CCB

« CCB » mettait un ami médecin du travail au bas de comptes-rendus de visite médicale.

Il recevait des ouvriers du bâtiment, et des employés.

Les ouvriers avaient eu parfois de graves accidents, mais ils voulaient travailler. Les employés se faisaient porter pâles, sans arrêt. Dès qu’il s’étaient coincé les doigts dans leur clavier, disait l’ami. Ils le déprimaient.

Je comprends tous ces gens. Je parle encore du chantier sur lequel j’ai fait un stage. Et pourtant il est aujourd’hui tout tagué, se situant dans une des zones de non droit du Val d’Oise. Sur un chantier, on a chaud, on a froid, on s’engueule comme nulle part ailleurs, on ne peut avoir confiance à personne… Et pourtant, on y vit des expériences fantastiques. Et on a construit quelque-chose, dont il reste une trace. Même laide. Même lorsque l’on est une sorte d’anthropologue indécrottable, comme moi.

Mais le travail en bureau ! C’est l’expérience de l’absurde.

Explication de la « perte de sens » dont se plaignent les jeunes ? Nous sommes des bâtisseurs de cathédrales ?

(PS. CCB = « con comme un balai ».)

Lyon la prospère ?

Lyon n’est que travaux. Cela fait longtemps que je n’avais pas rendu visite à la ville, et je ne me souvenais pas d’avoir vu autant de travaux. Signe de prospérité ? 

J’ai aussi rencontré beaucoup de jeunes, et vu des quartiers entiers fait de nouvelles entreprises. J’en conclus que oui, probablement, la ville a le vent en poupe. 

Curieusement, j’ai l’idée inverse pour Paris, cité qui est aussi en travaux. Elle me semble morne, triste, déprimée, vieille… 

Comme quoi il ne faut pas juger la ville sur ses travaux ? 

(Apparemment, la cause des travaux serait la même : des idées, similaires, de leurs maires.

Je me souviens d’un passage en Espagne, là aussi à une époque de grands travaux. Je n’avais jamais vu autant de grues, et ce même dans de petits villages. Eh bien, c’était un moment de grande spéculation, qui s’est très mal finie.) 

Jouons au Lego

Bouleversement dans le BTP. Comment réhabiliter 500.000 habitations par an, quand on a de la capacité pour 70.000 ? Comment bâtir durable et décarboné ? 

La solution, en quelque sorte, c’est le Lego. Maison modulaire construite par des robots. Ainsi, il n’y a plus de pertes, le démontage d’une maison permet d’en monter une autre. Et tout ces modules sont suivis par ordinateur, qui conçoit et pilote la construction. A côté de tout cela, ces constituants doivent avoir le plus bas « poids carbone » possible. 

Uniformisation ? me suis-je demandé. Pas sûr, car le Lego permet de faire du sur-mesure. Peut-être, un jour, louera-t-on son ordinateur, et son robot et bâtira-t-on, chaque année, une nouvelle maison, de même que les Québécois déménagent chaque année. 

En tout cas, je me suis demandé si, au lieu de faire évoluer notre façon traditionnelle de construire des maisons, il ne faudrait pas partir de zéro. Faire un reengineering du BTP. En commençant par regarder ce qui se fait ailleurs : un igloo ne consomme pas d’énergie, les Japonais ont une île pauvre, et une culture de la pénurie…

Rénovation de Notre Dame de Paris

Nettoyage par le vide. On a voulu rénover Notre Dame, on l’a détruite. J’ai pensé à une de mes missions pour une entreprise de rénovation de bâtiments historiques, en voyant notre Dame en feu. J’ai pensé que cela ferait du travail pour son corps de métier.

Les bâtiments historiques le sont-ils ? La charpente n’était pas d’origine. La flèche qui s’est effondrée était construite par Viollet Leduc. Celui-ci semble plutôt avoir suivi les plans de Victor Hugo que ceux des créateurs du bâtiment, pour peu qu’il y en ait eu. Ces derniers n’étaient pas assez authentiques, pas assez « moyen-âge », sans doute, pour le XIXème. La cathédrale a été sans cesse détruite et reconstruite. Les grandes orgues, par exemple, sont modifiées sans cesse.

