Contrainte artificielle

Chinese AI groups get creative to drive down cost of models
01.ai, Alibaba and ByteDance have cut ‘inference’ costs despite Washington curbs on accessing cutting-edge chips

Financial Times du 19 octobre

La contrainte rend intelligent. Et si l’on coupait les vivres à l’Intelligence artificielle ? Peut-être cela nous ferait faire quelques économies d’énergie nucléaire ?

Avis de tempête

Global chipmaking hit as Hurricane Helene disrupts quartz mining
Flooding of US town of Spruce Pine affects production of key ingredient in semiconductor supply chains

Financial Times, le 5 octobre

Surprenant, je pensais que la Chine possédait les composants critiques concernant les techniques d’avenir.

Le bon côté des tempêtes, c’est qu’elles révèlent à la fois des faiblesses et des forces ?

Si l’on veut éviter un « souverainisme » stérile et maintenir de bonnes relations internationales peut-être faudrait-il redécouvrir nos forces et en faire ressentir l’utilité ? Vive les tempêtes ?

Dette et souverainisme

L’Europe fait face à un problème complexe, elle est terriblement endettée, alors qu’elle a un retard colossal en ce qui concerne les techniques qui font et défont les nations. Echec et mat ?

Dans un précédent billet, je disais qu’il n’y a aucune raison économique d’investir dans le rattrapage d’un retard. (Pure orthodoxie économique !) En effet, ce faire conduit à un retour sur investissement négatif. C’est l’envers de la logique du marché, qui consiste en un échange de « différences ». Bref, on investit à fonds perdu, et on creuse la dette. Ce qu’il va finir par falloir faire payer par ceux qui n’en ont pas les moyens, et dont on a besoin pour relancer l’économie.

Il vaudrait mieux investir dans notre « potentiel ignoré », ce pour quoi nous avons un savoir-faire unique, traditionnel, qui a été délaissé ce dernier demi siècle. En particulier, il est préférable d’investir dans la « bioéconomie » (le remplacement du pétrole par des déchets de l’agriculture) que dans « l’énergie renouvelable ».

Mais le souverainisme a une raison d’être : la Chine. Comme la Russie, elle a exposé ses plans. Dans son cas, il s’agit d’acquérir le monopole de savoir-faire critiques de façon à imposer au monde son modèle de société. (C’est une forme de perversion narcissique : renverser la logique de l’économie de marché pour servir ses intérêts !)

Alors, comment faire ? C’est peut-être ce que pense M.Draghi : aucune nation européenne ne peut faire seule face à la Chine ou aux USA, mais l’Europe unie, elle, en aurait les moyens. Pour le moment, ses nations ne l’ont pas compris.

Suprématie atomique

South Korea pushes to export nuclear reactors to Europe

Asian nation seeks to become leading player in market dominated by China and Russia

Financial Times du 29 août

Il est utile de temps à autres de se pencher sur son passé… C’est une source d’enseignements.

Le nucléaire : un « autre » secteur que la Chine a voulu dominer totalement. Pour cela, elle a demandé à l’Occident de lui donner son savoir-faire. Ce qu’il a obligeamment fait.

Mais la France a aussi eu des ambitions pour ce secteur : l’EPR. AREVA était son champion. Vu de loin, il semble avoir sombré dans le ridicule. Retards invraisemblables et AREVA en faillite. Beaucoup de paroles, mais plus de compétences ? Trop d’énarques, pas assez de soudeurs ? Un pays a besoin d’autre chose que d’une « élite » ? Ce que possède la Corée du sud ?

Point curieux : les EPR construits en Chine semblent avoir marché, contrairement à ceux qui ont été installés ailleurs. Les Chinois ne seraient-ils pas que copieurs ?

Shadow war

The shadow war : China and the West, de la BBC. Se dirige-t-on vers une guerre avec la Chine ? L’Occident, et en premier lieu l’Angleterre, ne furent-ils pas quelque-peu innocents ? N’ont-ils pas armé la Chine pour qu’elle les détruise ?

Car la Chine avait annoncé son plan : elle vise la jugulaire de l’Occident. Elle veut se rendre maîtresse des savoir-faire techniques critiques, y compris de l’ADN du monde (ce qui permet de concevoir des armes « racistes »), de façon à imposer sa loi. Et elle y est parvenue grâce à un espionnage massif.

Le règne de la Chine n’est pas une perspective très réjouissante. Le traitement que le pays réserve à ses opposants, en particulier ceux de Hong Kong, rappelle les grandes heures de l’URSS.

Bien sûr, la Chine ne fait rien d’autre que ce que d’autres ont fait, rappelait l’émission. En leur temps l’Angleterre et les USA ont voulu transformer les autres nations en clientes. Seulement la Chine procède de façon « solution finale ». Elle a transformé le jeu occidental, quelque peu pervers, en une guerre à mort.

Cela fait bien longtemps que je lis que la Chine est en guerre avec l’Occident. Seulement, n’est-ce pas l’Occident qui a fait la Chine ? N’y avait-il pas, d’un côté, la Jet set internationale et apatride, les forces du progrès, et de l’autre les « petits blancs » obsolètes ? Ne parlait-on pas de « vieille Europe », de « BRICS » ? N’était-il pas bien plus facile, et moins cher, de travailler avec des Chinois qu’avec des Occidentaux, leur protection sociale, leurs avantages acquis, leurs syndicats et leurs droits de l’homme ?… Enfin des gens motivés ? Motivés d’acheter la corde qui vous pendrait ?

