Le livre qui m’a fait sombrer dans la dépression. La description, par le menu, du plus grand de tous les changements ratés. JENKINS, Simon, Thatcher and sons, Penguin, 2007.
Étiquette : Brown
L’Angleterre sombre ?
L’Angleterre a été le pionnier de la rigueur. A quoi elle a ajouté une vigoureuse dévaluation de sa monnaie. Pourtant, elle n’arrête pas de couler.
Budget anglais
Complexité anglaise
Le système électoral anglais est conçu pour donner la majorité au parti qui reçoit le plus de votes. Cette fois-ci ça n’a pas marché. Les curiosités du dispositif :
- Gordon Brown pourrait rester en poste, simplement parce qu’il est le premier ministre en place. Pour y demeurer, il peut construire une coalition à long terme, ou au coup par coup, pour chaque vote de la chambre.
- Les conservateurs (36% des voix) devraient, cependant, gouverner l’Angleterre. Bien qu’une coalition avec le lib-dem ait moins de chances de tenir qu’une alliance « lib-lab ».
- Qu’est-ce qui nous garantit qu’une coalition émergera ? De nouvelles élections seraient peu goûtées par l’électeur.
- Le lib-dem, qui semblait devoir profiter de l’événement, a moins de députés (5 au dernier comptage) que lors de la précédente élection… Et avec près de 80% du nombre de votes des travaillistes, il a un peu plus d’un cinquième de ses députés.
Nick Clegg
- The granola-eaters’ revenge, Getting a Clegg up, The western front
- L’autre jour, j’ai entendu un bout de débat entre les trois candidats premier ministre et j’ai été frappé par les similitudes entre Nick Klegg et David Cameron. Tous les deux semblent venir du même monde.
- D’après ce que disait samedi La rumeur du Monde de France Culture, Nick Klegg a été choisi pour sa ressemblance avec Tony Blair. Décidément, Tony Blair est le modèle de l’homme politique anglais. Je crois bien que David Cameron est aussi du genre Tony Blair.
Gordon Brown et David Cameron
Gordon Brown
Pourquoi Gordon Brown revient-il (de très loin) dans l’estime populaire ?
- La façon dont ses opposants exploitent les faiblesses et maladresses de Gordon Brown le rendent sympathique.
- Les conservateurs ont voulu proposer un plan dont les défauts se retournent contre eux.
- Curieusement, le parti travailliste est parvenu à se placer en position de contre.
Leçon de judo ? Il vaut mieux être attaqué qu’attaquant ? Alors on peut utiliser l’énergie de l’adversaire contre lui ?
Pauvre Angleterre
En lisant The Economist j’apprends deux choses sur l’Angleterre :
- The real windfall. Je pensais que la finance était une « compétence clé » du pays, comme le cinéma à Hollywood ou l’industrie en Allemagne. En fait, ce serait un « accident historique provoqué par la régulation américaine des années 60 ». Londres a habilement exploité sa chance en attirant les financiers en leur créant des conditions qu’ils ne pouvaient pas trouver ailleurs. Gordon Brown serait en train de tuer la poule aux œufs d’or.
- Falling star. British Airways va encore plus mal que ce que je pensais. Ses marchés traditionnels (classe affaire vers les USA) sont en crise, elle est attaquée par les compagnies à bas coûts, ses fonds de pension sont en déficit colossal (3,7md£ mais ça pourrait être pire) et ses 55 747 n’ont plus que 5 ans à vivre…
Ce qui me frappe dans dans le cas BA, c’est qu’elle était la plus grosse compagnie mondiale dans les années 90, qu’il en était de même de British Télécom et de bien d’autres entreprises anglaises que l’on nous présentait alors comme des modèles.
L’Angleterre ne serait-elle plus que ruines ? Sa gloire n’était-elle que façades, n’y avait-il rien derrière ?
Compléments :
- L’industrie de l’énergie anglaise : Le marché ne marche pas.
Traité de Lisbonne en péril ?
Irish issue to dominate EU talks montre à quel point l’Europe tient à un fil :
Si je comprends bien, le premier ministre irlandais procède à ce qui me semble un petit chantage : alors que son pays est, de sa propre faute, dans une situation fort délicate, et que l’UE lui est probablement d’une grande utilité, il demande un aménagement du traité de Lisbonne. Il veut s’assurer qu’il pourra conserver sa neutralité militaire, le contrôle de son système d’imposition, et de ses lois sur l’avortement.
Ce qui révèle le fragile jeu de dominos qu’est l’Europe : les présidents polonais et tchèque, opposés à l’Europe, ne signeront le traité de Lisbonne que si l’Irlande l’accepte. Or, si l’on attend trop, Gordon Brown aura été remplacé par les conservateurs anglais qui veulent un référendum sur le dit traité, qui ne peut qu’être rejeté (la majorité des Anglais veut sortir de l’UE !).
À ce sujet la situation de Gordon Brown est paradoxale. Il est immensément impopulaire et n’a pu garder son poste que par la grâce d’un de ses pires ennemis. Parce qu’il est aussi faible, mais favorable à l’Europe, ses partenaires européens lui accordent ce qui lui permet de tenir encore un peu (Will EU watchdog bite UK?).
À quoi sert le FMI
Un économiste américain apparemment respectable apporte une réponse paradoxale à cette question. Si le FMI, jadis honni, a connu un regain d’estime et de moyens ces derniers temps c’est parce qu’il joue un rôle capital dans le redressement anglo-saxon.
En effet, en venant au secours des pays en défaut de paiement, il leur permet de rembourser leurs créanciers anglo-saxons. Sur le fond, il n’y a rien de condamnable là-dedans, si ce n’est que les dits créanciers ont joué au pousse-au-crime, et que ceux qui vont payer pour leurs méfaits sont les populations locales, innocentes. Elles devront rembourser pendant des années le FMI, comme le font les pays africains.
Exemple d’application : l’Islande. Gordon Brown vient d’annoncer qu’il allait forcer le FMI à renflouer les banques islandaises, pour sauver leurs filiales anglaises (y compris celles qui sont du ressort du gouvernement britannique !). Brillant : l’Islande contribue au désendettement anglais. Les Anglais auraient des complices dans la place : ceux qui ont fait subir une gestion hasardeuse aux banques islandaises ont des intérêts à l’étranger, les mêmes que ceux des britanniques.
Pour mener à bien cette stratégie, on aurait copié le gouvernement américain et son « stress test » : faire croire que les banques se portent mieux que prévu, qu’elles n’ont besoin que d’un petit coup de pouce. Bizarrement, deux cabinets anglais ont été chargés du dit stress test.
Compléments :
- L’Amérique a procédé de même, mais en utilisant son peuple en guise d’Islandais : elle a renfloué AIG, grâce aux finances publiques, pour que l’assureur AIG rembourse les pertes dues aux manoeuvres douteuses des grandes banques, et les sauve de la noyade.
- Je comprends mieux la haine que suscite Gordon Brown en Angleterre : il met au jour la perfidie d’Albion. L’intention est bonne, mais il parle trop ?