Le propre du monument historique, c’est d’être éternellement jeune ?

Pont d'Avignon

Je découvre le pont d’Avignon, et qu’il commence par un pont levis, et qu’il ne reste plus que 4 arches sur 22. En effet, il faisait un coude et traversait l’île de Barthelasse. Il a été construit par Bénézet (petit Benoît), qui a été canonisé pour l’occasion. Voilà qui devrait faire rêver nos bâtisseurs modernes. Jadis ce fut un pont stratégique pour l’économie régionale, en dépit de son étroitesse. Il n’y avait que lui qui traversait le Rhône.
Démoli, il fait un peu ridicule. Mais il a tout de même tenu 4 siècles. Nos ouvrages modernes dureront-ils aussi longtemps ? Et attireront-ils autant de touristes une fois qu’ils seront en ruines ? Alors, une sorte de miracle ? La canonisation n’a pas été volée ?

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Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=905862

Fragile BTP français ?

« 2025 pourrait bien être l’âge d’or du secteur du BTP mondial« , dit un article. Mais l’entreprise française en profitera-t-elle ? Me suis-je demandé. 
En effet, la demande est tirée par les pays émergents où se créent aussi de formidables champions. Surtout, l’article donne une image inquiétante des groupes français. Leur chiffre d’affaires est en baisse. Et ce parce que le marché français est en recul. Ce qui laisse entendre qu’ils demeurent très liés à celui-ci. Mais aussi qu’ils dépendent de la commande publique : en effet, pour redresser leurs affaires, ils comptent sur des projets publics comme le Grand Paris ! (30md€, rien que pour les transports… espérons que ce sera un investissement productif.)
Cela pose aussi la question de l’hypocrisie du patronat français. Il n’a pas de mot trop dur pour l’inefficacité de l’Etat, mais il s’en nourrit. Mais, peut-il avouer sa dépendance ?  

Le BTP doit se réinventer ?

Le BTP au plus bas, disent les Echos du 30 mars. Les causes semblent toutes liées à l’Etat : travaux publics, moindres dépenses de l’Etat et dotations aux collectivités locales, loi Duflot… 

Le BTP a l’air, comme beaucoup de secteurs, d’être en face d’un grand changement. Numérique ? Ou la fin d’un marché tiré par le public ? Si c’est le cas, où chercher le salut ? L’étranger ? En effet, 1) il y a des marchés (notamment en Afrique) en développement rapide, 2) je soupçonne que nos entreprises ont un important savoir-faire, assez mal mis en valeur. Dans ces conditions, il faudrait une stratégie en deux temps 1) acquérir un certain nombre de compétences importantes ; 2) acheter des entreprises étrangères – capacités de prospection, afin de pouvoir exploiter au mieux ces compétences. 
à explorer… 

Haute qualité environnementale

Haute qualité environnementale. Beau nom. Mais qu’y a-t-il au dessous ?
Un nouveau concept est inventé. Et il est immédiatement dévoyé. Il faut en inventer un autre. Et cela va de plus en plus vite. N’est-ce pas une des raisons pour lesquelles nous avons l’impression que tout change très vite ? 

(Pour une formulation scientifique : une annonce de Harvard Business School Presse.)

C’est reparti comme en 14 ?

The Economist y perd son latin. Mais qu’est ce qui peut bien faire déprimer la France ? Seule explication trouvée : c’est chic d’être dépressif. Voici quelques raisons de se réjouir :

Le monde pourrait rejouer 1914. Avec la Chine dans le rôle de l’Allemagne, le Japon et les USA dans ceux de la France et de l’Angleterre. Avec quelques différences, aussi. Personne aujourd’hui ne joue le rôle des USA. Et en plus de la Chine, il y a le Pakistan et l’Inde, en passe d’élire un sinistre personnage. Et tous ces gens n’ont plus à inventer la bombe atomique.

