Quand les Européens découvraient l'Afrique intérieure

Une étude des récits de voyage de 7 explorateurs anglais et français de l’Afrique. Période 1795 – 1830 : l’Occident change. Avant il est esclavagiste, après il sera colonialiste. Que s’est-il passé entre-temps, qu’ont apporté ces explorateurs à la pensée occidentale ?

En ces temps, on estime que l’Occident est cause de l’esclavage en Afrique. Il faut remplacer la traite des noirs par le commerce. Ses vertus sont naturellement bénéfiques. Elles civiliseront l’Afrique. L’Angleterre est le leader de l’abolitionnisme. Qu’observent nos explorateurs ? Que l’esclavage est endémique en Afrique. L’Occident n’y est pas pour grand chose. Les ressources naturelles n’ont rien d’extraordinaire. En revanche, le Noir est un enfant, bon, que le progrès occidental pourrait éveiller.

Détail amusant. La façon dont les Africains voient les Blancs. Comme des animaux de zoo. Cela ressemble à la vision que les Blancs auront des Africains.

(PS. Le problème avec les synthèses, c’est que l’on perd beaucoup. Notamment la dimension humaine de l’aventure. Car ces 7 hommes sont partis quasiment sans moyens. Et leur voyage a été avant tout souffrance. D’ailleurs, ils ont parcouru relativement peu de kilomètres, me semble-t-il. Ils ont exploré seulement l’Afrique sub saharienne. A cela s’ajoute la tendance moderne de la science, qui est de soupçonner la pensée ancienne, occidentale, de préjugé.)

Santé navale

J’ai appris, bien longtemps après sa mort, que mon père avait été reçu au concours de santé navale, probablement en 1945. Je n’imaginais pas mon père médecin. En revanche, il aimait la mer.

En lisant wikipedia, j’ai découvert que santé navale menait au moins aussi souvent aux colonies qu’à l’océan. La marine navale apportait la médecine moderne à l’empire français. C’était déjà les « French doctors ». Mais sans prétention à la gloire. Ils ressemblaient, surtout, aux missionnaires. Gens de devoir et de dévouement. Cela aurait convenu à mon père.

Comment fabriquer un conflit : l'Angola

La guerre civile qu’a connue l’Angola aurait été fabriquée. D’ordinaire une communauté s’oppose à une autre. Pas ici. Après le départ des Portugais, les deux factions qui les ont combattus s’affrontent. Et, elles vont créer, par la terreur, les conditions qui vont faire que le peuple, jusque-là indifférent, va s’entre-déchirer. 
For most, therefore, the war began not for a cause, but as a reality that was imposed upon people. Many of Pearce’s interviewees described their lives under UNITA and the MPLA as if they had been “owned” by the warring factions. “People lost the notion of being independent,” one interviewee told him. “People became possessions.” (L’article.)
Cela fera des centaines de milliers de morts. Dans l’indifférence générale. Une des factions a gagné. Mais la nature de son emprise sur la société n’a pas changé. 
La décolonisation a été un des changements les plus ratés qui soient. Peut-être serait-il temps de se demander pourquoi ? 

Bénin

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Accessoire présidentiel ?
« 
PithHelmetTruman » par Harry S. Truman National Historic Site museum staff,[1] part of the National Park Service[2] — http://www.cr.nps.gov/museum/exhibits/hstr/image/obj/pithhelmet_exb_HSTR22230.html. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Bravo Béninois, vous démontrez qu’un pays africain peut tenir des élections démocratiques, disait M.Hollande, ce matin, à la radio. Je me suis demandé si la France accepterait qu’on lui fasse la leçon. Et qu’on la considère comme une retardée mentale. Bien sûr, M.Hollande ne parlait probablement pas au Bénin. Il s’adressait à son électorat. Il lui montrait qu’il avait le courage d’aborder des sujets délicats. Et qu’il allait bientôt discuter droits de la femme avec les Saoudiens, et peine de mort avec les Américains. Mais, comme me le disait un ami qui passe sa vie en Afrique, on peut tout de même se demander si l’esprit colonial n’est pas un trait quasi génétique de nos élites. 

Libéria

Retour à la Terre promise. Les anciens esclaves américains reviennent en Afrique. Au Libéria. On s’attendait à ce que ces opprimés se comportent saintement. Ils ont reproduit, en pire ?, ce qu’ils avaient connu. Le racisme comme principe de gouvernement. Je me demande même s’ils n’ont pas voulu construire une gigantesque plantation. (L’émission dont j’ai tiré ces idées.)
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« Coat of arms of Liberia » by FXXX – own work This vector image was created with Inkscape.. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.

