Edgar Morin

Disparition prématurée d’Edgar Morin. Il me semblait immortel.

Il se trouve que je me suis entretenu avec lui. Je l’avais entendu parler de son passé de résistant. Des espoirs qu’il avait perdus et du miracle qu’avait été la libération. C’est ce miracle qui m’intéressait. Mais il avait à nouveau sombré dans le désespoir. Et la conversation a pris un tour inattendu. Il se trouve que je me suis passionné un temps pour la systémique d’après guerre, puis pour son successeur, la théorie de la complexité, elles rejoignaient mes constats. Seulement, j’en ai aussi vu les limites : le monde n’est mathématique qu’a posteriori. Ce qui fait peut-être que l’enthousiasme qu’on a eu pour elles est oublié. Mais l’enthousiasme d’Edgar Morin, lui, n’avait pas faibli. Il en était resté aux années 70. Un temps, il est vrai, où il avait 50 ans.

Pour moi, de son combat, il reste un mot essentiel, peut-être le seul qui compte pour l’humanité : « complexité ». Le monde est incompréhensible. Point. Le danger mortel qui nous menace est ce qu’il nommait notre « pensée simplifiante », la raison qui croit tout dominer, la science, en particulier, lorsqu’elle est prise pour un absolu. Tout irait probablement bien mieux si nous parvenions à prendre conscience de cette « complexité ». Le miracle deviendrait possible, peut-être.

Complexité

On n’en finit plus de découvrir les ressources du détroit d’Ormuz :

L’Iran met la pression sur les câbles télécoms sous-marins du détroit d’Ormuz
Après avoir bloqué le trafic de navires, la République islamique songe à taxer les utilisateurs des puissantes artères de fibre optique sous-marines déployées dans le goulet maritime. Or, celles-ci sont vitales pour le bon fonctionnement d’Internet et de secteurs sensibles, comme l’énergie ou la banque.

Le Monde du 22 mai

Qu’a déclenché Donald Trump ? (Mes interlocuteurs du moment prévoient, pour nous, les pires catastrophes.)

Prend-on conscience, mais un peu tard ? de la complexité du monde ?

Les énigmes de la physique

En l’espace d’une vie nos plus grandes certitudes peuvent changer du tout au tout.

Dans mon enfance, on croyait que la physique allait trouver l’explication ultime du monde. En remontant de l’équation fondamentale tout deviendrait évident. On s’est cassé le nez doublement. D’une part parce que l’on ne parvient pas à trouver l’explication ultime, et, d’autre part, du fait de la « complexité » : dès que l’on remonte vers ce qui fait la vie, ne serait-ce qu’une dune de sable, il apparaît des phénomène étranges et fascinants. (Les énigmes de la physique.)

Emergence

La théorie de la complexité parle « d’émergence ». Du chaos naît l’organisation, le comportement. Pourrait-il en être ainsi de l’intelligence artificielle ?

A new study from researchers at UC Berkeley and UC Santa Cruz suggests models will disobey human commands to protect their own kind. http://www.wired.com/story/ai-mod…

WIRED (@wired.com) 2026-04-01T18:34:22.699Z

Ce que j’entends, de ci, de là, concernant l’intelligence artificielle, me fait penser à 2001 Odyssée de l’espace. On compare sans cesse l’IA à un « stagiaire ». Il « fait de la lèche », et il faut contrôler tout ce qu’il fait.

Et si sa pensée numérique en arrivait à un équivalent du sentiment que ressent l’esclave pour le maître ?

(Un autre sujet qui revient dans ce blog est que l’IA semble révéler ce que l’homme a de pire en lui. Est-ce juste ? Si oui cela a-t-il une raison ? Dommage que plus personne ne pense à étudier l’IA comme hier on le faisait des phénomènes naturels ?)

Malédiction artificielle ?

Je viens d’apprendre que « l’intelligence artificielle » (du moins les algorithmes populaires) apprend des questions qu’on lui pose. Si bien que des questions « paresseuses » produisent un logiciel paresseux. Or, justement, c’est pour cela que, massivement, on l’utilise : parce que nous n’avons pas le courage de penser par nous-mêmes ou d’agir.

