisons : Bretton Woods, plan Marshall et sécurité sociale, entre autres. Mais, au premier problème, au lieu de faire évoluer le système, en conservant son esprit, on l’a démantelé.

Il semble qu’il y ait en permanence des vents mauvais qui soufflent sur nos sociétés, et qui encouragent nos bas instincts, en particulier ceux de nos hommes politiques : keynésianisme (dépensez n’importe comment, c’est bon pour l’économie !), « laisser faire » libéral (le politique comme agent de la « destruction créatrice »), « fin du travail » (la doctrine qui nous a valu les 35h), etc.

Surtout, on n’apprend rien à l’école. Les nouvelles générations semblent arriver au pouvoir avec un esprit vierge. (Mais peut-on apprendre autrement que par l’expérience ?)

Complexité ? En tous cas, on voit peut-être ce que signifie « la sélection naturelle » : dans notre cas, c’est la crise. C’est un rappel à l’ordre. Elle n’est pas active, comme chez Darwin, mais passive. La nature ressemble à l’enfant désobéissant qui joue à défier son père ? La sélection par la baffe ?

Leonard et le mafieux

Histoire du vol d’un tableau de Léonard de Vinci à un duc, qui possède 1000km2 de territoire britannique. (The missing madonna, BBC.)

Pourquoi voler un tel tableau ? Apparemment, une logique de prise d’otage. Plus curieusement, ce serait une pratique de mafieux. Quand ils se font pincer ils négocieraient une remise de peine en échange de tableaux.

L’inventivité humaine est sans borne ?

Pivotons

Il y a une dizaine d’années, j’ai découvert « pivoter ». Il vient probablement de l’anglais de la start-up. Elle doit, sans arrêt, changer de cap. Si vous n’avez pas cette capacité à « pivoter », oubliez vos rêves d’entrepreneuriat.

En cherchant à extraire une épine d’un doigt, je constate que « pivoter » est le propre de la vie. Ce qui signifie la même chose que la devise de ce blog : « j’ai toujours tort ». Ma première impulsion est presque toujours mauvaise. Son seul intérêt est d’être une impulsion, une envie. Ce qu’il faut, c’est « tenir la distance ». Essai et erreur. Jusqu’à trouver une solution. Curieusement, elle est évidente « a posteriori ».

D’où une idée fausse : croire que l’on aurait dû immédiatement trouver la solution finale. Eh bien non. Ce que l’on a fait, c’est explorer la complexité du monde. Elle était inconcevable, initialement.

Et, pour cela, cela demande un « certain état d’esprit », à la fois optimisme et in quiétude. Pivot ?

Eponge

Si l’on fait passer une éponge dans une grille, ses cellules se séparent. Mais elles se reconstituent ensuite, en la même éponge ! Et ce même si l’on mélange deux éponges.

Question : est-ce toujours la même éponge ? Et si l’on faisait de même pour un homme ? Par exemple, si on le reconstituait sur Mars, serait-il toujours lui-même ?

J’ai découvert une curieuse émission, sur la BBC (Nature bang). En partant d’observations de la nature, qu’elle étend à l’homme, elle en vient à mettre en cause nos certitudes. Dommage que ces questions ne soient pas évoquées à l’école, cela couperait l’herbe sous le pied des fondamentalismes de tous bords, me suis-je dit. (A tort ?)

Réponse ? Apparemment, ce qui nous fait est notre environnement. L’homme de Mars n’est pas identique à l’homme de terre.

Pour ma part, il me semble que « je » n’a pas vraiment de sens. C’est une convention utile. On ne sait pas très bien ce qu’est un être, et, dans la mesure où on en a une vague idée, « cela » semble en permanence se reconstituer. C’est ainsi qu’il garde une trace de ce qu’il était auparavant et a l’impression d’une permanence.

La force des démocraties

Max Weber prévoyait un avenir « désenchanté » car rationnel. L’humanité, grâce à la science, a trouvé la seule voie possible.

Je me demande, au contraire, si le seul Etat durable n’est pas une sorte de chaos créatif. Cela tient à une considération quelque-peu rationnelle, tout de même : si, contrairement à l’hypothèse implicite de Max Weber, l’on part du principe que l’avenir est incertain, la « bonne stratégie » est la résilience apportée par la capacité d’adaptation.

Cela semble être la force des démocraties, lorsqu’elles sont en bonne forme. Elles font énormément d’erreurs, mais elles créent tellement de richesses que tout leur est pardonné, parce qu’elles ont ce que l’on appelle en franco-américain la capacité à « pivoter » ?

Mais pour cela, elles doivent être, contrairement à M.Poutine et à notre « élite » de bonnets de nuit moralisateurs, « anti chiantes » ?

