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Antichiant, treize millième.

Quoi de neuf ? Ce blog est devenu antichiant. En changeant d’hébergeur, son rythme s’est un peu ralenti : il est plus rapide de publier sur blogspot que sur wordpress, et plus agréable de lire et de relire, ce qui amène à publier !

Du coup, moins de publications, donc moins de pensée. Car ce blog est un moyen d’échapper à l’abrutissement ordinaire.

Quand je l’ai commencé, j’ai dit que je l’écrivais pour savoir pourquoi je l’écris. Maintenant, je me demande s’il n’y a pas quelque-chose de faux dans ma façon de penser (croire penser ?), et si ce n’est pas cela qu’il faut chercher à élucider. Mais, j’ai toujours tort.

Art de la critique

« La critique est elle-même un art » dit Oscar Wilde.

Pour Oscar Wilde, et comme pour beaucoup de critiques, l’oeuvre d’art est secondaire, ce qui compte est ce qu’en fait le critique. Ce qui paraît un rien idiot. Même si tel peintre est un attardé mental, son oeuvre est un miracle.

En fait, il explique que la critique s’applique à tout. On en revient au sens de « critique » qu’entendaient les Lumières. Il s’agit de ne jamais rien prendre comptant. Mais de l’analyser, pour en tirer un jugement. C’est l’exercice même de la raison.

Ce blog est un exercice de critique. Mais je n’avais pas pensé qu’elle put être un art.

Changement de blog

Cette année, le blog du changement a changé de place.

Cela résulte de quelque-chose qui ne change pas : la politique de Google. Google a pris l’habitude du renoncement et de la suppression de fonctionnalités. Heureusement qu’il n’en est pas de même du fabricant de voiture.

J’avais déjà fait un essai de WordPress il y a des années, sur la sage suggestion d’Hervé Kabla, le pape du réseau social. Mais j’y avais renoncé car je n’étais pas parvenu à traduire les références internes. Je n’ai pas mieux réussi cette fois-ci. Et j’ai découvert un univers beaucoup plus hostile qu’il y a dix ans. Quasiment tout est devenu payant. J’ai même l’impression que WordPress fait tout ce qu’il peut pour que mes billets ne soient pas visibles. Pas étonnant, dans ces conditions, que les réseaux sociaux soient refermés sur eux-mêmes !

Bouteille pleine au dixième tout de même : le confort d’utilisation de WordPress, qui m’avait semblé un bricolage d’amateur au premier contact, s’est beaucoup amélioré. Et il est désormais beaucoup plus agréable à utiliser et à lire que blogspot.

Le blog a aussi changé de nom. Là aussi, il n’y a pas de changement. Depuis le début, je dis que je l’écris pour comprendre pourquoi je l’écris. Eh bien, dans ce cas, je pense commencer à comprendre pourquoi la caractéristique première de notre société est d’être « chiante ». L’après guerre avait la croyance béate au « progrès », progrès technique et scientifique. Il a cru que la société devait confier sa direction à ceux qui ont de « l’instruction », les « intellectuels ». Or la caractéristique de l’intellectuel est d’être un « atrabilaire », un « misanthrope ». Il croit que l’idée est tout, et il ne tolère pas d’autre idée que la sienne. C’est un terroriste de la pensée.

Ne pouvant plus s’exprimer, la société est peut-être en train de redécouvrir l’instinct, l’émotion, l’amitié. Le « je et tu » ?

Le blog comme psychanalyse

Je consacre peu de temps à ce blog. Généralement quelques heures le samedi matin. A chaque fois, ma tête est vide. Comment relancer la mécanique, à la manivelle ? 

Son principe, qui ne bouge pas depuis mon premier billet, en 2008, est le paradoxe. Qu’est-ce qui m’a frappé, cette semaine ? Difficile de l’exhumer. Et surtout de retrouver l’idée qui m’est venue alors. Ou plutôt de la formuler, car elle n’était pas aboutie. Elle ressemblait à quelque-chose comme : « je le savais bien ». 

