Impérialisme russe

La particularité de la culture russe serait que l’impérialisme en est un constituant fondateur. (Concordance des temps.)

Toute la population russe est d’accord sur ce point.

Impérialisme original ? Non seulement il est sans complexe, mais il ne semble pas prendre en compte le colonisé, sinon comme une sorte de sous-homme. Le colonialisme des occidentaux et probablement des Romains prétendait apporter la civilisation ou le progrès, celui des Mongols et des Francs ou des Vikings s’adaptait aux civilisations conquises. Le colonialisme russe, c’est la transformation de l’or en plomb ?

(Le livre de Cseslaw Milosz, dont je parlais il y a peu, n’est pas loin de cette idée : l’intellectuel polonais, alors sous la botte soviétique, se réjouit de ce que son sort va être partagé par la terre entière…)

Inuit

Le Danemark s’est livré à une curieuse expérience. Il a extrait quelques enfants inuits pour leur donner une éducation danoise. Il pensait que, devenus grands, ils guideraient sagement un peuple alors en situation désespérante. (Witness history de la BBC.)

L’expérience a mal tourné. Comme pour les « boarding schools », les enfants, coupés de leur famille, ont subi un choc traumatique. D’ailleurs, rapidement, ils ne pouvaient plus comprendre leurs parents.

En écoutant l’émission, j’ai pensé à une autre peuplade colonisée : les Corréziens. Comment se sont-ils intégrés à la société moderne ? En grande partie parce qu’ils ont été attirés par ses feux, mais aussi grâce à l’école républicaine.

Il me semble que l’on ne peut pas maintenir certains peuples dans des réserves, comme on le fait aujourd’hui, histoire d’avoir bonne conscience. Ils ne peuvent que constater qu’ils sont considérés avec condescendance. Le changement corrézien sous la 3ème République, qui est aussi le changement auquel aspire l’émigré, est probablement le changement le plus naturel et humain.

Arctique : plaque tournante

Il y a déjà quelque temps, l’émission de Christine Ockrent s’intéressait aux projets immobiliers arctiques de M.Trump.

J’en retiens qu’un « grand jeu » a lieu dans l’arctique. Et que le Groenland est entre les mains d’une population peu nombreuse d’autochtones, dont le Danemark prend peu de soin. Ces autochtones rêvent d’autonomie alors qu’ils n’ont pas les moyens de survivre seuls, et d’écologie.

Vu ce que représente leur territoire, combien de temps durera leur autonomie ?

Ne serait-il pas temps de se guérir définitivement de la mauvaise conscience du colonialisme ? Et comprendre une fois pour toute que l’on ne peut pas mettre des êtres humains dans des réserves ? Pourquoi pas des zoos ? Qu’ils méritent de vivre comme le reste du monde ?

Macao

Comme Hong Kong, Macao, qui pendant 5 siècles a été une colonie portugaise, a été remis à la Chine. Jusqu’en 2049, le territoire a droit à un régime de faveur. A condition de ne pas s’occuper de politique, on peut y vivre comme auparavant. Mais ensuite ?

Je me demande si la mauvaise conscience du colonialisme ne fait pas autant de dommages que celui-ci. D’ailleurs, nous sommes tous des colonisés, à commencer par nous, Français. Lorsqu’elle dure suffisamment la colonisation transforme une culture. Elle crée un peuple. Hong Kong ou Macao ne sont pas la Chine.

Il serait d’ailleurs utile de s’interroger sur le colonialisme moderne. La Chine et la Russie sont manifestement des colonisateurs. Mais que dire des riches touristes qui s’installent dans des pays pauvres ?

(Réflexions suscitées par Witness History de la BBC.)

Vive les colonies ?

Décidément, on n’arrête pas de parler des lauréats du dernier prix Nobel d’économie.

Un de leurs résultats majeurs aurait été de corréler colonisation (occidentale) et prospérité économique.

Lorsque l’environnement a été plus hostile, soit du fait d’une population indigène plus dense et résistante à l’envahisseur, soit du fait de la prévalence de maladies mortelles et dangereuses, les colonisateurs ont été de fait moins nombreux. Ils ont alors mis en place des institutions dites « extractives » pour exploiter les masses au profit d’une élite locale, instituant des droits politiques extrêmement limités. Ceci a été néfaste à la croissance à long terme.

En revanche, les colonies comptant de nombreux colonisateurs – les colonies dites de peuplement – ont développé des institutions économiques « inclusives » qui ont incité les colons à travailler et à investir dans leur nouvelle patrie. Cela a conduit en retour à des revendications de droits politiques qui leur ont donné une part des bénéfices. Ces institutions établissant les libertés économiques fondamentales et l’État de droit ont eu des effets positifs sur le développement économique.

Article

C’était une idée que j’ai eue en écoutant une émission concernant les épidémies. Les maladies des Occidentaux ont tué les indigènes d’Amérique du nord, mais les maladies des Africains ont tué les Occidentaux.

En revanche, il me semble que la colonisation a eu un second effet : en allongeant la vie des colonisés, sans leur apporter le modèle économique du colonisateur, elle a créé la pauvreté. Je soupçonne qu’avant la colonisation occidentale, la vie des hommes était d’une autre nature que celle qu’elle a aujourd’hui. Elle était plus courte, et plus intense.

(On peut noter, au passage, que nos Prix Nobel jugent le développement mondial à l’aune du modèle occidental. Effectivement, celui-ci s’étant imposé, il ne semble pas qu’il y ait beaucoup d’autres choses à faire que de l’utiliser le mieux possible ?)

Néocolonialisme

On me parlait d’un « manager » qui s’installait en Amérique du sud. Il continuait à travailler en France. Mais la vie était plus agréable là-bas.

