Brésil

Manaus. Je découvre que, comme les grandes villes brésiliennes, c’est un lieu où l’on n’est pas en sécurité.

Cela m’a rappelé un livre que j’ai cité, Brazillionaires. Il semble que les riches n’ont pas voulu partager leur richesse avec les pauvres. Ils ont préféré vivre dans la crainte permanente du rapt, dans des bunkers, en se déplaçant en hélicoptère.

Du mystère de la création des cultures ? De la nécessité, et de la complexité, d’un changement qui obéisse un rien à la « raison » ?

Gabriela, girofle et cannelle

Histoire d’amour entre un gros propriétaire de bar d’origine syrienne et une irrésistible sauvageonne, sur fond de changement social.

Ilhéus, dans l’état de Bahia en 1925. L’or, là-bas, c’est le cacao. Il fait des fortunes. Des aventuriers et leurs armées de tueurs ont rasé la forêt, pour y planter des cacaoyers, et assassiné leurs opposants. Ces parvenus s’appellent les « colonels ». Ils construisent de grandes maisons en ville, et imposent une morale puritaine à leurs femmes et filles, alors qu’eux mêmes courent la gueuse. Une nouvelle génération apparaît, parmi laquelle se trouvent les enfants des colonels, des étudiants. On ne parle plus que de « progrès ». Les moeurs évoluent. Désormais le mari qui tue sa femme et l’amant de celle-ci n’est plus acquitté. Mais, pour autant, en politique comme ailleurs, c’est la force et l’argent qui conservent le pas sur le droit et une démocratie qui n’est qu’apparente. Brésil éternel ?

Bon livre ? Sa force est sa galerie de personnages, les colonels, leurs familles, et les « intellectuels » du cru qui s’opposent à eux, et le fils de famille, venu de Rio pour se faire un prénom, et qui va changer le pays. Mais, curieusement, tous ces gens parlent une même langue, plate. Je me demande si ce qui faisait l’intérêt du livre n’était pas, justement, comme chez Pagnol, la langue de ses personnages, et si tout n’a pas été perdu à la traduction.

Les paradoxes de l'écologie

Nous disons aux Brésiliens : parce que nous émettons beaucoup de CO2, vous ne devez pas toucher à l’Amazonie. Vous seriez Brésilien, que répondriez-vous ?

L’écologie ne gagnerait-elle pas en crédibilité, si elle commençait par balayer devant sa porte ? Deux idées :

  • Faire chez elle, ce qu’elle veut faire-faire aux autres. (Ne pourrait-on pas développer un peu d’Amazonie, ailleurs qu’en Amazonie, dans des pays riches ?)
  • Aider les dits autres à atteindre leurs objectifs : c’est à dire atteindre le niveau de vie des écologistes. 

Que se passe-t-il au Brésil ?

On s’inquiète de l’élection d’un Hitler au Brésil. Mais il ne vient pas de nulle part. La responsabilité de la gauche de gouvernement est sacrément engagée. Non seulement elle a sombré dans la corruption massive qui affecte la politique locale, mais encore elle s’est désintéressée de la violence qui sévit dans le pays. Lula a lâché ses partisans initiaux, qui défendaient le petit peuple, et a cédé aux attraits du capitalisme, cherchant à créer une société de consommateurs, plutôt que de former des esprits éduqués. Voilà ce qu’il m’a semblé comprendre d’un débat, dimanche soir, chez France Culture.

Mais, n’y a-t-il pas là un schéma que bien des gauches ont adopté, que ce soit aux USA, en Angleterre ou en France ? Ne serait-il pas bon, parfois, elle qui n’est que bonne conscience, que la gauche s’interroge sur les conséquences de ses actes ?

Elections au Brésil

Le candidat de « droite » brésilien a failli être élu au premier tour. France Culture le présentait, dans des informations qui précédaient l’élection, comme un être effroyable. Et disait qu’elle serait indécise…

Cela pose un problème d’exactitude de l’information que nous transmettent les « médias ». Comme aux USA, ne tendent-ils pas à ignorer, voire à refuser, la réalité ?

Brésil

Lula est en procès. Dilma et Lula n’ont pas fait ce que l’on attendait d’eux, au Brésil. Ils se sont alliés aux classes qu’ils avaient combattues. Peut-être était-ce par pragmatisme ? Cela a permis de réorienter une partie des financements publics vers le peuple (en en perdant beaucoup au passage). Ce qui était un peu plus en contravention avec leurs valeurs, c’est que Dilma et Lula ont vécu royalement, en bonne intelligence avec leurs ennemis d’hier.

On reproche aussi à cette manne financière d’avoir rendu une partie de la population assistée. Ce qui est désagréable au reste d’un peuple de gens modestes, qui vit difficilement. Le phénomène ne semble pas propre au Brésil. On le décrit un peu partout. Il y a une sorte d’alliance du très riche et du marginal, contre l’intermédiaire. Cela se voyait déjà dans les démocraties grecques à l’époque de Thucydide. Est-ce propre à la démocratie ? Dans d’autres régimes (comme l’entreprise !), chacun a un rôle social. Dans la démocratie, l’équilibre, et peut-être le mouvement, viendrait-il du conflit ?

