Coopération et justice

EU faces crumbling support for new Russia sanctions
National capitals refuse to support measures that could hurt big companies

Financial Times, 19 juillet

The European Commission is scrambling to save a key part of the bloc’s 21st package of sanctions against Russia, according to four EU diplomats. This comes after Greece argued that a proposed ban on transport of Russian liquified natural gas would be devastating for its shipping industry.

Politico.eu, 20 juillet

L’intérêt général n’est pas un argument suffisant pour faire accepter une décision ? Son coût doit être équitablement réparti entre ceux qui la mettent en oeuvre ?

Un principe oublié par les promoteurs de la « transition climatique » ?

Potentiel ignoré

Je parle beaucoup de « potentiel ignoré » de nos PME. Qu’entends-je par là ?

Toute ma vie professionnelle, j’ai travaillé avec l’entreprise en crise. La crise crée « l’anxiété de survie » qui l’amène à se remettre en cause. La solution à la crise est un « modèle économique » nouveau. Il produit un changement radical. (NB. La crise n’est pas nécessairement économique. Elle peut résulter d’une frustration, par exemple.)

Le potentiel ignoré ne s’exprime pas explicitement, mais indirectement. Les employés deviennent optimistes, au sens où ils sont stimulés par le revers. Le nouveau modèle économique correspond à une forme de monopole. Pour un segment de marché, l’entreprise est la seule à pouvoir répondre à un besoin important et « solvable » (« différenciation »). Conséquence : de grosses marges. Et ce parce que chaque entreprise a un parcours unique, la confrontation du savoir-faire acquis et des circonstances de l’instant donne un résultat unique. (Attention : ce constat ne s’applique pas à une start-up.)

Le travail à faire est de type « SWOT ». C’est en attaquant un problème concret que l’on fait émerger la « compétence clé » de l’entreprise et les circonstances actuelles, nouvelles, qui lui sont favorables. Une technique pratique est le « problème périphérique ». Au lieu d’attaquer frontalement la difficulté, avec toute la « résistance au changement » et la politique que cela signifie, on s’intéresse à une question secondaire, frustrante mais mineure (« mon centre d’appels ne répond pas aux appels »). La résoudre crée un vent d’optimisme. Le problème majeur est alors spontanément évoqué. En outre « le problème global est dans le problème local » : résoudre le problème périphérique permet de découvrir « de l’intérieur » l’entreprise et ses leviers de changement. (cf. le vaccin.)

Comme le disent les spécialistes du redressement : « il suffit d’écouter ». Le « nouveau modèle économique » est une combinaison d’idées préexistantes qui étaient réprimées, pour de multiples raisons. En fait, pour pouvoir les mettre en œuvre, il fallait la bonne volonté de toute l’organisation, et peut-être un encouragement extérieur. (Un savoir-faire de « conduite du changement » au sens transformation de la résistance au changement en accélérateur du changement ?)

Il existe deux trucs qui permettent de faire émerger un potentiel ignoré :

  • Y a-t-il quelque-chose qui vous enchante, mais qui rend fou « tout le monde » ? Cela révèle une compétence unique. (Par exemple une entreprise était enchantée de résoudre dans la panique un problème technique complexe.)
  • Vos clients vous appellent-ils lorsqu’ils sont en difficulté ? Si oui, cela signifie un savoir-faire unique. Mais cela pose la question du « conseil gratuit ». Solution. L’aide en urgence est gratuite. En revanche elle permet d’établir un contact qui révèle des problèmes secondaires. Le client sera prêt à « renvoyer l’ascenseur » en confiant leur résolution au « donneur d’aide ». (Même s’il n’est pas particulièrement bien placé pour cela.)

Mon rôle ? Catalyseur ? J’ai l’idée fixe que l’entreprise a un potentiel exceptionnel et que ses problèmes ont une solution ; qu’il suffit d’identifier les « bonnes personnes » et de les mettre dans une pièce et de leur demander de résoudre un problème bien posé (« ordinateur social »). Et je ne lâche pas. J’ai peut-être aussi une capacité à formaliser simplement les problèmes et les solutions. J’ai fini par me demander si ce qui ne comptait pas le plus n’était pas « que j’y croyais ». Personne ne me comprend, mais on me suit ? Et en se mettant en mouvement, l’entreprise finit par résoudre ses problèmes.

Le travail précédent conduit à un plan d’action détaillé que les entreprises savent mettre en œuvre. A noter un danger : une fois la crise passée, les entreprises tendent à s’endormir sur leurs lauriers, et à ne pas exploiter tout leur potentiel. Il faut une gestion de projet qui renouvelle la stimulation, la joie d’innover !

Justice et changement

Le Titanic : le mot d’ordre a été « les femmes et les enfants d’abord ». Si bien que les célibataires ont coulé, même lorsqu’ils étaient milliardaires. Seule exception : un jeune marin norvégien. Le Norvégien, poisson d’eau froide ?

