Despair

Film de Rainer Werner Fassbinder, 1978.

Théâtre filmé, mais comme on le filme rarement. C’est une sorte de chorégraphie. La caméra tourne autour des acteurs en passant, curieusement, derrière les murs et les cloisons. Étonnant succès technique. Les mouvements des acteurs eux-mêmes semblent calculés pour faire rencontrer à chacune de leurs actions une partie du (très esthétique) décor probablement lourde de sens.

Quant à l’argument, il semble que l’on y parle d’une sorte d’aristocrate qui apparemment veut faire une œuvre d’art de sa vie, et qui, pour cela, tue le seul être humain de la pièce. Tout ceci sur fond d’une représentation conventionnelle de la montée du nazisme. Faut-il y voir une parabole ?

Bref, trop intello pour moi. 

La taupe

Film de Tomas Alfredson, 2011.

Ce film a au moins deux intérêts : un voyage dans la très dépaysante classe dirigeante anglaise et une intrigue beaucoup plus compréhensible que celle du roman initial.

Mais, c’était peut-être sa complexité qui était l’intérêt du roman. J’en ai gardé le souvenir d’une sorte de jeu aux règles infiniment subtiles entre intelligences exceptionnelles. La satisfaction de se savoir un champion à ce jeu, au fond, rendait secondaires les problèmes de la vie. 

Les amants traqués

Film de Norman Foster, 1948.

Titre original : Kiss the blood off my hands. L’année précédente un autre film s’était appelé : Build my gallows high. Les destins maudits faisaient recette à l’époque.

Film noir, donc, mais vraiment très noir. La lumière du jour n’atteint jamais Londres, pluvieux à sauts, labyrinthique, pavé et démoli. Une cours des miracles dans laquelle le policier omniprésent cherche à tenir en respect la vermine perverse qui se tapit dans l’ombre.

Mais l’amour fait des miracles : il convainc deux malheureuses victimes d’un sort aveugle que la pendaison est préférable à la fuite. 

L’adieu à la Reine

Film de Benoît Jacquot, 2012.

Versailles au crépuscule ? Peut-être pas tant parce que Versailles est humide, insalubre ou que les personnages n’y sont pas impeccables. Après tout, l’envers du décor du Versailles du duc de Saint Simon ne semblait guère reluisant. Et puis, le noble se moquait de la perfection, il était au dessus de tout. 
Plutôt parce que, à mesure qu’ils approchent de leur perte, et qu’ils sont gagnés, comme le reste de la société, par les idées des Lumières, les rois deviennent humains ?

La fureur de vivre

Film de Nicholas Ray, 1955.

Au fond, c’est un film pour ado. Révolte (bien élevée) contre le mode de vie bourgeois des années 50. Envie d’aventure. Idéal ? Montrer que l’on est un homme à ses copains, et trouver une compagne (ou un compagnon). Heureux les adolescents d’avoir des rêves aussi simples ! (Ont-ils toujours de telles aspirations ?)

Par ailleurs, Rebel without a cause semble un titre plus approprié, et j’ai été surpris par la ressemblance entre Brad Pitt et James Dean (que je n’avais jamais vu dans un film). 

Cloclo

Film de Florent Emilio Siri, 2012.

Je n’ai jamais aimé les chansons de Claude François. Elles sont même une sorte de mauvais souvenir de ma toute première enfance, durant laquelle la radio les hurlait. Lorsqu’il a disparu, j’ai eu l’impression que c’était de grande vieillesse, comme Pascal.

C’est une bande annonce qui m’a fait voir le film. Claude François m’y a fait penser à Nicolas Sarkozy. Inattendu.

Et l’impression s’est maintenue. Lui aussi a une énorme énergie, du toupet, une volonté increvable de réussite matérielle, pas très française, un amour du bling bling, une capacité étonnante à se transformer avec les goûts du marché, à « l’innovation », un certain manque de culture, une revanche à prendre sur la vie et de grosses désillusions sentimentales, qu’il a bien cherchées. Lui aussi exerce une forte attraction sur les uns et une toute aussi forte répulsion sur les autres. Et, j’allais oublier, il est petit et porte des talonnettes…

Et, heureusement, on n’entend que des courts morceaux de ses chansons. 

Le port de la drogue

Film de Samuel Fuller, 1953.

Jean Peters arpente les taudis de New York en fourreau blanc, et sert de punching ball aux hommes du coin.
L’amour et la lutte contre le communisme sauvent un petit escroc, sur le point de prendre perpète.
Mais pourquoi ce titre ? D’après Jean Tulard (Guide des films), la VF du film parlait de drogue, et pas de communistes. Diaboliser le rouge ne devait pas faire recette en France, alors. 

The Artist contre Intouchables

The Artist a reçu tous les prix, Intouchables a été porté par le bouche à oreille. Le premier, en dépit de deux lancements, n’en est pas à trois millions de spectateurs, le second dépasse les dix-neuf millions.

Faut-il voir dans cet écart une forme de « lutte des classes » ? The Artist c’est le choix d’une élite intellectuelle qui utilise les institutions pour nous dicter notre comportement ? Intouchables, c’est celui du reste de la population, qui se répand par le téléphone arabe (au sens printemps du terme) ?