Villette de Charlotte Brontë

Villette, édition 1952 de l’université d’Oxford, de Charlotte Brontë. Hasard du rangement.

Au dix-neuvième siècle, lorsque l’on était pauvre, on ne pouvait pas se marier. Mariage, qui était la grande affaire de la vie. Une jeune femme, pauvre, décide de partir à l’étranger chercher fortune. Car il semble y avoir de la place pour les services de gouvernantes étrangères. Elle arrive dans le pays de Labassecour, avec son port de Boue-Marine, sa ville de Bouquin-Moisi, son fils ainé de monarque répondant au nom de duc de Dindonneaux, et sa capitale, Villette. (Il s’agit, je soupçonne, de la Belgique.) On y parle français. Elle se fait embaucher par une école pour jeunes filles, l’enseignement étant une des industries de la ville. Elle y rencontre, par un hasard qui fait étonnamment bien les choses, des proches, fortunés, dont elle avait perdu la trace depuis dix ans.

Livre construit un peu curieusement, avec des histoires qui émergent et disparaissent brutalement, sans qu’il y ait un fil conducteur véritable. Plus biographie et anthropologie que roman. 

Notre pauvre coeur trouvera-t-il le bonheur ? En tout cas, ce livre est l’occasion de portraits tout en nuances, pleins d’humour. C’est aussi un livre de femme, qui dément les thèses des féministes modernes. Non la femme du dix neuvième siècle ne se sentait pas opprimée par l’homme. Le livre de femmes est un miroir de celui écrit par l’homme, d’ailleurs : on n’y voit que des femmes, elles tirent les ficelles de la société, et s’affrontent dans une lutte à mort ; les hommes y sont « le beau sexe », pas très futés, et essentiellement jugés sur leur apparence. 

C’est aussi un livre d’Anglais, très content des valeurs, saines, de sa nation, et très méfiant vis-à-vis des Papistes, et de leur doucereuse hypocrisie, ou de l’art quand il heurte le bon sens populaire. On y aperçoit le Français, mais de très loin : insupportablement arrogant. 

Pour le Français, une leçon de ce livre est que la Belgique est une France à visage humain. 

Interviewé par la RTBF

Hier matin, j’ai passé trente minutes dans une émission de la radio belge, RTBF. Il était question de mon dernier livre. J’étais dans mes petits souliers : je n’ai jamais rencontré de journaliste qu’en face à face ou par téléphone, pour un article… alors participer à une demi-heure d’une émission de grande écoute… Et à distance. 

Illustration de « J’ai pensé à tout… » : méfiez-vous de vos préjugés. J’avais l’habitude du journaliste qui vous fait parler d’un livre qu’il n’a pas lu. Là, j’ai eu l’impression que l’animatrice connaissait mieux mon travail que moi ! (Méfiez-vous des Belges ?) En tout cas, quelle pro : la dynamique de l’émission était remarquablement agréable, y compris pour moi qui en était la victime. Il suffisait de se laisser porter. Malheureusement, ne voulant pas ennuyer l’auditeur, je pense que j’ai été un peu trop court dans mes réponses.
En tout cas, j’ai constaté deux choses. Il y a beaucoup de pub utilisant de l’anglais dit en anglais correct ou par des Anglo-saxons (de type : « êtes vous I have a dream ou Yes we can ? »), et la problématique du changement semble raisonner bien mieux en Belgique qu’en France. Voilà, encore une fois, qui m’a pris par surprise. Le temps de réaliser mon erreur, l’émission était passée.  Mais c’est plus facile de rejouer le match que d’y participer. 
Le podcast est ici : http://t.co/AID6a03FXz. Je n’ose pas l’écouter…

(PS. Je l’ai écouté, pour raison familiale, et je me suis trouvé compréhensible.)

