Adieu poulet

Qu’est-ce qu’un film dit de notre société ? 
Que le flic est un héros, ici. Evident ? Pas pour nos médias : ils ne parlent que de « violences policières ». Pour eux, la police, c’est le mal. Et si, pour le peuple, elle était le bien ? Plus curieux : pourquoi les deux héros du film sont-ils entrés dans la police ? Parce qu’ils étaient des incapables ! Elite de la police, mais échec de la société (de l’Education nationale ?) ! Un portrait dans lequel le Français se reconnaît ?
Qui sont les mauvais ? Le juge. Un avatar de l’inquisition qui sait, d’instinct, que le flic est pourri. Et qui met en oeuvre tout son pouvoir de nuisance pour l’empêcher de travailler. Et, surtout, l’homme politique. Le flic, d’instinct, sait qu’il est pourri. Et il a raison. 
Et s’il ne fallait pas chercher plus loin les conflits qui agitent notre société ? 
(Film de Pierre Granier-Deferre de 1975.)

Le déclin de la critique de film

La critique de film, phénomène très français : émission de France Culture, dimanche dernier. J’en retiens que la critique est quasiment aussi vieille que le film, qu’elle a été particulièrement forte en temps de guerre. Mais qu’elle s’est séparée de l’opinion quand elle a désavoué La grande vadrouille. Depuis, c’est le déclin. Il n’y a plus de grands critiques que l’on écoute religieusement. Tout le monde est devenu critique, et c’est consternant. 
Je me suis demandé si cela ne ressortissait pas à la fameuse « crise de l’autorité« , dont on parle tant, et si ce n’était pas liée à la « massification de l’enseignement supérieur ». Justification : l’intellectuel a perdu son monopole de la pensée ; on s’est peut-être rendu compte que ce qu’il disait souffrait de biais idéologiques.
Comment reconstituer cette autorité ? Peut-être en deux temps : 1) il faut retrouver des bases de jugement séduisantes, travail de recherche ; 2) il faut être connu. Tout cela peut demander beaucoup de temps. Cela signifie peut-être qu’une condition nécessaire pour se constituer une autorité est de posséder une fortune personnelle. L’autorité aux héritiers ?

Fidelio

Film de Lucie Borleteau. Une femme au milieu d’un équipage d’hommes. 
Déception. J’aime les bateaux, mêmes vieux, et la mer. On ne voit pas grand chose de tout cela. Sinon que les conditions de vie sont apparemment agréables, et qu’être Français c’est être un aristocrate de la mondialisation.

Pour le reste, cela me semble le retournement des valeurs traditionnelles. L’homme cherche le grand amour, la femme est volage, elle change d’homme dans chaque port. Y avait-il matière à un film ? 

Master of the universe, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la finance…

Film de Marc Bauder. J’ai vécu en parallèle du monde dont il parle. J’ai entendu tout ce qu’on dit ici. Mais je ne l’avais pas rassemblé. Bref, voilà le film par excellence qui vous expliquera, simplement, comment fonctionne une banque depuis que la finance innove. 
Ça commence dans les années 80. Des Américains bizarrement accoutrés viennent expliquer aux natifs les innovations financières, les options. Au début, il n’y a qu’une poignée de convertis. Car seuls les jeunes s’adaptent aux ordinateurs. Mais, petit à petit, tous sont contaminés. Jusqu’aux collectivités locales, qui se jettent, comme des moutons, dans la spéculation.
Film anthropologique. Intimité des banquiers, qui vivent nuit et jour, vacances comprises, entre eux. Ils ont leurs crèches, où leurs enfants sont élevés par la banque. Et leur personnel de maison. Personnel sans lequel ils ne pourraient pas passer leurs nuits à travailler et leurs jours loin de leurs foyers. Oui, ils ont vendu leur âme à la banque ! Ils sont sa chose. Ils ont un signé un pacte avec elle : fidélité totale, critique inconcevable. Faust au petit pied ? 
Et leçon de lavage de cerveau totalitaire ! Les individus sont coupés, totalement, des réalités. Ils ne voient de l’extérieur que des écrans d’ordinateur. Et, ils sont hyper spécialisés. Et sous la menace permanente du licenciement. On élimine 10% des effectifs chaque année. (Une technique très en faveur chez les consultants dès les années 90.) Dans ce monde on ne fait pas de vieux os. Mais on finit riche. Grande différence avec l’URSS.  
Et ça marche. Tout ces gens se transcendent. Ils se sentent les « maîtres de l’univers« . Et ils le sont. Car ils abattent les nations, l’Europe et pourquoi pas le monde. Ce n’est pas sorcier. Vous achetez un emprunt d’Etat qui n’a plus de valeur. Et vous forcez son émetteur à payer le principal, plein pot. (L’Argentine vient de faire les frais de ce procédé, remarquera-t-on.) Vous commencez par la Grèce, puis le Portugal, l’Espagne, l’Italie… arrivé à la France, l’euro, c’est fini ! Car c’est cela qu’est devenu le métier du financier. C’est la fameuse innovation qui l’a transformé. Les options permettent « d’assurer la maison du voisin » dit le film. La finance c’est assurance-mort : vous-vous enrichissez du malheur des autres ! Dans ces conditions, peut-on résister à la tentation de le provoquer ?

