Libéralisme pour les gogos ?

L’historien de l’économie Paul Bairoch montre que le monde a très peu connu le libéralisme (libre échange).

Deux cas lui ont été favorables :
  • L’Angleterre du 19ème siècle. Une industrie fortement exportatrice, et sans concurrence, et qui, pour maintenir des salaires de misère, a besoin d’importer à coût minimum de quoi nourrir cette misère.
  • Les pays faibles (tiers monde, un temps, la Chine, la Turquie…) que les forts rançonnent.
L’Amérique a été, quasiment sans désemparer, la patrie du protectionnisme.

BAIROCH, Paul, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1999.

L’Angleterre sous la botte émergente

Tata en tête, les entreprises des pays émergents achètent l’économie anglaise. « Une raison du succès de la Grande Bretagne est que son économie est relativement ouverte : il est plus facile d’acheter une entreprise anglaise qu’une américaine ».

Ça ne semble faire que des heureux : la City, les avocats, les comptables… y trouvent des clients ; les entreprises, un management bien plus efficace que son équivalent local. (The new special relationship)

Un pays dont l’économie appartient à l’étranger est-il toujours autonome ?

Colonialisme

Livre sur les colonies anglaises.

Elles étaient gérées selon le bon plaisir d’une sorte de caste se recrutant entre soi et obéissant à des rites curieux (« seuls des officiels capables de jouer au polo pouvaient espérer une promotion, dans la province soudanaise du Darfour. »). (With a stony British stare)

Avec de tels modèles, est-il étonnant que les ex colonies aient autant de difficultés à se construire ? 

Apprendre l’anglais

Les Anglo-saxons ont une curieuse façon de parler les langues étrangères. Ils ne semblent pas s’intéresser à leur complexité, mais cherchent surtout à faire comprendre leurs besoins matériels. Biais de colonisateur ? (Ou de boutiquier ?)
J’ai remarqué que le Français commençait à faire de même. Les managers que je rencontre massacrent l’Anglais avec de moins en moins de complexes. Et ils semblent être compris.
L’Anglais serait-il avant tout une langue utilitaire, qui s’adapte aux désirs des puissants ? 

La Chine achète l’Europe

L’Europe accueille avec reconnaissance les capitaux chinois, alors que l’Amérique les rejette. Qui a raison ?
The Economist pense que c’est l’Europe (Welcome, bienvenue, willkommen). Il y a plus à gagner qu’à perdre avec la Chine.
Difficile de savoir quoi penser de la Chine. 
  • Elle semble avoir une vision extrêmement noire du monde, estimant qu’elle a une revanche à prendre sur le colonialisme occidental. Deux stratégies de nuisance possible : dérober le savoir faire occidental (délocalisations), plutôt que développer le sien propre, et bloquer le fonctionnement des démocraties occidentales (par une forme de diviser pour régner que les Anglais aiment à appliquer au continent européen). 
  • Le succès de cette stratégie dépend des divergences d’intérêt entre européens : entre élite globalisée et peuple qui ne l’est pas, et entre nations. Elle dépend aussi beaucoup de l’habileté de la Chine, qui, heureusement, jusqu’ici, ressemble plutôt à un apprenti sorcier. 

La France radicale

Nordmann, Jean-Thomas, La France radicale, Gallimard, 1977.

