Boeing Boeing

Vendredi dernier je lisais deux nouvelles concernant Boeing. La première disait que le dernier accident d’un Boeing semblait tenir à une alimentation en pétrole qui s’était coupée d’elle-même, l’autre que les affaires de Boeing allaient mieux que celles d’Airbus.

Avec mon mauvais esprit usuel, j’ai pensé que cela devait tenir à l’appétit du lucre des compagnies aériennes et au pouvoir de nuisance américain, dont Trump n’est qu’un pâle représentant.

Accident

Avant hier un 787 s’écrasait dans un immeuble indien. Curieusement, les nouvelles qui annonçaient la catastrophe (du moins celles que j’ai lues) s’inquiétaient surtout de la santé de Boeing.

Qu’est-ce qui conditionne les réactions humaines ?

(Société individualiste ? Soit l’expression de notre sympathie est due à une convention sociale, soit elle tient à ce que nous aurions pu être à la place de la victime ?)

Accident d’avion

Boeing est une des vedettes de ce blog. Boeing est l’idéal-type des transformations subies par l’entreprise. Depuis ses origines, ce blog parle de ses aventures.

Dernier épisode. Après de multiples accidents touchant à la fois ses activités aéronautiques et spatiales, ses personnels sont en grève, et sa direction annonce qu’elle va licencier 10% de ses salariés. Cela rappelle les pratiques romaines : quand une armée se mutinait, on la « décimait », on tuait un soldat sur dix. En fait, dans ces conditions, les « bonnes pratiques » américaines veulent que l’on mette en faillite la société, pour pouvoir négocier en position de force avec les syndicats.

Un interviewé des informations de BBC 4, samedi matin, disait que, pour se sauver, Boeing aurait besoin d’un nouvel avion. Mais qu’il ne le voyait pas arriver avant dix ans.

Qui va profiter de la situation ?

En tous cas, il est curieux de voir que ce type de scandale ne provoque aucune interrogation sur ses causes, et sur l’esprit du temps qu’il l’a produit. Omerta ou appauvrissement de l’intelligence collective ?

Souvenir de Boeing

Boeing faces cash crunch as machinists’ strike weighs on production
Chief financial officer Brian West tells investors the labour dispute will delay goal to reach 737 Max production target on time

Financial Times, 13 septembre

Il ne fait pas bon s’appeler Boeing. Ses avions tombent, ses véhicules spatiaux ne sont pas fiables, et ses personnels sont en grève.

Ce qu’il y a de terrible dans cette affaire, c’est notre peu de mémoire. Car Boeing ne fait que récolter ce qu’il a semé. Et il n’a été que l’hirondelle d’un changement qui a touché l’économie et le gouvernement des nations occidentales, et, en premier lieu, de notre pays.

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » entend-on souvent ces derniers temps. Peut-être serait-il bien de ne pas se contenter de le dire ?

Les modes ont une fin…

Boeing chief executive Dave Calhoun to step down
Dave Calhoun, chief executive of Boeing, is to step down at the end of this year, as part of a sweeping overhaul at the embattled US aircraft manufacturer.

Financial Times 25 mars

Boeing va très mal. Tout tient à une mode. A la chute du mur de Berlin, les Américains ont pensé, et les Européens ont cru, que le capitalisme allait gagner le monde. Et le capitalisme, ce n’était pas ce qu’ils étaient alors, un Etat technocratique, mais le « marché ». En conséquence, un rien tordue (mais qui veut renoncer à ses avantages acquis ?), les grandes entreprises, si elles voulaient ne pas disparaître devaient être des catalyseurs de marché, une poignée d’être d’élite concevant des produits et les vendant, tout étant fabriqué par des fournisseurs en « concurrence parfaite ». Les surprofits des salariés et des sous-traitants étant rendus aux actionnaires (dirigeants et fonds d’investissement) pour être remis dans le marché, qui en ferait une allocation optimale, comme l’affirmaient les meilleurs économistes.

Boeing a poussé loin ces idées. Je me souviens d’avoir rencontré un de ses employés, qui m’avait dit « chez Boeing on ne construit pas des avions, mais des carrières ». Les modes enrichissent ceux qui les créent.