Eh oui, la finance, création de l’homme, s’est retournée contre l’homme. Pourtant, il serait facile de l’arrêter. Elle est contrôlée par une poignée d’individus est-il expliqué. Mais ce sont des irresponsables. Pas de chance.

Le blog est fatal au cinéma

Je ne vais plus au cinéma. Pourtant, il n’y a pas encore longtemps, la chronique cinéma était la plus fournie de ce blog. C’est une question d’arbitrage, selon l’expression des financiers anglo-saxons : mon temps est rare. Mais ce n’est pas tout. Ce blog a enlevé au cinéma son mystère.

En recherchant les règles de nos comportements, il m’a montré que ce qui me plaisait dans les films était des sentiments bêtes, des questions immémoriales telles que les mystères de l’amitié ou du respect de ses convictions en environnement hostile. Mais, et c’est là où tout le beau du spectacle s’est évanoui, j’ai aussi compris qu’il est un moyen de manipulation de masse. Le réalisateur veut influencer nos comportements, nous dire ce qui est bien. 
L’artiste serait-il complexé ? Son art ne lui suffit plus ? En France, il n’y en a que pour l’intello, et il trouve son intellect un peu court ? C’est pourquoi, il a cherché à l’agrandir en empruntant des idées à d’autres ? Il n’a pas aimé ce qu’a dit de lui Oscar Wilde ? me suis-je demandé. En tout cas, l’artiste n’est pas un penseur de haute volée. C’est pourquoi je ne vais plus au cinéma. 

Mythes et idéologies du cinéma américain

Voici un livre (de Laurent Aknin, Vendémiaire, 2012), qui psychanalyse l’Amérique au travers de ses films de « fantasy » – science fiction, horreur, péplum et superhéro.
On y voit, effectivement, qu’ils évoluent au gré des humeurs, des états d’esprit, et des événements. Peut-être, même, servent-ils à la nation, collectivement, à accepter et à dépasser les drames qui secouent ses certitudes, et la vision qu’elle a d’elle-même.  En particulier, le 11 septembre a été un choc terrible qui a marqué de son empreinte quasiment l’ensemble de la création de cette décennie.
On y voit aussi s’exprimer les fantasmes nationaux, comme la passion sado/masochiste de la torture. Et que les superhéros, les zombies et les extraterrestres sont un moyen pour des réalisateurs, de gauche, de régler leurs comptes avec le pouvoir, quand il est tenu par George Bush.
Cinéma d’une culture au croisement entre Bible et bande dessinée, il reflète la vision naïve qu’à l’Américain d’un monde qui se réduit à son pays, d’une apocalypse qui attend au coin de la rue, et d’une lutte du bien et du mal, dont il est le champion. Mais voilà que les superhéros ont perdu leur perfection. Ils ont été contaminés par les faiblesses humaines. « Le sentiment dominant de ce cinéma est l’inquiétude (…) il s’agit surtout de l’angoisse intérieure d’un pays qui se sent sur le déclin. »
Est-ce vraiment le déclin qui fait peur à l’Amérique ? Ou son bel optimisme vacille-t-il au spectacle de ses actes et des revers qu’elle a subis ? En est-elle arrivée à douter de son élection divine ? me suis-je demandé. 

Pourquoi aimons-nous avoir peur ?

Un psychologue penseque nous aimons les films d’horreur parce qu’ils nous mettent face à des situations qui nous auraient forcés à agir. L’économie d’énergie que l’on réalise en n’agissant pas quand on le devrait fournirait un plaisir.

Pour ma part, je croyais, bêtement, que cela venait de ce que nous étions heureux que l’histoire ne nous soit pas arrivée. Je propose d’ailleurs la même explication au plaisir que les vieilles gens ont d’assister aux enterrements de leurs amis. 

Moonrise Kingdom

Film de Wes Anderson, 2012.

Les films de Wes Anderson sont tous très particuliers. Tout y est décalé. D’ordinaire on tend à faire des enfants des adultes en réduction. Là, ce sont les adultes qui se comportent comme des enfants. (Peut être que les bons adultes ont gardé un coeur d’enfant ?) Et l’enfant est avant tout quelqu’un qui prend tout au sérieux.
On pourrait croire à une farce poétique, et pourtant, curieusement, ces films peuvent être tristes. Peut-être que ce que nous prenons pour les petits malheurs de l’enfance sont les vrais drames de l’existence ?

Retour vers le futur

Film de Robert Zemeckis, 1985.

Intéressante question : et si notre existence dépendait d’une décision critique, d’un moment de courage ou de lâcheté. Et s’il en était de même de celle de nos descendants ?
Le premier problème est très américain : nous tenons notre sort entre nos mains. Mais le second beaucoup moins : pas facile de se tirer d’affaires quand on appartient à une famille déglinguée. 

Sandra

Film de Luchino Visconti, 1965.

Sombre histoire d’amour et de folie. Elle ressemble à celle d’Électre. Et c’est peut-être comme cela qu’il faut voir le film…

Je trouve Luchino Visconti d’autant meilleur qu’il s’éloigne de notre temps, mais aussi qu’il est en couleur.