Il est difficile de comparer les mérites de deux personnes. En dépit de cela, il arrive souvent que l’une gagne beaucoup plus que l’autre. C’est ainsi qu’il y a encore un siècle, les Anglais s’installaient en France, parce que le coût de la vie y était faible.

Cette différence de pouvoir d’achat peut amener l’un à vouloir exproprier l’autre. Néocolonialisme ?

Cet écart de traitement est tolérable à condition qu’il ne cause pas de trouble à l’ordre public ? Que chacun reste chez soi ?

L’exposition coloniale d’Erik Orsenna

Cela commence en 1882 et se termine après Dien Bien Phu. Le héros est un petit bonhomme « rebondi ». C’est un spécialiste du caoutchouc, caoutchouc qui est un fil conducteur du livre. Comme Forrest Gump (qui est postérieur), notre homme se retrouve acteur modeste, mais parfois décisif (il apporte le football au Brésil !), de l’histoire mondiale.

Livre long, chapitres courts et rythme enlevé. Parti pris du paradoxe et du merveilleux raisonnable, à la façon de 100 ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Et histoire d’une famille conventionnellement anti conventionnelle.

Un livre qui prend le parti de la légèreté ? Ou l’humour serait-il la politesse du désespoir ? En effet, ne serait-il pas l’histoire de France ? Car, en ces temps, l’identité de la France était celle d’un empire. Et le Français aimait son empire, et il était, pour autant, estimable et même attendrissant. Mais, aujourd’hui, que lui reste-t-il ? De quoi peut-il être fier ? A-t-il encore la moindre « identité » ?

Phénomène colonial

Lire de Gaulle m’amène à me remémorer l’opinion que l’on avait des colonies, que nous ne possédions plus, dans mon enfance.

Je crois que tout le monde pensait, en ces temps, que nos colonies étaient la France. Nous leur avions apporté ce que nous avions de mieux. Et notre société, notre culture, avaient quelque-chose d’exceptionnel. C’est d’ailleurs pour cela qu’autant d’étrangers, comme Romain Gary, étaient venus se faire tuer pour la France. Graham Green ne dit pas autre chose : lorsqu’il visite l’Afrique et qu’il passe près d’une de nos anciennes colonies, il se moque, probablement comme tout le monde à l’époque, de ce qu’elles sont « la France ». Décidément, le Français est un pitre ! Il n’est pas concevable, pour lui, qu’une colonie anglaise puisse être « l’Angleterre ».

Ce qui m’amène à une idée paradoxale : et si ça avait été le cas ? Nos ex colonies se comportent, effectivement, comme les Français. Elles font un pied de nez à l’autorité. C’est à dire à la France. Même si la France ne devrait plus rien représenter pour elles. Elles sont orphelines ?

Soleil levant

S’il est un pays où le renforcement de l’axe Pékin-Moscou est scruté avec minutie et inquiétude, c’est bien le Japon. Longtemps considéré comme un géant économique et un nain politique, le pays a changé de statut, Alors que son économie stagne, son poids géopolitique s’accroit.

Affaires étrangères, de France Culture

Le monde vu du Japon, en particulier par un professeur japonais, Kanehara Nobukatsu.

Etrangement, j’ai retrouvé les propos du général de Gaulle : les Américains utiliseront-ils leur bombe atomique pour nous défendre ? L’Allemagne pense de même.

Mais le Japon, après des années de repli sur soi, semble reprendre du poil de la bête. Son économie se redresse, alors que celle de la Chine donne des signes d’essoufflement.

Oublions le complexe de la colonisation, et regardons devant nous : « l’Occident » promeut un système politique qui a l’avenir pour lui, Russie et Chine sont des rétrogrades.

Voilà un discours nouveau, ai-je pensé. En tous cas, il serait bien de travailler, aussi, à renforcer notre modèle démocratique. Car, pour le moment, il a besoin de la crainte d’un « bogeyman » rétrograde et nucléaire pour ne pas céder à la tentation de manger ses enfants – comme il l’a fait récemment.

Empire du thé

L’Angleterre aurait-elle été « l’empire du thé » ? se demandait une émission de la BBC.

Effectivement, le thé a joué un grand rôle dans son histoire, et dans celle du monde. Le thé représentait 60% des revenus de The East India Company, qui était un véritable Etat dans l’Etat, avec sa propre armée. Et qui est, peut-être bien, le modèle original de la multinationale (armée comprise). Initialement, elle achetait son thé en Chine. Mais la Chine méprisait l’Occident et ses productions, et ne voulait, en échange, que du métal argent. Alors, la compagnie a trouvé une faille : le Chinois aimait l’opium. Elle l’a exporté illégalement en Chine, de ses colonies indiennes. Quand les Chinois ont protesté, l’Angleterre leur a déclaré la guerre. Ce qui aurait peut-être bien été le coup d’envoi de la guerre d’indépendance américaine : les Américains n’ont pas voulu être ravalés au rang de Chinois. Paradoxalement, les Anglais ont fini par comprendre qu’ils pouvaient cultiver le thé dans leur empire.

Le thé a aussi joué un rôle important dans la révolution industrielle. Avec du lait et du sucre, c’était la nourriture du pauvre. Pas sain du tout, mais cela faisait illusion. Si bien qu’avant guerre, l’Angleterre s’est assurée que ses circuits d’approvisionnement en thé seraient « résilients ».

Les autres empires coloniaux, qui ne pouvaient pas cultiver le thé, ont cherché d’autres excitants.

Aujourd’hui, l’Angleterre consomme beaucoup moins de thé que par le passé. Elle a été colonisée ?