Drame de la décolonisation ? Elle transforme les victimes en coupables ? Au grand plaisir de leurs anciens colonisateurs, et à la consternation des nobles âmes qui ont contribué à leur libération ? 
Leçon de conduite du changement
J’ai rencontré ce phénomène bien souvent. Voici comment je l’interprète. Nous sommes formés à jouer un rôle, bon ou mauvais. Si nous sommes esclaves, nous n’avons ni la pratique ni l’état d’esprit nécessaire pour diriger un pays. Idem pour une entreprise. Si elle a été gérée de manière dysfonctionnelle, ses équipes sont adaptées à cette situation (façon Union soviétique). Changez la règle du jeu, elles continueront comme avant, et feront échouer le changement. La conduite du changement doit être une phase d’apprentissage de règles nouvelles.  

Colonialisme de gauche ?

France Culture disait ce matin que M.Hollande avait souhaité le remplacement du président centrafricain. Aurait-il joint l’acte à la parole ? Ce qui me frappe dans cette affaire est que la gauche, dont le principe absolu est l’anticolonialisme, fait une politique colonialiste. Certes elle a peut-être de bonnes intentions, mais n’y aurait-il pas, pour les mettre en œuvre, des moyens plus conformes à ses convictions que ceux qu’elle emploie ? 

Cela illustre une fois de plus que les pouvoirs de gauche font des politiques de droite. Une raison en étant qu’alors elles n’ont pas de contre-pouvoir. Cela illustre aussi probablement ce que disent les Anglais : « le pouvoir absolu corrompt absolument ». L’homme a bien des difficultés à penser par lui-même. S’il ne fait pas plus de bêtises, c’est parce qu’il en est empêché par la pression de la société. Une pression qui n’existe plus pour celui qui la préside. 

Musée de l’esclavage et de la colonisation

Il y a quelques jours j’entendais un défenseur acharné de l’esclavage et de la colonisation se lamenter qu’ils n’aient pas leur musée. (Émission de France culture.)

En l’écoutant, je me suis dit que la particularité de l’Occident n’est pas tant d’avoir été esclavagiste et colonialiste que d’avoir mis un terme à ces pratiques, qui duraient depuis l’éternité, ou presque. Plutôt que se tourner avec complaisance vers le passé, ce musée ne devrait-il pas s’interroger sur nos responsabilités dans la décolonisation ? Pourquoi s’est-elle aussi mal passée ? Que pourrions-nous faire pour que le monde soit un peu plus agréable à habiter ? 

Décolonisation et bain de sang

Petit à petit, j’en viens à penser que la décolonisation, loin d’avoir été une glorieuse guerre de libération, a été un bain de sang totalitaire.

Son « idéal type » paraît être la révolution culturelle chinoise. À savoir le désir de transformer un pays sur le modèle occidental, mais en gardant son âme. Bref, l’adoption de l’idée de « nation », telle que définie par l’Occident.

Tout ce qui s’opposait à la réalisation de cet idéal a été massacré. C’est probablement ainsi que s’explique l’histoire des Arméniens en Turquie.

Quant aux intellectuels français, qui ont vu dans ces régimes la matérialisation de leurs idéaux, ont-ils confondu aspirations au nationalisme et aux droits de l’homme ?

Mythes et paradoxes de l’histoire économique

Livre de Paul Bairoch, La Découverte, 1999. En examinant l’histoire économique du monde, Paul Bairoch trouve que beaucoup de ce que l’on croit vrai est faux. Les deux mythes principaux qu’il démasque sont :

  • Le mythe, de droite, du libéralisme : non le libéralisme n’a jamais été associé à la croissance, au contraire.
  • Le mythe, de gauche, du colonialisme : non les pays occidentaux n’ont pas construit leur modèle sur le rançonnage de leurs colonies. Au contraire. Non seulement les colonies ont peu compté dans l’économie des colonisateurs, mais plus un pays possédait de colonies moins il était économiquement dynamique. (Un marché protégé ne stimule pas l’innovation.) En outre, jusque dans les années 50, l’Occident vivait des matières premières de son sol (cf. l’Angleterre et le charbon). Par contre, il est vrai, les colonies ont été ravagées. 

La science, première victime de l’idéologie ?

Autres réflexions inspirées par ce livre :

Sous-développement

Qu’est-ce qui fait que le sous-développement ? Ce que je retiens d’une étude de Paul Bairoch :

  • Une industrie dévastée par un libéralisme qui lui a été imposé par ses colonisateurs.
  • Une fois les colonies indépendantes, les multinationales qui y étaient installées se sont mises à les rançonner.
  • Une spécialisation dans l’exportation d’une production exotique, abandonnant les cultures vivrières. Pour le coup, ce serait un bien : les cultures de céréales occidentales ont énormément gagné en productivité. Par contre, le tiers monde est extrêmement susceptible aux prix des matières premières.
  • Une erreur de calcul. Le monde occidental actuel est le résultat d’une très longue transformation. À tort, il a cru qu’elle pourrait être quasiment instantanée chez ceux qui adoptaient son modèle.
  • Une urbanisation excessive, et une démographie qui a explosé avec la conquête occidentale. Le développement économique est incapable de la suivre. C’est là le mal principal. La faute en serait à « à l’Église catholique et aux Marxistes ». Tous deux ayant refusé le planning familial. 
BAIROCH, Paul, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1999.