Banalité du mal

Global banking climate alliance folds four years after launch
‘Net zero’ financial sector group votes to cease operations after losing members under political pressure

Trump’s attacks cast a chill on what Wall Street says

Economists and investors say there are scattered signs of self-censorship

Financial Times du 3 octobre

Curieux comme les fortunes peuvent changer du jour au lendemain.

Un mécanisme qui illustre la Banalité du mal d’Hannah Arendt ? Il suffit de quelques signaux pour que chacun se cache ? Ce qui n’est pas une très bonne affaire pour ceux qui sont à l’origine des dits signaux ?

Technique de conduite du changement pas très durable ?

Changement systémique

Période intéressante. Nous vivons un changement « sociétal ». Qu’observe-t-on ?

Comme on le lit souvent, le changement est « systémique ».

Qu’est-ce qu’un système ? Un phénomène qui ressemble au thermostat, apparemment. (Je ne suis pas sûr qu’il y ait accord sur ce sujet, seulement cela paraît la définition la plus pertinente.) Le système obéit à un « principe », qu’il défend. C’est « l’esprit des lois » de Montesquieu.

Il me semble que l’esprit de la 3ème République était celui, collectif, des droits de l’homme. Cela n’aurait pas changé avec de Gaulle. Ensuite, nous avons basculé dans un autre système, dont le principe est l’individu, qui aboutit, plus ou moins nécessairement, au sur-homme (ou « premier de cordée »).

Ce phénomène illustre le Yin et le Yang chinois, passage (notamment) du collectif à l’individuel, et la dialectique de Hegel, le changement par contradiction.

Ce que l’histoire récente semble montrer, c’est que le système porte en lui-même sa contradiction. En fait le modele du thermostat n’est juste qu’un temps. Les forces de résistance au changement finissent par céder. C’est probablement ce qui, pour de Gaulle, devait assurer la pérennité de sa « vision de la France », qui lui a été fatal.

On peut donc imaginer que nous allons repartir vers une phase « collective ». Seulement, y a-t-il un moyen pacifique d’y parvenir ?

L’enquête se poursuit.

Changer de culture

Si le Roi m’avait donné
Paris sa grand’ville,
Et qu’il me fallût quitter
L’amour de ma mie ;
Je dirais au roi Henri
« Reprenez votre Paris,
J’aime mieux ma mie, au gué,
J’aime mieux ma mie.

Alceste, dans Le misanthrope, de Molière.

Je me demande si l’on n’en est pas revenu au temps de Molière. Notre parole ne reflète pas ce que nous pensons. Elle est artificielle, elle est un jeu avec les conventions sociales.

Idem pour la cuisine ? Le hasard m’a fait déjeuner dans des trois étoiles. J’ai regretté la cuisine simple de jadis, que l’on trouve encore à l’étranger. On semble confondre le génie avec la complication. Il en est probablement de même de tout.

Et si le changement dont nous avons besoin consistait à prendre un nouveau départ ?

Paradoxes du changement

Pourquoi la transition climatique nous pose-t-elle un problème ?

Ce sont, en grande partie, ceux qui militent pour elle qui en sont responsables.

UK’s richest set to produce 13 times more transport emissions than poorest by 2035

The Guardian (@theguardian.com) 2025-08-27T08:58:06Z

Le changement n’est pas une simple question de « bon sens », selon l’expression de Nicolas Sarkozy.

Ligne du parti ?

Quel changement nos gouvernements rêvent-ils de réaliser ? Cette question est un fil rouge de ce blog.

Dernière idée, surprenante : tout simplement, le changement pour le changement ? La France dont ils ont hérité leur semble dépassée, ennuyeuse, bonne pour la « destruction créatrice » ? Ailleurs, c’est mieux : imitons ?

Le président Giscard d’Estaing aurait été le « premier de cordée ». Le président Mitterrand, paradoxalement, aurait résisté au changement, ainsi, en partie au moins, que le président Hollande (qui a tenté de relancer l’industrie).

La première étape du changement bénéfique : amener nos dirigeants à aimer le Français dans toute sa complexité, frustrante au premier contact ?

Vieillissement

En vieillissant nos ribosomes se mettraient à faire des erreurs. Ils avanceraient par saccade, et traduiraient mal le message de l’ARN, ce qui produirait des protéines défectueuses. D’où encombrement et cercle vicieux. (Emission de la BBC.)

D’autres travaux semblent proposer une solution naturelle au problème. Si le vieux ribosome travaille lentement, il ne fait plus d’erreurs. Il faudrait donc réduire l’activité du vieux corps en diminuant la quantité de calorie qu’il absorbe. (Article.)

Ce qui m’a amené à réfléchir à la mort. Au fond, c’est une histoire de résistance au changement. « Quelque-chose » cherche à se maintenir, alors que rien n’y parvient. Le soleil s’évapore, les pierres s’usent, etc.

La vie (concept impossible à définir) est un curieux phénomène, d’ailleurs : elle paraît utiliser le changement naturel pour se maintenir.

A plus grande échelle, il semble qu’il y ait un double mouvement. D’une part, il y a éclatement, de l’autre rassemblement. Mais, ce qui s’assemble est toujours plus complexe ?

