Grande muraille

Encore une « fausse nouvelle ». J’ai toujours entendu dire que la grande muraille de Chine était le seul édifice humain que l’on voyait de la Lune. C’est faux. Cette fable remonterait au 18ème siècle.

Par ailleurs, pour un Occidental, la Chine a quelque-chose de curieux : elle veut protéger ses ressortissants des idées subversives… (Concordance des temps.) Au fond, on le sait, cela nous paraît même amusant. Mais s’est on demandé ce que cela signifiait des projets qu’elle avait pour nous ?

Et s’il était temps de casser la muraille ? D’amener la Chine à comprendre qu’elle n’a rien à gagner à agresser ses clients. Plus elle fera d’affaires avec eux, plus son peuple sera prospère, et moins il aura de tentations de se révolter.

La loi du milieu

La Chine pourrait attaquer Taïwan dès 2027. Elle cherche le bon moment et sonde les failles de l’Occident. Un Munich ukrainien serait un signal favorable.

Malheureusement, l’UE s’est mise entre les mains de la Chine.

The biggest threat a Chinese invasion poses to Europeans is economic. Taiwan produces nearly 90 percent of the world’s most sophisticated chips used for smartphones and other goods. Taking over the island would put that supply in the hands of Beijing, which already has a stranglehold on critical raw materials and magnets and uses its dominance to punish countries that go against its interests. European industry has already been caught in the middle after China put up export controls on key resources in response to tariffs from the Trump administration.

politico.eu 30 décembre

Le plus intéressant dans cette affaire n’est peut-être pas que nos gouvernements nous aient jetés dans la gueule du loup, l’erreur est humaine, mais l’arrogance avec laquelle ils l’ont fait ?

Jean-François Billeter

François Jullien m’a amené à Jean-François Billeter. A l’époque, je m’intéressais à la civilisation chinoise. J’avais lu un livre de François Jullien, que l’on présentait comme un expert du sujet. Il m’avait indigné : délire de « philosophe ». (Il en était d’ailleurs de même des oeuvres d’un disciple de Durkheim.) C’est ainsi que le titre « Contre François Jullien » a attiré mon attention. Et que j’ai acheté cet ouvrage de Jean-François Billeter. C’était le travail sérieux d’un anthropologue. Et c’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter l’émission que lui consacrait récemment France Culture.

J’ai découvert un Suisse à l’esprit très germanique. Modestie et méthode. Il a consacré la première partie de sa vie à enseigner la langue et la culture chinoise. Epuisé, il a pris sa retraite à 60 ans. Et, petit-à-petit, il s’est mis à publier.

Il me paraît s’être intéressé à une de mes préoccupations : ce que Montesquieu aurait appelé « l’esprit des lois », c’est à dire les caractéristiques d’une culture humaine, les forces qui expliquent son histoire, et avec lesquelles il faut jouer pour lui donner le destin qu’elle mérite. Ses travaux ne portent pas uniquement sur la Chine. Il s’est penché aussi sur notre société, et sur des thèmes qui reviennent dans ce blog. En particulier, le « nihilisme », mal de notre temps, auquel il oppose une sorte de culture de soi, un travail de développement de son potentiel, qui donnerait la liberté. Il oppose aussi fini et infini : le capitalisme, en particulier, est fondé sur l’hypothèse absurde d’un empilage infini de biens matériels. La vie est une oeuvre, finie.

Plus curieusement, peut-être, il penserait que le salut pour l’Europe est d’être une nation de régions.

A étudier.

(Inspiré par France Culture.)

Problème européen

Le graphique ci-dessous ne résumerait-il pas le problème que doit résoudre l’Europe ?

M.Trump veut éliminer la surface bleue par la force. Il ne restera à l’Europe que la surface rouge, qui elle n’aspire qu’à grandir.

Résultat d’années d’aveuglement ?

Il faut maintenant rétablir un équilibre, amener tout ce beau monde à comprendre que l’économie n’est pas une guerre. Car on ne peut pas tuer son client, qui est une vache à lait. Tous doivent produire ce que les autres veulent acheter, mais ne savent pas fabriquer. Et que la start-up, et rien de ce à quoi ont cru nos gouvernants, n’est pas la solution.

Santé chinoise

La croissance chinoise demeurerait forte, et ce malgré la faiblesse de la demande intérieure. Les Chinois seraient parvenus à réorienter leurs exportations des USA vers le reste du monde, en particulier l’Europe.

Comment font-ils ? Des complices ?

L’Europe, la France surtout, donne un curieux spectacle. Elle est accusée par Trump d’avoir dévalisé les USA, alors qu’elle se trouve dans une situation identique à la leur. Mais alors qu’il réagit, elle semble impuissante tout en convainquant son peuple du contraire.

« There’s a tendency to sideline China-related issues in Europe because we just have so many things on our plates, » Bachulska said, referring to the Ukraine war and the EU’s trade dispute with Trump. « China seems just to be a geographically distant challenge … [but] many of the impacts of Chinese policies are going to be felt in Europe very soon. »

Article.

Taiwan et les USA

J’entendais que les USA s’attendaient à une attaque par la Chine de Taiwan. La BBC parlait de la détermination des USA à l’empêcher.

