Angleterre, Europe, Jihadisme…

Quoi de neuf dans The Economist ?
En dehors des règlements de compte de Barack Obama, dont je parle ailleurs, on y voit David Cameron annoncer un referendum à son peuple sur l’appartenance de son pays à l’Europe. C’est pour 2017. Entre temps, il se fait fort d’obtenir des concessions des autres Européens. Apparemment, il aurait tort de se priver, l’Allemagne et la France n’auraient rien à lui refuser. L’Angleterre subit un curieux phénomène. On y travaille de plus en plus, mais on y produit de moins en moins. Parce que le système bancaire ne laisse pas faire les faillites, et n’a donc pas de cash pour les secteurs qui se développent ? Préoccupant ? Serait-ce pour cela que son gouvernement parle autant d’Europe, alors qu’elle ne préoccuperait pas outre mesure les indigènes ?
On parle aussi du jihadisme en Afrique. Il aurait « saisi des doléances légitimes nourries par la pauvreté, la discrimination, et la mauvaise gestion de gouvernements corrompus ». Qu’arriverait-il s’il parvenait à « contrôler les ressources d’un pays entier » ? Un message en direction des USA, qui ne veulent plus entendre parler d’autre part que chez eux ?
Partout, le monde semble partir à gauche. En Israël, d’abord. Mais peut-être aussi en Allemagne. Les prochaines élections pourraient poser plus de difficultés à la chancelière que prévu. Ce qui devrait lui rendre difficile la réforme de l’Europe. Toujours est-il que le système bancaire européen va subir un contrôle allemand. Ce ne serait pas une bonne idée. Les bulles sont locales, et demandent une gestion locale. Quant aux 50 ans franco-allemands ? Vieux couple.
Sinon ? The Economist pense (comme ce blog), que l’avenir d’Apple est derrière lui. Il est maintenant incapable de bouleverser de nouveaux marchés. Dans un univers devenu concurrentiel, il ne fait pas le poids face à Samsung. Il en serait de même du « leader global » que veut former l’Insead. Donner ce titre à une personne lui tournerait la tête. « Si le leadership a une sauce secrète, c’est peut-être l’humilité. Un patron humble comprend qu’il y a des choses qu’il ne connaît pas. Il n’écoute pas seulement les autres grands pontes de Davos, mais aussi le type de gens qui n’est pas invité, ses clients, par exemple. » Décidément le monde bascule à gauche… (Et The Economist rejoint curieusement ce qu’un de mes commentaires disait de polytechnique.)
On a trouvé le moyen de stocker de l’information dans l’ADN. Toute l’information du monde tiendrait dans un camion. Mais le procédé est coûteux, et ne permet pas une lecture / écriture rapide. Approprié pour le stockage à long terme. 

80 hommes pour changer le monde

Un sympathique livre de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux (Le Livre de Poche, 2005). Il se lit d’une traite. Histoire de deux fraîchement diplômés qui parcourent le monde à la recherche d’entrepreneurs qui le rendent durables.
On y retrouve des idées récemment croisées par ce blog, notamment celles de Cradle to  cradle, et quelques thèmes traités par Poor Economics
Les interviewés sont des entrepreneurs au sens noble du terme. Des visionnaires, qui se sont longtemps battus pour leurs idées. Ils sont, aussi, issus de milieux favorisés, ont presque toujours fait des études exceptionnelles, et, pour les ressortissants de pays pauvres, possèdent un accès aisé aux milieux financiers américains. Chaque nation a sa spécialité : les riches se préoccupent d’environnement, les pauvres de déshérités.
Ce livre a été écrit il y a 8 ans, et rien n’a changé depuis. Pourquoi l’exemple de ces entrepreneurs n’a-t-il pas été imité ? me suis-je demandé.
Ils étaient trop exceptionnels pour cela ? Ils occupent une niche (cf. ce que dit Poor Economicsdu microcrédit) ? Leurs idées sont trop novatrices pour le marché (une tentative de location de moquette, sur le modèle produit – service de Cradle to cradle, a échoué) ? Effets pervers : ce qu’ils économisent permet de polluer plus ailleurs (cf. les thèses de Gail Tverberg) ? Ou, tout simplement, limites de l’initiative individuelle, de la « big society » de David Cameron : pour sortir l’homme de la pauvreté il faut un effort (inter)national concerté ?

Mme Merkel maîtresse du monde ?

Tout va mal. Les BRICS dévissent, les USA flageolent, la zone euro est au bord de la désagrégation.

Tout ce qui compte d’économistes semble croire que le sort de l’Europe est entre les mains de Mme Merkel. Et que, tout étant lié, il en est de même de l’économie mondiale. Or, Mme Merkel ne bouge pas. Réagira-t-elle a temps ? Aurait-elle surestimé ses forces ?… Les marchés, M.Obama, M.Cameron et The Economist trouvent la tension insoutenable.