Mais, cela aurait peut-être pu réussir ? La fameuse « soft power » de Mme Clinton ? La Chine aurait-elle pu changer ? Le monde aurait été fait de deux classes, et d’aucune nationalité, le « modèle du sablier » ? Mais, dépassé un certain seuil de tolérance, les cultures nationales ont réagi ? Xi Jinping, Vladimir Poutine, Donald Trump et quelques autres sont apparus ?

Guerre de cultures ?

Protectionnisme américain

Les démocrates américains ont compris que, s’ils voulaient retrouver leur électorat traditionnel, ils devaient leur rendre des emplois dignes. M.Biden a donc fait du super Trump, en érigeant d’immenses barrières de protection : l’IRA.

Apparemment, ça n’a pas marché. M.Biden n’est pas un favori des sondages, alors qu’il n’aurait dû que renforcer l’avance qu’il possédait sur M.Trump lors des précédentes élections. Pourtant les USA semblent créer beaucoup d’emplois. Mais on parle d’inflation. Serait-ce la conséquence du protectionnisme dont il est si souvent fait état ?

Mystère. En tous cas l’IRA semble avoir voulu faire d’une pierre deux coups. Il a cherché à réindustrialiser et à décarboner. Or, la Chine domine le secteur de l’environnement. L’IRA pourrait faire son jeu. (Article.)

Nier le réchauffement climatique serait-il dans l’intérêt des « classes moyennes » ? En jouant sur les forces des pays occidentaux, il y a plus de chances d’améliorer la qualité de leur emploi qu’en affrontant l’avantage chinois ? Quant au nettoyage de la planète, on peut le lui laisser ?

Inde triomphante ?

Il y a longtemps, The Economist disait que l’Inde triompherait de la Chine, parce qu’elle était une démocratie.

M.Modi ne semble pas un grand démocrate. Mais, je lisais que les Américains étaient en train de détourner leurs affaires de la Chine vers l’Inde. J’entendais aussi BBC World service dire que la qualité de vie de l’Indien s’est améliorée. Et ce, en grande partie, du fait de programmes publics.

La grande affaire de l’Inde est, apparemment, que sa population a dépassé celle de la Chine, si j’en crois cette émission. La Chine, quant à elle, aurait été victime d’un « mauvais calcul » selon un tweet d’un journal américain. Elle a cru aux prévisions du Club de Rome et a adopté une politique de dénatalité. Si bien qu’elle vieillit. Et que sa puissance s’en ressent.

La raison est mauvaise conseillère ? Contrairement à ce qu’a écrit Montesquieu, le mérite de la démocratie ne serait pas la vertu, mais le chaos ?

Soleil levant

S’il est un pays où le renforcement de l’axe Pékin-Moscou est scruté avec minutie et inquiétude, c’est bien le Japon. Longtemps considéré comme un géant économique et un nain politique, le pays a changé de statut, Alors que son économie stagne, son poids géopolitique s’accroit.

Affaires étrangères, de France Culture

Le monde vu du Japon, en particulier par un professeur japonais, Kanehara Nobukatsu.

Etrangement, j’ai retrouvé les propos du général de Gaulle : les Américains utiliseront-ils leur bombe atomique pour nous défendre ? L’Allemagne pense de même.

Mais le Japon, après des années de repli sur soi, semble reprendre du poil de la bête. Son économie se redresse, alors que celle de la Chine donne des signes d’essoufflement.

Oublions le complexe de la colonisation, et regardons devant nous : « l’Occident » promeut un système politique qui a l’avenir pour lui, Russie et Chine sont des rétrogrades.

Voilà un discours nouveau, ai-je pensé. En tous cas, il serait bien de travailler, aussi, à renforcer notre modèle démocratique. Car, pour le moment, il a besoin de la crainte d’un « bogeyman » rétrograde et nucléaire pour ne pas céder à la tentation de manger ses enfants – comme il l’a fait récemment.

Le bug démocratique

En lisant les Mémoires de De Gaulle, j’en viens à penser que, quoi qu’on en dise, il nous a rendu un fier service.

Car la 3ème République était une clownerie. La durée de vie des gouvernements se comptait en mois. Et la politique n’était que petite manigance minable, à l’image de ce que l’on voit aujourd’hui aux USA. La France était la risée du monde. De Gaulle a créé une dictature, mais, au moins, elle garde le cap. (Certes, mauvais.)

Je crois qu’il y a là le bug de nos démocraties. En effet, si l’on reprend les travaux qui sont à leur origine, ils disent que l’homme est enchaîné. (Ce qui est une hypothèse culturelle, pas un constat scientifique.) Il faut le protéger. Le seul but des démocraties est donc la liberté individuelle. Et l’élu est supposé être « représentatif ». Mais représentatif d’intérêts individuels. Et l’intérêt général, dans cette affaire ? dit de Gaulle.

La Russie et la Chine ont une vision gaullienne de la chose. Ce qui compte pour elles, ce n’est pas l’individu, mais la grandeur de la nation. Au fond, on parle des « nationalismes » de 1848 au sujet des démocraties, mais c’est une erreur. Seuls les Etats non démocratiques sont réellement « nationalistes ». Ils sont la propriété d’une personne qui, comme de Gaulle, en a une « certaine idée ». Et qui veut les faire admirer. Eventuellement de force.

Drôle de démocratie

Curieuse situation. La Russie a déclaré ouvertement la guerre à l’Occident, et la Chine a fait de même, en plus dissimulé.

Et l’Occident est attaqué par des courants internes favorables à la Russie, et d’autres, qui le dénoncent comme un mal absolu. Et pourtant, il fait comme si de rien n’était. Comme si tout le monde était beau et gentil.

Serait-ce ce qui fait la force d’une démocratie ? Elle libère tellement d’énergie que, dans le lot, le bon excède radicalement le mauvais ?