Loi NOTRe ou l'énantiodromie ?

« Le vrai but de l’Etat en 2014 était de faire croire à l’Union européenne qu’il était en train de faire des réformes utiles, et que ces fusions de régions allaient permettre des économies, soit pas moins de 10 milliards d’euros. » Un post mortem de la Loi NOTRe, de création de grandes régions

Ce blog s’intéresse aux effets pervers des changements mal conçus. Avec la loi NOTRe, on semble avoir atteint des sommets. Il n’est pas possible de faire la liste des dits effets pervers présentés dans l’article, tant ils sont nombreux. 

C’est une illustration du phénomène dit d’énantiodromie. Terme que l’on pourrait définir ainsi : quant un apprenti sorcier s’occupe de changement, il obtient l’envers de ses intentions. Nous sommes plus centralisés que jamais, nous n’avons jamais eu autant de fonctionnaires perdus dans les nimbes (les autres ayant subi un génocide), le coût de cet édifice n’a jamais été aussi lourd, et il n’a jamais été aussi inefficace. 

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Par Ferdinand Barth — Goethe’s Werke, Domaine public, Lien

La femme et l'écran

Les femmes à l’écran, la face cachée du cinéma – Seulement 34 % des rôles sont tenus par des actrices révèle une étude portant sur 3 770 films sortis entre 1985 et 2019. (Le Monde) 

Comment interpréter cette nouvelle ? 

  • Discrimination machiste ? 
  • C’est l’homme qui fait vendre, parce que c’est la femme qui achète ? 
  • Autre ?
Attention, complexité. Méfions-nous de notre pensée simplifiante, dirait Edgar Morin ?
(Un jour, je suis tombé sur une étude du wikipedia anglais, quasi anthropologique, concernant le cinéma porno. On y apprenait que le mâle, pour diverses raisons, n’y pèse pas lourd, c’est au mieux un intermittent. Les stars du porno sont des femmes. Comment Le Monde interpréterait-il cette nouvelle ?)

Loi 4D ou la malédiction de la complexité

 Qu’est que la loi 4D ? 4D ? Différenciation, décentralisation, déconcentration, décomplexification.

Une liste à la Prévert de mesures hétéroclites. Plus de pouvoir réglementaire local (c’est appelé « différenciation »!), transports, logement, urbanisme, santé, RSA, instituts de l’enfance et de la famille, contrats de « cohésion de territoire », partage de données…

Et si l’on nous expliquait la raison d’être de ces mesures ? Et leur logique ? Lesquelles sont absolument fondamentales, lesquelles sont secondaires ?…

Ce que nos gouvernements ont d’exceptionnel, c’est leur propension à pondre des « usines à gaz ». Et d’utiliser pour cela un vocabulaire abscons. Pas étonnant qu’ils ne comprennent pas pourquoi ce qu’ils considèrent comme génial et vital (cf. la réforme des retraites que le gouvernement Philippe jugeait si important qu’il a préféré traiter le sujet plutôt que celui de l’épidémie au moment où celle-ci démarrait) ne rencontre que l’indifférence générale. 

Et si la décomplexification dont nous avons tant besoin commençait par la tête de nos « élites » ? Ce qui se conçoit bien…

Balançons Gainsbourg ?

Serge Gainsbourg fait l’objet d’un culte. Mais on découvre que son oeuvre n’est pas conforme à la morale actuelle. Va-t-on balancer Gainsbourg ? Déboulonner ses statues ? Interdire son oeuvre ? 

Je lisais que certains étaient tentés de lui délivrer un sauf-conduit. Ne peut-on pas tout pardonner à un grand poète ? Certes. Mais lui pardonner ne risque-t-il pas de créer un fâcheux précédent ? 

Ce qui a caractérisé notre temps, c’est la croyance que tout était bien ou mal. Cette croyance ne serait-elle pas en train de se fissurer ? Gainsbourg n’est pas un saint, c’est un homme. Il est comme nous tous, ou plus que nous ?, extraordinairement complexe. Et c’est cela qui le rend intéressant, fascinant ?

Nouvelle science

Le physicien-philosophe Etienne Klein est à peine plus âgé que moi, mais j’ai l’impression que nous appartenons à deux époques différentes. Il me semble avoir l’amour innocent de la science de ma jeunesse. 

Je crois que la science s’est épuisée. C’était fatal. Son objectif était de trouver l’explication ultime de tout. Un moment on a cru qu’elle allait y parvenir. Mais, alors, elle a été victime de la loi des rendements décroissants, de l’économie. Au lieu de découvrir l’unité, elle a trouvé la complexité. 

Pour une science de la complexité ? Pas celle d’Edgar Morin, qui est, comme la science qu’il dénonce, formules abstraites. La complexité ne se ramène pas à des formules, qui nous font croire que nous dominons la nature, qu’elle se ramène au vide d’une feuille de papier. La science de la complexité est peut être bien celle de ces peuples « primitifs » qui vivaient dans la nature et parvenaient à la comprendre. 

Qu'est-ce que l'agilité ?

Agilité. Cela fait bien longtemps que l’on en parle. Le « développement agile » ce n’est vraiment pas neuf. Et, pourtant, le concept semble avoir une seconde jeunesse. 

Il se pourrait qu’il y ait une tendance à l’innovation par la complexité, et par « l’écosystème ». C’est en réunissant des métiers qui ne se connaissaient pas, voire en jouant avec des innovations qui ne sont pas encore au point, que l’on fait du radicalement neuf. Mais cet exercice est difficile à maîtriser. Pensez un peu. Dans l’automobile, les modèles nouveaux ne peuvent entrer sur le marché avant d’avoir fait la preuve de leur fiabilité, par des quantités de tests. Dans le monde du logiciel, on fait tester le logiciel par l’utilisateur ! Eh bien, ces gens, avec leur culture diamétralement opposée de la qualité doivent cohabiter ! Et, ce n’est pas deux cultures qui doivent vivre ensemble, mais, qui sait ?, des dizaines !