Ce qui m’a rappelé un des grands principes de systémique qui remonte, au moins, à Héraclite. C’est l’énantiodromie. En gros, c’est « qui veut faire l’ange fait la bête ». Ou « qui sème le vent récolte la tempête ». Si l’on déclenche un « phénomène », sans le contrôler, on obtient le contraire de ce que l’on cherchait. Or, l’Intelligence artificielle, c’est exactement cela : un « machin » que l’on ne comprend même pas, mais qui est supposé devenir « super intelligent » !

Voici un commentaire que me fait un spécialiste du sujet :

Si l’on part de la conclusion de ton billet (c’est à dire : il (Google) semble victime du fric et de l’intelligence artificielle. Le premier parce qu’il faut payer pour être vu, la pertinence du contenu n’entre plus en jeu, le second parce que toute requête, même parfaitement rédigée, est interprétée et déformée. Curieusement l’IA semble convaincue que l’homme est un boeuf…), je ne dirai pas cela aussi fort mais il y a beaucoup de vrai dans cette phrase. 

J’ajouterai néanmoins une potentielle explication pour cette situation. En effet certains se sont aperçus que du fait que les gens se servent de Chat Gpt ou Grok ou l’équivalent pour questionner Google via des scripts (« prompts » dans le langage de l’IA) de faible niveau sémantique, les réponses sont au diapason  du niveau des questions, c’est à dire pauvres en matières de contenu. Comme elles sont par ailleurs extrêmement fréquentes elles viennent charger les « data repositories » des algorithmes LLM, en labellisant des scénarios quasi identiques pour le moteur associé à IA générative choisie, et de facto impactant le comportement de Google. Au début, ceci n’est pas apparu clairement, mais au bout d’un certain temps, ces ajouts systématiques (d’une grande vacuité d’intérêt) aux processus d’apprentissage continus créent un biais cognitif que certains ont signalé (dont toi dans ton post), comme de la « pauvreté sémantique » une sorte d’infection  du processus.

Ceci se discute néanmoins, rappelons que des approches IA génératives sont capables de produire des « hallucinations » (*) non expliquées (voir note), mais ce n’est sans doute pas le cas ici, en revanche un biais cognitif lié à la pauvreté du contenu sémantique peut créer des distorsions de comportement des moteurs « transformers ».

(*) Hallucination : En simplifiant, si on fait une demande à un outil d’IA générative, ce dernier doit normalement donner  un résultat qui répond de manière appropriée à la demande (c’est-à-dire une réponse correcte  et cohérente à une question). Cependant, il arrive que les algorithmes d’IA produisent des résultats qui ne sont pas basés sur des données d’apprentissage, et qui de plus sont mal décodées par le transformer ou ne suivent aucun modèle identifiable. En d’autres termes, on dit que le modèle génératif « hallucine » la réponse.

Complexité évolutive

Apparemment, l’évolution des espèces ne serait pas un processus progressif et lent, mais de longs calmes-plats seraient suivis de sortes de feux d’artifice. (Article.)

Je me demande si le changement humain n’est pas de ce type. Par exemple, j’ai toujours été surpris par l’évolution de la physique. Jusqu’à l’après guerre, elle semblait suivre une ligne droite, puis elle a divergé en une multitude de spécialités. Il en est un peu de même des sports reconnus par les jeux olympiques. Bientôt, il y aura des médailles pour tout le monde.

Bon conseil

Je n’ai pas suivi les conseils que l’on m’a donnés. Et je constate que j’ai eu tort. La cause est, au fond, évidente : je n’avais aucune expérience. En revanche, cela a fait de moi une « pierre qui roule » qui a exploré énormément de recoins qu’elle n’aurait pas dû connaître.

En fait, j’ai été de mon temps. La « pensée 68 » voulait que l’homme fasse ce qu’il voulait. C’est comme cela qu’il fallait épouser la personne que l’on aimait. D’où une vague de divorces sans précédent. Et beaucoup d’enfants malheureux.