Pendant très longtemps le parti radical a dirigé et s’est identifié à la France. Quelques-uns des thèmes qui marquaient sa pensée :
  • Individu. Le radicalisme veut « le libre essor de l’individu », son épanouissement.
  • Peuple. Le radicalisme idéalise le peuple, la « souveraineté populaire ». La manifestation de la volonté du peuple est le suffrage universel.
  • Nation. Le radical est amoureux de la nation, émanation du peuple. Chaque nation a un génie propre. Celui de la France est à l’image de sa géographie, diverse et équilibrée, et de sa ruralité constitutive. Il a la caractéristique particulière de « clarifier la pensée des autres nations ».
  • Association. Les hommes choisissent librement de constituer une société. L’association est l’organisation sociale par excellence (pas l’entreprise, qui repose sur un contrat déséquilibré, imposé).
  • Éducation. L’éducation tient une « place centrale » dans le programme radical. Dont un des grands combats sera sa démocratisation. C’est le « premier devoir de l’État ». C’est elle qui doit réaliser « l’épanouissement de l’individu », surtout, « son ascension proportionnée à ses mérites ».
  • Révolution. Le radicalisme est l’héritier de la révolution de 89 et des Lumières.
  • Raison, science et progrès. Le radicalisme se veut « l’extension à la politique de la philosophie rationaliste ». Il pense que la science et la raison montrent à l’homme la voie du progrès de l’humanité. La science est le fondement d’une morale qui n’a plus besoin de la religion.
  • État. Le radicalisme veut le gouvernement du peuple par le peuple. L’État doit faire régner la volonté générale contre l’intérêt privé. Il doit assurer la justice contre le laisser faire, en particulier nationaliser les monopoles (notamment les chemins de fer et les assurances). Mais le radicalisme se méfie des excès de l’autorité. Il se veut un contre-pouvoir, « institutionnaliser la révolte ».
  • Propriété privée. Le radicalisme défend la propriété privée « garante de l’autonomie individuelle ». Mais il la voit comme une étape de l’histoire humaine.
  • Assurance. L’homme doit être assuré contre les aléas de la vie, la nature même de la société est de lui fournir cette assurance.
  • Salariat. Le radical veut supprimer le salariat, résultat d’un contrat déséquilibré, il veut le remplacer par l’association.
  • Impôt progressif. Pour pouvoir financer le système d’assurances dont a besoin l’homme, et l’État, il faut un impôt. Cet impôt doit être progressif pour « corriger les inégalités ».
  • Église. Le parti radical s’est longtemps défini par rapport à son hostilité à l’Église, dont les valeurs sont « diamétralement opposées » aux siennes.
  • Colonialisme. Les radicaux conçoivent le colonialisme comme un messianisme, selon un thème central à leur pensée, celui qui sait doit enseigner à celui qui ne sait pas.
  • Haine. « Parti qui s’oppose à la haine », en particulier, il ne peut comprendre la lutte des classes socialiste. Il pense que les luttes entre partis sont fécondes. Il croit à la « franchise et à la liberté d’expression ».
  • Harmonie, paix et conservatisme. Le radicalisme est un mouvement pacifiste, qui cherche une amélioration continue et progressive, qui ne veut ni guerre ni révolution, et qui craint plus que tout les guerres fratricides.
  • Parti. Le parti radical s’identifie à la démocratie républicaine, et à la nation. C’est à la fois un parti assez lâche et qui « encadre la nation » par ses organisations locales solidement enracinées dans les « intérêts locaux ». 
Commentaires :
Ce qui est étonnant dans cette description c’est à quel point elle colle aux aspirations de la France d’aujourd’hui, et à quel point certaines idées radicales sont révolutionnaires (l’appel à la haine est le point commun de nos partis politiques).
Pourquoi le radicalisme a-t-il disparu ? La raison et le progrès ont fait long feu ? Le positivisme n’a été qu’une illusion ? La nation n’a pas donné ce que l’on en attendait ? Peut-être aussi que le radicalisme a été victime de ses succès : il a gagné tous ses combats, il ne pouvait plus être que conservateur, médiocre ? Ce que dit Camus des radicaux :

Ces hommes, petits dans leurs vertus comme dans leurs vices, graves dans leurs propos, mais légers dans leurs actions, satisfaits d’eux-mêmes mais mécontents des autres, non décidément nous ne voulons pas les revoir.

Impérialisme

Lors de la dernière guerre, Trotski encourageait les colonisés à secouer le joug de l’impérialisme, plutôt qu’à l’aider à affronter le nazisme. Pour Trotski l’impérialisme c’était le mal absolu :

Hailé Sélassié était sans aucun doute un tyran semi-féodal qui soutenait les résidus non négligeables de l’esclavage dans son pays. Néanmoins la guerre d’Éthiopie contre l’impérialisme italien était une guerre juste d’indépendance nationale.

Curieuse chose que l’impérialisme. N’est-ce pas une nation en asservissant une autre ? Or le concept de nation est occidental. L’Inde, par exemple, ne s’est considérée comme une nation que récemment. Et le « colonialisme » anglais s’est inscrit dans les mouvements naturels – internes ou externes – qui avaient fait l’histoire du pays. D’ailleurs, de tous temps, les peuples se sont envahis, les uns et les autres se mélangeant plus ou moins.
Nos colonies se sont constituées et libérées au nom de nos principes. J’espère que c’est parce qu’elles les ont trouvés utiles. Sinon elles auraient été victimes de la pire forme d’impérialisme : le lavage de cerveau du totalitarisme.
Réflexion qui vient de MANDEL, Ernest, La pensée politique de Léon Trotsky, La Découverte, 2003.

Cyriaque Magloire Mongo Dzon

Entendu (partiellement) avant-hier chez RFI. Jugement sur la décolonisation.
Ce n’est pas la colonisation qui a pêché, mais la décolonisation. La France cheminait avec l’Afrique, pourquoi l’a-t-elle abandonnée aux mains d’élites corrompues et rétrogrades, qui ont mis un terme à son voyage vers la démocratie ? Voilà ce que j’ai cru comprendre.
Compléments :
  • Si mon interprétation est correcte, Cyriaque Magloire Mongo Dzon partagerait la vision de J.S.Mill d’un colonisateur qui guide le colonisé dans son évolution culturelle.