Le langage, l'entreprise et le digital
« « Geek » provient de l’ancien allemand Gek : un fou exclu de la société« . (Jeanne Bordeau, le langage, l’entreprise et le digital, unvis, 2016.
Symbole du changement de la société ?
Comme chaque année, Jeanne Bordeau expose ses tableaux de mots. Les mots de la presse, en tableaux. Que disent-ils sur notre société ? Le journaliste n’apporte rien. Il ne fait que traduire les modes de la société. La presse ne pense plus, elle est passive. Voilà ce que fait remarquer un visiteur.
Il me semble, moi que je vois un retournement. L’an dernier le tableau « crise » de Jeanne était une chute. Cette année, nous sommes tous écrabouillés au sol. Pression, burn out… Et beaucoup d’incantations : il faut changer… Mais il y a du nouveau. Un petit groupe de mots qui me fait dire que le Français pourrait être en train de comprendre qu’il va falloir prendre son sort en main. L’espoir ?
Jeanne Bordeau expose les tableaux de mots de l’année à la galerie Verneuil Saint-Pères, 13 rue des Saints Pères, Paris 6.
Avec l’aide d’un ami il commença a acheter des objets de peu, ou pas, de valeur, au hasard (…) le prix de ces objets allait d’un à quatre dollars (…) ensuite Walker demanda à des écrivains inconnus d’écrire une nouvelle contenant l’objet. Les histoires ne portaient pas sur l’objet, en tant que tel, mais elles l’aidaient à le placer dans un contexte humain, à lui donner une nouvelle signification. Quand Walker mit en vente les objets, et leurs histoires sur eBay (…) leur valeur augmenta en moyenne de 2.700%. (L’histoire complète.)
Enseignement ? Ce qui fait une grande partie de la valeur d’un objet, c’est l’histoire qui va avec. Et s’il y avait là un moyen de sauver la profession de publicitaire, menacée par Internet ? Demander conseil à Jeanne Bordeau ?
La semaine dernière, j’ai assisté au lancement du manifeste de Jeanne Bordeau. (Manifeste que j’ai lu, de surcroît.) Elle interpelle le dirigeant. Elle lui demande de renoncer à ce qu’il est ! Comme Louis XVI en son temps, c’est maintenant son tour de tirer les conséquences du changement qu’il a voulu ?
Dans sa lettre, Jeanne Bordeau dit ceci :
Internet favorise et attise la comparaison des prix et développe, notamment chez les jeunes générations, un comportement de recherche systématique du prix le plus bas « A cet égard, il est symptomatique de relever le changement de connotation sémantique du terme « radin » : alors qu’il a longtemps désigné un défaut rédhibitoire, il est aujourd’hui plutôt considéré comme une qualité et immédiatement associé à l’adjectif « malin ». On en vient même à parler aujourd’hui des fameux « radins-malins » et les entreprises n’ont pas manqué de reprendre à leur compte cette expression » (Emmanuel Combe, Le low cost, La Découverte, 2011.)
Radin-Malin serait-il la traduction française de Lean and Mean ? (Que j’entendais plutôt comme maigre et méchant). Internet a-t-il fait entrer dans notre culture une partie de l’anglo-saxonne ? Cette culture glorifierait-elle l’égoïsme de la médiocrité et le calcul matérialiste minable ?
Dans ce manifeste qui vient de paraître aux Editions de l’Institut de la qualité de l’expression, Jeanne Bordeau interpelle les dirigeants d’entreprises françaises et internationales, sur la qualité de la langue utilisée dans leurs messages et les invite à une prise de conscience urgente.
Désormais, le numérique est le poumon de l’entreprise. La com’ n’est plus l’affaire d’un seul homme ni d’un service. C’est à chaque instant, au fil des réseaux sociaux, que le langage des dirigeants est bousculé. Converser, échanger, témoigner, sont les nouvelles exigences des collaborateurs et des clients.
On trouve dans ce manifeste des questions essentielles posées aux dirigeants :
– Où se place votre autorité lorsque tout collaborateur et tout client peut désormais faire et défaire la réputation de l’entreprise et de la marque en quelques posts ou quelques tweets ?
– Ces innombrables écrits numériques sont-ils en cohérence avec vos propres discours et tous les autres messages ?
Je suis d’accord avec ce texte, à un point prêt. Pourquoi céder à la mode qui veut qu’Internet ait tout changé ? Ce que dit Jeanne Bordeau a toujours été vrai. D’ailleurs, les techniques qu’elle emploie n’en appellent-elles pas aux Grecs anciens ?
Ce qui me semble nouveau, en revanche, c’est qu’après quelques décennies de croyance au père Noël, nous devenons méfiants. C’est pour cela que les beaux jours du sophisme sont finis.