Je pense que la BBC se trompe. La blague du moment aux USA est « TACO » : quand Trump rencontre une résistance, il fait dans son froc. Il n’a plus aucune crédibilité. Si la Chine attaque Taiwan, Trump cédera. D’ailleurs, ne pourrait-il utiliser Taiwan pour obtenir des concessions de la Chine ? A mon avis, Trump parle à l’Europe, il lui dit : je me désintéresse de vous.

Poutine ne serait-il pas parvenu à le manipuler ? Ne lui aurait-il pas fait miroiter des affaires pour sa famille ? La Russie comme Eldorado des USA ?

Supplice chinois

Si Trump n’existait pas, il faudrait l’inventer ? Sans lui le monde est terne.

Christine Ockrent lui consacrait, samedi, une nouvelle émission. Elle s’interrogeait sur la situation en Asie.

Je retiens que la Chine ne va peut être pas bien économiquement, mais qu’elle flairerait une occasion. Sa stratégie jouerait sur la psychologie de ses adversaires, plus que sur la force. Elle cherche à faire craquer les nerfs de Taiwan, et soupçonne que Trump pourrait être amené à lâcher l’île.

Ce blog a beaucoup étudié « l’influence », la manipulation des esprits. Ce fut longtemps l’apanage de la « soft power » américaine. Les régimes dirigistes vont-ils lui rendre la monnaie de sa pièce ? En tous cas, en ce qui nous concerne, nous Européens, rien ne change ?

Politique chinoise

L’autre jour une émission de la BBC disait que les gouvernements européens « had been sleeping at the wheel ». Effectivement, ils n’ont rien compris aux changements du monde. Ils n’ont même rien compris aux conséquences des politiques dont ils se faisaient les champions.

Je découvre que les Chinois ont mené une impeccable politique industrielle, dont je ne soupçonnais pas la complexité. Ils sont non seulement parvenus à dominer toute la chaîne de la valeur de « l’énergie propre », de la voiture électrique à la mine, en passant par les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires, mais surtout ils ont acquis une avance technique qui semble massive aussi bien, par exemple, dans les techniques de traitement des terres rares que dans celles de fabrication des batteries.

Pourquoi les constructeurs automobiles occidentaux ne se sont-ils pas adaptés ? me demandait-on. N’auraient-ils pas été victimes d’un phénomène dont parlent les livres de management : sans pression externe, l’entreprise n’innove pas ? Plus exactement elle tend à la concentration pour tuer la concurrence, dormir tranquillement et payer grassement l’actionnaire ? Les entreprises occidentales n’ont-elles pas eu pour toute politique la « domination par les coûts », à l’image de Stellantis ?

Le libéralisme, la déréglementation, l’économie de marché… n’auraient-ils pas les vertus que l’on nous a serinées ?

Et l’avenir ? Peut-on rattraper l’avance chinoise ? Ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser à la prochaine révolution ?

British steel

L’affaire du moment, en Angleterre, c’est British Steel. Le propriétaire chinois voulait fermer l’entreprise. On entend dire que la nationalisation est imminente. En attendant, le gouvernement anglais se met en quatre pour lui trouver du charbon.

Après-guerre, le British Steel initial avait été nationalisé pour le moderniser. C’était aussi la raison des nationalisations en France, au même moment. On a oublié que la libre entreprise est souvent paresseuse. Ce n’est pas l’innovation qui motive l’actionnaire, mais le profit !

« British Steel » tout un symbole ! On redécouvre l’industrie, l’importance de l’acier, en ces temps de Trump, et que l’on ne peut pas encore se passer de charbon. Revirement politique sans précédent : hier l’ultra-nationaliste Thatcher n’avait pas craint de vendre au capitalisme international les joyaux de la couronne ; il y a encore peu, on entendait beaucoup d’hommes politiques présenter le Chinois comme l’avenir de l’Angleterre libérée par le Brexit ; aujourd’hui, on prend conscience que le capitalisme chinois est mafieux ; et, qui sait ? qu’il sert peut-être la politique de son pays. Car, sans producteur local, les Anglais devaient acheter de l’acier chinois…

(Sujet complexe, où l’on retrouve domination chinoise, surproduction et coût de l’énergie.)

Changement mondial

Faut-il s’allier aux Chinois ? Réorganiser le commerce mondial sans les USA ?

Ce serait oublier que les Chinois doivent leur succès à un généreux transfert de compétences, suivi d’une politique de subvention qui a pour but d’abattre les généreux donateurs. Ce qui ne vaut pas mieux que la politique de Trump. Et est tout aussi suicidaire.

Dans ces conditions l’Europe est dans une situation délicate. Elle est entre le marteau américain et l’enclume chinoise, divisée, et menacée par le « populisme ». Et Trump nous a fait la grâce de nous démontrer la nature de la menace : son danger ne tient pas à telle ou telle idéologie « fasciste », mais à une incompétence insondable.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout ce monde cherche un bouc émissaire, alors que le mal est chez lui : son « modèle économique » n’est pas durable.

Se guérir consiste à sortir du déni, et, ensuite, à comprendre que l’on a besoin des autres pour se tirer d’affaire.

Mais la raison est elle une bonne raison de changement ?