C’est peut être ce que l’on entend maintenant par « agilité ». Il faut disposer d’un environnement de travail qui permette à des cultures hétérogènes de collaborer. Elles ne peuvent y parvenir du premier coup. Il faut donc un système qui fasse que l’on peut commencer à travailler sans avoir trouvé la perfection. Donc, qui procède par une succession de tentatives. Mais il faut aussi qu’il empêche les erreurs fatales. L’agilité, c’est se taper la tête contre les murs à grande répétition, sans se faire trop mal, de façon à trouver la porte le plus vite possible. C’est exactement ce que font les environnements de développement de logiciel en « open source ». Les principes de « l’agilité » ?

En tout cas, ce sont peut être aussi les principes de la résilience, et peut-être, encore, le sens caché de l’affrontement entre CHU agiles et ARS centralisées. 

L'innovation par la complexité

 La complexité est devenue la caractéristique de notre époque :

Il y a de plus en plus de spécialisation, et il est de plus en plus difficile de travailler ensemble. La qualité, le pricing, la performance moteur, etc. ne parlent pas le même langage. En outre, il y a de plus en plus de spécialistes, par exemple vous trouvez des spécialistes de projection d’huile dans la boîte de vitesse ! 

Cela se complexifie surtout en termes de technologies. Il y a quarante ans, un mecano savait tout faire, maintenant une voiture, c’est de l’électronique, du logiciel, de l’intelligence artificielle, des moteurs électriques, demain à hydrogène, de la 5G, etc.

Cette complexité conduit à une forme d’incommunicabilité, qui, paradoxalement, empêche le succès du processus d’innovation ! Car il est, essentiellement, une succession, la plus rapide possible, d’essais et d’erreurs. Accidents de Boeing et Diesel gate : ne cherchez-pas plus loin ?

Je me demande s’il n’y a pas aussi une question de formation. Dans ma jeunesse, j’ai rencontré des concepteurs d’avion qui résolvaient des problèmes extrêmement complexes. Mais ils avaient une formation « polytechnicienne » et une rigueur mathématique. Les ingénieurs modernes sont spécialisés, et, comme les programmeurs, ont recours à la force brute.  

Ce qui me laisse penser qu’il faut utiliser, pour la gestion de la complexité, les techniques qui marchent pour les programmeurs : à savoir les techniques dites « agiles » ou la discipline de la programmation open source. 

Le système D dans la nature

« On peut considérer que les organismes vivants sont construits à partir d’un programme, que ce programme est très lié à l’architecture générale des organismes, mais il ne faut jamais oublier que ce programme a la particularité, par construction, même en restant strictement déterminisme, de créer systématiquement de l’imprévu. » (L’identité génétique, Antoine Danchin, dans La Vie, Université de tous les savoirs, Odile Jacob.)

Un livre peut être lu ou servir de presse-papier. Mieux : un mécanisme ayant une fonction originelle de lutte contre une maladie pourra être utilisé, des millions d’années plus tard, par l’être dans sa structure (pour déterminer ce qui sera le dos, ce qui sera le ventre, par exemple), et cela pour faire face à des conditions extérieures nouvelles. En quelque sorte, le résultat de l’action de l’agent pathogène aura été de transformer, définitivement, l’individu et sa descendance ! (Application au coronavirus ?)

Le hasard et la nécessité forcent les mécanismes vitaux à trouver des fonctions nouvelles. Et c’est pour cela que l’eugénisme est impossible. Rien n’est fondamentalement bon ou mauvais, tout a la capacité de devenir utile, un jour, dans des circonstances imprévisibles, par « bricolage ».

Le salut est dans la complexité ?

J’ai découvert récemment qu’il se pourrait que, dans certains milieux, on estime que le peuple ne peut pas penser. De ce fait, il faut surtout ne rien lui dire qui lui laisse entendre qu’il y a la moindre faille dans ce qui doit faire autorité. La science, les laboratoires médicaux, les vaccins, le réchauffement climatique, etc. Car, alors, cela produit la « théorie du complot ».

Eh bien, je viens de retrouver un témoignage d’enseignant, qui affirme exactement le contraire. La complexité du monde fascine ses élèves et les empêche d’avoir une vision manichéenne de la vie.

Cet enseignement de la complexité aurait-il fait défaut à nos cercles dirigeants ?

L'histoire a-t-elle un sens ?

Le propre de l’espèce humaine est peut-être « l’Histoire ». L’homme n’a pas subi les événements, comme d’autres espèces, il les a provoqués. L’Histoire, c’est le récit des coups de tête qu’il a donnés contre les murs, et des conséquences qui en ont résulté.

Une conséquence de ce qu’Edgar Morin appelle « pensée simplifiante », liée à la « raison », est que l’homme détruit, par aveuglement et quasiment par principe, les écosystèmes. D’où réaction. Et l’homme doit réagir à son tour.

Il le fait en découvrant, en lui, du fait de la crise qu’il a suscitée, de nouvelles facultés. Alors qu’il pensait exploiter son environnement, il « s’auto exploite ». Pour faire du sur-place, il doit courir de plus en plus vite. Ce faisant, il devient un athlète. C’est une autre façon de voir le Sisyphe de Camus.

Tout cela s’arrêtera peut-être le jour où l’homme prendra conscience de ses illusions. « En soi, pour soi, en soi et pour soi« , il est possible que je ne fasse que répéter les paroles de Hegel !

(Hegel, par François Châtelet.)