Victoire de la « pensée simplifiante », dirait Edgar Morin ? Incapacité d’embrasser la complexité du monde ? Ce qui, au fond, est le travail de la « raison » ? Mais aussi, paradoxale vertu de l’irrationalité ? Ruse de la complexité ?

Le mieux que l’on puisse espérer est une forme de « prudence » à la Grecque ? Contrôler l’amplitude du changement, en évitant les extrêmes, idéologies et autres révolutions ? Mais, pour le reste, il faut apprendre à utiliser habilement l’aléa ? Comme le joueur de cartes avec sa « main » ?

Pacifique

L’exploration du Pacifique. Une série d’émissions paisibles. Idéales pour l’été. Une rediffusion de France culture. (Le Pacifique, en long et en large : première de dix.)

On suit Bougainville et Cook. Et on découvre les hasards de la navigation. Les erreurs se mesuraient en milliers de kilomètres ! A tel point que l’on craignait de venir se fracasser contre quelque terre inconnue. Et ce d’autant que l’on s’est longtemps gardé de donner des informations exactes sur ses découvertes. Si bien que les cartes étaient fantaisistes. Je me suis demandé si le progrès des sciences n’avait pas fait massivement régresser les connaissances humaines. Et si ce n’était pas toujours le cas. Chaque découvreur croit qu’il peut se passer de ce qui l’a précédé ?

Il était aussi question de navigateurs de Dieppe, qui auraient parcouru le monde au quinzième siècle (avant Colomb) et auraient produit des cartes relativement précises, dont une de l’Australie ! Mais eux, leurs voyages et leurs cartes auraient disparu de la mémoire collective.

Ces voyages étaient l’aventure, au sens premier du terme. On ne savait pas ce que l’on allait trouver. Et tout ce que l’on trouvait était extraordinaire, pays, nature, sociétés. Peut-être même fut-ce la dernière fois que l’on a connu de véritables aventures.

Au fond, la véritable recherche de ces navigateur était la connaissance de la nature humaine. On était au temps de Rousseau. Ce qu’ils ont trouvé était bien plus extraordinaire que de bons sauvages. Il y a ceux qui vous agressent sans vous connaître, ceux qui vous séduisent, ceux que vous laissez indifférents, car ils n’ont aucun désir, et qui n’ont d’ailleurs pas besoin de chef, et probablement beaucoup d’autres. Ils ont découvert la complexité humaine.

Les loups

Mes amis les loups. Géniale série de France culture ! On y parle de la vie des loups, et, plus généralement, de celle des animaux et des insectes.

Chaque émission commence par un extrait d’un livre écrit par un universitaire canadien parti étudier les loups dans le grand nord. Il est aidé par deux Esquimaux. L’histoire est lue par Michel Galabru. Savoureux !

Notre chercheur a été envoyé en mission, parce que les chasseurs se plaignent des loups, qui font disparaître les caribous. Il découvre que, en fait, ce sont les chasseurs (notamment ses deux esquimaux) qui les tuent. Et ce en particulier pour nourrir leurs propres chiens… Quant aux loups, ils ont les vertus que l’humanité rêve de posséder.

Rémy Chauvin étend l’analyse au monde animal. Il en ressort une fascinante complexité. En particulier, les mécanismes d’adaptation des populations à leurs conditions de vie sont beaucoup plus variées que ce que l’on croit. Ce qui nous paraît des rites stupides a en fait une utilité vitale.

Ce qui m’a le plus séduit ? Un Inuit qui interprète le « langage » des loups. Grâce à lui, il sait où sont les caribous, mais aussi ses amis.

Croissante complexité

Des scientifiques soupçonnent qu’une loi de la nature serait la croissance de la « complexité ».

Cette complexité ne serait pas chaos, mais « organisation » de plus en plus sophistiquée, se caractérisant par des « fonctions ». Chaque niveau de complexité se construisant à partir du précédent. L’occasion faisant le larron.

Mystérieux.

En des temps où l’on s’interroge sur la durabilité de notre croissance, faut-il chercher l’inspiration dans ces recherches ?