La ville abandonnée

Sympathique western oublié de William Wellman, 1948.

Un gang de voleurs patibulaires s’abat sur un grand père et sa petite fille, chercheurs d’or.

D’autres auraient eu peur. Pas eux. La belle, d’ailleurs, ne résiste pas au fumet de SDF d’un des malfrats. Et l’amour provoque la rédemption de ceux qui survivront au règlement de compte final. Les valeurs de l’Amérique éternelle leur reviennent en mémoire. D’ailleurs, ils ont des circonstances atténuantes : la guerre (de sécession) a tourné la tête à bien des jeunes.

Le cas du méchant est peut-être le plus instructif. Son mal, c’est la « fièvre de l’or ». Vouloir s’enrichir par le vol n’est pas un pêché capital, ce qui l’est c’est de ne voir plus de la vie que la soif du lucre ? Une leçon pour les banquiers modernes ?

Une si jolie petite plage

Film d’Yves Allégret, 1949.

La pluie est le héros du film. Anti brochure touristique pour plages du nord.
Il pleut, donc, à sauts, sur des misérables, dignes de Victor Hugo, et quasiment nus. La France d’après guerre devait être une grande machine d’exploitation de l’homme par l’homme.

Mais il y a un rayon de soleil dans ce liquide et cette gadoue, un enseignement édifiant : il vaut mieux encore l’esclavage que le vice. Non pour des raisons morales, mais parce que le second finit par être plus insupportable que la première.

Compléments :
  • Comme chez Clint Eastwood, il y a rédemption par la mort, et sauvetage d’une âme, au passage.
  • Parabole ? La France occupée vue par l’intellectuel ? Des innocents, victimes d’un peuple rural, calculateur, médiocre et laid ?

Nouvelle vague

J’entendais l’autre jour Jean Rochefort parler avec émotion de l’impression que lui avait faite « A bout de souffle ». Renouvellement d’un cinéma qui n’avait plus rien à dire. Décidément, la nouvelle vague, qui me paraît terriblement ringarde, ridicule et datée, correspondait à quelque chose de vraiment important pour la jeune génération de l’époque.

Qu’est-ce que je lui reproche, d’ailleurs ? Je la soupçonne d’avoir appauvri le cinéma en laissant croire aux réalisateurs qu’ils pouvaient laisser libre cours à leur génie, sans contrainte et sans travail.

Curieusement, cette tendance n’a pas affecté les cinéastes de la nouvelle vague, en dehors de Godard. Des gens comme Truffaut ou Rohmer, par exemple, me semblent avoir produit une œuvre très classique. Peut-être ont-ils profité de la culture qu’ils avaient reçue, contre laquelle ils se sont révoltés, et qu’ils ont refusée à la génération suivante ?

A dangerous method

Film de David Cronenberg, 2011.

Époque où les très fortunés étaient cultivés, polyglottes et névrosés. Et où l’on créait des théories par rationalisation de son cas particulier.

Introduction à l’œuvre de Jung, Freud et Gross.

Esprit de contradiction ? Je n’aimais pas les premiers films de Cronenberg, mais je trouve qu’ils avaient quelque chose d’original – une sorte d’étrangeté malsaine – qui a disparu. Ses dernières productions semblent avoir perdu le souffle initial. Elles ont peut-être gagné un grand public ?

Les promesses de l’ombre

Film de David Cronenberg, 2007.
Quand une (gentille) anglaise rencontre la terrifiante mafia russe. Comment peut-on être russe ? se demande le film ? Réflexion sur la violence comme A history of violence ?
Première ? Un agent de l’ex KGB en héros. Signe que la Russie se transforme en une société normale, ou que ses services secrets sont encore ce qu’elle a de plus civilisé ? 

Le Départ

Film de Jerzy Skolimowski, 1967.

C’est la nouvelle vague. Rien de plus daté. Ça se veut poétique, léger et déconstruit, et Jean-Pierre Léaud s’applique à caricaturer Jean-Pierre Léaud. J’imagine qu’il devait y avoir une théorie admirable derrière tout cela. En tout cas elle était partagée : le film a reçu l’ours d’or de Berlin.

Plus curieusement, Jean-Pierre Léaud m’a fait penser au Louis Garrel de Dans Paris, de Christophe Honoré. Les codes de la nouvelle vague seraient-ils toujours en vogue chez les réalisateurs ? (Il semble que j’ai vu juste : Jean-Pierre Léaud est le parrain de Louis Garrel.)

Critique de cinéma

Dans la série des réflexions de fin d’année, en voici une sur les critiques de cinéma de ce blog. Pourquoi des critiques de cinéma, d’ailleurs ?

Ce que ce blog cherche dans les films, c’est ce qu’il cherche partout ailleurs :

Le moteur du billet est le paradoxe. Par exemple, le divorce entre ce que veut le réalisateur et ce que cherche le spectateur. Nous aimons l’émotion, les beaux sentiments. Le réalisateur, lui, est souvent préoccupé de morale. Capitaine Blood, par exemple, n’est pas un film de pirates et d’amour, mais une œuvre à la gloire de la petite entreprise et de ses valeurs de faible QI, par opposition à l’axe du mal qu’est la culture incompréhensible et malfaisante de la vieille Europe.

Le réalisateur est-il un manipulateur ? Il me semble plutôt chercher à apporter une solution satisfaisante à un problème qui lui tient à cœur. Exercice de rationalisation touchant.

Mais il y a mieux, selon moi. Le cinéma est une partie de la culture de son temps. Il révèle ses maux et préoccupations (cf. Shame). Le plus intéressant est ce qu’il ne nous dit pas, ce que nous ne comprenons plus. Ce qui manque au film, c’est tout ce qui allait de soi à son époque et qui a disparu depuis. Ce que nous trouvons invraisemblable, c’est ce à quoi on voulait croire alors, ce dont on avait besoin pour trouver la vie supportable. Le cinéma est une extraordinaire machine à remonter le temps.

Est-ce ceci qui fait que je vais au cinéma ? Non. Mais je suis incapable d’exprimer ce qui me plaît ou non dans un film. Et pas sûr d’avoir envie de le faire. 

Carmen Jones

Film d’Otto Preminger, 1954.
La musique de Bizet est-elle bien adaptée aux personnages et aux situations ? Une variante de West side story n’aurait-elle pas été plus à sa place ?
Ce qu’il y a de curieux dans ce film, c’est que tous les acteurs sont noirs (alors que l’équipe de réalisation semble avoir été blanche). Il commençait à être possible, aux USA, de filmer une histoire de noirs, mais à condition qu’ils restent entre eux ? D’ailleurs, quelle était l’ambition du film ? Montrer que les noirs pouvaient être de beaux héros romantiques ? Les rendre dignes d’intérêt et réconcilier les races ?