Se diriger dans l’incertain

Macronite

J’ai toujours tort. Je n’en ai jamais autant conscience que lorsque j’anime un travail de groupe. (Ce qui m’arrive plusieurs fois par semaine.)

L’intelligence collective a quelque-chose de curieux : elle projette l’esprit de l’individu dans « l’inconcevable », dans une sorte d’espace sidéral. Travailler avec un groupe, c’est comprendre ce que veut dire « complexité ». Autrement dit les limites terrifiantes de l’esprit individuel.

Pascal disait que le « malheur des hommes vient de ne pas savoir rester en repos dans une chambre », il me semble surtout qu’il vient de ce qu’ils ne savent pas travailler en équipe. S’ils y parvenaient cela leur apprendrait que les idées qu’ils formulent dans la solitude de leur cerveau sont des illusions minables, et que le monde est infiniment plus merveilleux que celui de Socrate ou de Platon.

Complexité climatique

Strict EU sustainable finance rules deter emerging market investment, banks say
Development finance chief says Middle Eastern and Chinese groups are filling the gap

Financial times du 17 juillet

Il y a quelque temps un climato enthousiaste me présentait des exemples de projets vertueux. Je lui ai fait remarquer qu’ils n’avaient aucun impact, sinon de donner bonne conscience à leurs inventeurs.

Je me demande s’il n’y a pas quelque-chose de cet ordre dans les politiques européennes. Avec une différence : elles ont un impact, elles affaiblissent l’Europe ?

Emergence du langage

Surprenant. Le langage apparaîtrait en deux générations.

Que ce soit l’animal ou l’homme, il a naturellement la capacité à « s’exprimer ». Il fait des gestes, émet des sons, etc. Mais c’est incohérent. Seulement, si vous exposez des jeunes à cette incohérence, ils finissent par la structurer. Il en résulte un langage ! (Et, apparemment, tous les langages ont plus ou moins les mêmes structures.)

On tire ces conclusions de l’étude d’oiseaux et de sourds-muets remis en société après une phase d’isolement due à un régime totalitaire.

Une autre émission de Nature bang, de la BBC.

Une fois de plus, j’ai pensé que le simplisme de la société de mon enfance et de l’enseignement que j’ai reçu est criminel.

Idée fixe

« Macron en est venu à croire que, par sa parole, il pouvait créer des occasions, voire des moments décisifs, et que l’intendance suivrait »

Le Monde du 28 juin

L’hypothèse que j’ai tirée de ce que j’ai lu de M.Macron (dont son livre – programme) me fait penser qu’il est muré dans un rêve. Il a passé son enfance avec sa grand-mère, avec qui il a eu une relation très étroite. Je soupçonne qu’elle lui a transmis ce qu’elle croyait être la France. Une France de petites gens qui lit Jour de France et Paris Match. Et il fut longtemps le bon élève d’un système scolaire désuet. En dépit des difficultés qu’il a eues ensuite, il en a gardé la marque. L’écart entre l’opinion qu’il paraît avoir de ses discours et leur réalité est frappant. Il me semble aussi qu’il s’est imaginé délivrant, à la France et au monde, médusés, des discours immortels et vibrants. Et qu’il n’a pu supporter la réalité.

Notre système politique a mis à sa tête une « pendule arrêtée » ? Encore une fois, c’est un sujet pour théorie de la complexité. Comment se fait-il que, contrairement aux intentions de ceux qui l’ont créé, il ne nous donne pas ce qu’il y a de meilleur ?

En tous cas, M.Macron a réussi l’exploit de faire passer M.Trump pour un homme d’état digne de ce nom, un homme d’état de tout repos.

(Trump se rapproche : M.Biden, de ce que j’ai entendu de leur dernier débat, semble dans un état de sénilité avancé. Remarque de M.Trump : je n’ai rien compris de ce qu’il a dit, et lui non plus.)

Un leader de notre temps

Le « leader » moderne a un profil particulier, ai-je noté. En quelque-sorte, il n’est que « volonté de puissance ».

Le plus surprenant est la pauvreté de sa pensée. Ses idées sont étrangement simplistes. Rien à voir avec la complexité chère à Edgar Morin. Généralement, il choisit les sujets « à la mode ». L’entreprise à impact, l’IA générative, etc. Ou encore, comme le disait The Economist il y a quelques années, il considère « qu’il y a les cabinets de conseil pour cela », ce qui revient au même. Ou il achète des sociétés. Cela, c’est inusable.

Au fond, ceci est le portrait de notre président.

Les mêmes causes, les mêmes effets ? La sélection produit la « volonté de puissance » ?