Liège, la modeste

Je rends visite à Liège, à l’occasion d’une formation. Elle est organisée par la CCI. Très dynamique, très innovante, et très petite CCI, qui n’a rien à voir avec les nôtres. Ce n’est pas une émanation de l’Etat, mais une entreprise privée ! 
Liège m’a surpris. 200.000 habitants seulement, mais une gare de TGV qui fait pâlir toutes les nôtres, un aéroport, où l’on déjeune très bien, et une équipe de foot, le Standard de Liège, parmi les meilleures de Belgique ! Impensable chez nous. Peut-être cela est-il un souvenir des heures de gloire de Liège ? Car elle fabriquait l’acier et l’armement. 
Dans un exercice, j’ai demandé aux dirigeants participants de définir les caractéristiques de la Wallonie. La principale, à l’unanimité : « modestie ». Et, effectivement, j’ai eu la surprise de voir des managers de transition expérimentés me demander conseil. Décidément, impensable chez nous. Et si la Wallonie était un peu trop modeste ?, me suis-je dit.

Changement en Belgique

Passionnante discussion avec un citoyen de Liège. Épatante vision systémique de l’évolution de son pays. Ce que j’en retiens :
J’ai d’abord appris que le citoyen belge était « pragmatique« . Puis que Liège est la seule ville de Belgique qui fête le 14 juillet. Et que nos présidents déprimés y viennent chercher un peu d’affection. Ils y attirent des foules immenses. Ensuite que la Wallonie a été « la région la plus riche du monde » : charbon et sidérurgie. Mais, après guerre, épuisement du charbon et du minerais de fer. La pétrochimie devient dominante, ce qui fait la fortune du port d’Anvers et de la Flandre. Fortune quelque peu fragile : pour que le port d’Anvers soit accessible, les Hollandais doivent draguer l’Escaut. Ce qui n’est pas fatalement dans l’intérêt de Rotterdam. La Wallonie a alors connu des « restructurations toujours plus sérieuses« . Mais peut-être la ville de Liège, au moins, a-t-elle trouvé un moyen de se tirer d’affaire ? La logistique. En effet, c’est un couloir naturel entre la France et le reste de l’Europe. (Et régulièrement emprunté par l’Allemagne pour se rendre chez nous.) TGV, autoroutes, aéroport, c’est un nœud des réseaux de transport européens. D’ailleurs, Ryan Air s’est installé à Bierset, l’aéroport de Liège. Et l’activité logistique y occuperait 20 à 30.000 personnes. 
Bref, l’homme n’est pas grand chose au milieu de ces grands mouvements géostratégiques ? Mais c’est aussi pour cela que rien n’est jamais joué ? 

Calme avant la tempête ?

En Italie, M.Renzi tente de faire passer des réformes. Il veut convaincre Mme Merkel de sa bonne volonté. Afin qu’elle fasse un geste. Sinon, c’est la chute libre. La France, elle, ne fait même pas semblant. Ce qui énerve considérablement ceux qui se sont serré la ceinture. Particulièrement les petits pays. La Grèce a une énorme économie souterraine. Le meilleur moyen de la faire se dissoudre serait une reprise de la croissance. Ebola tue en Espagne. Les économies budgétaires auraient-elles affaibli son système de santé ? Partout Ebola fait peur. Si bien que l’on prend des mesures qui pourraient bien accroître les risques. (Par exemple en interdisant certains vols, ce qui amène les voyageurs à adopter des moyens de transport que l’on ne contrôle pas.) En Ukraine, la paix est guerrière. Mais personne n’a intérêt à ce que le conflit reparte. Si c’est le cas, ce sera le chaos. En attendant, l’Ukraine et le Vénézuéla devraient connaître la faillite. A Hong Kong, le gouvernement chinois espère que le temps va endormir les manifestants. Mais ceux-ci auraient la population de leur côté. En Belgique, un nouveau gouvernement est nommé. Le parti séparatiste flamand ne demanderait plus l’indépendance, mais des réformes économiques. La situation reste explosive. Le Moyen-Orient était fait de régimes féodaux. La disparition des pouvoirs centraux (victimes du printemps arabe ou de l’Occident) a laissé libre cours aux guerres de milices. En Chine, l’expérimentation de la zone de libre échange de Shanghai aurait accouché d’une souris. Les bureaucrates locaux, pris de panique par la campagne anti-corruption de M.Xi seraient paralysés. D’une manière générale, le pays semble dans la situation du Japon des années 80. Il ne parvient plus à gagner en productivité. Les Israéliens rêvent de Berlin. La vie y est moins dangereuse et moins chère que chez eux. M.Obama a tellement peur des conséquences imprévues de ses actes, qu’il ne fait plus rien. Ce qui aura des conséquences graves, dit un de ses proches.
Enfin une bonne nouvelle pour l’Europe ? Le dollar s’enchérirait. Ce qui serait bon pour nos exportations. Mais mauvais pour les pays émergents, que les investisseurs pourraient fuir. Mais l’Amérique pourrait accuser l’Allemagne, grande bénéficiaire et hyper excédentaire, de lui voler des emplois. Le Luxembourg n’est pas qu’un paradis fiscal. Il présente beaucoup d’intérêts pour beaucoup de gens riches. Les milliardaires français construisent des musées privés.
L’adoption de la télémédecineserait bloquée par le fait qu’elle demanderait la réorganisation de la médecine. Ça va mal pour l’industrie pétrolière. Les prix du pétrole baissent, les coûts augmentent. Alors elle abandonne ses mégaprojets (forages en eau profonde et Arctique) et parie, comme un seul mouton, sur le gaz de schiste. Pas de chance, car « si le prix du pétrole continue à baisser, pas même le miracle américain du schiste en sortira indemne ». Ça va mal pour l’industrie automobile. Comme un seul mouton, elle parie sur le haut de gamme. Malheureusement, « les automobilistes n’apprécient pas assez la marque des constructeurs de masse pour vouloir leur acheter plus que des modèles de base ». 