Leçon de « conduite du changement » ? Pour qu’un changement soit accepté, crever dans ce cas, il faut qu’il soit perçu comme « juste », au sens justice du terme ?

Voilà pourquoi « l’urgence climatique » n’en est pas une pour une partie de la population : la « mise en oeuvre du changement » qu’on lui propose ne lui paraît pas « juste » ?

Contrôle du changement

En relisant un de mes anciens articles, je prends conscience de ce que sa formulation puisse choquer certains publics. En effet, j’y parle de « contrôle ».

Si l’on lit bien l’article, on verra que ce « contrôle » n’a rien de dictatorial. C’est une question de « conscience », ce que les anglo-saxons appellent « feeling of urgency ». Il s’agit simplement de s’inquiéter de ce que le changement est en bonne voie, et de faire « ce que l’on peut », s’il s’égare. Rien à voir avec Staline ou Jupiter. C’est pourquoi on parle, par exemple, de « leader jardinier » et « d’entreprise libérée ».

Toujours est-il que certains mots semblent produire un réflexe pavlovien paralysant les facultés intellectuelles de l’individu. Curieux.

Bon plan

Lundi dernier, le Commissariat au plan fêtait son 80ème anniversaire. Ou, plutôt, sa renaissance d’entre les morts. Car, en demandant des plans régionaux, le gouvernement socialiste des années 80 l’a vidé de sa substance. Mais c’est Dominique de Villepin qui l’a tué. Dominique de Villepin, qui a, curieusement, fait un passage éclair, le temps de présenter ce qui ressemblait à un programme électoral.

Car, de nouveau, la planification fait consensus. On a entendu ce que l’on trouve dans ce blog : à savoir qu’à l’origine du plan, il y a la pensée d’avant guerre, fasciste, soviétique et du New deal. Chez nous, elle est portée par des mouvements que nous considérerions fascistes. Elle a été mise en oeuvre par Vichy, puis par les gouvernements d’après guerre. L’idée était dans l’air, mais la France a fait preuve d’originalité. Le commissariat au plan réunissait tous les constituants du pays, alors en conflit violent les uns avec les autres, et procédait à de larges consultations. Une idée à reprendre en un temps où le chaos est redevenu la règle de la politique nationale, a-t-on entendu dire. Le premier objet du plan fut de ne pas répéter les erreurs de la première guerre, à savoir avoir laissé l’agriculture et l’industrie prendre du retard.

On s’est interrogé sur ce qu’il faut planifier (la finance, l’IA, l’énergie) et sur le rôle du Commissariat (lieu de rencontre « transpartisans », « poil à gratter »), sur le plan au 21ème siècle (« associer les acteurs », « se limiter » à quelques orientations critiques afin de « libérer les forces vives ») et sur la prospective. A cette occasion, Alain Minc a égratigné le politique qui a « dévoyé » ses travaux, en particulier, décidément, Dominique de Villepin.

On a eu droit à un solo de Philippe Aghion, qui ne jure que par « l’innovation de rupture », et nous donne les Etats Unis en exemple. L’intelligence artificielle va nous rendre riches, car plus créatifs. Rattraper notre retard abyssal dans ce domaine doit être l’objet du plan. On a écouté Arnaud Montebourg, appeler de ses voeux un plan « transpartisans », qui permette de « reconstituer les forces productives », de créer de l’emploi sur place, d’augmenter le PIB de 3%, de rééquilibrer notre modèle social… ce qui demande un « effort collectif », probablement douloureux.

Clément Beaune, qui s’épanouit visiblement dans sa mission de « poil à gratter », finalement, se réjouit de la renaissance du plan, lieu « d’arbitrage » entre « grandes options », et appelle de ses voeux une planification européenne.

L’intellectuel et le changement

Victor Basch fut le président de la Ligue des droits de l’homme, avant guerre.

Il a vu la montée du fascisme et les crimes qu’il a immédiatement perpétrés. Il s’est demandé pourquoi l’affaire Dreyfus avait pu secouer toute une nation, alors que l’indifférence était devenue totale. Le Pape doit se poser la même question.

Qu’est-ce qui met en mouvement une nation ? La souffrance ? La famine, comme au temps de la révolution, la crise et la pauvreté à l’époque du fascisme, la dégradation des conditions de vie des Gilets Jaunes. Mais on peut être remué par des idées. Et les intellectuels jouent alors un rôle essentiel, comme au temps de l’affaire Dreyfus. Seulement, il faut que leurs préoccupations trouvent un écho dans le peuple. Ce qui ne semble pas avoir été le cas en ce qui concerne leur combat pour la transition climatique ou la cause palestinienne. Et ils ne paraissent réagir qu’à certains types de signaux. Par exemple à l’affaire Dreyfus et pas aux crises économiques.