Construire un avion

Boeing in talks to acquire fuselage supplier Spirit AeroSystems
Plane maker says reintegrating its former unit would strengthen safety and improve quality

Financial Times de samedi

Boeing est un des marronniers de ce blog.

Il y a quelques décennies, une idée s’est abattue sur l’élite occidentale : le marché. Laisser faire le marché voilà la seule bonne façon d’assurer la fortune du monde. Cette idée n’est pas neuve, elle est même française. (Ce qui est honteux à dire quand on est anglo-saxon.) Elle vient de ceux des philosophes des Lumières que l’on a appelé « économistes ».

Dans ces conditions, la grande entreprise ne pouvait survivre que si elle était elle même un acteur du changement. Voilà ce qu’écrivaient les consultants, et les universitaires du management.

Par conséquent, nos grandes entreprises se sont débarrassées de tous leurs savoir-faire. Elles n’étaient plus que vente et création. Pour le reste, que les sous-traitants se coupent la gorge. Cela ne peut que les rendre innovants ! Et que les bénéfices récoltés ainsi repartent dans le marché, qui saurait les répartir au mieux. La dite « élite », salariée, s’était entre-temps accordé la part du lion des actions des dites entreprises. Elle était le marché. Voilà une doctrine utile et agréable.

Boeing a été un des champions de cette idée. Il a fini par comprendre que, à force de trop sous-traiter, on ne savait plus faire. Et, petit à petit, il rachète ses constituants.

Un des premiers billets de ce blog :

Aviation 2.0

Boeing perd ses boulons. Et cela après une série d’accidents. Décidément le 737 a bien des malheurs. Et ses clients sont, finalement, très accommodants.

Esprit numérique ? L’aviation fait tester ses produits par le marché ?

Un des best sellers de ce blog est « Boeing, entreprise de service ». Emmenés par ENRON, ceux qui nous dirigeaient ont été convaincus que les entreprises devaient être organisées selon les lois du marché. En fait, elles devaient être des places de marché. De la concurrence sanglante entre sous-traitants germerait l’innovation. C’est ainsi que les constructeurs automobiles se sont débarrassés de leur métier d’équipementier. Boeing était allé tellement loin dans cette direction que l’on s’est demandé, un moment, s’il parviendrait encore à construire des avions.

Un phénomène mériterait d’être étudié : c’est la latitude du dirigeant à faire des paris fous, et sa propension à prendre des vessies pour des lanternes (« management fad », en anglais). Mal de la démocratie : l’intelligence collective ?

Boeing, entreprise de services

Heureux Américains ?

« Dans sa précipitation à faire certifier son appareil, Boeing a caché les défauts de conception de son 737 Max aux pilotes et aux régulateurs, selon un rapport accablant du Congrès expliquant pourquoi deux des avions se sont écrasés à quelques mois d’intervalle l’année dernière, tuant 346 personnes. » (Financial Times)

Contrairement à chez nous, les USA sont un pays où l’on sait faire un rapport.

Et si l’on importait quelques Américains pour nous dire ce qui nous est arrivé pendant l’épidémie ?

La culture de l'aviation civile

L’aviation civile est entre les mains de deux entreprises. L’une fabrique des avions qui tombent, l’autre corrompt ses clients.

Mais cela n’est pas suffisant pour les mettre à terre, quels que soient les dommages subis. Ce qui semble signifier que le calcul paie.

L’esprit de l’aviation aurait-il changé ?

Le bug (culturel) de Boeing

Qu’est-ce qui ne va pas chez Boeing ? Comment le sortir de l’ornière. Questions à des experts.

Boeing souffre d’un vice culturel, ancien. On y décide dans son coin, en catimini. (A la façon des gouvernements français ?) Sans intelligence collective, décision erronée.
Quant à la sortie de l’ornière, pour l’expert, le problème à résoudre est de convaincre le public de confier sa vie au 737. Fallait-il être expert pour dire cela ?

Serait-on sur la bonne pente ? Contre discount, une compagnie anglaise s’est engagée à acheter deux cents avions. Ou, « décidément, on ne changera pas les Anglais » ?

En tout cas, le PDG de Boeing a annoncé qu’il prendrait le premier vol commercial. Mais est-ce rassurant ? Ne fait-il pas comme l’ingénieur qui a élevé l’obélisque de la Concorde : il s’était placé derrière elle pour être tué en cas de chute ?