Globalisation acte 2 : la fin

Pays émergents : la fin du miracle. Ils ont profité d’un moment favorable. L’élite occidentale les a vus croître sans inquiétude. Et les chaînes d’approvisionnement ont rendu possible un développement explosif. On n’en connaît pas encore toutes les conséquences (écologiques, en particulier). Mais cet épisode a produit des effets pervers. Les émergents ont accumulé des dollars, ce qui a abaissé le prix de leurs exportations, et encouragé les émergés à vivre à crédit. Tout se termine avec un monde en déséquilibre, et en crise. Chacun se replie sur soi. Et les prochains pays émergents n’apportent pas assez de personnes pour alimenter un nouveau boom. The Economist aimerait que, cette fois, on évite un conflit.
La crise et ses remous :
La Belgique change de roi. Est-elle l’image de la zone euro ? « piégés dans un mariage royal arrangé. Ils continuent ensemble parce qu’ils n’osent pas y mettre un terme. » Le Moyen-Orient se transforme. « Le toujours puissant Etat égyptien avec l’appui nouveau de l’opinion publique et l’argent des pays du Golf, ennemis des frères musulmans, vont vraisemblablement contenir les islamistes, bien que, probablement, au prix d’une violence modérée. » « La Syrie en tant que pays a cessé d’exister. Différentes parties appliquent différentes lois, allant des anciennes lois nationales à la sharia ou à aucune loi. Les économies sont locales et dépendent de nouvelles affaires liées à la guerre. Différents drapeaux flottent sur les bâtiments administratifs – quand ils existent encore. » Détroit fait faillite. Symptôme d’un problème national. Les villes et les Etats ont promis des retraites et des régimes sociaux à leurs employés, dont ils n’ont jamais eu les moyens. Prévenir est trop compliqué. Seule la crise, une série de faillites, peut permettre de résoudre le problème. (L’ajustement porterait sur 2700md$ : quel va être l’impact de cet appauvrissement massif sur les USA ?) Les Républicains estiment que M.Obama a employé des moyens déloyaux pour se faire élire (n’auraient-ils pas fait de même ?), ce qui justifie qu’ils bloquent le fonctionnement du pays.

Imminente crise boursière ? Apparemment les bourses croient à une croissance qui ne va pas arriver. Elles sont surévaluées. Comme tout le monde, l’Australie a trouvé de nouvelles sources de gaz. Ce pourrait être une « bénédiction », mais le coût d’exploitation semble s’envoler… 

