The pledge

Film de Sean Penn, 2001.

Intéressant rebondissement. Occasion pour Jack Nicholson de jouer de son physique, et pour plein d’acteurs fameux de faire des numéros.

Mais un peu théorique et misérabiliste ? Ne serait-il pas temps de montrer que l’on peut être pauvre mais digne ? 

La tête d’un homme

Film de Julien Duvivier, 1933.

Décidément, je n’arrive pas à comprendre comment l’on peut dire qu’Harry Baur fut le plus grand acteur d’avant guerre. Ici, il joue un Maigret d’une mièvrerie caricaturale et d’une bien pensance étonnamment moderne. Que fait-il ? Rien. Il observe avec un air bête et entendu. Précipite-t-il le dénouement ou la catastrophe ?

Quant aux criminels, ils ont des gueules de cinéma muet. Dommage qu’ils n’aient pas eu une plus grande place.

The artist, ou comment mériter un prix ?

Comme prévu, The artist reçoit de nombreux oscars.

Il y a une corrélation inverse entre mes goûts et ce type de récompenses. Il me semble que les prix ne sont pas le résultat de coups de cœur, mais des calculs théoriques.

Le festival de Cannes, par exemple, fait preuve « d’engagement » et dénonce la perversion de notre société. Les superprivilégiés qui composent son jury se donneraient-ils bonne conscience ?

Quant aux oscars, ils paraissent récompenser le numéro d’acteur d’une star installée (paraplégique qui veut jouer au football, roi bègue qui veut parler…) et un succès commercial (le marché n’a-t-il pas toujours raison ?).

The artist me paraît avoir deux atouts supplémentaires :
  1. Il est français. La France est le leader d’opinion européen, en termes de cinéma. Il est d’un bon sens commercial de lui plaire. (N’est-ce pas pour cela qu’un nombre croissant de Français joue à Hollywood ?)
  2. C’est un film sur l’Amérique, qui fait allégeance à ses valeurs. D’ailleurs, son réalisateur a travaillé pour Canal+, ce que l’Amérique fait de mieux. 

Welcome in Vienna (suite)

Deuxième épisode du filmd’Axel Corti.

Les émigrés juifs fuyant le nazisme arrivent en Amérique. Difficile adaptation.
Les personnages du film étaient l’élite intellectuelle de leur pays, l’essence de sa culture. Peut-on imaginer pire drame pour eux qu’un pays sans culture, dont le principe même est d’offrir à ses ressortissants de s’inventer, en renonçant au passé ?

Comme dans l’épisode précédent, on ne voit presque rien du pays d’accueil, et ce qu’on en voit est laid et pauvre. Les émigrés vivent entre eux. 

Welcome in Vienna

Film d’Axel Corti, 1987.

Périple de Juifs et opposants au nazisme fuyant l’Autriche. Premier épisode : passage en France.

Ce film est une sorte d’avatar de l’Ingénu. Un jeune homme regarde le monde avec étonnement. La France y est vue de loin, par les actualités de l’époque (armée française débraillée et mal équipée face à la machine de guerre allemande !), et par ce qu’en disent d’autres immigrés, étonnés du spectacle qu’ils rencontrent.

Et c’est plus terrible, et déprimant, pour nous que toute autre critique. Parce que nous y paraissons infiniment plus bêtes que méchants. Sommes nous restés comme cela ?

Pattes blanches

Film de Jean Grémillon, 1949.

Un grand film qui donne de grands rôles à de grands acteurs. Pas de bons et de mauvais ici, mais des êtres humains comme ceux que produit la société.

Curieux Michel Bouquet, tout jeune et frêle. À la fois précurseur de ce qu’il est aujourd’hui et porteur de quelque chose de différent, de romantique, d’un ascendant Jean-Louis Barreau peut-être.

Au fond, ce qui marche le mieux au cinéma ce ne sont pas les leçons de morale que l’on tend à nous servir, mais les éternels mystères et miracles des relations humaines. Ce qu’a réussi Les intouchables, toutes proportions gardées.

New Rose Hotel

Film d’Abel Ferrara, 1998.
Ce film n’était pas mon favori, mais le froid et l’heure de son passage me l’ont fait choisir. Surprise, Abel Ferrara était aussi là. Qui eut dit que les réalisateurs américains avaient une existence terrestre ?
Apparemment, il connaît une mauvaise passe. Et même le purgatoire des réalisateurs mythiques : un passage en France, et le soutien de notre communauté intellectuelle.
Il nous a dit qu’il avait tiré le scénario du film d’une nouvelle de 7 pages. Ça se voit. 

Les évadés

Film de Jean-Paul Le Chanois, 1955.

Trois prisonniers de guerre français fuient un camp allemand.

Ce n’est pas la Grande évasion… Et c’est intéressant justement pour cela. Il n’y a pas de héros ici, mais des Français de l’époque.

Pourquoi s’évadent-ils ? Parce qu’ils ne sont pas faits pour la captivité. Ils veulent rentrer chez eux.

Au fond, cette guerre n’est pas la leur. Pourquoi le serait-elle ? On leur a donné un fusil antique, et des cartouches qui ne lui correspondaient pas. Comment auraient-ils pu se battre ?

Mais, lorsqu’ils décident de prendre leur sort en main, ils deviennent héroïques. Le système d fait des miracles. Leur force : l’art de désobéir ?

L’intellectuel français contre le peuple ?

Ma chronique cinéma m’a fait découvrir un phénomène curieux. L’intellectuel français semble haïr le peuple. C’est du moins comme cela que j’interprète Une si jolie petite plage ou OSS117 Rio ne répond plus.

D’où cela vient-il ?
  • De la nuit des temps ? On dit que le roi s’était allié au peuple pour se protéger de la noblesse, peut-être que le noble haïssait lui aussi le peuple, et que cette haine a été léguée au privilégié moderne, l’intellectuel ? Mais le noble devait mépriser, non haïr.
  • De ce que « intellectuel » = raison = « droits de l’homme » ? L’intellectuel dénonce un peuple trop préoccupé de ses propres intérêts ?
L’étonnant, pour moi, est que l’intellectuel (fatalement de gauche) est supposé être du côté du peuple. Mais, peut-être s’en est-il inventé un, digne de lui ? Les pupilles de l’Etat de la si jolie petite plage, les Roms, ou les peuples colonisés ?