(Chez Thucydide, ce conflit entre oligarques et démos conduit aussi à la dislocation.)

Colonel Rondon

Théodore Roosevelt explore le Brésil au côté du colonel Rondon. Qui était ce colonel ? Wikipedia répond qu’il est quasiment l’antithèse de Roosevelt. Alors que ce dernier appartient à une sorte de noblesse américaine, le colonel Rondon est issu d’un ascenseur social à la française. Son père est d’origine portugaise, et sa mère indienne. S’il y a discrimination au Brésil, elle n’est pas aussi systématique qu’aux USA. Il est très tôt orphelin, et élevé par son oncle. Il rejoint l’armée où il devient ingénieur de l’armement, et enseigne les mathématiques. Un polytechnicien brésilien ? On l’expédie installer le télégraphe dans la forêt amazonienne. Dans des conditions effroyables et au péril de sa vie, il va l’explorer. Et il va faire preuve d’un talent surprenant : il parvient à si bien s’entendre avec les Indiens qu’il les enrôle dans l’entretien des lignes télégraphiques. Il poursuit sa carrière après son périple avec Roosevelt. Il sera fait maréchal et un Etat brésilien porte son nom.

Rondon était positiviste. C’était un missionnaire du progrès et de la civilisation, tels qu’on les entendait en ces temps là.

Brazillionaires

Découvrir le Brésil grâce à ses milliardaires. Le Brésil, exemple même des dérives du capitalisme moderne ? Les Trente glorieuses qui auraient déraillé ? D’un côté, il y a une poignée de milliardaires, qui passent, en hélicoptère, de gigantesques propriétés protégées par des forces paramilitaires au sommet des buildings de leurs sociétés. De l’autre une masse de gens qui vivent sur des tas d’immondices. Et, au milieu, une des sociétés les plus dangereuses au monde.

Le Brésil est une colonie portugaise, puis un empire, longtemps esclavagiste. L’appétit du monde pour les ressources naturelles du pays a provoqué des bulles spéculatives, qui ont transformé son clientélisme constitutif en une hyper corruption. Privé et public vivent main dans la main. L’un et l’autre s’enrichissent mutuellement. Le peuple, à condition, qu’il y gagne un petit quelque-chose, n’y voit rien à redire. Dilma Rousseff et Lula n’ont rien changé. Ils ont simplement demandé à ce que l’on donne un peu d’argent aux pauvres. Argent que ceux-ci ont converti en iPhones et écrans plats, à crédit usuraire. Ainsi, l’on pouvait désormais vivre riche la conscience en paix ?

Quant aux milliardaires, ils n’ont rien de très original. Il y a les anciens, qui se sont enrichis de manière traditionnelle, par le détournement de bien public. Et les nouveaux, qui ressortissent au grand mouvement financier international de ces dernières décennies. L’un d’entre eux est un comparse de Warren Buffett. C’est un spécialiste de l’ingénierie financière et des plans sociaux. L’autre est un maître du powerpoint. Un grand bateleur qui a vendu aux investisseurs des coquilles vides. Il fut un temps la huitième fortune mondiale.

Obésité

Reportage effrayant. Obésité au Brésil. Le pauvre est quadrillé. Les multinationales de l’agro alimentaire lui font apporter à domicile leurs produits. Aucun n’y échappe. Cela donne des effets effroyables. Mais ce n’est pas plus mal qu’avant : ces gens crevaient de faim. Maintenant, ils crèvent de diabète. Et ces industries les emploient. L’Etat, de gauche ou de droite, est d’ailleurs en leur pouvoir.

Lorsque l’on parle de « crime contre l’humanité » est-ce de cela qu’il est question ?

Brésil

Le président du Brésil est contesté. Le pays est en crise. Il semble victime de la malédiction de l’Amérique du sud. Il est pris dans une lutte des classes entre une gauche clientéliste et une droite exploiteuse. Le dénominateur commun du tout étant la corruption. Comment s’en tirer ? 
Le pays vit au gré des fluctuations du prix des matières premières. Il est incapable de faire des économies, en période faste, qui lui permettraient de subventionner, en période maigre, le développement d’entreprises non cycliques.

La Norvège a créé un fonds pour les périodes difficiles. C’est une solution simple et élégante à ce type de problèmes. Mais probablement pas compatible avec la culture du système politique brésilien.

(Il est aussi possible que c’ait été le principe de la dîme : l’Eglise prélevait un dixième des récoltes, qu’elle redistribuait en période de disette. Avec l’avantage de réduire l’offre dans les hauts, et de l’augmenter dans les bas. Avec effet inverse sur les prix.)