Presse. Les journaux anglais, malgré leurs énormes tirages, suivraient le chemin de ceux des autres nations. Baisse des ventes. Baisse des revenus publicitaires. Presse régionale en difficulté. Trop de titres nationaux. On tente de renforcer la place des abonnements et d’Internet. Mais, ce n’est pas assez.
Et tentatives pour réagir ?
Grande nouveauté. Fini l’obsession des coûts ? Les entreprises envisagent d’avoir une stratégie prix. Les fondateurs sont-ils de meilleurs dirigeants que les managers professionnels ? Pas toujours, mais généralement oui, surtout s’ils savent s’entourer. Et ils ont un avantage décisif lorsqu’il faut réussir des changements difficiles. 
Chasse aux paradis fiscaux. Tentative d’accord international. Les intérêts en jeu sont tellement importants qu’il y a peu de chances de succès immédiat. Mais The Economist est confiant sur le long terme. (La faiblesse de l’entreprise par rapport au gouvernement serait sont court-termisme ?) Les 9 plus grands assureurs attirent l’attention des régulateurs. Ils présenteraient, comme les banques, des risques systémiques. Non pour leur activité traditionnelle, mais pour leurs diversifications.

Science et culture (éternelles ?)
Notre sommeil serait affecté par la lune. Peut-être parce que nos ancêtres devaient avoir le sommeil léger lors des pleines lunes. Facile de nous implanter de faux souvenirs. Un des grands cataclysmes de notre histoire aurait été provoqué par une météorite volatilisant le pétrole et le gaz de l’écorce terrestre d’où nuage de méthane et effet de serre. Enfin, Kafka était « un individu névrosé, hypocondriaque, tatillon, complexe et sensible dans tous les domaines, et qui tournait toujours autour de lui-même, et faisait des problèmes d’absolument tout. (…) Kafka décrivait le monde comme il le voyait. Plein d’individus solitaires et persécutés, mais pas sans espoir. »

Belgique divisée

Wikipedia wallonie

Les séparatistes flamands gagnent des élections municipales. Un invité de France Culture, l’autre jour, disait que la Belgique se disloquerait. Nouvelle victime de la rigueur. Etguerre fratricide, juste au moment où l’Europe recevait le Nobel de la paix pour avoir mis fin à ses guerres fratricides.

C’est curieux, d’ailleurs, comme l’histoire récente de la Belgique ressemble à celle, plus ancienne, de l’Allemagne. Des deux côtés, un pays arrogant et puissant qui connaît la déchéance de la cigale, et contre lequel se déchaîne la haine longtemps accumulée par le partenaire humilié, enfin prospère. 

L’Espagne se moque de Mme Merkel ?

Le très respectable gouvernement conservateur espagnol annonce qu’il ne tiendra pas ses engagements. Ne se croirait-on pas chez les Grecs ? Mais rien ne se passe. Qu’en déduire ?

  • La rigueur est enterrée : la crise n’était pas une question de déficit public? Les marchés ne punissent pas les paniers percés: depuis que la BCE imprime de la monnaie, la dette de fait plus les criminels ?
  • La discipline économique de Mme Merkel est, corrélativement, ridiculisée. Au mieux, elle s’applique aux États sans défense (la Grèce et la Belgique), et à quelques masochistes libéraux (Angleterre, Irlande)? Avons-nous vécu un grand moment d’hypocrisie ?
  • La crise économique a été résolue par les manœuvres à la Goldman Sachs de la BCE ? Leçon de courage pour les générations futures ?
Compléments :

Crise de l’euro et idéologie

La Grèce ne compte que pour 2,5% du PIB de la zone euro. Pourquoi cette dernière n’a-t-elle pas réglé ce problème immédiatement ? Pourquoi est-elle sur le point de nous entraîner, selon l’expression anglo-saxonne, dans un Armageddon mondial ? se demande la presse étrangère. (Firefighting)

Nous sommes dirigés par des fantoches, répond-elle, en substance. Éternel drame de la démocratie.

Je n’en suis pas sûr. Nos politiques ont accompli le devoir que leur prescrit Aristote. À savoir « les législateurs (…) cherchent à créer chez leurs concitoyens, les habitudes qui les rendent bons ». (Éthique à Nicomaque). En effet, ils ont répandu une théorie à laquelle ils croyaient : « le riche est créateur de valeur ».
La crise révèle une faille de cette théorie. La coupable Grèce peut faire capoter la vertueuse Allemagne. Le sort des riches et des pauvres est lié.
Mais, si le riche crée la valeur, tout impôt est scélérat ! entend-on en Allemagne, en Flandre et aux USA.

Or, il faut bien plus que de la vertu et du courage pour aller à l’encontre de l’idée fixe d’un peuple. 40 ans de propagande ? Armageddon ?…
Compléments :