Le sort du monde dépendrait-il d’une seule personne ? Conséquence imprévue de la globalisation ? Intéressante situation. En tout cas, si nous lui survivons, il serait peut-être utile de se demander comment faire pour qu’elle ne se reproduise pas…

Compléments :

L’Angleterre contaminée par M.Hollande ?

Étonnante nouvelle. Le gouvernement anglais envisagerait une relance de son économie par la dépense d’État (infrastructure, logement), voire, en dernier ressort, par une baisse de la TVA. D’après le Financial Times.

Mme Lagarde, ministre des finances de M.Sarkozy, à qui rien ne sera épargné, approuverait.
Pragmatisme anglais ? En tout cas, surprenant lorsque l’on sait que le programme de M.Cameron était la « big society », c’est-à-dire l’idée que l’État était totalement incompétent, et qu’il fallait s’en remettre entièrement à l’entreprise privée. D’ailleurs, le gouvernement anglais s’est engagé dans un programme radical de réduction de ses dépenses.
M.Hollande est désigné comme agent d’influence. Son élection aurait marqué un retournement de tendance dans le « débat économique européen ». 

L’Angleterre en perdition ?

Le cas anglais est instructif. M.Cameron s’est jeté la tête la première dans la rigueur, en démantelant son service public. En outre, il a joué sur le taux de change de la livre, afin de gentiment parasiter les économies environnantes.

Alors ? L’Angleterre est à nouveau en récession. (Cameron’s Remarkable Achievement – NYTimes.com)
Mais, certainspensent que le miracle serait au coin de la rue. Attendons donc. 

La City en danger ?

The Economist s’inquiète de l’avenir de la City. Elle est attaquée de l’intérieur : l’Anglais la trouve d’une fréquentation dangereuse, et veut la réglementer ; et de l’extérieur, de cette perfide Europe. Grosse déprime :

Par le passé, la Grande Bretagne a joué un rôle important dans l’amélioration d’une grande partie du système financier européen, principalement parce que la taille de ses marchés domestiques entraîne qu’elle a quelques-uns des régulateurs les plus expérimentés de la région. Cependant, de nombreux banquiers anglais s’inquiètent de ce qu’une dispute en décembre 2011, quand David Cameron, le premier ministre, a menacé d’opposer son veto au changement des traités de l’UE, a réduit son influence à Bruxelles.

L’enjeu est important : le secteur financier apporterait un excédent de 2,6% de PIB à la balance commerciale du pays.
 
Le coeur du métier de la city serait, si je comprends bien, le marché des devises. Elle a construit sa fortune sur le dollar, dans les années 60, et la dislocation de l’étalon or. Aujourd’hui, devenir le centre financier du Yuan lui plairait. Mais les places asiatiques ne seront-elles pas plus hospitalières qu’elle ? Par ailleurs, « 251 banques étrangères ont des succursales ou des filiales à Londres » : la City doit sa prospérité beaucoup plus à l’étranger qu’à la finance locale. Risque de délocalisation ?
Compléments :

L’Angleterre perd à tous les coups

J’entendais un interviewé de la BBC, hier, s’inquiéter du sort de son île.

Soit la zone euro coule, soit elle dresse des remparts. Dans les deux cas, c’est mauvais pour le commerce de l’Angleterre. (Or, elle est en très piteux état.)

Malheureusement, David Cameron est paralysé par une opinion qui veut faire sécession et par des milieux d’affaires qui aimeraient profiter de la crise de l’euro pour se libérer des contraintes européennes, tout en gardant l’accès à un marché ouvert à tous les vents.

Compléments :

Changement en Angleterre

À l’avènement de M.Cameron, je me suis demandé si sa « big society » n’allait pas rapidement devenir un « big mess », tant sa façon de réformer ressemblait trait pour trait à ce qui rate dans les entreprises, i.e. une inspiration idéologique, une mise en oeuvre en force. (Exemple) Cependant la manœuvre a été habile : elle a rassuré les marchés, alors que le déficit anglais est proche de 10%.

Me suis-je trompé ? En tout cas, The Economist fait un bilan désastreux des conséquences des actions gouvernementales (« débâcle des réformes de santé »…), mais reconnaît la séduction qu’elle exerce sur les marchés. Il suggère une relance. (Many miles to go)

Morale Angleterre

David Cameron part en croisade contre les moeurs dissolues de l’Angleterre. Cela tombe bien, c’est un homme pour qui la morale compte.

Alors, même effet que les émeutes de 2005 pour N.Sarkozy ? Parler de morale fait gagner la droite ? (After the inferno)

Réaction inattendue, et violente. L’exemple de l’immoralité vient d’en haut : politiques qui mentent, qui fraudent, qui donnent une seconde chance aux malfaiteurs de News of the world (alors que les pilleurs n’en auront pas), ultrariches qui se moquent du fisc anglais… (Et si l’élite britannique avait inspiré les émeutiers anglais ? La Tribune)

Cela semble confirmer le point de vue d’un de mes précédents billets : l’Angleterre a besoin d’une révolution culturelle. (Est-elle la seule ?)