Du coup, l’idée succède à l’idée. Et bien souvent, en écrivant un billet, en m’escrimant à le rendre intelligible, je saisis une vérité que je n’avais pas vue. Effet eurêka qui change, radicalement, ma vision du monde et de la vie. 

De l’influence de la forme sur le fond. 

Le blog, c’est l’art, extraordinairement difficile, de la pensée. La pensée est changement, alors que l’esprit tend à la rigidité. Mais la pensée est aussi, peut-être, un processus. Ce n’est pas parce que je suis, que je pense. On ne naît pas penseur, on le devient ? 

(Reste à ne pas attendre le samedi matin pour se mettre à penser ?)

J'ai toujours tort

V. Jankélévitch dit qu’il arrive des moments où nous comprenons, soudainement, ce que nous disions depuis des années. 

C’est peut-être ce qui m’arrive avec ma devise « j’ai toujours tort ». 

D’une certaine façon, elle est fausse. Si l’on regarde ce blog, on verra qu’il constatait que le monde marchait sur la tête. Et, il est effectivement tombé. 

Mais là où j’ai toujours tort, c’est lorsque je passe du blog à l’action. Mes premières idées me font immanquablement rencontrer un mur. Ce n’est qu’après ce que les entrepreneurs appellent des « pivotements » que je finis par toucher juste. C’est très, très, douloureux. D’autant que le mécanisme est inconscient et, donc, qu’il est logique d’avoir mauvaise conscience lorsque l’on se sent en paix avec soi-même. Et si j’étais en train de rater quelque-chose ? Paradoxalement, une fois que l’objectif est en vue, je découvre que l’idée originale était correcte. Mais, elle décrivait le changement a posteriori. A défaut d’avoir été utile à l’action, elle a servi à me motiver, pendant l’action. 

D’où l’explication de : « j’ai toujours tort ». C’est le doute cartésien, ou celui de la phénoménologie. Pour réfléchir correctement, il faut tout casser. La certitude, la science, la morale… sont à la fois la pire et la meilleure des choses. 

Premier 12000

Douze millième billet de ce blog. Comme à chaque millier, je m’interroge sur l’art de bloguer. 

Dans ce domaine, je dois être une sorte de dernier des Mohicans, qui blogue dans le désert. Le blog a été une mode comme les réseaux sociaux, les objets connectés, l’intelligence artificielle et bien d’autres. 

Je me souviens, en ces temps héroïques, d’avoir rencontré une journaliste que je terrifiais. J’imagine qu’on avait imposé à elle et à ses collègues de tenir un blog. Or, elle produisait, dans la douleur, un billet par semaine, alors que j’en écris plusieurs par jour. Et que je n’y consacre que quelques heures le samedi, en revenant du marché. Comment cela pouvait-il se faire ? Elle, héritière des Clémenceau et des Zola, de tous ces gens qui ont fait la gloire du journalisme français, et moi, petit rien du tout ? 

Peut-être est-ce comme cela que se font les révolutions ? Il y a le créateur, qui avait le talent, et l’héritier, qui a la position. Et l’héritier défend ses privilèges, en écrasant le talent ? Jusqu’à ce que cela ne soit plus possible ?

Le blog comme aliénation

Il y a près de 14 ans que j’écris ce blog. Presqu’une vie. J’ai commencé, selon mon habitude regrettable, à la fin de la mode des blogs. Une de mes idées était de l’écrire pour comprendre pourquoi je l’écrivais. Ce qui fait que, de temps à autres, je consacre un billet à mon expérience. 

Comme je le disais dans un précédent billet, écrire un blog est la découverte de l’irrationalité humaine. L’auteur obéit à des injonctions contradictoires. Il a à la fois envie et pas envie d’être lu. Il est guidé à la fois par ses convictions et par l’esprit du temps. Il est sensible aux modes… On ne sort pas grandi de l’écriture d’un blog.