Forces du changement

John K. Galbraith disait que les théories économiques justifiaient les intérêts de classes sociales. Cela se serait-il à nouveau vérifié ? Les économistes ont produit une théorie, sans aucun fondement, selon laquelle l’industrie n’avait pas d’avenir. (Précédent billet.)

L’histoire récente semble faite par deux forces : la domination du diplôme, devenant celle de la parole, créant une « élite » auto-reproduite, et la soft power américaine, à l’oeuvre depuis la guerre, à laquelle les premiers ont souscrit avec enthousiasme. Cette classe semble avoir voulu créer un monde à son image. Un monde de jet set, d’idées, de GAFA et de valeurs « socialement avancées ». Et il semble l’exacte antithèse de celui de De Gaulle ou de la 3ème république. D’ailleurs, elle paraît avoir une haine épidémique pour leur France.

Et Emmanuel Macron fut son prophète, comme il l’explique dans son livre-manifeste ?

Tentation moderne

Quelle est la tentation de notre époque ? me suis-je demandé, en écoutant Jankélévitch (un billet précédent).

Au début de ma carrière, je m’occupais d’algorithmes. Ce qui m’a frappé alors est que ceux qu’écrivaient mes collègues ne marchaient pas. Il fallait les reprendre, ce qui est devenu mon travail. Ils disaient « on n’avait pas le temps de faire autrement ». Mais, traiter correctement le problème n’avait rien de compliqué. Et, de toute manière, le temps que l’on pensait avoir gagné initialement, on l’avait perdu, au centuple, en corrections (qui ne corrigeaient rien) de « rapports d’incidents » expédiés par des clients hystériques.

Ce constat est revenu sans cesse dans ma vie. C’est d’ailleurs la raison qui m’a fait écrire mon premier livre. Toute notre société semble le résultat de choix bizarrement paresseux. Des choix idiots, alors que la conduite vertueuse n’aurait demandé quasiment aucun effort supplémentaire. Peut-être, simplement, un peu de volonté. Une volonté qui constate que notre première idée n’est pas satisfaisante, et qui nous demande d’en chercher une autre.

Aristote pensait que la vertu s’apprenait. Comment créer des conditions qui fassent que l’individu acquiert de la volonté ?

Note de conjoncture, suite

Qu’observe-t-on si l’on s’écarte un rien de l’idéologie ? (Suite d’un billet précédent.)

Une évidence, pour commencer. La France fait face à des problèmes (au sens mathématique) de tous ordres. Problèmes sociaux (malaises, déclassement, extrémisme…), économiques (déficits publics et de la balance commerciale, incapacité à financer modèle social, services publics et moyens nécessaires à sa souveraineté…), géopolitiques (Trump, Poutine, Xi and co), qui mettent plus en danger sa sécurité (productive et militaire) que sa souveraineté à proprement parler, et, finalement, environnementaux (le climat étant le moindre de ses maux, bien plus grave est la toxicité consubstantielle à notre modèle de progrès, les épidémies, etc.).

Ce qui nous amène à une autre évidence. Pour résoudre ces problèmes, on demande, de partout, de l’argent. 5% de PIB pour la défense, ici, des milliards pour l’agriculteur mécontent, là, d’autres milliards pour les start-up. Or, il n’y a pas d’argent, et de croissance, sans économie, sans entreprise ! Pourquoi ne dit-on pas, avec le gouvernement britannique : il nous faut de la croissance ? L’argent n’est pas une condition suffisante, mais c’est une condition nécessaire.

Alors, d’où peut venir cette croissance ? Lors de la révolution industrielle ou en 45, c’était la découverte qui la tirait. Ce que je retire de 6 ans d’études est que ce sont les problèmes dont il est question ci-dessus qui vont tirer l’innovation.

Trois idées, issues des mêmes 6 ans d’études :

  • Impératifs moyens financiers (donc) : c’est l’entreprise qui les crée. or, une partie de notre potentiel entrepreneurial est inexploité : PME et territoires. Il se trouve que c’est celle qui sait fabriquer. Or, on vient de découvrir qu’avoir cru aux vertus du service nous avaient ruinés, et qu’il fallait « fabriquer sur place » !
  • De solitaire à solidaire : pour débloquer ce potentiel il faut sortir l’entrepreneur de sa solitude. Pensons coalition de volontaires, entreprises, élus, services publics locaux. Cette coalition a les moyens de mettre la puissance publique à son service, de créer ce que d’aucuns appellent une « gouvernance de proximité ». L’Etat se guérit d’un jacobinisme, millénaire ! et devient efficace.
  • Esprit Blériot : tous techniciens inventeurs.

Eric Hebborn, faussaire

Hasards de wikipedia. Je tombe sur la fiche de Eric Hebborn. S’il n’avait pas dit qu’il était un faussaire, on ne l’aurait pas su. En fait, il avait inventé l’Intelligence artificielle avant celle-ci. Il ne copiait pas, il créait des oeuvres originales, dans l’esprit de tel ou tel artiste, mais bien mieux que lui.

Et il jouait sur l’appétit du lucre de certains, et l’incompétence des experts. Exploiter l’hypocrisie sociale, éternelle technique de conduite du changement ? (Mais qui demande tout de même du génie ?)