En masse, les entreprises annoncent une dégradation de leurs résultats. Mais la bourse n’arrête pas de monter. Crise en 2014 ? Quant à l’Europe elle est dans une spirale de déflation. Elle encaisse tous les coups des politiques de relance des autres zones économiques, sans rien rendre. En Chine, donc, M.Xi s’empare du pouvoir. Mais il trahirait encore des signes d’inquiétude. En France, nous aurions un Hollandais volant. Il ferait la guerre pour montrer sa fermeté. Mme Merkel aurait désigné son successeur. L’Europe « se démilitarise à grande vitesse ». Elle a besoin d’une politique de défense commune. Mission impossible ? M. Erdoggan combat une opposition grandissante (cette fois les musulmans). M.Poutine encourage un populisme anti ukrainien mais récupère l’Ukraine, kleptocratie en faillite. Le Gaëlique n’est plus parlé que par la minorité d’Irlande du nord. En Syrie, M.Assad semble la seule personne raisonnable encore en place. Le Liban pourra-t-il éviter une guerre civile ? Au Soudan du Sud, les ethnies s’affrontent. C’est plus violent que d’habitude. Peut-être parce que son président n’est pas en bonne forme. Aux USA, les Républicains s’affranchiraient du Tea Party. Ils auraient constaté que le poujadisme n’est pas bon pour leur santé. L’histoire de la banque centrale américaine serait une marche vers une forme de dirigisme centralisateur, « soutien à l’ensemble de l’économie ». Curieux système de sécurité sociale. Le service est fourni, de plus en plus, par l’entreprise privée, mais il est massivement payé par le contribuable ! (« Dès le début des années 2020, le contribuable paiera la moitié des dépenses de santé américaines, qui auront atteint 5000md$, l’équivalent d’un cinquième de la production économique totale du pays »). Le gaz de schiste est une nouvelle ruée vers l’or. Hier comme aujourd’hui, la nature est détruite pour que l’homme fasse fortune. Instantanément. C’est culturel. De même les « forces du marché » vont faire un sort à la chasse à l’arc. Elle conciliait l’aspiration à tuer avec l’équilibre naturel. Mais des armes nouvelles vont permettre à n’importe qui de faire un grand massacre. Finalement, ces forces du marché ont leur art. L’art contemporain. Un art spéculatif, dont la bourse est le musée. Les pays pauvres verraient s’évaporer 1000 md$ chaque année. Ils partent vers les paradis fiscaux des pays riches. Ceux-ci ne seraient pas prêts à s’appliquer les leçons qu’ils donnent aux autres.
Entreprise. Conséquence d’une vague immobilière et d’achats judicieux d’entreprises étrangères, le matériel de BTP chinois devrait balayer le monde. Il est d’une excellente qualité et pas cher. Les drones pourraient aussi être un marché d’avenir. En tout cas, c’est un nouveau sujet de travail pour le législateur. Menace pour le commerce en ligne ? Le consommateur exploite massivement la possibilité de renvoyer un produit qui ne le satisfait pas. (Mais qu’il a utilisé entre-temps.) Aux USA, une industrie du transport spatial cherche à se constituer.

On a découvert l’inventeur de la science économique (William Petty). 

Eco-chonnerie ?

En me promenant, j’aperçois un immeuble en construction. Je suis surpris par la minceur des structures. D’ailleurs, certaines avancées sont étayées par de fines tiges d’acier. Forme d’optimisation : c’est le bâtiment fini qui est solide, pas ses états intermédiaires ? Après tout, il me semble qu’il en était de même des cathédrales. Mais qu’arrivera-t-il à ce bâtiment, en cas d’avarie ? Ce qui me frappe le plus est que tout ceci est très moche. Toute l’esthétique du bâtiment est apportée par des couches superficielles collées sur l’ossature de béton. Et ça s’appelle un « éco quartier » ! Mais où est le naturel là-dedans ?

Un bon marketing permet de faire de gros bénéfices, en construisant de petites cloisons ?