Mais, surtout, écrire un blog est une « aliénation ». C’est une ponction sur la vie, comme les phobies de Christophe André. Arrêter de l’écrire serait un soulagement immédiat. Et même, simplement, le remplacer par un carnet, secret, changerait totalement l’exercice. 

En fait, comme dans toute activité, il y a des effets inattendus. Parfois, ils deviennent essentiels. Dans mon cas, le blog m’a amené à réfléchir sur la question de l’écriture. La forme tend à devenir plus importante que le fond. Quelques minutes pour transformer une idée en un texte aussi court que possible qui puisse intéresser un inconnu, voilà qui est difficile, mais gratifiant ! 

Son principal intérêt est de me forcer à penser. Surtout, j’ai un esprit d’escalier. Une idée, même stupide, en amène une autre. Car ma vie m’abrutit. Peut-être est-ce une pathologie sociale ? Notre société ne stimule pas le fonctionnement de notre intellect. Elle a quelque-chose d’un éteignoir. 

Le blog devrait-il être recommandé par la sécurité sociale ?

Ayons peur ?

Ce blog a été créé en 2008, comme un observatoire du changement. Il faisait suite au « club télécom » que j’avais repris à l’éclatement de la bulle Internet, et qui cherchait à comprendre comment les entrepreneurs réagissaient à la dissipation de leurs illusions. 

Il a constaté la justesse de la théorie du « dégel » de Kurt Lewin. Le changement produit, effectivement, une période d’incertitude. Pendant cette période, ce blog a été optimiste : le monde doutait. Car, le risque vient de l’utopie et de l’illuminé. Puis, le changement a commencé à prendre forme. Du Yang au Yin. De l’individu à la société. De l’interdit d’interdire à la solidarité. De la « supply chain » mondiale au « circuit court ». Reconfiguration de la société et de nos aspirations. La pandémie ne fut, peut-être, pas un hasard. 

Et maintenant ? Recoongélation ? Le propre de notre pays, particulièrement de son élite ?, c’est l’innovation au sens de Robert Merton : la fausse solution, façon Ligne Maginot. Le danger est de construire la France du futur sur les fondations actuelles, en enterrant tout ce à quoi elle a cru.

Rhétorique

La rhétorique art de convaincre, ou, ce qui est différent, de convaincre que l’on dit la vérité. Il y eût un temps où une classe s’appelait comme cela (la première). 

Je me demande si cette classe ne nous manque pas. En particulier aux techniciens. En effet, il est très difficile de savoir ce que l’on croit, et pourquoi on le croit. Bien souvent lorsque l’on nous demande pourquoi on a fait telle ou telle chose, on « rationalise », c’est à dire que l’on cherche une réponse conforme aux normes sociales, que l’on suppose attendue de nous, mais qui, généralement, n’a rien à voir avec la réalité de notre action. (Cf. l’explication formulée par l’amant que le mari découvre dans un placard.) 

Et pourtant, toutes nos actions, à mon avis, obéissent à une logique, tout à fait défendable, bien que, souvent erronée (cf. la devise de mon blog). Seulement, il faut du temps pour la faire émerger (ce qui est l’exercice de ce blog). Apprendre à faire cet exercice était probablement la mission de la rhétorique. 

Rationalité de l'irrationalité

Quand quelqu’un dit à quelqu’un d’autre, « vous savez, il écrit un blog », je suis toujours embarrassé. Je ne cherche pas les lecteurs. Car, je ne pense pas que ce blog soit compréhensible, à quelques synthèses d’ouvrages près, si l’on ne me connaît pas. Et pourtant, je l’écris. En effet, il me pousse à noter mes idées, et c’est en les notant qu’il m’en vient d’autres. Et, savoir qu’elles vont être lues me force à les écrire correctement. Un exercice qui, d’ailleurs, est un plaisir, probablement qui ressemble à celui qu’avait Brassens à écrire une chanson. 

Il semblerait que l’homme, moi en particulier, soit double. Il y a l’homme qui agit, et qui est irrationnel, et l’homme qui se regarde agir, et qui peut trouver du bon à son irrationalité…