Les sociétés ressemblent quelque peu à des machines ? Comment pourrait-on les rendre intelligentes ?

(Remarque : mettre en mouvement une société est, à proprement parler, la tâche de la « conduite du changement », le sujet de ce blog.)

Réformer l’Etat

L’autre jour, un entrepreneur qui avait dû lever des fonds me racontait le parcours kafakaïen auquel l’avait soumis l’Etat et l’Europe, en pure perte.

Ce à quoi je lui ai répondu que l’on ne pouvait rien y faire. Et que chaque pays avait ses maux. Aux USA, il n’aurait pas pu espérer de subventions, par exemple. Il m’a alors appris qu’il avait cherché, en désespoir de cause, de l’argent aux USA et que c’était ce qui lui avait été fatal : un fonds n’avait pas tenu ses engagements.

Pour autant, le dysfonctionnement de l’Etat nous coûte cher. Ne pourrait-on pas le corriger ?

La première chose à faire, selon moi, serait de mettre en place des « boucles de rétroaction » pour quelques « fonctions » importantes de l’Etat. Il s’agirait simplement d’observer ce qui se passe et de chercher comment faire mieux « avec les moyens du bord ». En particulier, je constate qu’un acteur intelligent, par exemple un pôle de compétitivité, « bien dirigé », peut manoeuvrer efficacement l’Etat.

C’est d’ailleurs le principe de France simplification.

Recette du succès

J’ai été frappé, il y a quelque temps, d’un billet qui enjoignait la France d’imiter les Grecs et les Portugais. J’ai l’impression que, depuis la mort de De Gaulle, nous sommes devenus des imitateurs. On nous dit d’imiter le GAFA, M.Schröder et les Allemands, dernièrement Madame Meloni et les Italiens. Et M.Giscard d’Estaing se serait vu en John Kennedy.

D’où vient cette curieuse tendance ? En tous cas, pas d’une analyse des faits. Car, qu’est-ce qui explique le succès, extrêmement temporaire, de tous ces gens ? La crise. En difficulté, ils se sont mis à réfléchir. Et chacun a trouvé « sa » solution.

Voilà ce qui me donne un, faible, espoir pour l’Europe.

Retournement

On ne l’entend pas dire et pourtant, c’est curieux. La première victime de la guerre d’Iran est la plaque tournante même de la globalisation, les pays du Golfe et le noeud des échanges internationaux. Cela ressemble à la dialectique de Hegel, l’histoire évoluant en passant d’un régime à son opposé. Mais ce n’est pas une explication.

Je pensais que, sauf accident, la Chine finirait, comme le Japon, par se replier sur elle-même. Et si, encouragée par l’affaiblissement des USA, qui dégarnissent leurs défenses et lâchent leurs alliés les uns après les autres, elle envahissait Taiwan, et imposait sa main de fer à l’économie mondiale, nous étranglant au passage ? En tous cas nous en arrivons à un moment où rien ne va plus, et où la puissance bien organisée peut changer l’histoire du monde.

Vincent Lindon disait un jour que ses parents lui avaient donné un sentiment de sécurité qu’il avait perdu. Je me demande si cela n’est pas vrai pour l’Europe. Nous sommes restés en enfance. Contrairement à des pays comme l’Inde, la Turquie, la Russie, qui ont commencé à jouer leur propre jeu, en profitant au maximum de leur pouvoir de nuisance, nous croyons à une justice immanente. L’UE est faible et, paradoxalement, alors qu’elle se veut la patrie des bons sentiments, universellement haïe. (Seule la force est respectée ?)

Pouvons-nous retrouver un esprit de corps ? Un élan vital qui nous amène à saisir l’ordre du monde en création et à le faire basculer dans un sens qui nous soit, et peut-être lui soit, favorable ?

(Réflexions venues d’Affaires étrangères.)

Tremblement de terre

Le changement du millénaire ? Ceux qui nous gouvernent vont-ils enfin découvrir la réalité et apprendre de leurs erreurs ?

France simplification a pour mission de « lever les blocages administratifs rencontrés par les collectivités, les services de l’État et les porteurs de projets locaux (…) en partant du terrain grâce à une administration orientée solutions. » La boucle de rétroaction que l’on n’osait pas attendre ?

Premiers résultats. Parmi les causes identifiées, la tendance du législateur à vouloir nous prescrire notre comportement (Tocqueville en parlait déjà), des normes qui s’entrechoquent, des services qui ne se parlent pas… Mais, en réunissant ces derniers et en interprétant les textes, on peut faire bien des miracles, sans rien changer !

Mieux ? ce service serait rapide !

Rêvons nous ? Trop beau pour être vrai ?… Si ce n’est pas le cas, espérons que le prochain gouvernement ne fera pas sauter ce dispositif… Car il y a des usages qui résistent à toutes les feed-back loops.